‹ L'Université de MontpellierChapitre 25 sur 36 · EE · texte numérisé non relu

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cartulaires du commencement du xmi° siècle : syndicat des écoles d’abord, — le premier document qui en signale l'existence date de 1207 — ; syndicat des maîtres, — il en est fait mention en 1208 — ; syndicat des maîtres et des écoliers réunis, — en 12491.

L'Université de Paris représentait l’ensemble des écoles épiscopales, non que les évêques eussent prétendu, comme nos faux libéraux modernes, au monopole de l’enseignement ; mais n’était-il pas naturel que, dans leurs établissements, ils exigeassent la présence et la responsabilité d'un maître en théologie, ce qui n’interdisait pas d'en avoir d’autres, même non chrétiens. Est-ce que saint Bernard, qui combattait Abélard, eut jamais la pensée de lui fermer la bouche? Et, à Montpellier même, est-ce qu on ne laissait pas pleine liberté au rabbin Moïse Maimonide de professer, avec les rationalistes, l'éternité de la matière, en niant la Providence et le Créateur ?

C'est précisément la communauté israëlite qui, en 1231, condamne ces hardiesses ; nous verrons le rabbin Abba-Mari (En Astruc de Lunel), pour réagir contre le libre examen, défendre, sous peine d'excommunication, d'étudier la philosophie avant l’âge de trente ans.

À Bologne, l’Université avait eu pour noyau le elub ou guilde des étudiants qui fait la loi aux professeurs, les paie et les frappe d'amende s'ils manquent ou négligent leurs cours, qui en exige même un cautionnement pour garantir les pénalités.

En Italie, en Allemagne, où il n’y a pas d’Université avant le x1v° siècle, les étudiants vivent d’abord groupés par nationalités , se réunissant autour de certains professeurs. Quand les écoles se font concurrence, les populations établissent la solidarité de tous les élèves d'un même pays. Les autorités indigènes favorisent naturellement leurs

compatriotes, aux dépens des étrangers ; et c’est pour affranchir les

cancellarii ac præfuturam sociorum ejus insolentiam ulterius sub dissimulatione transire per apostolica vobis scripta mandamus. (Lettre d'Honorius III à Hervé, évêque de Troyes, 11 mai 1919). (Denifle, Chart. Univ. Paris., n° 31, t. I, p. 88).

1 Communitas scolarium (ibid., n° 6, p. 65). — Communilas magistrorum (ibid., n°8, p. 67).

— Universitas doctorum et discipulorum (ibid.,n° 31, p.88. Cf. n° 41, 42, 10, 98, 99). — Gréard,

Mes adieux à la vieille Sorbonne, p. 11.

Universités des passions locales que les souverains leur accordent une juridiction spéciale et que Frédéric Barberousse, à la diète de Roncaglia, en 1158, promulgue la constitution Habita, insérée dans le Corpus, applicable à tout l’empire, et principe des privilèges universitaires !. La gent écolière , cependant, turbulente à toute époque, avait, au Moyen âge, l'humeur batailleuse et la licence des mœurs féodales. Son intempérance naturelle était de plus surexcitée par la rivalité des nations et des races, dont un ancien élève de l’Université, Jacques de Vitry, nous a laissé un pittoresque tableau ?. Pour un rien, elle en venait vite des injures aux coups; les maîtres, de leur côté, poussaient le fanatisme des privilèges jusqu’à se faire complices des désordres de leurs élèves; ce qui n'empêchait pas d’abriter les réjouissances publiques à l'ombre et même à l’intérieur des édifices sacrés, sous la tutelle indulgente de l'Église. De là ces fêtes burlesques dégénérant même en sacrilèges, comme celles des Fous et des Innocents, stigmatisées, dès 1198, par Eudes, évêque de Paris, en 1212, par le légat Robert de

