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avec laquelle ont été accueillis les hôtes étrangers, reçus partout comme des amis et des frères.
En représentant avec tant de dignité la bonne grâce et la générosité nationales, Montpellier à ainsi contribué à faire apprécier les qualités naturelles du génie français. Elle n'avait d’ailleurs qu’à demeurer fidèle à ses traditions pour justifier, une fois de plus, sa vieille réputation d’urbanité, de distinction sociale et de supériorité scientifique, Elle s’est conc révélée, plus que jamais, un lieu privilégié et, comme la qualifiait déjà, en 1289, le pape Nicolas IV, dans la bulle qui décrétait l'érection des trois Facultés de droit, de médecine et des arts en
Université « la ville fameuse qui passe pour convenir merveilleusement
demande même pas si l'Église a sa part suffisante dans ces fêtes ; il ne voit qu'une chose,
c’est que le Centenaire, qu'on le veuille ou non, doit tourner à la glorification de l'Église.
« La première loi promulguée par Jehovah n'a-t-elle pas été la loi du travail? La. première mission des apôtres celle d’enseigneur? Or, qu'est-ce une Université, sinon un centre de travail et d'enseignement ?
-« Voilà comment toute Université est, même à son insu, une œuvre chrétienne, de même que ces.professeurs, que nous regrettons de ne pas voir tous partager nos croyances, remplissent la vocation de l'humanité, labora sicut bonus miles Christi !
« Que le Saint-Père soit béni d'avoir ajouté un nouvel anneau d'or à la chaîne des bienfaits qui rattachent à Rome, depuis six siècles, l'Université de Montpellier ! Aussi, en illuminant la ville entière, depuis les plus beaux hôtels jusqu’à la plus modeste mansarde, suivant le vœu de notre Évêque, nous n'oublierons pas que ces feux de la terre ne sont que les reflets de la lumière du ciel, dont Léon XIII fut prédestiné à être la vivante image, lumen in cœlo!» (F. Fabrège, L'Université de Montpellier et l'Église; Éclair de Montpellier du 18 mai 1890. — Le VI° Centenaire de l'Université de Montpellier, 1289-1890, pp. 36-31).
« Il en est des Facultés comme des plantations. Elles ne viennent et ne prospèrent que dans
.des milieux abrités contre les tourbillons des grandes villes qui entrainent et flétrissent la
jeunesse, comme les vents impétueux emportent et dessèchent les fleurs !
« Sous les rois, les sujets avaient, en certaines circonstances, le droit d'exposer leurs doléances. En République, quand on a le chef de l'État dans ses murs, on lui doit la vérité.
« En terminant l'histoire du règne de Louis XIV, Henri Martin fait observer que la France pardonne même aux despotes et n’est implacable que pour ceux qui la dégradent.
« Chrétiens et libéraux, nous pouvons dissimuler, un jour, nos plaintes et nos revendications ; paysans et propriétaires, oublier que la viticulture française a surtout contre elle le Gouvernement. Montpelliérains, nous ne lui pardonnerions jamais d’ôter le moindre fleuron à cette couronne de la royauté scientifique, notre attribut, que les Papes, les Rois et les siècles ont posée sur notre front ». (F. Fabrège, L'Université de Montpellier et la République; Éclair du 23 mai 1890. — Le VI Centenaire de l'Université, p. 43). — Malgré l'éclat du Centenaire, le Gouvernement fut sur le point de créer par décret une faculté de médecine à Marseille, ce qui eut amoindri celle de Montpellier. Le Parlement eut heureusement l’idée de retirer ce pouvoir au ministre en exigeant une loi au lieu d’un simple décret.
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à l'étude, locus Montispessulant, celebris plurimum et famosus, aptus valde pro studio ». Voilà comment elle a été pendant des siècles, pourquoi elle demeurera toujours le vrai milieu universitaire du Midi de la France. |
Quelle influence avait décidé Rome à concéder à Montpellier ce privilège d'une Université? Quelle autorité fut assez prépondérante pour surmonter les oppositions, vaincre les rivalités, donner à nos Facultés la sanction d’une reconnaissance publique et officielle de la chrétienté ?
Il n’est pas téméraire de reconnaître ici l’action de Guillaume Durand, ancien chanoine de Maguelone, formé à l'École de Montpellier, justement distingué par Innocent IV et Clément V, deux papes dont nous avons montré la vive sollicitude pour notre Église !. Si le Spéculateur
n'a pas été le promoteur de la décision, il n'y fut certainement ni étranger ni indifférent. Promu à l'évêché de Mende en 1286?, mais retenu par ses hautes fonctions auprès du Saint-Siège jusqu'en 12913, il dut avoir bien des occasions de rencontrer le Pontife. [l était notamment à Rome le 12 février, à Rieti le 18 mai; et les registres pontificaux attestent que Nicolas IV séjourna dans la première ville du 27 octobre 1288 au 13 mai 1289, dans la seconde du 20 août au 7 octobre. Comment le Pape n'aurait-il pas consulté un personnage d’une si haute valeur que Guillaume Durand, d’une compétence unique , plus autorisé que personne pour l’édifier sur la région et les écoles de Montpellier dont il avait suivi les cours? Et quel plus grand désir devait tenir au cœur de cet éminent prélat que de relever l'enseignement du droit dans la patrie adoptive de Placentin et dans le diocèse de Maguelone, fief du Saint-Siège, dont 1l avait été un des principaux chanoines et qui avait
1 Voir ci-dessus, t. III, ch. xxvi,. — Ajoutons, avec Sarti, qu’une ville ayant été détruite pendant ces interminables guëérres d'Italie, Guillaume Durand la fit rebâtir, en 1284, dans un lieu plus favorable et lui donna son nom Castrum Durantis, dont le pape Urbain VII fit l'Urbs Urbania. (Sarti, De Claris archigymnasii Bononiensis professoribus, a seculo x1° usque &d sœculum, XIV, pp. 389-390). — De Savigny, Hist. du Droit romain, t. IV, p. 187.
? Gallia christiana, t. 1, Instr., col. 26.
$ Potthast, Regesta Pontificum, n°” 22826 à 22964,, 22964-23899.
4 Sarti, ibid., p. 391.
profité de la haute influence de Clément IV, le pape originaire de Saint- Gilles 1?
A ces raisons personnelles on peut en ajouter une autre : c’est que Montpellier avait une importance singulière comme centre international : peuplée de Juifs et de Levantins, elle constituait un centre polyglotte.
Dans le principe, l’Église usait du grec, langue universelle, qui, de l’aveu de Cicéron, était plus répandu et portait plus loin que le latin: Græca léguntur in omnibus fere gentibus, latinæ suis finibus sane continentur?. Aussi est-il à peu près certain que saint Thomas d'Aquin put lire dans l'original Aristote qu'il cite à tout propos; il eut, en tout cas, à sa disposition, le concours d’un helléniste , frère de Guillaume de Moerbeck, dominicain flamand qui vécut longtemps en Grèce#. Une bulle de Clément V, de 1308, prouve que l’enseignement médical se faisait dès lors, non dans les livres arabes, mais dans les traductions grecques d'Hippocrate et de Galien 5. Or « le grec était ailleurs presque
4 Le 10 décembre 1910, le bâtonnier du barreau de Paris, M. Buisson-Billault, à l’occasion du Centenaire de l'Ordre des avocats, en exquissa les origines et l’histoire. Parmi les avocats les plus célèbres, il n’eut garde d'oublier « Guillaume Durand, auteur du Miroir de la Science du Droit, Guy Foucault, avocat remarquable par son talent et ses vertus; il devait être un des rares papes que la France ait donnés à l'Église, le seul au moins cédé par nôtre ordre au Saint-Siège. Évêque du Puy, archevêque de Narbonne, puis cardinal, il ceignit la tiare en 1265 sous le nom de Clément IV. Il sut conserver sur le trône pontifical la simplicité professionnelle». (Discours prononcé par M. Buisson-Billault, bâtonnier de l'Ordre des avocats, à l'ouverture de la Conférence des stagiaires, le 19 décembre 1910, p. 15). — Sur Clément IV, voir notre ist. de Maguelone (1. If, ch. xur, et t. IF, passim). — En 1910, le chanoïne Nicolas, ancien curé de Saint-Gilles, membre de l’Académie de Nimes et du Comité de l'Art chrétien, a publié un volume plein d’érudition et d'intérêt, qui lui a coûté dix-sept ans d’études et est un monument élevé à la gloire de ce pontife déjà honoré d’un culte dans certaines églises et qu'il voudrait voir placé sur les autels: Un Pape Saint-Gillois. Clément IV dans le monde et dans l'Église, beau volume in-8°. Nimes, Imprimerie générale.
2 Cicéron, Pro archia, X. — Paul Allard, L'Expansion du Christianisme à l’époque des persécutions ; Revue des Questions historiques, t. LXXIX, p. 366.
3 Gardeil, Revue thomiste, septembre-octobre 1903, p. 427.
4 Bernard Gui, cité par Denifle, Archiv. fur litterat. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux des Frères Précheurs, t. I, p. 129. — Sur l'étude des langues, notamment du grec, dans les cloîtres, voir ci-dessus, ch. xxv, pp. 343, 341.
5 Regesta Clementis papæ V, ex vaticanis archetypis sanctissimi Domini nostri Leonis XIII pontificis nunc primum editum cura et studio monachorum ordinis Sancti Benedicti. Romæ 1885, t. II, passim.
totalement ignoré, l’hébreu encore plus. Je ne sais si Paris peut fournir en ce temps d’autres exemples de personnes instruites dans les langues grecque et hébraïque qu'Abélard et Héloïse »!.
