DUT EC
Si les établissements de Montpellier n'avaient pas eu la valeur et le prestige du Studium generale, ces deux ordres auraient assurément préféré Toulouse, où les Cisterciens n’en organiseront un qu'en 1281! sans toutefois abandonner Montpellier, les Frères Prêcheurs qu'en 13042. De même pour les Franciscains dont la chronique des vingtquatre généraux mentionne, à Montpellier, Æ. Bernardus, quondam lector Montispessulani*, F. Bolega, docteur, et Vitalis Dufour, dès la seconde moitié du x1r1° siècle.
Voilà qui explique comment le Saint-Siège est amené à donner à Montpellier le lustre d'une véritable Université, la troisième de France, la dixième d'Europe.
À la mort d'Honorius [V, le Sacré-Collège se réunit au palais pontifical de S&inte-Sahine, près le couvent des Dominicains ; mais la malaria sévit alors à tel point, à Rome, que presque tous les conclavistes en sont atteints. Six cardinaux succombent, les autres se dispersent ; un seul demeure à son poste, Jérôme Machi d’Ascoli dans la Marche d’Ancone, aussi est-ce lui qui, le 28 février 1288, est élevé sur le trône de saint Pierre. Deux fois 1l refuse; 1l ne cède que vaincu par l’insistance de l'assemblée.
sunt concessa.. (Bulle de Clément IV pour le Collège de Valmagne, Pérouse, 31 juillet 1265. Cartulaire de l'Université de Montpellier, n°41, t. 1, p. 198). — Reg. Vat., an. 4. ep. 191. BL. 48 D. Denifle, Die Universitäten, p. 199.
4 Martène, Thes. nov. anecd., 1. c. p. 1478. Im J. 1280 wurde das Studium Generale zu Oxford angefangen (Reg. vat. an. I, ep. 191, BI. 48? 4472). Im Deutschland gründeten sie alsbald nach Stiftung der ersten Hochschule, nämlich jener zu Prag, ebendort ihr Generalstudium im J. 1350 (Libellus nov. definit. dist.9 c. 7 bei Paris, Nomasticon cisterc. p. 644). Die Dominicaner errichteten in demselben Jahre, als Karl I. in Rom die Hochschule stiften wollte, ein Generalstudium daselbst, nämlich 1265 {s. oben S. 308 Anm. 356), verlegten es aber 1303 auf Bitten Karls II. nach Neapel (Acten der Generalcapitel. (Denifle, Die Universitäten, p. 349, note 540).
2 Cod. Tolos. 278. BL. 390. Denifle, ibid.
8 In der Vita fr. Rugerii de Provineia der Chronik der XXIV Generale (Cod. 53 Leopold. Gadd. der Laurenz. in Florenz. Nicht paginiert). (Denifle, ibid., pp. 350, note 542).
+ Beide werden in der genannten Chronik genrant. Sie’lebten noch zu Anfang des 44. Jhs Vitalis wurde 1307, wider Provincial von Aquitanien, 1342 Cardinal; Bernard Sturb 1306. (Denifle, ibid., p. 350, note 543).
$ Baronius, ad ann. 1288, t. XXII, p. 24. — Mortier, Hist. des Maîtres DENeTAUE, t. U, pp. 201-
Fils du pauvre d'Assise, il se trouve le premier de son ordre couronné de la tiare!. Philosophe et théologien, légat de Grégoire X à Constantinople , il avait tenté de convertir les barbares et de ramener les Grecs à la communion latine; général des Franciscains, après saint
Bonaventure, bientôt cardinal de Sainte-Pudentienne , envoyé par
Nicolas [IT en France comme médiateur entre Philippe le Hardi et les rois de Castille et d’Angleterre?, il ne réussit pas à ranimer l'esprit des croisades, mais relève le niveau du clergé en dispensant de la résidence les élèves qui suivent les cours de l'Université de Paris®. Il comble de faveurs spirituelles les communautés franciscaines dont les Frères sont aussi nombreux que les étoiles du ciel, ce qui leur fait dire «avec le pape Nicolas IV et l’archevèque de Cantorbéry : « Nous avons sous notre froc les deux grands luminaires, le soleil et la lune » #.
Il prouve d’ailleurs sa prédilection pour notre Midi en concédant l'in-
dulgence plénière aux fidèles qui visiteraient les églises franciscaines de Gap et de Montpellierÿ, et, le 27 juin 1288, dans un acte relatif aux étudiants de Saint-Pons de Thomières, plus d'un an avant la constitution
de l'Université de Montpellier, 1l pare de ce titre cette ville , villam
Montipessulani ubr viget Studium generale. En 1289, à l’occasion de l'enquête ordonnée au sujet d’une licence que l’official avait concédée à un clerc qui n’en était pas digne, il qualifie encore d'Université la Faculté de médecine.
