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LES FACULTÉS CONSTITUÉES EN UNIVERSITÉ 357 régent!. Égaré par les intrigues et les calomnies de Guillaume de Saint- Amour, dont les doctrines devaient être condamnées par la bulle du 5 octobre 12562, Innocent IV semble, un instant, accréditer ces accu- Sations; mais Alexandre IV en fait prompte justice et renouvelle la protection du Saint-Siège aux deux ordres, «étoiles brillantes qui, selon l’oracle de la Sybille, publient le nom de l’Agneau dans la pratique de Phumilité et de la pauvreté volontaires »*. Au mois de septembre 1257, la paix est rétablie, et saint Thomas d'Aquin, reconnu maître en théologie, admis à professer#.
En 1266, lors de l'élection du recteur, il y aura de nouveaux troubles provoqués par la rivalité des quatre nations entre lesquelles se partageait la Faculté des arts. Le légat pontifical, Simon de Brion, rétablira l’ordre en prolongeant de six mois la durée des pouvoirs du recteur et en attribuant la solution de tous les litiges à un tribunal de sept maîtres, dont trois en théologie et quatre en droit canonique.
À Montpellier, comme à Paris, la foule internationale des étudiants
se livrait parfois aussi aux plus grands écarts. Liés par des pactes en associations, armés tantôt publiquement tantôt clandestinement, ils troublaient l’ordre el la paix, provoquaient des révoltes, et semaïent des dissensions intestines en forçant les domiciles privés 7.
1 Denifle, Chart. Univ. Paris., n° 282, t. I, p. 326. 2 Jd., ibid., n° 250, p. 288.
3 Litt. encycl., édit., Reichert, p. 26. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 460.
4 Chanoiïne Didiot, Le docteur angélique saint Thomas d’Aquin, Lille, 4894. — Voir Denifle, Chart. Univ. Paris., t. 1, p. 93. — Les maitres s'étant de nouveau échauffés, l’évêque de Paris excommunie l'auteur d'un affreux pamphlet contre les Frères Prêcheurs. « Le Dimanche des Rameaux 1259, saint Thomas prêchait à Saint-Jacques quand, tout à coup, le bedeau de la nation picarde, un nommé Guillot, se lève et se met à lire à haute voix toutes les imputations calomnieuses de ce pamphlet. Aux premiers mots, saint Thomas s'arrête et écoute jusqu’à ce que la lecture soit finie. Debout dans sa chaire, il priait. Les auditeurs, haletants d'émotion, sattendaient à un coup d'éclat. Mais l'homme de Dieu, après un instant de silence, reprit son discours sans faire la moindre allusion à l’insulte. Le 26 juin suivant, Alexandre IV donnait l'ordre à l'évêque de Paris d’excommunier l’insolent bedeau. L'agitation tomba devant cette énergique attitude. » (Mortier, ibid., p. 414).
5 Quant aux nations dont il est question pour la première fois en 1222, le Père Denifle les suppose constituées après les Facultés, et postérieurement à 1215. (Introd. au Chart., p. x
6 Denifle, d0Id ANGEL Up. 119;
7 «L'internationalisme de la population scolaire n’étonnait personne, et les pouvoirs publics,
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Ainsi, en 1320, soit pour venger la violence faite à une jeune fille, et dont l’auteur aurait été soustrait par ses camarades à la justice, soit à la suite d'un grave désordre où plusieurs habitants du quartier furent blessés, les bourgeois arrêtent des étudiants près la tour Sainte- Eulalie et les obligent à crier: Bona nioch, massacrant les étrangers embarassés pour dire ces mots?.