Le latin ne tarde pas à devenir la langue courante, fondamentale et classique des écoles, où les études philosophiques et théologiques en continuent la tradition et l'usage. C'est lui qui affine les idiomes grossiers des barbares, qui en fait les langues de la civilisation moderne, les langues de Dante et de Pétrarque, de Bossuet et de Voltaire ?. Aussi sommes-nous assuré que si l’envahissement des sciences pratiques et industrielles en amenait l’abandon, que s'efforcent de réaliser dans les établissements de l'État nos gouvernants laïcisateurs, il trouverait toujours, comme au temps des invasions, un asile dans l'Église. Loin
! Tiraboschi, Storia, t. V, lib. ITF, cap. 1v. — Jean de Salisbury, Robert Grossetête, Roger Bacon, Albert le Grand, Héloïse même semblent avoir connu le grec et l’hébreu. (Brücker, Hist. crit. philosoph. périod., 3° partie, I, Lib. [, ce. 1). — Scheyel, Hist. de la Littérature, liv. Il, ©. 1. — Sur la continuité des études grecques au Moyen âge, voir Jourdain, Recherches sur les traductions d’Aristote, 2° édit. — Ozanam, Dante. OEuvres complètes, t. VE, p. 12. — Crevier, Hist. de l’Université de Paris, liv. E, t. I, p. 239.
2 «Qu'on jette les veux sur une mappemonde, qu'on trace la ligne où cette langue universelle se tut, là sont les bornes de la civilisation et de la fraternité européenne; au delà vous ne trouverez que la parenté humaine qui se trouve heureusement partout. Le signe européen, c'est la langue latine. Le dernier siècle qui s’acharne sur tout ce qu'il y a de sacré et de vénérable, ne manque pas de déclarer la guerre au latin. Seule, entre toutes les langues mortes, celle de Rome est véritablement ressuscitée; et, semblable à celui qu'elle célèbre depuis vingt siècles, elle ne mourra plus: Christus resurgens ex mortuis jam non moritur. (Rome, VI, 9)». (Joseph de Maistre, Du Pape, Liv. II, ch. xx).
3 «Il y a un demi-siècle, pendant cette période trop courte de véritable liberté durant laquelle les évêques de France pouvaient se réunir et concerter les mesures qu'ils estimaient les plus propres à favoriser le progrès de la religion et, du même coup, les plus profitables à la paix publique, plusieurs de vos conciles provinciaux recommandaient de la façon la plus expresse la culture de la langue et de la littérature latines. Vos collègues d'alors déploraient déjà que, dans votre pays, la connaissance du latin tendit à décroître. Porro linguam latinam apud vos absolescere, nec quisquam est qui nesciat et viri prudentes conqueruntur. Discitur tardissime acerrime dediscitur. (Litterate Synod. Patrum concil. Paris. ad clericos et fideles. 1849, in collectio Lacencis, t. IV, col. 86). Avec l’Apôtre nous vous dirons: « Gardez ce dépôt d’un soin jaloux (I. Thimothée, ch. VI, 20). Si un jour, ce qu'à Dieu ne plaise, elle devaient disparaître complètement de nos écoles publiques, que nos petits séminaires et collèges libres les gardent avec une intelligente et patriotique sollicitude! Vous imiterez ainsi les prêtres, de Jérusalem qui, voulant soustraire aux barbares envahisseurs le feu sacré du temple, le cachèrent de manière à pouvoir le retrouver et à lui rendre toute sa splendeur, quand les
d’être une langue morte, il est et sera partout et toujours la langue immortelle du christianisme.
Les médecins connaissaient encore l’hébreu dont ils citent certains mots directement et non pas seulement, ainsi qu’on le croirait d’après les deux lexiques, d’ailleurs très succincts, attribués l’un à saint Jérôme, l’autre à René d'Auxerre‘. Dès le viri° siècle, existaient même des traductions populaires de la Bible ?.
Centre international autant qu'intellectuel , rempli de Juifs et de Levantains, en relation permanente avec la France et l'Espagne, litalie et l'Orient, Montpellier se trouvait alors, ainsi que le constate Benjamin de Tudèle, rabbin du xn° siècle, un Studium hebraicum et græcum *.
En 1236, le chapitre général des Frères Prêcheurs prescrit l'étude dans les écoles des langues ou idiomes de pays limitrophes#. En 1241, le bienheureux Jean le Teutonique, quatrième maître général, parle le latinetle français, l'allemand et l'italien, multipliciter idiomate eruditus”, comme du reste, à la même époque, le dominicain Jofroi de Waterfordf.
mauvais jours seraient passés. (II Mach, I, 19-22)». (Lettre encyclique de Léon XIII aux archevêques, évêques et au clergé de France, septembre 1899). — La loi de 1902 sur l’enseignement moderne sans latin a eu de tels effets, que les auteurs les moins suspects de celéricalisme, Jean Richepin, Anatole France, Marcel Prévost, Capus, André Hallays, Paul Adam en ont dénoncé la faillite en créant une ligue pour la culture française.
1 Hauréau, à propos de Samuel Beugers, Quam notitiam linguæ hebraicæ habuerunt Christiani mediœvi lemporibus in Gallia. (Paris, Hachette, 1893, Journal des Savants, 1863, p. 439).
? Revue des Questions historiques, t. LXXV, p. 693.
3 Monemus quod in omnibus provinciis et conventibus linguas addicant illorum quibus sunt propinqui. (Martène, Thesaurus novus anecdotorum, t. IV, col. 1676).
4 Nos volentes te qui es magister in artibus ac hebraicam grœæcamque et latinam linguam in nostra Parisiensi Universitate et aliis locis professus. (Assemani, Catal. Bibl. Vatican., P.LxxI, ibid.\. — Rogamus magistrum ordinis quod ipse de tribus studis, scilicet Hebraico, Greco, et Arabico provideat in aliquibus provinciis, ut cum fuerint ordinata, ad quodlibet illorum quelibet provincia unum studentem aptum et intelligentem mittere curet cum contributione decenti. (Bibl. mun. de Toulouse, Ms. 489 (I, 55), f° 134 b, ap. Marlène, tbid., t. IV, col. 1927).
ÿ Chron. Humbert, p. 9. — Mortier, Les Maîtres généraux des Frères Précheurs, LI, p. 287. :
6 «Peut-être aucune notice ne prouvera-t-elle mieux que celle-ci combien l'étude des langues était florissante, au x siècle, dans l'ordre des Frères Prêcheurs. Voici un religieux de cel ordre, né à Waterford en Irlande, qui savait le gree, le latin, l'arabe, le français. Nous avons
Comment s'étonnerque le chapitre g général de 1246 ordonnât, en vue de la conversion des infidèles, l'étude des livres, même païens !? En 1250, Jayme Ie d'Aragon établit un Studium arabicum pour huit étudiants et manifeste l'intention et le désir d’en porter le nombre à douze?. L'un de ces élèves, Raymond Martin, vient même de Barcelone à Aiguesmortes et à Montpellier provoquer des controverses qui tournent à la confusion des Juifs et des Musulmans.
Il paraît qu’à la fin du x1r° siècle d’ailleurs: l'École de droit de Montpellier périclitait. Peu d'élèves, cours irréguliers, examens si peu nombreux que Clément IV, en tant que légat, n'y confère la licence qu'à titre exceptionnel, de special mandato ubi nec studentium vel docentium numerus exigebat *. On,s’explique ainsi que Jayme [°' se soit enhardi à l’accorder à Séguier, sauf à provoquer le conflit que nous avons exposé et qui témoigne d’un défaut de hiérarchie et d'organisation 5. À
Comment en aurait-il été autrement ? Cette École était une École de droit écrit, et la monarchie capétienne, ainsi qu’en témoigne une décision du parlement de Toulouse, loin d'encourager le droit romain, en interdisait l’enseignement et l’évocation en justice. Le droit national,
déjà fait voir par quelques exemples quelle était alors l’activité laborieuse de ces ardents missionnaires qui comptaient plusieurs hellénistes tellement habiles et qui tenaient à faire traduire en grec les ouvrages dont pouvait s’honorer leur communauté; qui avaient deux maisons à Constantinople et envoyaient de là des prédicateurs par tout l'Orient». (Victor Le Clerc, Joffroi de Waterford, dominicain; Hist. littéraire, t. XXI, p. 216).
1 Constitutionem de modo studendi in libris gentilium priores facient diligenter observari. {Thesaurus novus, t. IV, col. 1676). — Voir Mortier, Hist. des Maîtres généraux des Frères Précheurs. t. II, pp. 520-530. ;
2 Cum enim tum in regnis illis (Hispaniarum) innumeri adessent Judæi et in quibusdam Saraceni dominarentur, horum conversionis procurandæ in cordibus nostrorum earsit studium ; et idcirco linguarum Hebraicæ et Arabicæ studia variis apud nos locis fuerunt instituta, principum etiam auctoritate fulta, liberalitaque dotata. Numerum duodecim com-
plebimus, cum primum facultatem nobis Deus concesserit. (Quétif et Échard, Script. Ord.
Prædic., t. 1, p. 386 et 396). — Douais, Essai sur les Études des Frères Précheurs, p. 131. 3 Douais, Les Albigeoïs, pp. 314-321.
{ Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 13, t. I, p. 200. — Voir ci-dessus, ch. xxvi, p. 4514.
ÿ Cartulaire, ibid. — Voir ci-dessus, t. III, ch. XXVI, pp. 461, 463.
6 Voir ci-dessus, t. IE, ëh. xxvi, pp. 416, 484. — Lettre de l'évêque de Maguelone, 10 octobre 1292. Cartulaire de l’Université de Montpellier, n° 22, t. I, p. 216.
qui, seul, faisait loi devant les tribunaux, était, au contraire, le droit coutumier, négligé et ignoré à Montpellier, qui d’ailleurs n'était pas encore ville française et dont l’École était d’origine et de, tradition romanistes. | ;
On comprend que le Saint-Siège n'ait pas promulgué, avant 1339, les statuts de cette Faculté. En dehors des décrétistes, nous rencontrons comme jurisconsultes de l’époque : Pierre-Jacques d’Aurillac, legum egregius professor atque léqum in Montepessulano, Pierre Tournemire, Guillaume de Conques, docteur ès lois, Jean Marc, Pons Aumelas, Raymond de Mujolan, Pierre d'Albia, Thomas de Sauteyrargues , Bernard Catalan et Pierre Chefdebien!. C’est le 28 avril 1293, seulement, qu'il y a réception de Saint-Amour , le premier docteur ;
Là
événement extraordinaire enregistré dans le Petit Thalamus ?.