1 Crevier, Hist. de l'Université de Paris, t. Il, p. 120.
? Nicolaus IV ordinis Minorum professor, philosophus et theologus egregius, Constantinopolim a Gregorio X missus, Græcos ad romanæ ecclesiæ communionem, Tartaros ad fidem reduzxit. Post sanctum Bonaventuram, generalis, sanctitate et Doctrina ordinem propagarvit. Nicolaus III nuncius inter Francorum et Castillæ reges, pacem conciliavit ; S. Pudentianæ cardinalis legatus Honorii IV in Galliam, senatoriam populi romani dignitatem Sedi Apostolicæ restituit. Factus pontifexæ, rem publicam sublatis discordiis composuit, christianos
principes sacro fœdere junxit, Plolomeidem copiis adiruit, flaminiam in pontificis 1terum
ditionem redegit. (Duchesne, Hist. Pap., t. I, p. 21).
3 Potthast, Regesta Pontificum, n° 21,862.
4 Dom Pitra, Anal. sacra spicilegio Solesmensis parata, t. I, p. 272.
5 Reg. de Nicolas IV, n° 278. Cf. ibid., n° 1241.
6 In eadem Universitate statutum existit, juramento firmatum et per Sedem Apostolicam
rar
Le 26 octobre 1289, dans la basilique de Sainte-Marie Majeure, Nicolas IV promulgue solennellement la bulle constitutive de l'Université, acte rédigé en triple exemplaire, dont deux subsistent au grand
chartrier de la commune !, encore munis du sceau en plomb qui porte
d'un côté l'effigie de saint Pierre et de saint Paul, avec les lettres S.PA S.PE, el, au revers, NICOLAUS PPa III. ;
«A nos chers fils, les docteurs et étudiants de tout ordre, présents et futurs, en résidence à Montpellier, du diocèse de Maguelone, salut et bénédiction apostolique. Puisque la Sagesse qui procède du Très-Haut illumine les cœurs des hommes et les dispose à la vérité, nous qui sommes le Ministre de Dieu et le dispensateur de ses biens, nous devons avant tout souhaiter que l'étude de la Sagesse dissipe les ténèbres de l'ignorance et, en dissipant les nuages de l'erreur , inspire Îles hommes à agir suivant la lumière de la Vérité. Aussi, voulons-nous voir les belles lettres où se trouve, pour ceux qui la cherchent sérieusement, la perle précieuse de la Science, se propager en tout pays, surtout dans les localités reconnues propres à la multiplication et à la fécondité des germes salutaires de la Science?. Or, comme Montpellier, ville illustre | et fameuse, est réputée convenir merveilleusement à l'étude, locus Montispesulani, celebris plurimum et famosus, aptus valde pro studio, nous prenons en considération cet avantage et croyons d'un intérêt publie d'y fixer un centre intellectuel, où les hommes qui cultivent la
Sagesse puissent recueillir les fruits désirés qu’il plairait au Dieu des
confirmalum.…. magistros… Universitatis prefate, ex parte ipsius Universitatis fuit ad Sedem Apostolicam appellatum. (Bulle de Nicolas IV ordonnant une enquête au sujet d'une Licence en médecine conférée par l’official de l'évêque de Maguelone. Rieti, 1° octobre 1289. Cart. de l'Université de Montpellier, t. 1, n° 19, pp. 209-210). £
! Le troisième a été détruit dans l'incendie de l'Exposition de Montpellier, en 1896.