{ Auth. Habita C. ne filius pro patre (IV, 13). — De Savigny, Hist. du Droit romain, t. HE, p. 124. — «Un certain nombre de controverses sur la date et la portée de cette constitution ont été soulevées par les historiens de l'Université de Bologne. (Voir le P. Denifle, Die Universitäten, pp. 45 et suiv.). — Coppi, La Universita italiane, p. 42. — Stoble, Geschichte der deutschen Rechtsquellen, I, p.616. — Muthe, Zur geschichte der Rechtw., p. 251.— Giesebrecht, d'après Code Ottob. 1463, dans le Sitzungsber, Der baier acad. de Wiss, Phil. Klasse 79, t. II, p.285). Voici quelques extraits de ce document d'une si haute importance: Hæc igilur generali et in perpetuum valitura lege decernimus, ut nullus de cetero tam audax inveniatur, qui aliquis scholaribus aliquam inferre præsumat, nec ob alterius cujuscumque provinciæ delictum sive debilum (quod aliquando ex perversa consuetudine factum audivimus) aliquod damnum eis inferat; scituris hujusmodi sacræ constitutionis temeratoribus, et etiam ipsis locarum rectoribus, qui hoc vindicare neglexerint restitutionem rerum ablatarum ob omnibus exigendam in quadruplum ; notaque infamiæ eis ipso jure irroganda, dignitate sua se irroganda, dignitate sua se cariluros in perpetuum. Veruntamen si litem eis quispiam super aliquo negotio movere voluerit; hujus rei optione data scholaribus, eos coram domino vel magistro suo, vel ipsius civitatis episcopo, quibus hanc juridictionem dedimus, conveniat. (L. ult. tit. 143. — Ne filius pro patre, L. IV) ». (P. De Tourtoulon, Placentin, Introduction, p. 61).

? Anglicos potatores et caudatos affirmantes, Francigenas superbos, molles et muliebriter compositos, Teutonicos furibundos, Normanos inanes et gloriosos, Pictavos proditores, Burgundos brutos et stultos, Brilannos leves et vagos, Siculos tyrannos, Brabantios incendiarios et raptores, Flandrentes commessationibus deditos et more butyri molles, Lombardos avaros, malitiosos, Romanos seditiosos. (Jacques de Vitry, Hist. Occid., Lib. If).

Courçont. Dès lors aussi les prédicateurs dénoncent les étudiants comme plus dévorants à table que dévots à la messe; ils leur reprochent le scandale de leur vie désordonnée et agitée; et rien ne peut donner une idée de l'agitation de cette foule internationale qui encombre la cité au point d'empêcher les bourgeois de dormir?.

Or, en 1229, dans une folle bagarre du mardi gras, les étudiants

rouent de coups un tavernier et blessent plusieurs femmes 5. Le lende-

main, les gens du prévôt, soutenus par les bourgeois, jettent à l’eau deux étudiants #; mais, dans leur brutalité policière, ils dépassent les limites de leur juridiction et violent l'enceinte de l'Université. Aussitôt

les cours sont supprimés et les écoles fermées. La montagne Sainte-

Geneviève , la veille si bruyante, devient silencieuse , ce qui permet à Philippe de Grève, chancelier de l’Église de Paris, en jouant sur les

mots, d'exercer sa verve satirique, de dire qu'aucune campagne ne possède autant de coqs que la capitale de prédicateurs et de docteurs. Seulement ces coqs, au lieu d’éveiller les dormeurs , ne font que.se

battre. Qu'est-ce, en effet, que cette querelle de docteurs, sinon un combat de coqs ? « Mirum est quod tot dormiunt Parisienses in peccatis ?

Quia in nulla villa campestri tot sunt galli quot Parisius prædicatores

et doctores ? » 5 En vain une députation de maîtres apporte ses doléances à la régente

Blanche de Castille5. Alors que, dans des circonstances analogues, en

1200, le prévôt avait été condamné à la prison perpétuelle 7, le dis-

crédit de l’Université paralyse cette fois l'autorité. Devant l’inertie des

1 Bibliothèque des Pères de Lyon, 1669, Appendice. — Fisquet, La France pontificale, t. W, p. 129.

? Lecoy de La Marche, La Chaire française au xur siècle. — Féret, La Faculté de Théologie de Paris et ses Docteurs les plus célèbres ; Revue des Questions historiques, t. LV, p. 275. — Lachaise, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste.