L'École, ne délivrant pas de diplômes de docteur, n'avait pas encore senti la nécessité d’avoir un sceau pour les authentiquer. «Ni l’Université (de Paris) ni aucune des compagnies, qui la composaient alors, dit Crevier, n'avoit un sceau commun, non pas même les théologiens, puisque ce n'est pas d’un sceau unique et appartenant à un corps mais des sceaux particuliers des maîtres en théologie» qu'est muni l'acte de 1221 pour la donation aux Frères Prêcheurs de l'hôpital Saint- Jacques, d’où ils prirent le nom de Jacobins ?, c’est le premier document où il soit fait mention de Facultés®. De même, à Montpellier?, pour la requête de l’École de droit à l’évêque, en 12984.
À Montpellier, l'Université de médecine et celle de droit avaient chacune un sceau qui en spécifiait la différence d’origine et de nation:
Sigillum Universitatis medicorum Montispessuh ; Sigillum Universitatis
1 Voir ci-après, t. IV, ch. xxx.
? Aquest an (4293) a xxvur davril fo fach lo primer doctor a Montpellier apelat de Saint Amour per M. R. Frezel doctor es ley. (Petit Thalamus, Chron. roman., p. 341). — Arch. nat., Monuments historiques. — Florimond, Villes et Provinces: Généralité de Montagne, p. 1239. — Nous ne nous arrêtons pas à discuter le chiffre de quatre mille étudiants dont il y est question. Dans une lettre de l'Université à Urbain V du 24 novembre 1362, elle ne parle que de mille. (Cartulaire de l’Université de Montpellier, n° 419, t. I, p. 450). — Voir ci-après, t. IV, ch. XXXI.
8 Crevier, Hist. de l'Université de Paris, t. I, p. 322.
+ Voir ci-après, même chapitre.
scolarium Montispessulani. Tous deux sont reproduits dans le premier volume du Cartulaire*. Nous avons décrit et daté le sceau de l’École de médecine qui remonte à 1260? ; celui de l’École de droit, dont la Société archéologique de Montpellier possède la matrice, est rond, de 0,07 de diamètre, et a le champ divisé en deux parties par une forte ligne saillante. En haut, la Sagesse, coiffée d'une couronne à trois fleurons, vêtue d'une robe d’hermine, tenant de la main gauche un livre fermé contre la poitrine, de la droite un phylactère se déroulant jusqu’en bas, avec cette légende: Per me reges regnant et potentes scibunt justitiim. De chaque côté, sur la ligne séparative du champ, les armes de France et d'Aragon. Derrière, dans le fond, la Sagesse, et comme devise, Sapientia, la sagesse invoquée en tête de la bulle de Nicolas IV, qui émane du Très-Haut et a pour effet d'illuminer et de façonner à la vertu le cœur des hommes: Sapientia que ex ore prodit altissimi, corda humana illuminat et dirigit ad virtutes. En bas, six personnages, vêtus de robes , en deux groupes qui symbolisent sans doute les docteurs en droit eivil et en droit canonique et qui, du doigt, montrent, au centre, le phylactère. Sur le fond, des hâchures entrecroisées, comme sur le sceau de l’Université de Bologne. Tout autour: Sigillum Universitatis scolarium Montispessulani.
Ces deux blasons de France et d'Aragon sur le sceau de l’École de droit prouvent que ce sceau est postérieur à 1298, puisqu'il y a les fleurs de lys des Capétiens ?, mais antérieur à 1349, époque à laquelle finit pour toujours à Montpellier la domination espagnole. Or il ne subsiste
1 Cartulaire de l’Université de Montpellier, Sources, pp. xxxVIn-xxxix, et n#20, p. 210.
? Hist. de Maguelone, ch. xxv, t. LI, p. 369; voir p. 371, ce que nous disons à propos de la disparition et du rétablissement de la Vierge dans les armes de la ville'au moment du VIe Centenaire de l'Université. Constatons que la Vierge et l'Enfant Jésus sont placés, en Allemagne, sur la principale façade de l’Université de Bonn, vis-à-vis le Parc.
3 À la séance du 21 juillet 1909 de la Société nationale des Antiquaires de France, M. Max Prinet a expliqué la réduction à trois du nombre des fleurs de lys. Il signale des sceaux du xime siècle, le plus ancien de 1228, où l'écu de France n’en porte que trois. Cette réduction semble avoir eu pour origne la difficulté, pour le graveur, de placer un grand nombre de fleurs sur un champ exigu. Cette intéressante communication doit paraître dans le Bulletin monumental, dirigé par Eugène Lefèvre-Portalis.
aucun acte de l’École de droit avant le 28 avril 1293, où elle reçut son premier docteur, et dont elle devait authentiquer le diplôme de Studium generale.
La bulle de 1289 était faite pour accroître l'importance de nos Écoles, en donnant à la cité le renom et le lustre d’une Université. De Savigny prétend que le pape, en consacrant le fait établi, aurait voulu affirmer son suprême magistère sur les hautes études !; le savant romaniste ne fait pas attention qu’il a lui-même constaté la déchéance de l'École, réduite à ce point qu'il avait été question de la supprimer. Germain, qui a soupçonné cette décadence, prête au Saint-Siège l'intention d’assurer aux Facultés, jusqu'alors isolées, le lien et l'unité d’une direction commune ; or elles étaient déjà sous l'autorité de l’évêque de Maguelone, seul admis à conférer la licence ?. Le Père Denifle n’attribue qu'au désir de relever l'École de droit l'érection en Université des trois Facultés, car on ne sépare pas le droit canonique du droit civil. Nicolas IV ne faisait que mettre en pratique sa résolution de fortifier et de relever partout les études qui le poussait à établir un Sfudium generale, mème à Gray#, fondation qui ne paraît pas avoir eu de suites.
Quant aux études juridiques à cette époque, nous pouvons nous en faire une idée par la nomenclature des ouvrages d'Henri de Sartines,
1 « L'intention de Nicolas IV, lorsqu'il a érigé en Université nos Écoles de Montpellier, n’a pas été précisément d'innover à leur égard, mais de les assurer entre elles, au profit de l'enseignement, comme aussi dans l'intérêt des maîtres et des étudiants. Telle avait été également la pensée du cardinal Robert de Courçon par rapport à l'Université de Paris, en 1215». (Germain, Hist. de l’Université; Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. 1, p. 5).
2 « Le Pape, considérant que Montpellier mérite par sa célébrité de posséder une École (une Université), ordonne que l'évêque confèrera les grades après un examen préalable et sur l'avis des professeurs de la Faculté. Au premier coup d'œil, on peut regarder cette bulle comme l'acte de fondation de l'École ou, du moins, comme le titre d'un nouveau droit pour l'évêque... Le seul objet pratique de la bulle était de confirmer précisément le privilège de l’évêque reconnu par la Faculté de médecine et des arts libéraux mais contesté par la Faculté des arts ». (De Savigny, Hist. du Droit romain au Moyen âge, ch. xx1, $ 42, &. IL, p. 273).
3 Denifle, Die Universitäten, t. II, p. 352.
4 Arch. vat., Nicolas IV, an. 1v, n° 46, ep. 55, f° 10°. — Denifle, t. IV, p. 248. — Fournier, Les Universités, t. I, p.131. — Voir lettre d’Othon IV, comte de Bourgogne, pour la fondation d'une Université à Graye. — Baume d’Arbaumont, Les Universités de Franche-Comté. Digne, 41870, p. 1. — Il n’est même pas question de cette Université dans Denifle.
chanoine de Saint-Just, ancien officier de la cour de Lyon, légués, en 1294, à son frère Gérard de Sartines, damoiseaut. |
La Faculté de droit justifie le privilège dont elle a été dotée par un nouvel essor et l'invitation à l’évêque de réformer les épreuves du doctorat qui caractérise la supériorité des professeurs sur les simples jurisconsultes?. Sa requête est contresignée du sceau des quinze professeurs, dont quatre décrétistes, deux docteurs ufriusque juris, et neuf légistes, quelques notaires, comme Guillaume Séguier et Guillaume de Nogaret#, Pierre Tournemire et Benjamen Frédol, ainsi qu’un seigneur de Montpellier, chevalier.
Le 10 octobre 1292, Bérenger de Frédol approuve la proposition et en fixe l'application au mois de mars, en prévision du succès de ses agents auprès de Philippe le Bel pour la cession de Montpellier. C’est, en effet, en ce mois qu’aboutissent les négociations qui duraient depuis un an. Le prélat s'empresse aussitôt d’arborer les fleurs de lys qui deviennent sa sauvegarde contre les regrets de l'Espagne. Nous avons
1 Caïillemer, Mélanges Fitting: Droit civil, Droit canonique, pp. 143, 150.
2 De hiis quibus in Montepessulano studio ad doctoratus honorem contigerit. (Cartulaire de l’Université de Montpellier, n° 23, t. I, p. 216). — « Le mot doctor a une seconde signification tout aussi naturelle. En effet, legem dicere, expression souvent employée dans les textes à propos des échevins, voulait dire appliquer le droit. De là vient l'expression synonyme de {egem dicere. Aïnsi legis doctor s'applique aussi bien aux échevins qu’aux professeurs ». (De Savigny, Hist. du Droit romain au Moyen âge, t. Il, p. 300). — «Comme nous avons consulté pour notre travail bon nombre d'actes de notaires depuis le xui° siècle, donnant les notions usuelles sur les mœurs de l'époque, nous croyons qu'il pourra être utile de consigner des expressions consacrées par le langage courant. Ces indications permettent d'employer toujours le terme propre, fort négligé le plus souvent par les auteurs modernes. On trouve pour la médecine, le droit en ses deux facultés, et la théologie, les degrés divers: scolaris, baccalarius et licentiatus. Maïs, tandis que pour la médecine et la théologie, le titre suprême est magister, pour le droit c'est doctor. Dans la Faculté des Arts, pas de grade intermédiaire: de scolaris on devient magister. À peu près toujours un maître en médecine est magister in medicina et artium ou bien magister artium et in medicina. Un docteur est quelquefois doctor utriusque juris. Quand il ne possède son grade que dans une faculté, il est doctor legum, ou decretorum doctor — doctor in decretis. Le professorat est marqué quand il y a lieu, car on distingue entre le droit et l'acte: doctor actuque legens.. Selon le mérite des professeurs, les épithètes egregius, eximius, excellentissimus se joignent à leur titre. Elles sont rares relativement et nous paraissent être décernées uniquement par l'opinion publique. (L. Guiraud, Le Collège Saint-Benoît, Introd., pp. IX-X, note).