? Quia sapientia,que ex ore prodit Altissimi, corda humana illuminat et dirigit ad virtutes,
. nos, qui Dei ministri et dispensatores ministeriorum ejus existimus, ut per investigationem
sapientie…, desiderabiliter affectamus quod litterarum studia, in quibus pretiosa reperitur a sedule querentibus sapientie margarita, multiplicentur ubique, maxime in locis illis que ad grana multiplicanda doctrine ac producenda salutaria germina discipline ydonea existere dinoscuntur. (Bulle de Nicolas IV décrétant l'érection des Écoles de droit, de médecine et des arts en Université. Arch. mun., grand chartrier, arm. B, ass. 1v, n°5). — Cartulaire de l’Université de Montpellier, ne 20, t. [, pp. 210-2411. — Gariel, Idée, p. 140. |
LES FACULTÉS CONSTITUÉES EN UNIVERSITÉ 371 sciences d'y produire. Voilà pourquoi nous accordons, de nôtre autorité, É 1 présentes pour que cette ville constitue désormais un foyer d’études générales, Studium generale, où les maîtres puissent enseigner, les élèves s’instruire, en suivant les cours des Facultés régulièrement établies !. Que s al s'y rencontre un jour des sujets qui, ayant acquis le prix de la | Science, solliciteraient, à leur tour, la licence d'enseigner pour instruire les autres, nous voulons qu'ils puissent s'y faire interroger sur le droit canonique et sur le droit civil, sur la médecine et les arts, pour
néanmoins à tout candidat à la maîtrise de se présenter devant l'évêque diocésain de Maguelone ou son délégué spécial. Ceux-ci convoqueront le maître de la Faculté que concerne l'épreuve à subir, pour procéder avec eux gratuitement et sans difficulté à l'examen du candidat ou des candidats ?. L'évêque consulte les professeurs et, suivant leur opinion, décide des admissions. Les votes absolument secrets, sous peine de malédiction divine, ne doivent s'inspirer ni de la faveur n1 de la haine ; en cas de vacance du siège épiscopal, l’un des trois archidiacres, suivant son tour hiérarchique, remplace l’évêque. Les maîtres qui refuseraient
À Cum autem locus Montispessulani, celebris plurimum et famosus, aptus valde pro studio, consideratis diligenter ejus conditionibus, dinoscatur, nos, utilitati publice quamplurimum expedire credentes, ut in loco ipso cultores sapientie inserantur, fructum desideratum, larg'ente scientiarum Domino, in tempore producturi, auctoritate presentium indulgemus, ut in dicto loco sit deinceps Studium generale, in quo magistri doceant et scolares libere studeant et audiant in quavis licita Facultate. (Cartulaire de l’Université de Montpellier, t. I, n°20, p. 211).
2 Et si qui, processu temporis, in eodem Studio fuerint qui, scientie bravio assecuto, sibi docendi licentiam, ut alios licentius erudire valeant, petierint impertiri, sanccimus ut, in jure canonico et civili, necnon et in medicina et artibus, examinari possint ibidem et in eisdem Facultatibus dumtaxat tifulo magisterii decorari; statuentes ut, quotiens aliqui ad magisterium fuerint promovendi, presententur episcopo Magalonensi, loci diocesano, qui fuerit pro tempore, vel ei quem ad hoc idem episcopus duxerit deputandum , qui, . magistris Facultatis illius, in qua examinatio facienda fuerit, de Universitate vestra in | eodem Studio presentibus, convocatis, eos gratis el difficultate quacumque sublata, de
tiam largiantur… (Id., ibid.):— Nous nous demandons comment et pourquoi Germain traduit gratis , par de bonne grâce. La gratuité n'était-elle pas un principe général, absolu ?
3 De scientia, facundia, modo legendi et aliis que in promovendis ad doctoratus officium requiruntur, exæaminare studeant diligenter, et illos, quos ydoneos repererint, pelito secrete
obtenir, mais, dans ces Facultés seulement, le titre de maîtres, imposant .
scientia, facundia, modo legendi,.… examinare studeant diligenter,.… eisque petitam licen-
Due eorumdem consilio, quod consilium, in ipsorum consulentium dispendium,
de faire partie du jury perdraient les avantages et les bénéfices de l'Université. La licence , obtenue à Montpellier, confère le pouvoir de professer dans toute la chrétienté, ic et ubique terrarum »1.
Cette bulle révèle un fait nouveau et significatif dans l’histoire des Universités : c'est plus qu'un acte de fondation, c'est la reconnaissance officielle d’une véritable possession d’État; c’est l'investiture solennelle des Facultés préexistantes, ainsi que fera Jean XXII, le 9 juin 1318, en instituant le Studium generale de Cambridge ?. C'était en même
‘temps pour l’École de médecine, la confirmation d’une institution ainsi
désignée et recommandée à toute la Chrétienté ; pour l’École de droit qui n'avait pas encore de slatuts, pour la Faculté des arts, sans action en dehors des Frères Prêcheurs, un acte de rénovation. S'il n'est pas question de théologie, c’est que celte branche, surtout étudiée dans les
couvents, était réservée spécialement à l’Université de Paris #.
vel jacturam, revelari quomodolibet, sub divine maledictionis interminatione, districtissime prohibemus, approbent et admittant, eisque petitam licentiam largiantur, alios minus ydoneos penitus repellendo, postpositis omnino gratia odio vel favore. Ceterum, ne, vacante Magalonensi ecclesia, contingatl promoveri volentes ad magisterium impediri, volumus ut, cum in ipsa ecclesia tres esse archidiaconi asserantur, archidiacono majori presenti, vel, eo in remotis agente aut forsitan prepedito, secundo, vel, illis prepeditis aut absentibus, tertio promovendi, hujusmodi vacationis tempore, presententur, qui eos examinent et examinatos approbent vel reprobent, secundum modum in episcopo prenotatum. (Bulle de Nicolas IV. Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. I, n° 20, pp. 241-212).