3 Matthieu Paris, Hist. Angl., ed. Luard, ad ann. 1229, €. HIT, p. 166. — D'Achéry, Spicilegium,

t. III, Chron. de Guillaume de Nangis, p: 32.

4 Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. I, p. 144.

5 Matthieu Paris, ébid.; Notices et Extraits de manuscrits, t. XXI, 2° partie, p.193. 6 Matthieu Paris, ibid., ad ann. 1229, éd. Luard, t. HE, p. 399.

1 Du Boulay, ibid., t. IE, p.2. — Pertz, Monum. German. Hist., t.. XXIIT, p. 923.

pouvoirs, maîtres et élèves émigrent à Orléans et à Angers, à Toulouse et à Bordeaux, en Italie et en Espagne, en Angleterre surtout où se fixent Alain de Beecles, Nicolas de Farnham, Jean Blundum, Rodolphe de Maidenstone, à l'heure même où l’illustre Roger Bacon entre à Oxford, dans un couvent de Frères Mineurs!. Le roi d'Angleterre, Henri LL,

offre à ces étrangers un asile dans ses États, en essayant de les séduire

par l'appât de toutes les libertés et la promesse des plus grandes faveurs ?. Vingt et un professeurs signent en outre un décret pour interdire aux maîtres et élèves le séjour de la capitale de France, à moins que, dans le mois, satisfaction ne leur soit donnée *.

N'ayant plus ni maîtres n1 élèves, l'Université aurait sombré si la Papauté n'avait pris l'initiative de la sauver bien qu’elle se fût dissoute d'elle-même. La reconstitution en sera due à une illustration de l’École de médecine de Montpellier.

En 1200, avant même que le roi dressät l'acte, de naissance de l'Université de Paris, le pape Célestin III avait accordé à la jeunesse studieuse le double privilège de n'être justiciable que du for ecclésiastique , aux clercs bénéficiers d’être dispensés de la résidence et de conserver leurs revenus #. En 1252, Innocent IV consacrera l’indépendance de l'Université en la dotant d’un sceau spécial, où devaient figurer la Vierge, entre sainte Catherine d'Alexandrie, patronne des

1! Matthieu Paris, Hist. Angl., t. II, p. 166. — Denifle, Chart. Univ. Paris., t. 1, p. 118. — Bolmens, The Friar. Preachers or Black-Friars, of Oxford. — Extrait de The Reliquary quaterly, Journal And Rewiew, p. 35. — Arch. Ord., XI, 7. — Mortier, Hist. des Maîtres des Frères Précheurs, t. 1, p. 240. *

? Vestre duximus Universitati significandum, quod si vobis placuerit ad regnum nostrum Anglie vos transferre el in ea causa studii moram assignabimus, et omni modo sicut decet libertati et tranquillitati quod Deo placere et vobis plene sufficere debeat vos gaudere. (Charte de 1229, Denifle, Chartul., n° 64, t. I, p. 115). — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. IL,

3 Nos dati provisores ab Universitate communi assensu et voluntate ita ordinamus et ordinando decernimus, quod nisi infra mensem a die Pasche (15 aprilis) competenter fuerit salisfactum universitati magistrorum et scolarium secundum nostrum arbitrium super atrocissimis injuriis a preposito Parisiensi et complicibus suis et quibusdam alis eis illatis. Ex tunc nulli liceat morari et civitate vel diocesi Parisiensi causa studii. (Denifle, Charétul. Univ. Paris., n° 62, 27 mai 4199, t. E, p. 418).

! Denifie, Chartul., t. I, p. 310. — Féret, Revue des Questions historiques, t. LI, p. 355.