3 Guillelmus de Nogaret legum professor. (Cartulaire de Maguelone, reg. A, f” 285 r° et v°, 286 r°, n° 329.
prouvé par les listes consulaires que tous les conflits intérieurs provoqués par les Aragonais ou les Majorquais coïncidaient toujours avec le retour au pouvoir de certaines familles inféodées à la politique péninsulaire !.
Les professeurs de droit à Montpellier étaient chevaliers ès lois, privilège qu'ils conservèrent jusqu’à la Révolution. Comme les ecclésiastiques et les militaires, ils ne pouvaient être arrêtés ni saisis pour dettes,
avant lexpiration de leurs études. Encore, en 1768, ils jouissaient de la noblesse personnelle et étaient enterrés «revêtus de leurs robes, avec des éperons dorez aux bottes, qui sont les marques de l’ancienne chevalerie » ?. |
L'École de droit de Montpellier relevée, est bientôt reconnue de premier ordre, si bien que, le 23 avril 1301, le chapitre général de Cluny interdit aux moines de l'Ordre d'étudier le droit canonique ailleurs qu’à Orléans, Toulouse ou Montpellier®.
De tous les légistes, nous avons déjà cité le plus considérable, tristement célèbre, dont nous n’avions étudié que le rôle politique, en négligeant sa carrière professorale, Guillaume de Nogarett. Né en 1260, à Saint-Félix de Caraman, au diocèse de Toulouse, d’une famille roturière, — il ne sera anobli qu'en 1299 —., c’est à tort qu'il passait pour être fils de Patarins, puisqu'il n’aurait pu hériter de parents brûlés comme hérétiques et dont les biens auraient dû être confisqués 5.
A vingt ans, c’est-à-dire aussitôt après ses études en droit, soit à
4 Voir Hist. de Maguelone, t. Il, ch. x1r, pp. 61-73.
? Montpellier en 1768 et 1836, ap. Archives de la Ville de Montpellier, t. IV, p. 152.
3 Bibl. mun. de Toulouse, Ms. 413, f° 24. — Fournier, Les Statuts et Privilèges des Universités françaises, t. IE, 1870. — Denifle, Chart. Univ. Paris., t. Il, 1186.— Gadave, Les Documents sur l'Histoire de l'Université de Toulouse, n° 31.
4 Voir ci-dessus, Aist. de Maguelone, t. IE, ch. xvir et xvix. — Millerot, Hist. de Lunel, Pièces justificatives, n° X, p. 482.— Thomas, La Vie privée de Guillaume de Nogaret, p. 174.
5 Robert Holtzmann, Wilhem von Nogaret, Rat und grossiegelbewahren Philipps des Schœnes von Frankreich, Freiburg im Brisgau, 1898, p.910. — « Les textes ne sont pas très affirmatifs, usant de formules prudentes, ut dicitur, — et ne s'accordent pas toujours... Si ses parents furent brülés, par qui fut-il élevé? Peut-être par des moines, et cela expliquerait la qualité de clere qu'on lui donne quelquefois: en tout cas, il aurait été instruit par charité, car la confiscation des biens des hérétiques brûlés était toujours prononcée ». (Thomas, ibid., p.114).
Toulouse, soit à Montpellier, il signe, le 19 juin 1287, troisième des
cinq docteurs ès lois, l'acte de reconnaissance par le roi de Majorque
des privilèges de la ville de Montpellier‘. Le 26 juillet 1293, il est spécialement délégué par le roi, avec Guichard de Marsy, chevalier, recteur de Montpelliéret, pour faire la reconnaissance des mas ou seigneuries près de Ganges, qui dépendent de l’Église de Maguelone?. A la même époque, il est un des quatre commissaires désignés par Bérenger de Frédol pour évaluer les revenus de la baronie de Sauve, cédée à l'évêque de Maguelone, en échange de Montpeiliéret®. Juge mage, ?uder major, de la sénéchaussée de Beaucaire, en 1294 et 1295, il entre au conseil du roi où «son âpreté anticléricale soulève le clergé de Champagne et de Brie » ‘ NET |
Si Guillaume de Nogaret dut professer à Montpellier, de 1288 à 1294, il fut moins un maître en droit qu’un agent d'affaires, exploitant ses titres et ses ressources juridiques pour tutelles et exécutions testamentaires, négociations d'emprunts et d'emphytéoses, achats de propriétés et rachats de rentes, direction des litiges et opérations de tout genre. En procès avec Lunel et Marsillargues, il fait soumettre les difficultés à des arbitres, ses collègues de l’Université de droit, Ponsd'Aumelas, Raymond de Mujolan et Guillaume de Plaisians®, et obtient le remplacement
4 Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, Invent. Louvet, 115. — Dom Pacotte, Collect. de Languedoc. Bibl. nat., Ms. lat. 913, 128. — Thomas, La vie privée de Guillaume de Nogaret ; Annal. du Midi, 1904, p. 163.
? Guillelmo de Nogareto legum professore specialiter ans ex parte regia ad villam et ad recipiendum recognitiones pro domino rege super quibusdam mansis de loco Agantio et aliis locis. (Cart. de Maguelone, reg. À, n° 329).
3 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. IL, ch. xvr, pp. 315, 320.
4 Ménard, Hist. de Nimes , t. [, Preuves, p. 123, col. 2. — Renan, Guillaume de Nogaret ; Hist. littéraire, t. XXNII, p. 236.
5 Thomas, ibid., p. 165.
6 « Laissez faire les légistes, ces précieux serviteurs de toutes les tyrannies royales ou populaires : ils vous exhumeront les lois des Césars contre les collegia, les édits de nos anciens rois, l'arrêt de 1762, la loi de 1792, le concordat, les articles organiques, le décret de messidor an XII, l'ordonnance de 1828, etc. Tout leur est bon pour étrangler la liberté: lois de la royauté, de la république ou de l'empire. Quant aux constitutions qui ont reconnu la liberté de con-
. science, la liberté religieuse, le droit d'association, la liberté d'enseignement, cela n'existe pas
pour eux. Tout pour l'État, rien pour les individus ; c'est leur devise depuis Philippe le Bel »- (Édouard Laboulaye).
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des officiers royaux de Lunel par ceux d’Aiguesmortes qui lui donnent pleine satisfaction !.
Homme du roi avant tout, 1l est le type de ces légistes sans scrupule, asservis au pouvoir, complices et apologistes de toutes les tyrannies, jaloux de toute indépendance , impitoyables pour la faiblesse et le malheur, à genou devant la force et le succès, qui croient relever leur platitude par leur insolence vis-à-vis l'Église, contre laquelle ils ne cessent d'invoquer les pénalités oubliées et surannées, quand il s’agit d’attenter à la conscience et à la liberté des citovens ?. Le 12 mars 13083, à l’assemblée des prélats et des barons au Louvre, c’est lui qui propose de répondre à la bulle Unam sanctam en traduisant Boniface VIII devant un concile général; et, comme par hasard, c’est au moment critique, où il se fait ainsi l'instrument des haines et des convoitises de Philippe le Bel, qu'arrive à la cour «par voie hiérarchique », le transfert en sa faveur de la seigneurie de Tamarlet, moyennant la pension annuelle d’une obole d’or: Le roi sanctionne tout, en lui ajoutant trois cents livres sur le trésor#; lui ne part pour Anagni, le 13 juin, qu'après avoir escompté la récompense pour l'attentat que nous avons exposé et qui lui vaudra de nouvelles libéralités #, |
Alors que le roi d'Angleterre, Henri [l, pour complaire à l’empereur Frédéric Barberousse, demeurait fidèle à l’antipape Victor IV, Jean Petit de Salisbury, l’auteur du Polycratique, familier de son compatriote, Adrien IV, et plus tard évêque de Chartres, insistait auprès de lui pour l’en détacher, lui faisant valoir l’autorité et le succès de la France
dont «les protégés ont toujours prévalu comme à cette époque, Innocent II contre Pierre de Léon, Calixte IT contre Burdin, Urbain Il
4 Thomas, La Vie privée de Guillaume de Nogaret; Annales du Midi, 1904, p. 178. 2 Archives du château de Marsillargques, t. XV, titre de Tamarlet, art. 18. — Arch. de Lunel, série P, liasse 1, n° 2106, parch. original. — Thomas, ibid. 3 Archives du château de Marsillargues, t. XXILS, liasse de Tamarlet, n° 9 ; copie de 1650 par le garde des archives de la sénéchaussée des lettres patentes données à Paris en mars . * 1302, vieux style. — Ménard, Hist. de Nimes, t. HI, Preuves, p. 146. — Arch. nat., J. J. 38, à | fo 55, n° 414. — Thomas, ibid.
4 Hist. de Maguelone, t. I, ch. xvir, pp. #42, 446.
contre Guibert, Pascal II contre plusieurs antipapes!. Le jurisconsulle
italien, Nicolas de Bologne, pourra écrire: « Si le roi de France et le
Pape s'entendent, ils peuvent tout »?.