4 Jlli autem qui in loco prefato examinati et approbati fuerint ac docendi licentiam oblinuerint, ut est dictum, ex tunc, absque examinatione vel approbatione alia, regendi et docendi ubique plenam et liberam habeant facultatem, nec a quoquam valeant prohiberi…. Qui vero juramentum hujusmodi prestare noluerint, nec ad legendum, nec ad examinationes easdem, nec etiam ad aliqua Universitatis vestre comoda vel beneficia ullatenus admittentur. (Ibid., p. 212).
2 Denifle, Die Universitäten, p. 353.
3 « Pour donner un nouvel essor à l'Université de droit, et peut-être des arts, il fallait
obtenir pour le Sfudium generale qui n'avait qu'une existence de fait, per consuetudinem, les privilèges et la reconnaissance légale des Universités officiellement établies. Elle s'adresse,
en eftet, aux docteurs et aux étudiants de l’Université de Montpellier, forme qui, dans l'usage’
constant de la chancellerie pontificale à cette époque et dans les termes mêmes, suppose une Université magistrorum et scolarium déjà constituée. C'est ainsi que les lettres de Grégoire IX aux maîtres et étudiants de Toulouse ne fondaient pas en réalité l'Université de cette ville mais la confirmaient et l’organisaients. (Tardif, Hist. des Sources du Droit en France, Liv. V, ch. 1, p. 31).
# Crevier, Hist. de l’Université de Paris, Liv. HE, t. IN, p: 120.
C'est le VI° Centenaire de cette bulle que Montpellier a célébré en 1890. L'initiative en avait été prise par Alexandre Germain, l’illustre historien ‘. A sa mort, en 1885, le comité, constitué avec les principales notabilités de la cité, résolut, à cette occasion, de convier toutes les Universités de France et de l’étranger?. Cette décision préoccupa le gouvernement qui, par crainte de manifestations antiallemandes et de complications diplomatiques, resta un mois sans répondre à l'invitation du Maire. La chute du cabinet Tirard et l'avènement d’un cabinet De Freycinet changèrent les dispositions officielles et firent décider,
en haut lieu , le voyage à Montpellier du chef de l'État, M. Carnot,
et des nouveaux ministres de l'Intérieur et de l’Instruction publique, MM. Constans el Bourgeois’. Les fêtes furent célébrées avec un
1 Mémoires de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 1883-1884, t. VII, pp. 415-
2? « Notre cité avait déjà de précieux parchemins ; elle possèdera bientôt un titre unique: elle sera la seule en France qui ait célébré, au x1x° siècle, le centenaire de son Université. Ni Paris, ni Bordeaux n'ont eu ce mérite; Orléans ne pourra revendiquer ce privilège qu'en 1942 !
« Le Comité du Centenaire se compose de deux éléments : les représentants des Facultés et des grandes Écoles: les délégués des sociétés savantes et certaines notabilités littéraires, scientifiques et artistiques.
« Si nos Facultés formaient une petite église, on pourrait diré que ce second élément non officiel est l'élément laïque; mais elles constituent la république des lettres, ouverte à tous les hommes d'intelligence et de travail. C’est peut-être la seule qui ne proscrive personne et recoive avec empressement même les princes et les empereurs.
« L'importance , à Montpellier, de cet élément social prouve à quel point notre bonne ville est par elle-même un centre universitaire, que ne vaudront jamais ni Lyon ni Marseille, villes d'industrie et de commerce. Ces grandes agglomérations peuvent nous écraser par leurs ressources budgétaires; un décret peut supprimer telle ou telle Faculté, comme celle de Douai, et en créer de nouvelles, comme à Lille; mais Alexandre le Grand lui-même n’a pu fonder une nouvelle Athènes, et Berlin ne remplacera jamais Weimar ». (F. Fabrège, Le Comité du Centenaire, Éclair de Montpellier du 16 janvier 1890. — Les Fêtes du VI° Centenaire de l'Université de Montpellier, 1289-1890. Montpellier, 1890, ia-8°, p. 18).