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lettres, saint Yves, des avocats, Albert le Grand, des sciences, saint Gosme, de là médecine, saint Damien, de la chirurgie!.

Grégoire IX, ce pape si passionné pour les études qui à tant fait pour les Universités, mais dont le nom est aussi négligé à la Sorbonne qu’ignoré des Facultés de province, Grégoire IX écrit, en effet, aux évêques de Paris, du Mans et de Senlis, à la régente et au roi Louis IX. pour dénoncer le danger que court l’enseignement et réclamer une réparation. Î[l ne suffit pas d’être bienveillant par politique, écrit-il, il faut protéger l'Université, il faut l'aimer. Il en fait valoir l'importance et en confirme les privilèges?. S'adressant à Guillaume d'Auvergne, évêque de la capitale, — il n’y a paseu d'archevêque avant 1623, — «Qu'il est loin, dit-il, le temps ou j'avais confiance en vôtre sagesse et où je répandais de l'huile sur vôtre tête, en me flattant de mettre en bonnes mains les intérêts de l'Église de Paris ! »:

Guillaume d'Auvergne, cependant, n’avait dû son élévation qu'à son mérite personnel. Théologien, philosophe, mathématicien, il mérite

1 Chart. Univ. Paris., pp.125, 234 et 250, n°° 62, 205 et 230. — Voir Gréard, Mes adieux à la vieille Sorbonne, t. I, ch. 1, pp. 12 et 13.

2 Cum a forsis ab Abrahe pueris ingestam puteis ab allophilis terram debuisses pro Domenico. et ut vir sacris litteris eruditus quasi stella matutina in medio nebule radiando, illuminares splendore sanctorum et pacificares discordes, tu non solum id efficere negleæisti, , verum etiam, sicut pro certo a mullis fide dignis asseritur, te machinante fluvius studium videlicet Litterarum,… a Suo alveo, civitate Parisiensi videlicet, in nihilum redigi poterit per plura loca divisum, quemadmodum flumen arescil extractum ab alveo et in plures insulas derivatum, et lucernam illum inantem existentes in domo de candelabro deici et recludi sub modio diceris procurasse, ut eam videre non possis, donec extinguetur, quod absit, quia tunc forsa ipsius amisse incomodem lucis cognosceres, si lucerna predicta de Parisiensis civitatis candelabro prorsus removeretur extincta, et ex hoc quam plures contingeret in tenebris ambulare.. Cenonamensi et Silvanectensi episcopis et dicto filio magistro Johanni archidiacono Cathalaunensi nostris damus litteris in mandatis, ut inter regem et reginam ac magistros et Scolares præfatos interponente partes suas impendant sollicitudinem diligentem operam efficacem, ut magistris et scolaribus ante dictis de datis dampnis et irrogatis injuriis satisfiat restituta ipsis solita libertate ac a clare memorie Ph. rege Francorum concessa studium revocetur. (Denifle, Chart. Univ. Paris., t.1, n°69, p. 125; Cf. n°70, p. 129).

3 Virum secundum cor nostrum invenisse credentes, et exaltari posse in te tanquam rectis dilecto super caput tuum sacre unctionis effudimus oleum ut nitorem conscientie retineas in te ipso emitteres sincere ad proximos opinionis odorem et in partem sollicitudinis avocatus sic traditium tibi ministerium adimpleres. (Ibid., n° 69, p.125). — Voir, sur cette affaire, Noël Valois, Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris (1228-1249), ch. IV, pp. 48-60. — Gréard, Mes adieux à la vieille Sorbonne, p. 13.

d'occuper une place à part dans l’histoire’. Digne contemporain d’Innocent III et du moine Gratien, de Pierre de Blois et d'Alain de Lille, auteur lui-même d'innombrables discours et traités sur la Foi et les lois, sur les vertus et les sacrements, sur les vices et les péchés, il justifiait sa réputation d’être l’un des premiers docteurs de son temps ?.