En prenant la défense de l'Université dont l’ nee avait été com-
promise par l'incident du carnaval, Grégoire IX écrivait, le 29 novembre
1229: « Le royaume de France brille au-dessus des autres par trois
vertus qui semblent le propre de la Trinité : la puissance, la sagesse, la bonté. Or la puissance tient à la valeur de l’armée, la sagesse à la science du clergé, la bonté à la clémence du prince. La sagesse étant alimentée par l'étude des lettres, est comme un fleuve dont les eaux arrosent plus que Paris, puisqu'elles se déversent sur toute l'Eglise. Si on en change le lit, elles se perdent en plusieurs ruisseaux qui en tarissent la source et en réduisent la salubrité.» 2. |
Un peu plus tard, quand l'empereur Frédéric II fait arrêter les évêques français se rendant au concile de Rome, convoqué par le même pape, saint Louis lui enjoint bien vite de relâcher ceux dont le seul crime était d'avoir obéi au Souverain Pontife : «Que vôtre prudence impériale y réfléchisse, Prince ; le royaume de France n’est pas tellement affaibli qu'il soit d'avis de se laisser presser par un éperon » #.
Les Capétiens, appuyés sur le Pape, se considéraient comme em-
pereurs en France, et entendaient sauvegarder l'indépendance de leur ,
couronne. Les empereurs d'Allemagne, de leur côté, se posaient en
1 Cité par Grassaille, Regalia Franciæ.— Hanotaux, Jeanne d'Arc ; Revue des Deux-Mondes, 10 mai 1910, p. 271.
? Migne, Pair. lat., t. CXIX, ep. 44, 48. — Dom Cellier, Hist. des Auteurs sacrés et COCLES siastiques, t. XIV, pp. 675-680.
3 In tribus, que appropriatione nominis tribus in Sanclæ Trinitalis personis noscuntur, potentia, sapientia et benignitate videlicet, regnum Francorum ejusdem Sancte Trinitatis
imitando vestigium patet pre regnis aliis a longis retro temporibus claruisse, in strenuitate
militum potens, in clero litterarum scientia predito sapiens, et in clementi principum
bonitate benignum, quorum medio si duo destituantur extrema in vitia convertentur…
Sapientia nutritur studio litterarum, quo quasi fluvio de loco deliciarum egresso non solum regnum predictum irrigatur et fecundatur, verum paradisus ecclesia generalis.. Unde vestra credimus interesse sollicita diligentia et sollicitudine satagere diligenti, ut studium diebus vestris translatum alibi a Parisius, illuc, quasi flumen ad alveum revocetur. (Denifle, Chart. Univ. Paris., t. [, n° 71, pp. 128-139).
# Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. II, ch. xvir, pp. 429-438.
successeurs des Césars au nom du droit romain qu'ils rendaient d’au-
tant plus suspect à la monarchie. Pour éviter toute confusion, quand l'empereur Charles IV rendra visite à notre Charles V, et afin d'éviter la moindre apparence de sujétion, on lui fera monter un cheval noir, le blanc demeurant spécial au souverain national !.
Il ne faut pas s'étonner que la France fût demeurée jusqu’au x1v° siècle solidaire de la Papauté. La constitution d’un empire germanique, plus encore que la souveraineté pontificale, n’aurait-elle pas menacé notre nationalité? Le patriotisme se confondait avec la fidélité à Rome, l'indépendance du royaume avec celle du Saint-Siège. Le divorce ne se manifeste que sous Philippe le Bel, qui se prévaut de la plénitude du droit divin pour s'affranchir de toute loi, violer tous les droits et toutes les libertés ?.
Énumérant aux députés français les bienfaits dont il avait comblé le roi, Boniface VIIT rappellera notamment qu'il lui avait accordé la collation d’une prébende dans toutes les cathédrales, à condition de les réserver à des docteurs en théologie et en droit canonique, comme garantie de travail et de savoir.
Le roi, pour dissimuler son arbitraire et se donner l’apparence de répondre au vœu de la nation, envoie, à travers la France, des commissaires rallier des adhésions à sa politique. Malgré leurs promesses et leurs menaces ils n’en rapportent des villes qu’une trentaine, et se heurtent au refus de la commune de Montpellier#. Nous avons déjà fait ressortir la fière attitude des syndics Pons de Lunel et Pons de Montaubérou qui, le 29 juillet 1303, opposent au défaut de pouvoirs réguliers un déclinatoire d'incompétence, et à l'invitation d’en appeler du Pape au concile en appellent des envoyés du roi au roi lui-mème. Cette conduite suffit à mettre fin à la campagne d’intrigues antipapistes.
4 Viollet, Deux aspects des relations du roi de France et de l’empereur d'Allemagne ; communication à l'Académie des Sciences et Belles Lettres, 29 avril 1941.
2 Raynaldi, Annal. eccl., t. II, p. 16. — Potthast, Regesta Pontificum, n° 861.
3 Preuves du Différend, p. 73. :
4 Martène, Amplissima collectio, t. I, col. 1210. — Cf. Huillard-Bréholles, Hist. diplomat. Frederici II, t. VI, pp. 19 et 20.
Les deux Universités de Paris et de Toulouse, qui se rattachent Ç
surtout au pouvoir royal et qu’abusent de solennelles adjurations et des déclarations ultrareligieuses !, cèdent au roi, défenseur de la foi : Domino rege tanguam fidei pagile et fidei defensore.… appellationi et provocalioni D. regis adheremus ?. Seule, l'Université de Montpellier, malgré la pression du trône, prouve qu’elle est un corps libre et affirme sa franchise en faisant sienne la délibération de la commune, que confirment de leur approbation Jean Marc, Guillaume Séguier, Pierre Séguler son frère, Jean de Chaulac et Bernard de Prades, tous docteurs, tous citoyens, tous habitants de la ville et qui, volontairement et de propos délibéré, signent l’appel interjeté contre les envoyés du
trône ?.
1 27 juin 1303. Lettre de créance de Philippe le Bel auprès des religieux et officiers du diocèse de Toulouse donnant pouvoir à ses deux envoyés de leur expliquer sa querelle avec Boniface VIII et les raisons de la réunion du prochain concile national. — Juillet 4303. Lettres par lesquelles l'Université annonce à Philippe le Bel qu’elle consent à la réunion du concile contre Boniface VIII. (Du Boulay, IV, 50. — Gatien Arnoult, Mémoires de l'Académie des Sciences de Toulouse, 1881, pp: 12-14. — Denifle, Chart. Univ. Paris., t. II, notes 604, 634. — Fournier, Statuts et Privilèges des Universités francaises, t. I, pp. 461, 462. — Gadave, Les Documents sur l'histoire de l’Université de Toulouse, 1910, nos 32-33).
2 27 juin 1303. Lettre de créance de Philippe le Bel chargeant deux envoyés d'expliquer aux religieux et officiers de Toulouse sa querelle avec Boniface VIII. — Juillet 1303. Lettre de l’Université de Toulouse à Philippe-le-Bel déclarant qu'elle donne son assentiment à la réunion du concile contre Boniface VIII. (Fournier, Statuts et Privilèges des Universités francaises. t. 1, pp. 536-537). — Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. V, pp. 50 et 52, trad. par M. Gatien Arnould, Mém. de l’Académie des Sciences et Lettres de Toulouse, 1881, pp. 12-14. — Denifle et Chatelain, Chart. Univ. Paris., t. IT, notes 604 et 634. — Gadave, Les Documents sur l'Université de Toulouse, n°° 32 et 33, pp. 80-81. — « L'Université de Toulouse, où l’enseignement des légistes est prépondérant, au moins par ses succès, se rattachait au pouvoir royal. N’étaitce pas la réalisation à Toulouse des périls que la bulle d'Honorius IT avait voulu conjurer à Paris?» (Antoine Deloume, Aperçu historique de l’Université de Toulouse, Maîtres et écoliers de l’an 1228 à 1900, p. 25).
3 Anno Domini Incarnationis millesimo tercio videlicet septimo ydus Augusti, domino Philippo rege Francorum regnante, nos Guillelmus Segerii Johannes Marci, Petrus Segerüi et Johannes de Coliaco, legum doctores cives et habitatores Montispessulani, audita et intellecta a nobis quadam appellatione per dominos consules Montispessulani et sindicos ejusdem ville heri interjecta ut in quodam publice instrumento ad instantiam Pontii de Monte Aberdeone et Pontio de Lunello consulum ville Montispessulani et Hugonis Imberti et Bernardi Columberii syndicorum ejusdem ville eri confecto plenius continetur, ut membra dicte Universitati adheremus et adherere volumus et intendimus in omnibus et per omnia dicte appellationis. Hujus rei sunt testes ; item, eadem die, scilicet septimos ydus augusti,
ON TRS PTE me tee ARR EN o NUE OUAIS CENT PRE SSP PTE EE)
< es LES FACULTÉS CONSTITUÉES EN UNIVERSITÉ 395
Au faite de la toute-puissance, au comble de la fortune, disposant du gouvernement et de l’administration du royaume, investi d’une tren- | taine de seigneuries, propriétaire de la plus grande partie du territoire e de Sommières à la mer, et du Vidourle au Rhône‘, Guillaume de Nogaret meurt isolé, abandonné même par le souverain pour lequel il avait imaginé contre la suprématie pontificale le droit divin des rois ?. ne Tous les historiens sont unanimes à flétrir Philippe le Bel et son | ministre ?, dont la fin lamentable apparaît au peuple comme un châtiment providentiel. Pierre de La Vigne, les yeux crevés par ordre de TR Frédéric Il, s'était, dans un moment de désespoir, fracassé le crâne contre un mur; Guillaume de Nogaret succombe enragé, tirant la langue devant toute la court. Quel chapitre additionnel au livre de Lactance : De mortibus persecutorum! Quant au roi qui avait cru souffleter la Papauté, il subit la première révolte des Parisiens contre le trône. Et, alors qu'aucune ville ni aucun gouvernement n’a osé élever un monument à Philippe le Bel et à Guillaume de Nogaret, réprouvés par la foi, l'honneur et la liberté, la statue de Boniface VIIT, jadis érigée dans la cathédrale de Florence, enlevée, 1l y a trois siècles, pour la reconstruction de la façade, a été replacée sans la moindre opposition 5, en 1894, sous le règne même d’'Humbert Il, le fils de Victor-Emmanuel IT, qui cependant avait dépouillé Pie IX de ses États. Légiste et professeur à l'École de droit de Montpellier, Guillaume de
modo quo supra ego Bernardus de Pradis, lequm doctor et membrum dicte Universitatis appellationt predictæ adhero et adherere volo et intendo. (Acte d'adhésion des docteurs de l’Université de Montpellier à l'appel interjeté par les consuls contre le refus des officiers du roi de communiquer la procédure faite à Paris contre Boniface VIIL (7 août 1303). Arch. mun. de Montpellier, grand chartrier, arm. GC, Cass. vir, pièce 2). — L. Fournier, Statuts et privilèges des Universités françaises, n° 131, t. IT, p. 282. — Cf. L. Guiraud, Les Fondations du Pape Urbain V, t. Il, pp. xxt-xxtI.