3 «Ces deux noms, le premier surtout, n'étaient pas faits pour rallier les libéraux, les conservateurs et les catholiques, encore sous l'émotion de l'exécution des décrets de 1880
contre les congrégations et des projets annoncés contre la liberté d'enseignement. Dès le
début, nous nous efforçèmes de dissiper les préjugés et les hostilités en faisant ressortir le caractère d'un événement qui devait faire revivre un glorieux passé et assurer notre avenir
intellectuel qui n’était d’ailleurs que la glorification d'un acte pontifical. (Éclair de Montpellier
des 14 mai 1889, 16 janvier, 16, 17, 18, 20, 23, 25 mai 1890). Nos amis prouvèrent par leur généreux concours qu'ils avaient compris et qu'ils s’associaient à cette œuvre patriotique. Une
circonstance manqua faire avorter les meilleures intentions. La date fixée pour l’arrivée du
2,0 ht dx Ba T4 « F5 ne TU | a, me
incomparable éclat et le concours unanime de la population les 23, 24 et 25 mai 1890. FER Late
Ce succès prouva la participation et l'unanimité de tous les partis, quand il s’agit des intérêts supérieurs de la science et des nobles
destinées du pays. Il a été tout à l'honneur des catholiques et des |
vrais libéraux puisqu'il fut le triomphe de la tradition historique et
chef de l'État tombait un vendredi, semaine des Quatre-Temps, avant-veille de la Pentecôte, et le programme arrêté d'avance comportait pour le soir un banquet de mille couverts. N'aurait-on pas vu dans cette coïncidence une provocation, tout au moins une inconvenance, qui eût légitimé, avec la protestation indignée des fidèles, l’abstention forcée, notamment des conseillers généraux, de 212 maires conservateurs sur 336?
« Heureusement que la dépêche annonçant le voyage du Président de la République fixait la date sanS préciser le jour de la semaine. Nous nous fimes un devoir d'informer immédiatement l’évêque, pour qu'il écrivit à Rome afin d'en obtenir la dispense du jeûne et même
- de l’abstinence. Mgr. de .Cabrières s’empressa d'approuver notre initiative, et, en réponse à
la lettre épiscopale, Léon XII, un intellectuel entre tous, non seulement concéda ces privilèges, mais en'vrai successeur de Nicolas IV, voulut participer à la solennité, en déléguant, pour le représenter, le Père Denifle, un Frère Prêcheur, directeur des archives vaticanes, l'historien même des Universités (Voir ci-dessus, t. IH, ch. xxvir, p. 557).
« En venant à Montpellier, comme le roi de Suède à Upsal, l’empereur d'Allemagne à Heidelberg et le roi d'Italie à Bologne, le chef de l’État donne à cette fête le caractère d’une solennité nationale et historique. Ce ne sont pas les hommes d'ordre qui seraient capables de manquer aux lois de l'hospitalité en oubliant le respect et les égards dus à sa personne et à sa situation... Telles sont les conditions émises par quelques-uns au sein du Comité et qui ne pouvaient soulever aucune contradiction. Il est vrai que, partout ailleurs, dans les pays protestants surtout, ces fêtes ont été inaugurées par une cérémonie religieuse. Cette lacune est d'autant plus regrettable, à Montpellier, que la Cathédrale et l'École de médecine actuelle ont été bâties par Urbain V, qui professa pendant vingt ans dans notre Université. C'est encore lui qui fonda le Collège de Mende, dont un écrivain plein de charme et d’érudition, Mile L. Guiraud, a écrit l'histoire; c’est enfin son frère, le cardinal Anglic Grimoard, qui éleva le Collège Saint-Ruf. É
« Au moment des élections, nous n’avons certes dissimulé ni nos convictions, ni nos revendications. Nous ne cesserons jamais de dénoncer la guerre faite à notre foi, et si nous sommes les ennemis des privilèges, nous combattrons toujours, au nom de la liberté, tout régime d'exception contre l'Église. |
« Mais ce ne sont pas nos Facultés, ce ne sont pas nos professeurs, dont un grand nombre partagent et pratiquent nos croyances, que nous devons rendre responsables de l'irréligion officielle. $
«Ce serait surtout méconnaître notre Évêque que de le supposer capable d'oublier et de négliger pour sa part les glorieuses traditions de ses prédécesseurs, qui ont ouvert, soutenu et illustré nos Écoles, nos Collèges, l'Université. 11 ne manquera pas de nous donner rendezvous dans le monument d'Urbain V, la gloire de l'Église et de la France, l'incomparable bienfaiteur de Montpellier ! |
« La solennité religieuse ne sera donc pas officielle, c’est convenu; elle n’en sera pas moins populaire et n’en aura que plus de signification.
» dela justice rendue au passé. S'ils ne pouvaient hésiter à s’y asso-
| cier du fond du cœur, ils ont montré, dans celte circonstance, que le 0 patriotisme dominait chez eux toute préoccupation d’esprit de parti. . 16 Les laïcisateurs, de leur côté, nous leur rendons pleine justice, ont eu SR le bon goût d'éviter tout ce qui aurait pu donner à cette solennité la
moindre apparence politique, pour lui maintenir le prestige et le mérite d'une fête intellectuelle.