Si les reproches du Pape étaient peut-être outrés, l'Université pouvaitelle prétendre pour ses membres à l'impunité? L’évêque n’avait-il pas le devoir de ménager les représentants de l’ordre et de l'autorité? Toujours est-il que les plaintes et les observations de Rome firent réfléchir professeurs et étudiants, en persuadant à la régente de rappeler les maîtres qu'elle semble avoir vu partir sans lrop de déplaisir, et dont le Saint-Siège défendait la cause, en les reconnaissant seuls juges de leur dignité et de la discipline intérieure. Or comment reconstituer l’enseignement? ?

Si les études professionnelles qui ont un but pratique forment surtout les spécialistes , les arts libéraux qui élèvent l'intelligence au-dessus des préoccupations intéressées favorisent autrement la noblesse de l'esprit. En lui ouvrant les plus larges horizons, ils en développent les facultés et en augmentent la puissance. Ils constituaient autrefois la base essentielle de toute haute éducation, la condition même de l’enseignement supérieur.

1 De Gérando, Bibliographie universelle, t.XIX. — Daunou, Hist. littéraire, t. XNILL, pp. 362- 38040

2 Chart. Univ. Paris., n° 71, 81, 82, 90, 91, 96. — «On rapporte de lui qu'ayant droit de recueillir de la succession d'un chanoine de Paris qui étoit mort sans avoir fait de testament, trois mille dragmes , somme alors très considérable, il rejeta avec horreur ce qui auroit pu paroître à d'autres une bonne fortune et, détestant l’avarice de l’ecclésiastique qui laissait un si grand amas : « Ah! le malheureux, s'écria-t-il, que son argent périsse avec lui». L'évêque n'en toucha pas un denier, et fit distribuer le tout aux pauvres. (Crevier, Hist. de l’Université de Paris, liv. IE, t. 1, p. 319).

3 Vestra credimus interesse sollicita diligentia et sollicitudine satagere diligenti ut studium diebus, vestris translatum alibi a Parisius,… excellentiam vestram rogamus attentius el monemus ac exhortamur in Domino, quaternus benignitatis predecessorum vestrorum inherentes vestigiis ob reverentiam Apostolice Sedis et nostram ipsos plenius admittatis in gratiam regiam et favorem acquiescendo monitis et exhortationibus predictorum. (Ibid., n° 10, t. I, p. 128).

Voilà comment, à la fin du xu° et au commencement du xrm° siècle, deux grands médecins de l'École de Montpellier, Gilles de Corbeil et Jean de Saint-Gilles se trouvaient aussi remarquables lettrés qu'habiles praticiens. Ils avaient débuté par l’enseignement des arts, au sens où l’entendait le Moyen âge, le trivium et le quadrivium , l’un à Salerne, l’autre à Oxford ; ils devinrent successivement l’un et l’autre premiers

médecins du roi de France, Philippe-Auguste. Mais, alors que Gilles

de Corbeil, courtisan d’Agnès de Méranie à l'encontre d'Ingelburge, la reine délaissée, compose des ouvrages dont la belle versification ne saurait excuser l’obscénité anticléricale , Jean de Saint-Gilles renonce à sa grande clientèle pour finir dans le cloître t.

Or l’Université dissoute, en 1229, un seul maître en théologie restait dans la capitale, Jean de Saint-Gilles?.

D'origine anglaise, il avait certainement connu à la cour, Jean de Baraste, le fondateur du couvent de Saint-Jacques, où il comptait grand nombre d’élèves®. Philosophe et théologien, il devait s'éprendre d’un tel enthousiasme pour la pauvreté volontaire qui suscitait des légions de moines mendiants, qu’un jour, encore séculier, il s'arrête soudain, à son cours, descend de sa chaire, et à l’ébahissement de l’auditoire, va solliciter le costume des Frères Prêcheurs ; il rentre ensuite dans la salle, pour continuer la leçon interrompue, et dote le couvent de la fortune acquise par le médecin#. Aïnsi, c’est par un

4 Voir ci-dessus, ch. xxvi, p. 315. — Denifle, Chart. Univ. Paris., n° 35, t. [, p. 94. — Frater Rotlandus Cremonensis, qui fuit primus licentiatus Parisius de ordine Prædicatorum, Frater Johannes de Sancto Egidio, Anglicus qui intravit ordinem Prædicatorum magister existens, sub eo incipit probatus frater Rotlandus. (Quétif et Échard, Script. Ord. Præd., t. I, p. 100).