4 En voir le détail dans Louis Thomas, La Vie privée de Guillaume de Nogaret; Annales du Midi; t. XVI, année 1904, pp. 24-26.
2 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. II, ch. xix, p. 522.
3 Sismondi, Précis de l'Histoire de France, t. IE, ch. 1x, sect. v, ch. x. — Michelet, Hisé. de France, liv. V, t. I, p.212.— Cf. Boutarie, La France sous Philippe le Bel.— Renan, Guillaume de Nogaret, légiste; Hist. littéraire, t. XXVII.
4 Voir ci-dessus, ibid.
5 Gazette des Beaux-Arts, 1894, n° 4. Supplément.
ts ;
Nogaret : n’a laissé ni trace de son enseignement, mi le moindre écrit qui nus
permette d'apprécier sa valeur juridique. De Boniface VIII, au éon- ER l
traire, les constitutions des quatre premières années de. son pontificat
forment le complément du droit ecclésiastique, et elles sont tellement remarquables qu'elles ont été insérées au Corpus du droit canonique,
non à la demande du clergé ou du Saint-Siège, mais, ce qui est
significatif, sur une requête de l’assemblée des docteurs de Bologne t.
L'Université de cette ville, la plus ancienne etla plus célèbre d'Europe, envoie le chapelain Jacques de Castello pour solliciter ce supplément et séparer les fausses décrétales des vraies, promulguées depuis Grégoire IX, afin de donner à celles-ci, devant les tribunaux, force de loi et la sanction de l’autorité du Saint-Siège. Dans ce but, Boniface VIII délègue trois juristes que nous avons déjà eu l’occasion de signaler, Guillaume de Mandagot, archevêque d'Embrum, Bérenger de Frédol, évêque de Béziers, et Richard Petroni de Sienne. Leur élévation à la pourpre est la confirmation du Sexte ou sixième livre ?.
Cependant les Juifs chassés d'Espagne, au var siècle, par la tribu musulmane des Almohades, s'étaient réfugiés en Languedoc où ils prétendirent exercer une véritable prépondérance. Philippe le Bel, sous l'inspiration de Guillaume de Nogaret, qui ne peut pas avoir plus d'égard pour les fils d'Israël que pour le Vicaire de Jésus-Christ, les expulse des provinces qui relèvent directement de la couronne; mais ils se concentrent de nouveau en Languedoc, surtout dans le Comtat-Venaissin, où 1ls jouissent d'une pleine liberté sous l'autorité paternelle du Saint- Siège. La Papauté les prend sous sa protection, en interdisant toutefois aux fidèles d'entrer à leur service , afin de prémunir les gens du peuple
{ Tosti, Hist. de Boniface VIIL, t. NH, ch. 1v, pp. 11-12.
à Tiraboschi, Hist. de la Litt. ital., Gb. II, p. 239. — In procem., lib. VI, Decret., Inst., ibid. — À propos des interrogatoires de Jacques Molé, grand-maître du Temple, M. Paul Viollet, relève les contradictions de son attitude au cours du procès. Il en conclue que ses prétendus aveux furent inventés par la commission cardinalice, particulièrement par le cardinal Bérenger de Frédol qui espérait, grâce à ce pieux mensonge, l’arracher à la mort;.… ses négations ‘auraient exaspéré la haine de Philippe le Bel. (Académie des Inscriptions et Belles Lettres, ir
& XXXVIIL, 2 partie, Paris, Klincksiech, 1909, in-4° 16 p. — Revue des Questions historiques; t. LXXXVIIE, p. 299.
contre la suggestion d’une race qui aurait voulu faire de ses domestiques des coréligionnaires.
A la Faculté de médecine, nombreux sont les étudiants israélites. Il y en à qui S’affranchissent du droit commun et s’arrogent le privilège de faire de la pratique sans subir les examens. Jayme l*, en 12721, Jayme If, en 1281?, Sanche, en 13163, le duc d'Anjou, lieutenant de Charles V, en 1365, sont obligés de les rappeler à l’observation des exigences légales.
Quelques-uns de ces J'uifs sont demeurés célèbres comme traducteurs: Samuel de Marseille, Juda Nathan, Isaac, fils de Juda, de la famille de Lattes, et auteur de nombreux ouvrages sur le Talmud et la physique, Abraham , qui fait un commentaire sur trois parties du Talmud, les Abigdor, et, entre tous, les Calonymos, qu'on surnomme la famille princière d’Arles, et qui reprend la tradition des Tibbon ÿ.
Un double travail de traduction est entrepris pour faire passer en hébreu et les ouvrages arabes qui viennent d'Espagne et les ouvrages latins des maîtres de la Faculté de Montpellier, notamment Lanfrane,
Arnaud de Villeneuve, Bernard de Gordon, Géraud de Solon, Jean de.
Tournemire et Jean Jacob, tous deux chanceliers du x1v° siècle, Armengard, Blaise, Jean de Saint-Amans et autresf.
Moïse Maimonide, dans un écrit retentissant, « le Livre des égarés », avait prétendu déduire de la philosophie d’Aristote le rationalisme et, bien que rabbin, concluait à l'éternité de la matière, ainsi qu'à la négation de la providence et de la création 7. Dès 1231, la communauté
4 Cartulaire de l’Université de Montpellier, t. I, n° 14, p. 202.
2 Jbid., n° 16, p. 207.
3 Jbid:, n°33, p. 234.
4 Jbid., n° 127, p. 416.
5 Renan, Les Écrivains Juifs français du xiv° siècle; Hist. littéraire, t. XXXI, pp. 351, 352, 407, 461, 462, 685-687, 717, 119, 730, 736.
6 Sur Ermengard Blaise, voir Miscellanees of the Philobiblion soc., t. 1[, sect. 6, pp. 94, 413, 125, etc. — Victor Le Clerc, Hist. littéraire, t. XXIV, p. 411. — Sur la traduction de la Pratique du chirurgien Lanfranc; Hist. littéraire, t. XXV, p. 296.
1 Renan, Les Rabbins Juifs; Hist. littéraire, t. XX VII, pp. 514, 650. — « Comment est-il possible qu'un docteur, en apparence très fidèle au Judaïsme, qui passa la moitié de sa vie, comme tous les docteurs ses coréligionnaires, à commenter la loi et le Talmud, se soit fait
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de Montpellier avait condamné ces hardiesses comme des hérésies. L'émotion des croyants calmée, Jehouda! et Reüben fils d'Isaac, tous deux de cette ville réveillent l’esprit religieux par le rite et la liturgie?. lorsqu'un rabbin (En Astruc de Lunel), « plus fanatique que savant »°, et que nous y rencontrons encore en 1303, tente de réagir contre le scepticisme, en remettant en honneur le Talmud, et exige que ses coréligionnaires attendent la trentième année pour entreprendre les études philosophiques #.
Cette intolérance provoque la révolte des libéraux, à la tête de laquelle se place Profatius5, aussitôt anathématisé par les fils d'Israël; il ne doit de rentrer en grâce qu’à l'expulsion des Juifs par Philippe le Bel qui, en confondant orthodoxes et libres penseurs dans la même proscription, les rapproche par la solidarité de l’épreuvef.
Nous avons encore la lettre adressée à la communauté de Montpellier signée par quinze rabbins de Barcelone, sous la direction d'Addereth
(Adredd)7, pour excommunier ceux qui s’occuperaient de philosophie avant rentre ans*.
en même temps l'adepte et le propagateur d'une philosophie dont la base était l'éternité du monde, la négation de la création, à plus forte raison de la révélation, du prophètisme, du miracle ?» (Renan, Les Rabbins français ; Hist. littéraire, tk. XXNIT, p. 646). — L'étonnement de M. Renan est stupéfiant. N'est-ce pas son beau-frère, M. Coquerel, chef des protestants libéraux , qui est demeuré pasteur, tout en enseignant que l’on pouvait douter, comme lui, de la divinité du Christ ?
1 Abraham, L'Épée flamboyante, vers 115. — Renan, ibid., p. 115. Ë
2 Zung, Lit. der Synag. Poésie, p. 498. — Les prières de ce rite ont été imprimées pour la première fois à Avignon, en 1767, in-8°, sous le titre de Sepher Hattamid, et une deuxième fois, à Aix, en 1855, in-8°, par Michel Milhaud, sous le titre français de Rituel de prières en hébreu, à l’usage des Israëlites de l’ancien Comtat ». (Renan, ibid., pp. 125-126).
3 Renan, #bid.; p. 650. '
#/7bid.; p- 659:
8 In scientia ista, non solum oportet habere ejus habitum, immo continuum exercitium cirea calculationes conjunctionum, oppositionum et motuum stellarum diversarum, scilicet circa retrogradationes et directiones et stationes earum, propter quorum continuum observationis tedium sciendi desiderium tepescit et fatigatur in multis… Ideo ego Prophatius Judeus, de Monte Pessulano, primo ad honorem Dei et gloriam, sequendo radices de tabulis tholetanis acceptas de novo edidi. (Profatius in canones Profacii Judei de Monte Pessulano). (Renan, ibid., p. 618).