D Les uns et les autres ont également prouvé que nos populations
«Rien ne manquera à ces fêtes, qui peuvent être très intéressantes et très brillantes. Elles ne seront un succès pour aueun parti; mais elles satisferont et réjouiront tous ceux qui rêvent la grandeur de la cité, l'union et le concours de toutes les classes et de toutes les opinions dans un même élan de patriotisme local et dans une généreuse émulation de fierté nationale. :
« EL quand toutes les nations d'Europe, quand les États-Unis et l'Australie enverront, même à travers les océans, l'élite de leurs savants pour nous rendre hommage, comment n’éprouverions-nous pas un tressaillement de légitime orgueil? Comment les gouvernements et les siècles pourraient-ils oublier et méconnaître jamais que Montpellier a été, que Montpellier est, que Montpellier veut être et doit rester toujours un des plus lumineux foyers de la civilisation ». (F. Fabrège, Éclair du 16 mai 1890. — Les Fêtes du VI: Centenaire de l'Université de Montpellier, 1289-1890. Montpellier, in-8°, pp. 19, 20, 21, 22).
« Cinq siècles avant la Révolution francaise, plus de deux avant que Christophe Colomb
. découvrit l'Amérique et que Vasco de Gama traçât la route des Indes en doublant le cap de Bonne-Espérance, trois cents ans avant que Philippe IT eût fait de Madrid une grande ville, quatre cent quatre-vingt et un ans avant que Pierre le Grand posât la première pierre de Saint-Pétersbourg, alors que Berlin n’était qu'un méchant village, le 26 octobre 1289, le pape
Nicolas IV érigeait les Facultés de Montpellier en Université.
« 11 n’y a que dix villes dans le monde qui puissent se prévaloir d’avoir obtenu avant nous cette insigne distinction: Paris et Toulouse en France; Oxford en Angleterre ; Valence et Salamanque en Espagne; Coïmbre en Portugal; Bologne, Naples, Padoue, Rome en Italie. L'Université de Vienne ne date que de 1365, celles de Copenhague et d'Upsal que de 1476, celle de Berlin que de 1811!
« Si la constitution des Universités investissait les Facultés du privilège de conférer des grades reconnus dans toute la Chrétienté, elles devaient, pour mériter cette récompense, avoir fait depuis longtemps leurs preuves.
« C'est ainsi que notre École de médecine remontait au xre siècle, peut-être même au x°; celle de droit à Placentin, en 1160; celle des arts à 1242. La Faculté de théologie ne devait exister qu'en 1341.
«Neuf siècles de haute culture intellectuelle et d'enseignement supérieur, voilà nos états de service! voilà nos quartiers de noblesse ! À « Quel est le citoyen digne de ce nom, quel est l'homme d'intelligence et de cœur que 0 L à ce cette seule pensée pourrait laisser indifférend ou insensible? Qui voudrait opposer le dédain FA ou l'oubli à cette majesté des souvenirs? Qui oserait, en profanant ce patrimoine, sacré des traditions et des services rendus, provoquer l'indignation d'outre-tombe de ces trente générations modestes, mais fécondes, vouées au travail, à la recherche de la vérité, au progrès
méridionales, pleines de vie et d'enthousiasme , ont, au même degré, le sentiment des convenances, la passion des plaisirs délicats, le respect de toutes les opinions. Elles ont ainsi donné la mesure de leur intelligence et de leur éducation en même temps que l'exemple d’une admirable tenue. On n’a pas entendu la moindre note discordante, et, malgré la présence de cent mille étrangers, pas le moindre délit ne fut signalé.
Quinze ans avant, alors qu'il était question de reconstituer quelques centres universitaires, M. Waddington, ministre de l’Instruction
de la science, au soulagement de l'humanité, qui popularisèrent, aux derniers recoins de l'Europe, le renom de Montpellier et firent admirer le génie de la France ?
Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor. :
« C’est donc un fait glorieux entre tous que le VIe Centenaire de l'Université a pour but de mettre en relief et que vont proclamer les trois cents délégués de l’ancien et du nouveau monde, qui ont annoncé leur arrivée, non seulement. des extrémités de la France, mais de Stokolm et de Palerme, de Saint-Pétershbourg et de Coïmbre, de Dresde et de New-York:
« Pour rehausser l'éclat de ces fêtes, toute la ville est en liesse, et des flots de visiteurs vont se répandre dans nos murs. L'Académie française, l'Institut, les Sociétés savantes, Les Facultés de Paris et de province, tes Universités d'Europe et d'Amérique se font représenter. Et, ce qui doit ajouter à cette fête un prestige national et la consécration même de la France, le Chef de l'État vient à Montpellier.
« Il ne s'y rend pas accidentellement, comme à Marseille, ni dans un but politique, comme en Corse. Il vient exprès, non pas au nom d'un parti, mais au nom de la Patrie, pour saluer notre grandeur tant de fois séculaire et, en témoignant par sa présence que la troisième Université par la date est plus vivante que jamais, reconnaître et consacrer notre centre universitaire.