Sans même faire la part de la légende qui a dû exagérer et dramatiser l'événement, Mlle L. Guiraud, avec son merveilleux esprit de critique , en a précisé la vérité historique. Elle constate que les mots Bona miech et Bona nioch sont l'altération de Bonami, nom d'un riche drapier, bayle précisément en 1317 et qui avait dû commettre quelque
même à Paris, n'y trouvèrent pas d'inconvénients graves, au moins pendant le règne de Philippe-Auguste. D’après une lettre de Jean de Salisbury, datée de 1168, Les étudiants allemands auraient témoigné leur hostilité (au moins en paroles) à la France et au roi qui leur auraient témoigné leur hostilité. «Ils font de grandes phrases, écrit-il, et se gonflent de menaces (minustument) ». Il ajoute qu'ils se moquaient de Louis VII «parce qu'il vivait en bourgeois, qu’il n'avait pas l'allure d’un tyran à la mode des barbares et qu'on ne le voyait pas toujours entouré de gardes, comme quelqu'un qui craint pour sa vie, uf qui timet capiti suo ». (Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, p. 14).
1 Félix et Thomas Platter à Montpellier, p. 488.
2 De Grefeuille, Hist. de Montpellier, t. II, p. 358.
3 « L'un des premiers compoix conservés, celui de 1104, mentionne un immeuble situé à la «Carrieyra den bona nuog ». (C. St-Firmin, 1104, f° 85). Non seulement le mot Dieu, si important par son rôle grammatical dans la phrase disparait ainsi du premier coup, mais la particule En, qui en tient la place, décèle un nom patronymique montpelliérain.. La «carriera d'en bona miech» tire donc tout simplement, comme la rue des Teissiers, la rue En Bocador, son nom d'une famille connue. l
« De quelle façon le souvenir des Bonami s'est-il attaché à la rue en question, c’est sur quoi jette un jour curieux le document tout à fait inédit que j'ai extrait d'un procès mû au xIv° siècle entre cette famille et nos magistrats consulaires... La nature du délit, et partant la cause du châtiment, n'est pas indiquée, le terme malefactores étant vague ; mais il ne saurait s'agir d'un crime vulgaire ou d'assassins de bas étage; la publicité donnée au supplice n’aurait-elle pas été, dans ce cas, du plus salutaire exemple? L'injure, au contraire, semble être délicate pour réclamer un châtiment secret. En outre, ce châtiment n’a pas le caractère d'une vengeance personnelle... D'où je conclus qu'il y a eu réellement un acte de répression exercé contre les étudiants en droit... Quant à la date de l'aventure, bien que Platter donne celle-ci comme un fait assez récent en 1599, elle est rigoureusement fixée à l'année 1320. Tempore quo justitiam dicte ville de Montepessulano tenebat et exercebat, disent les lettres de sauvegarde; et le Petit Thalamus mentionne comme bayle en 1320: « En P. Bon Amie ». (Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. 1, p. 403)». — La rue précitée porta primitivement le nom de «carrieyra den bona miech » première corruption de l'orthographe rationnelle d'En
méfait comme magistrat pour qu’il ait été menacé de représailles et ail dû solliciter et obtenir du roi Charles le Bel des lettres de sauvegarde.
Le 2 avril 1320, l’évèque André de Fredol doit interdire aux écoliers le port d'armes en ville 1.
En janvier 1350, le roi Jean se plaindra des injures et des violences auxquelles se trouvaient en butte les membres de l'Université de Mont-
: pellier qu’il prendra sous sa protection, en déférant au juge du Petit
Scel leurs agresseurs et exploiteurs 2.
Un moment, l'hostilité marquée des consuls inspirera même à la cour pontificale la pensée de transférer ailleurs l'École de droit : mais l'évêque de Maguelone, Bertrand de Deaux, l’auteur des statuts de 1339, que nous étudierons, invite confidentiellement la municipalilé à plus de bienveillance pour ne pas perdre le prestige et les avantages d’une Université. Celle de Montpellier sera ainsi sauvée par le Pape, comme
l’avait été celle de Paris par un ancien professeur de Montpellier.
Le même esprit d'antagonisme éclate également à Toulouse, où il est l’occasion de plus grands désordres et de véritables scandales 3.
bon Amiech. Par des altérations successives de lecture et de copie, elle devient «carrieyra
den bona nuech» (G. Ste-Croix, 1480, f* 102 v° et 169), «carriere de don bona nuech » (ibid.,
1480, fe 25, réfection du compoix), enfin, «rue Dieu done bone nuech» (Zbid., 1525, fo 94). (L. Guiraud, Recherches topographiques sur Montpellier au Moyen âge ; Mém. de la Société archéologique de Montpellier, série in-8°, t. I, pp. 299, 301). 1 Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 38, t. [, p. 246.