6 Voir ci-dessus, ist. de Maguelone, t. I, ch. xvirr, pp. 413-481.
7 Renan, Les Écrivains Juifs du xiv° siècle ; Hist. littéraire, t. XXXI, p. 361.
8 Lettres d'Abba-Mari, xx-cxxxi1. — « Addéreth informe Qualomynos bar Todros et Abba-Mari
Le grand rabbin pousse l'intolérance jusqu'à interdire les sciences profanes. Vers 1306, un peu avant l'expulsion des Juifs, il s’attire une lettre apologétique de Zedaïch, fils d'Abraham (En Rouet\ de Béziers, qui se fait un devoir de défendre sur ce point l'honneur de la Provence, surtout celui de Montpellier, la ville savante: « Il est sûr, disait-il, que si Josué, fils de Nan, venait dire aux Provençaux de la généralion actuelle de ne pas étudier les livres de Maimonide, il ne réussirait guère, car ils ont la ferme conviction de sacrifier leur fortune et même leur vie pour défendre les livres de Maimonide » !.
L'astronome Jacob ben Makir, en provençal dom Prophet Tibbon, en latin Profatius Judæus (1236-1306), était né à Marseille. Élevé à Lunel, dans la famille des Tibbonides, à laquelle il se rattachait et où il apprit l'arabe, il s'établit, en 1255, à Montpellier, où il traduit en
bar Mosché bar Joseph que la défense d'étudier les livres grecs avant l'âge de vingt-cinq ans à été lue dans la synagogue, le samedi de la section Ellé haddebarin (août) et qu'elle n'y a point rencontré d'opposition. Le parti libéral de Montpellier ayant eu connaissance de l'excommunication lancée contre ceux qui s'adonnent aux études philosophiques avant l'âge de vingt-cinq ans, prononça l’anathème de son côté contre ceux qui empécheraient leurs fils de se livrer à ces études avant l’âge susdit.. Il ajoute qu'il a demandé à Barcelone le texte du document qui a été signé par soixante-dix personnes et qui a réuni aujourd'hui le consentement de plus de cent. La décision d’Addéreth sur la validité de l’'excommunication lancée par le parti libéral se trouve dans le manuscrit Mich 46, fol. 84, à Oxford. L’excommunication contre ceux qui ridiculisent les.paroles des talmudistes, qui interprètent faussement les passages agadiques et répandent par là des hérésies s'applique également aux livres de ces blasphémateurs ; tous ces livres doivent être brûlés. La Lxxxiv° et la Lxxxve lettres sont adressées à la communauté de Montpellier. Salomon de Béziers écrit à Abba-Mari pour lui prouver par le Talmud que l’excommunication lancée contre le parti libéral est seule justifiée. Makir ben Schéschet, de Barcelone, adresse une lettre aux rabbins de Provence pour les inviter à s'associer à l’excommunicalion qui a été prononcée contre des personnes qui se sont séparées ouvertement des rabbins de Barcelone... Tous les hommes importants de Lunel s'associent à l'excommunication prononcée à Barcelone... Les personnes de Béziers y adhèrent... Tous les hommes importants de Montpellier sont du même avis touchant l’excommunication dont il s'agit ». (Renan, Æist. littéraire, t. XXVI, pp. 665-695). — Deux épigrammes en faveur du Guide des égarés ont été publiées. L'une est d'Isaac ben Zerahyah, et l’autre de Samuel de Montpellier ». (Renan, ibid., p. 730). — Dans les adhésions que sollcitait chaque parti et dont tous les noms nous ont été conservés, nous voyons le modèle de ces listes d’intelleetuels dressées par les partisans du traitre Dreyfus. Ce doit être une tradition juive de remplacer les arguments par des noms prepres qui ne signifient rien dans une question de dogme ou de culpabilité.
1 Beugnot, Les Juifs de l'Occident, p. 185. — Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, p. 489. — Renan, Les Rabbins français; Hist. littéraire, t. XXVIX, pp. 601-602.
hébreu les ÉZéments d'Euclide et les livres astronomiques et géométriques des Musulmans. De 1290 à 1293, il écrit ses commentaires philosophiques ? et son grand ouvrage sur l'instrument appelé le quart du cercle, que mettent successivement en latin et sous sa dictée, en 1297, Armengaud de Blaise, médecin de la même ville * et, en 1301, mais en le remaniant, Pierre de Saint-Omer, l’ancien chancelier sans doute de Notre-Dame et de l'Université de Paris. Sous le titre de Tables astronomiques, i] compose, en 1301, une espèce d’almanach perpétuel pour le calcul des positions planétaires et des éclipses solaires ou lunaires#.
Comme la plupart des Juifs de valeur, Profatius était médecin, mais théoricien plus que praticien ; Astruc dit même qu’il fut doyen de la Faculté 5. :
À cette occasion, nous avons une correspondance très intéressante entre les rabbins de Barcelone et ceux de Montpellier ; nous y voyons encore qu'Addereth, principal rabbin de Catalogne, avait autorisé, comme remède de certaines maladies le port d’allumettes métalliques sur lesquelles était gravée l’image d’un lion $. Abba-Mari condamne cet
1 Catalogus cod. mss. Bibliothecæ Palatinæ. Vicedonobensis, t. I, p. 603.
2 Catalogus mss. Angl. et Hel., X, 111, 1026, 20. — Renan, Les Rabbins francais ; Hist. littéraire, t. XXVII, p. 611. -
3 Renan, Averrhoës, p. 217. — Renan, ibid., t. XX VII, pp. 641, 616.
Catal. de Munich, cod. 343, 26. — Assemani, Bibliothecæ apostolicæ Vaticanæ codicum mss. catalogus, p. 310. — Renan, ibid., p. 616. — «Nous laissons aux personnes versées dans l'histoire de l'astronomie le soin de décider si le quart de cercle dont Profatius se donne pour l'inventeur constitue un progrès sérieux sur les astrolabes employés avant lui. Henri Bate, dont il a été question dans ce recueil (t. XXVI, p. 560), semble imiter, au moins dans la forme, le traité de Profatius ». (Renan, Les Rabbins français ; Hist. littéraire, t. XXNII, p. 616).
5 «Je ne fais pas de difficulté de mettre Profatius, quoique juif, au rang des médecins et peut-être des régents de la Faculté de Montpellier (Mém. pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, p. 668). — M. Carmoly, dans son Histoire des Médecins juifs, a singulièrement enchéri sur la conjecture d’Astruc. « La vive reconnaissance de la Faculté de Montpellier pour ses fondateurs et le progrès toujours croissant des Juifs dans l’art d'Hippocrate le portèrent, en 1300, à choisir parmi eux son régent. Ce fut le savant Profatius de la communauté israëlite de Marseille ». (Carmoly, Hist. des Médecins juifs, p. 90. — Renan, ibid., 1. XXVII, p. 622).
6 Geiger, dans le Haluc, I, 26, ap. Renan, bid., t. XXVII, p. 653. — Lettres d’Abba-Mari, LAID EX VIT IXIX.
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emblème idolâtrique , fort accrédité à notre Ecole de médecine, super-
stition ridicule mais populaire, localisée dans notre ville et qui était, on *
le voit, une importation juive ou arabe !.
Quel était l'esprit des Universités? Comment étaient-elles organisées ?
Si toutes jouissaient de l'autonomie et s’inspiraient de la doctrine de l’Église, chacune d'elles avait ses statuts, ses traditions et suivait surtout l’exemple de celle de Paris, comme la plus ancienne et la plus célèbre des Universités ?. C'est l'Université de Paris que la Papauté ne cesse de couvrir de sa protection, ainsi qu’en témoignent deux cent quatre-vingt bulles du xrrr° siècle. C'est à son ombre que tous les ordres religieux bâtissent des collèges : les Frères Prêcheurs en 1221; les Mineurs en 1230 ; les Cisterciens en 1246; les Prémontrés en 1252 : les Augustins en 1259; les Carmes et les Bénédictins de Cluny, en 1260 ; ceux de Saint-Germain des Prés, en 12633.
En 1210, sous la pression de l’Université de Paris, les évêques, présidés par Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, avaient de prime abord interdit certains livres d’Aristote ; mais Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin en ayant établi le vrai sens #, le Stagyrite obtient droit de cité dans les Ecoles, où il règne en maître, pendant que les papes Honorius IT et Grégoire IX comblent de faveurs le traducteur, Michel Scott.
{ « À la même époque, vivait à Montpellier un autre médecin juif, Mossis de Béziers. L'histoire ne nous a conservé aucun ouvrage de ce médecin: nous ignorons même s'il en a composé. Son nom figure dans les reconnaissances d'emprunt couchées sur les registres des notaires de la ville de Montpellier ». (Revue des Études juives, t. XIX, pp. 266 et 218). — Salomon Kahn, Les Écoles juives et la Faculté de médecine de Montpellier, p. 13.
2 Voir ci-dessus, p. 512. — « Cette vénérable et salutaire école a d’abord à sa tête des maîtres respectables par leur conduite, illustres par leur doctrine, religieux par le cœur, mais portant l’habit séculier. Par la suite du temps, le nombre des auditeurs venant à croître, les maîtres s’accrurent eux-mêmes, et, pensant qu'ils pourraient vaquer plus librement et plus tranquillement à l'étude, s'ils se réunissaient par les liens de lois communes, ils obtinrent des deux puissances les droits des corps et des collèges avec beaucoup de privilèges et des faveurs signalés ». (Du Boulay, Hist. de l’Université de Paris, t. HI, p. 215).
8 Denifle, Chart. Univ. Paris., t. 1, n° 44, 16, 166, 214, 358, 360, 361, 392, pp. 101, 134, 195, 238, 405, 409, 410, 433.