« Assurément les monarchistes ne peuvent, sans trahir leurs convictions, acclamer le Président de la République, les chrétiens de toute confession et Les libéraux de toute opinion sympathiser avec un gouvernement, ennemi systématique de toute religion et frelateur, dans l'Hérault surtout, du suffrage universel. Mais, s'ils ne rendent pas M. Carnot responsable personnellement de tous les attentats de son gouvernement ou de la majorité parlementaire, ils ont trop l'habitude et le sentiment du respect pour ne pas accueillir avec convenance le premier magistrat, qui fait même acte d'indépendance vis-à-vis de certains ministres en ne dédaignant pas de rendre hommage, lui, Président de la République, à l'œuvre de nos Évêques, des Papes et des Rois.
« Pour obtenir ces résultats, tous les partis ont oublié leurs divisions et se sont unis dans un même esprit de générosité, de paix et de concorde contre les prétentions, les jalousies et les intrigues des villes rivales. Ils ont proclamé et loyalement pratiqué la trève du Centenaire,
comme nos pères du Moyen âge observaient la trêve de Dieu. En appréciant sous ce rapport :
les intentions de tous, depuis l'Évêque jusqu’à la Municipalité, nous n’aurons, il faut le croire, rien à regretter, ni de notre pleine confiance ni de notre loyal concours.
« Comment en serait-il autrement? N'est-ce pas le propre des belles-lettres et des arts libéraux d’adoueir et de polir les mœurs, humanitate politior, en écartant, comme dit encore Cicéron, tout ce qui peut choquer, quæ ab humanitate discrepant ?
« Aussi, bien que la cérémonie de Saint-Pierre ne soit pas officielle, nous pouvons garantir
publique, arrivait à Montpellier, l’esprit prévenu en faveur des villes plus populeuses. Lorsqu'il eut visité la nôtre, fait connaissance avec notre personnel, admiré nos collections de toute nature, il fut si émerveillé
qu'il ne put s'empêcher de s’écrier: «Il y a entre Montpellier et les villes rivales toute la différence qui distingue un fils de famille de simples parvenus ».
C'est, dit-on, ce qu’à son tour proclame M. Carnot lui-même. Très sensible aux égards que l’on prodiguait à sa personne, il ne s’est pas
qu'elle sera magnifique. Ceux-là mêmes qu’on aurait pu croire hostiles, ou tout au moins indifférents, ne seront pas les moins empressés à se rendre dans le temple d'Urbain V. Et qu'il nous soit permis, à ce propos, de remercier Mgr. de Cabrières de son initiative et de son ardeur à prôner le Centenaire. S'il obéit surtout aux nobles instincts de son âme et à sa haute intelligence des traditions glorieuses de l'Église et dé sa ville épiscopale, il prouve, en faisant valoir qu'il est le successeur des chanceliers de l’Université, quel cas il fait de cette dignité, et que, si l'Église a le culte de la science et du travail, elle honore dans le professorat un véritable sacerdoce.
« C’est ainsi qu'il continue l’œuvre de ses ancêtres, fondateurs de nos Écoles, de nos Collèges, de nos Facultés, dont le brillant tableau sera fait, à la grande solennité du Pevrou, par un Athénien, né à Paris, Montpélliérain par adoption, le gendre de Germain, et à qui nous devons la publication de cette Histoire de l'Université de Montpellier, l'ouvrage posthume de l’illustre doyen.
« Si M. Croiset, personnifie l'atticisme, c’est un de nos concitoyens, descendant des trouvères et des troubadours, qui a composé l'ode sur l’Université que doit lire Mounet-Sully, le grand artiste du Théâtre-Français. M. de Bornier ne se complaît que dans les régions les plus pures, sur les hauteurs d’où sa muse domine le monde et les siècles. Le chantre de la Fille de Roland, le vengeur de la femme dans Mahomet, a surtout une passion qui fait vibrer son âme et est le trait dominant de sa poésie, le sentiment, l'amour de «douce France », comme disaient les héros du cycle épique.
« Un autre enfant de Montpellier, qui s'exprime en musique comme de Bornier en vers, dirigera la représentation de son dernier chef-d'œuvre. Par ses symphonies et ses récitatifs, Paladilhe ne personnifie-t-il pas aussi nos conteurs de chansons de geste, qui, en exaltant les preux, fondateurs de notre nationalité, préparèrent de grandes et fortes races, capables de tous les héroïsmes, au seul nom de Patrie ?