— Chron. Ord., éd. Reichert, p. 5. — Mortier, Les Maîtres généraux des Frères Précheurs,

tu pD234 2 Propter quamdam atrocem injuriam et famosam nobis illatam, translata majori parte studit Parisiensis Audegavis, in illa paucitate scolarium que remausit Parisius, desiderio

. suo potiti, conniventibus episcopo et cancellario Parisiensibus, qu tunc erant, in absentia

magistrorum, sollempne magisterium et unam magistralem cathedram sunt adepti. (Denifle, Chart. Univ. Paris., n° 230, t. I, p. 253).

3 L'acte de donation de 1213 est même le plus ancien de l’Université. « Le terme de faculté n'y est pas déterminé à signifier une compagnie qui fasse profession d'une discipline de science. » (Crevier, Hist. de l’Université, t. 1, p. 373).

* D'Achery, Spicileg., t. IL. p. 1888, Chron. de Nicolas Trivak. — Mortier, ibid., t. II, p.244.

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ancien professeur de Montpellier que l’Université de Paris est reconstituée. .

Au moment même où se fermaient les Écoles de la capitale, le 12 avril 1229, saint Louis avait signé, au parvis Notre-Dame, le traité qui mettait fin à la guerre des Albigeoïs, en chargeant le comte de Toulouse, Raymond VIT, de fonder dans la capitale du Languedoc huit chaires d'enseignement, dont quatre pour les arts, deux pour la théologie, et deux pour les décrets. C'est dans le même chapitre des Frères Prêcheurs que furent alors réorganisées l'Université de Paris et celle de Toulouse ‘. Deux bulles, l’une, du 13 avril 1231, règle les droits et attributions de l’évêque et du chancelier; l'autre, du 14, la recommande au roi spécialement et l'invite à la protéger ?.

En introduisant les profès dans l’Université, l'évèque de Paris imvestissait l'Ordre de saint Dominique de la première chaire de théologie; il lui adjoignait comme bachelier, un lecteur, Frère Roland de Crémone.

En 1252, pendant que saint Louis est à la seconde croisade, nouvelle échauffourée, rappelant celle de 1229. Dans une querelle avec les gens du guet, un étudiant est tué, plusieurs sont blessés. Les maîtres proclament aussitôt la suspension des leçons et la grève des élèves. Les Frères Prêcheurs et Mineurs, qui refusent d'interrompre le cours des

études, sont dénoncés comme rebelles, excommuniés par les séculiers

et en butte à de mauvais partis. En vain le régent, Alphonse de

Poitiers, enlève-t-11 par une prompte répression, tout prétexte de.

troubles ; le conflit s’envenime par la Jalousie des séculiers contre les réguliers, auxquels ils reprochent d’accaparer la confiance et les aumônes des fidèles. L'Université en profite pour interdire de recevoir comme maître aucun religieux dont l'Ordre n’aurait pas de collège à Paris ; de n’autoriser, en tout cas, qu’une maison unique avec un seul

4 Pertz, Monum. German. Hist., t. XXIIT, p. 992. — Labbe, Sacr. Concil., t. XIII, p. 166. — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. 1, p. 128. — Percin, Monum. convent. Tolos., p. 151. De academia. — Mortier, Les Maîtres généraux des Frères Précheurs, t. 1, pp. 236, 244.

2? Denifle, Chart. Univ. Paris., n° 79 et 82, t. I, pp. 136 et 140.

3 Denifle, 4bid., t. 1, pp. 263, 268.

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