2 Ecce nunc cessare cepit, pro dolor! dulcedo cithare studii memorati... In eo namque juris utriusque ceterarumque facultatum scientia quasi per discordiam et luctum versa est Nonnulli siquidem scolares Universitatis predicte, qui ad eandem de diversis mundi partibus conveniunt, pacis emuli, pactiones et colligationes illicitas inter se, contra bonum statum et tranquiilitatem solitos Universitatis et studii memorati, facere dampnabili temeritate presumunt, in nostre vestre que jurisdictionis et rei publice prejudicium et scandalum
plurimorum, memoratum studium subvertere dampnabiliter satagentes, conventicula secreta
similiter et congregationes frequenter faciunt, armaque contra inhibilionem nostram, noctuque dieque publice vel occulte, portare presumunt, domos invadunt aliorum, et Universitatem ipsam provocant ad dissentionem el rixam.…. Scolares contra scholares insurgunt seseque et domos quas inhabitant agrediuntur hostiliter et debellant. (Mandement du 2 avril
1320; Cartulaire de Maguelone, reg. D, fol. 143 r°).
3 En 1332, un étudiant, Aimery Bérenger, frappe un capitoul qui, du reste, n'en meurt pas. Condamné à être promené à travers la ville, à la queue d'un cheval, il a le poing coupé
et est trainé sur une claie aux fourches patibulaires du château narbonnais où il à Ja tête tranché. En 1334, le parlement réagit en ordonnant des poursuites contre les capitouls
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À Bologne, les étudiants menaient une vie aussi agitée que dispendieuse, toujours en armes, défiant les magistrats, battant les archers de la commune. Il faut sans cesse renouveler les lois somptuaires pour supprimer la coutume de célébrer les examens par des banquets et des tournois. Tout nouveau docteur était promené en robe rouge, à cheval, précédé des quatre trompettes de l'Université !.
Comme les papes d’ailleurs, les rois prodiguent les faveurs aux Universités. Ils les affranchissent des charges publiques et les comblent d'avantages qu'ils étendent même à tout le personnel sans distinction, recteurs et syndics, trésoriers et greffiers, doyens de Facultés et procureurs des nations, maîtres et étudiants, messagers et sergents, bedeaux et copistes, libraires et relieurs, parcheminiers et jurés ?.
Philippe-Auguste ayant subordonné à l'Université le prévôt de la capilale, qui devait prêter serment aux mains du recteur?, c'est l’âge
dont douze ont leurs biens confisqués pour répondre des frais du procès. Un édit de Philippe VI retire à la ville ses libertés qu'elle devra racheter cinquante mille livres tournois. La caisse commune est sequestrée et les capitouls sont obligés de donner satisfaction aux professeurs ea présence de trois mille écoliers, chiffre évidemment exagéré que le chroniqueur toulousain, Simon Burdin, dil avoir trouvé inscrit au greffe du parlement de Paris, lequel évidemment ne les avait pas comptés. (Antoine Deloume, Aperçu historique sur la Faculté de droit de Toulouse, 1900, pp. 41-43). — Rodière, Les Études juridiques à Toulouse; Recueil de l’Académie de législation, t. IX, p. 259. — Molinier, Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, &. IX, p. 482.
! Voir Ozanam, Poëtes franciscains. Œuvres complètes, t. VI, p. 135.