« Le même sentiment a encore inspiré celui qui a fait exécuter pour les étudiants de l'Unversité un beau drapeau. Il a tenu à y mettre, comme le Comité sur les affiches du Centenaire, l'image de la Vierge, qui a figuré sur nos armes, depuis le départ de Guillem V pour la croisade, jusqu'aux jours de deuil où notre territoire fut entamé. En l’enlevant, à cette époque, les républicains se sont-ils doutés que cet emblème de notre foi devenait sacré comme la relique du patriotisme, puisque le blason de Montpellier était précisément le même que celui de Strasbourg ?
« Qu’au souvenir de nos provinces perdues, de nos gloires passées, et surtout des plus chères espérances, que nous avons le droit et le devoir de raviver, tous les cœurs battent à l'unisson! que la ville s’épanouisse d'enthousiasme! que tous nos concitoyens brûlent d'une même ardeur patriotique !
fait illusion sur l'attitude discrète et réservée de la foule au point de vue gouvernemental. D'autant plus reconnaissant que cet accueil sympathique s’alliait à l'indépendance des convictions, il a fait ressortir le contraste de ce bon ton général avec les démonstrations bruyantes et compromettantes des radicaux dans les autres villes.
Les revues et les journaux étrangers enfin d'Édimbourg et d'Oxford, de Genève et de Rome, de Saint-Pétershbourg et de New-York, ne tarirent pas d’éloges sur la magnificence des fêtes et la courtoisie parfaite
«Lorsque défilera le long de nos rues ce cortège historique, où seront figurés les corporations locales, les collèges de toutes nations, les Facultés presque millénaires, et ce corps de consuls, préposé depuis 1204 à la garde de nos franchises, surtout du patrimoine sacré des traditions et des intérêts de nos Écoles, tout le monde comprendra qu'il s'agit de faire valoir l'héritage des siècles pour le sauver et l’'augmenter. Mais, si nous réclamons le privilège et l'honneur de former dans nos murs des générations viriles, des esprits supérieurs, des hommes de cœur, d'honneur et de travail, c'est pour refaire la France vaincue, mutilée comme au temps de Roland et de Jeanne d’Are, qui doit ressusciter toujours plus vivante du tombeau où ses ennemis croient l'avoir fait descendre, parce qu'elle est et doit être, comme disait, la main sur Durandal, le héros mourant de Roncevaux, France la solue, c'est-à-dire le pays libre par excellence ». (F. Fabrège, La Trève du Centenaire, Éclair du 16 janvier 4890. Le VI: Centenaire de l'Université de Montpellier, 1289-1890, pp. 23-27). — Au lendemain de cet article, la Vierge reparut sur les affiches municipales et sur les médailles des conseillers municipaux, même sur la poitrine du serrurier crocheteur du couvent des Carmes en 1881.
« Le Centenaire produit déjà un tel effet que partout on s'occupe de nous.
« Il y a huit jours, un esprit charmant, qui porte un des noms les plus honorés de Paris, M. Henry Cochin, venait, à l’occasion de nos fêtes, rechercher, pour un livre qu'il publie, la trace de Pétrarque qui étudia chez nous pendant quatre ans. Germain en a cité deux passages sur notre ville. La Commission du Cartulaire en a imprimé quatre dans l’appendice du premier volume. Notre ami nous en a signalé trop tard deux de plus.
« Hier, un prêtre de Toulon, l'abbé Daniel, nous adressait une lettre enthousiaste à propos des « géants qui ont étudié à Montpellier et en parlent dans leurs écrits », notamment Bruneto
Latini, le maitre du Dante, l'ami de Vincent de Beauvais, de Thomas d'Aquin, de saint Louis,
qui nous prouva sa prédilection en écrivant son grand poème Le Trésor des connaissances humaines en français, parce que cette langue est la plus délectable.
«Ce matin, nous recevions de M. de Muntz, conservateur de l'École des Beaux-Arts, une brochure intitulée: VZe Centenaire de l’Université de Montpellier. — Les Constructions du pape Urbain V à Montpellier, d’après les archives du Vatican. Cette curieuse étude complète les monographies de Mille L. Guiraud, aussi remarquables qu'introuvables. (F. Fabrège, Le Cartulaire de L'Université de Montpellier, Éclair du 17 mai 1890. — Le VIe Centenaire de l’Université de Montpellier, in-8, pp. 29-30).
« Le grand Pontife qui place au-dessus de toutes les œuvres la restauration des hautes études, et a proclamé la France la nation noble par excellence, nobilissima gens Gallorum, le successeur de Nicolas IV, d'Urbain V, de Martin V, veut participer au Centenaire. Il nous envoie le Père Denifle, le savant le plus compétent sur l’histoire des Universités. IL dispense même les fidèles de l’abstinence et du jeûne le 25 mai et le 26, vigile de la Pentecôte. Il ne se