? Pièces justificatives de l’Université de Paris, in-4°, S. D. Bibl. Mazar., n° 13729. — Franklin, Écoles et collèges, p. 41. — «Les privilèges des Universités étaient de deux sortes: Les uns pour la licence apostolique et universelle qu'il demeure n'appartenir qu'au Pape; les autres pour les règlements de police, immunitez et exemptions des droits royaux qui ne peuvent aussi estre faits et donnés que par les rois ». (Théophraste Renaudot, Réponse aux libelles entre les consultations charitables. Paris, mpcx1x, p. 65). — L'édit de septembre 1661 encore les déclarera exempts de toutes charges publiques, tailles, aides, subsides, emprunts, droits d'entrée des villes, logements des gens de guerre, levées de deniers, péages tant sur eau que sur terre, etc... (Ibid.).
3 «L'association des professeurs apparaît dans un acte du pape Innocent INT de 4208-1209 (Denifle, Chart. Univ, Paris., n° 8), et celle des écoliers dans un acte épiscopal de 1207. (Zbid., n° 6). À coup sûr aussi, la corporation générale avait déjà son chef ou son directeur (capitale) en 1200, année où elle reçut du roi de France son premier privilège connu (ibid., n°1), car, dans cette charte fameuse, Philippe-Auguste engloba évidemment sous le nom de scolares, tout le personnel de la grande École parisienne, maîtres et étudiants ». (Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, p. 13).
d or des Écoles. Quelles disputes dans les classes, quelles folies dansles rues, grouillantes d’ une Jeunesse enflammée d'enthousiasme, étincelante de cette verve qui excite l'esprit populaire. En 1190, sous ce même 5 roi, Gui de Basoche, clerc champenois écrit: « Le Petit-Pont appartient aux dialecticiens qui y passent ou s’y promènent en discutant. Dans l’île (la cité), à côté du palais des rois qui domine toute la ville, on voit le palais de la philosophie, où l'étude seule règne en souveraine, citadelle de lamière et d’immortalité. Cette île est la demeure éternelle des sept Sœurs, les arts libéraux ; c'est là aussi que par la trompette d’une noble éloquence, retentissent les décrets et les lois; c’est là enfin que bouillonne la source de la science religieuse, d'où s’écoulent les trois ruisseaux limpides qui arrosent les prairies de l'intelligence, c'est-à-dire la théologie, sous la triple forme historique, religieuse et morale »!,
À partir de 1242, Montpellier se trouve posséder trois Facultés. c’est-à-dire trois corps de professeurs et d'étudiants, poursuivant un - même objectif, observant une mème discipline, suivant les mêmes solennités, ut consuetum est in locis ubi est Studium generale? : Universitas
1 Voir Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, p. 20.
2 Denifle, Introd. au Chart., p. x. — « Le nom de faculté est relevé pour la première fois dans un acte de l'Université de Paris, en 1221, et dans une bulle de Grégoire IX, de 1229. En + 4254, nous trouvons mentionnées pour Paris la jurisprudence, la médecine et la philosophie rationnelle, naturelle et morale. Alexandre IV, dans la célèbre bulle de 1255, ajoute à la Faculté de théologie celles de droit canonique, de physique et des arts. (Féret, Les Origines de l’Université de Paris; Revue des Questions historiques, t. LIT, pp. 310-380). — « Une Université, c'est-à-dire les corporations privilégiées de maîtres et d'étudiants, se sont constituées au déclin du xrre siècle, à partir du jour où les directeurs de la société ecclésiastique eurent proclamé le double principe de la gratuité et de la liberté d'enseignement. — Sur ce point capital, la liberté d'ouvrir un cours ou une école, la société du moyen âge obtenait de Rome une sorte d'affranchissement. L'échange des eleres entre les différents pays devenait un fait d'autant plus fréquent que la Papauté commençait à disposer à son gré d’un certain nombre de bénéfices. (Achille Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste, p. 8). — «Dans nos documents locaux le terme de faculté est assez.rarement consacré à la médecine. L'expression acquise pour cette branche de connaissances est universitas. Le droit, universitas utriusque juris, réunit deux facultés, facultas juris canonici et facultas juris civilis. Les arts et la théologie forment chacun une faculté de mêmes noms, facultas artium, facultas theologiæ, ou plus souvent facultas theologica ». (L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoît, p.1x, note). — So im J. 1239 : Provideatur, quod lector tenens aliquod sollempne studium habeat
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