4 Denifle, ibid., n° 20, 78, 204, 228, 246, 218.
5 Denifle, ibid., n° 54, p. 110.
Et tel à dd
«C’étaient les controverses religieuses qui avaient fait l'éducation - politique des villes italiennes, qui dictaient des conditions aux empereurs, et dont les podestats mettaient leur signature plébéienne au traité de Constance » !. Ce sont partout les monastères qui constituent autant de milieux où le travail est honoré, pratiqué comme une religion, où
les hommes de tout pays et de toute condition se trouvent rapprochés
par l’amour et pour le service de la science, si bien qu'il suffit d'en ouvrir la porte pour y découvrir l'élite de l'intelligence. « Paris, observe Renan, est la ville de la doctrine, la ville des livres, sinon la ville du génie. Les fondations de collèges sont une cause permanente d’affranchissement pour la bourgeoisie. On arrive à être chef d'ordre, évêque, cardinal, pape même par l’Université » ?.
Les couvents avaient formé les chrétiens; les Universités, comme le disait de celles d'Angleterre le docteur Puisey, ont pour mission et effet «de faire non des livres, mais des hommes »; c’est ainsi que celles du Moyen âge sont réellement « basties en homme » *. Au lieu de n'être que des écoles professionnelles où l’on poursuit moins les études spéculatives et désintéressées que l'obtention des grades et des places, elles sont d’ardents foyers de vie morale, que l’Église honore de ses dignités , encourage de ses libéralités, où se conserve la fleur des nouvelles générations, et qui, en érigeant les villes dont elles étaient le siège, en phares de la civilisation, permettent à la France d'exercer sur le monde une véritable hégémonie #.
Les Universités, dit De Savigny, avaient alors pour la science, une tout autre importance que de nos jours, puisqu'on ne possédait alors qu'un petit nombre de livres, composés encore à leur intention 5. C'étaient
! Ozanam, Œuvres complètes, t. VI. p. 402.
? Renan, Notice sur Joseph-Victor Le Clerc; Hist. littéraire, t. XXV, p. xxxIII.
3 Pasquier, Recherches sur la France, liv. IT, ch. xxiv. OEuvres complètes, &. I, pp. 40 et 217. — Voir Luchaire, L'Université de Paris sous Philippe-Auguste.
# « Loin de craindre l'instruction, les prélats de France aiment à la propager. Plusieurs d'entre eux, pour être compris de tous renoncent au latin scolastique des gens d'Église et leur donnent l'exemple d'écrire en français ». (Ernest Renan, Discours sur l’État des Lettres; Hist. littéraire, t. XXIV, p. 44. <e
5 De Savigny, ist. du Droit romain, t. III, Préface.
elles, d’ailleurs, qui les faisaient connaître et les accréditaient dans la chrétienté. En dehors d'elles, ils seraient demeurés ignorés. De plus
on ne pouvait, comme aujourd’hui, suppléer aux cours par les journaux
et les périodiques.
C'est l'indépendance et la liberté d'enseignement qui assure l’originalité et la variété des Universités. Chaque école a ses maîtres et ses
disciples; de là une émulation bien préférable à l'indifférence des fonc-
onnaires salariés qui ont moins le souci des élèves et de leurs progrès que de leur propre avancement ; ce qui explique la subordination des Universités officielles au pouvoir.
Dédaigneux d’une société imbue de préjugés, les fils des paysans acquièrent alors la noblesse des grades, condition des dignités ecclésiastiques, et l'Église s'empresse d'accueillir cette jeunesse, dont elle fait l'élévation et la fortune, qui l’en récompense par son attachement et sa fidélité !. Le trouvère parisien Rutebeuf esquisse, à ce sujet, le
4 « Ce qui ouvrait surtout la route des dignités religieuses, c’étaient les succès universitaires ; et voilà pourquoi on les recherchait avec tant de passion. L'Église, de son côté, avait intérêt à bien accueillir cette jeunesse pauvre et laborieuse qui témoignait tant d'empressement à venir vers elle. Ces fils de paysans et d'ouvriers, qui lui devaient la considération et la fortune, lui apportaient, en échange, avec un dévouement absolu, une force, une énergie, une jeunesse nouvelles », {Gaston Boissier, La Vieille Sorbonne; Revue des Deux Mondes, 15 mai 1893). — Cette ascension du peuple aux plus hautes fonctions amenait forcément un déclassement des classes sociales:
Le fils d'un pauvre paysan Viendra à Paris pour y apprendre Tant que son père pourra prendre En un arpent ou deux de terre.
Pour acquérir prix et honneur, Baillera le reste à son fils;
Et lui en reste ruiné.
Quand il est à Paris venu
Pour faire ca quoi il est tenu
Et pour mener.honnête vie
Il retourne la prophétie :
Gain de sac et de labourage
Il convertit en armure.
(Le Clédat, Rutebeuf, Hachette, pp. 11-12. — Nous avons nous-même dénoncé le danger et lés conséquences de l'émigration rurale. (Congrès des Sociétés savantes, Session de Montpellier, 1868, t. II, p.pp. 417-443). À
portrait d’un étudiant qui pourrait bien être le sien, et où se trahissent
la déception et la ruine des capacités manquées.
Les Universités étaient de deux sortes : Universités de maîtres, Universitas magistrorum , Universités d'étudiants, Universitas scola-
r'ium .
Dès 1205, nous rencontrons à Bologne, une corporation d'étudiants communitas scolarium ; en 1208, à Paris, une de maîtres, communitas magistrorum *. L'Université de droit de Montpellier, est, comme celle de Bologne, une Université d'étudiants.
Ce titre d'étudiant occupe une place d'honneur dans tous les actes du Moyen âge, où il ne semble guère inférieur à celui des maîtres. Au contraire, ainsi que le constatait Montalembert dans le procès de l’École libre, le décret impérial, toujours en vigueur, du 17 mars 1808 , ne daigne même pas en faire mention, alors qu’il énumère avec complaisance «tous les degrés de la pompeuse hiérarchie de l'Université »?. Les étudiants personnifiaient alors la raison, la vie, l'avenir des Universités. Quelques-uns étaient d’ailleurs investis de fonctions et de dignités ecclésiastiques, et la durée des études plus longue que dans nos académies.
L'Université des maîtres est régie par un doyen et un chancelier, généralement celui du chapitre. Le chancelier a pour mission d’examiner les professeurs, de les recevoir ou de les refuser, en licenciant après leurs études ceux qui prétendraient demeurer maîtres et régents. À Paris, le développement des Écoles exigera deux chanceliers, qui seront d'office le doyen de Notre-Dame et l'abbé de Sainte-Geneviève; mais, par une singulière coïncidence, chacun d’eux exerce sa juridiction
sur la rive opposée à sa résidence. Quant à l'autorité de l’évêque, elle
est ordinairement dévolue à un autre prélal, parfois même à un étranger #.
1 Chartularium Universitatis Parisiensis, t. [, n°6 et 8, pp. 65, 67. 2 Montalembert, Procès de l’École libre. Œuvres complètes, t. I, p. 1. 3 Revue des Questions historiques, t. XIX, p. 535.
4 Hist. de Sainte-Geneviève et son église royale et apostolique (Bibl. de Sainte-Geneviève,
L'université d'étudiants se trouve placée, à Montpellier comme à Bologne, sous l’autorité supérieure , plus nominale que réelle, nous l'avons vu, du Pape et de l’évèque. En fait, elle est administrée par un recteur, électif comme son conseil, dont, à Montpellier, deux membres doivent, l’un faire partie du chapitre de Maguelone, l’autre être natif de la ville. Quant au recteur, il est pris à tour de rôle dans chacune des trois nations, Provence, Bourgogne, Catalogne. Ces dignités demeurent
inhérentes à la qualité d'étudiants, qui en sont dessaisis le jour où ils
deviennent docteurs.
Cette différence de caractère entre l'Université des maîtres et l'Université d'étudiants explique pourquoi les Facultés de médecine, de droit et des arts ne forment jamais, à Montpellier, un corps, ainsi que dans les autres Universités. Chacune d'elles demeure isolée et indépendante, n'ayant ni conseil général, ni assemblées communes. Et si l'Université comporte généralement l'existence de trois Facultés, il faut reconnaître qu'il ne pouvait s’y établir, entre la médecine, le droit et les arts, la même connexité qu’à Paris et à Toulouse entre la théologie, le droit et les arts. |
La licence qui est aujourd’hui un grade, signifie alors la faculté d'enseigner. L'enseignement «est à la fois théorique et pratique; la théorie consiste à faire des cours ou lectures, legere; la pratique à les commenter, regere. L'École de Salerne, la première, confère les dignités
Ms. H lat., f 21), — « Le chancelier, nom qui vient du latin cancellare, rayer, biffer. Le chancelier avait pour fonction dans les cathédrales, abbayes, monastères, de dresser ou de faire dresser et rectifier les actes. On choisissait ordinairement pour exercer cette charge, dit Molinet, un des plus capables de la compagnie; car, comme tous les titres se faisaient en latin, il était nécessaire que celui qui estoit comme pour les dresser ou les corriger fust habile homme et bien versé dans cette langue. C’est pourquoy il ne faut pas s’estonner si, dans les églises où il y avait des écoles à gouverner on a choisi le chancelier plutôt que tout autre officier pour en avoir la direction. C’est ce qui s'est pratiqué de tout temps dans Paris à l'égard de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève, où l'on trouve qu’il y a eu des chanceliers qui ont eu, sous l’évêque et sous l'abbé, l'intendance des écoles qui estoient auprès de leurs églises ». (Thomas, La Vie privée de Guillaume de Nogaret; Annales du Midi, 190%, pp. 558-595). — Voir Trévoux, verbo: Chancelier. — Remarques sur l'institution, charge, dignité et juridiction du chancelier de l'Université; Manuscrits de la Bibliothèque Saint-Germain , MS. H lat. 29, in-fol., f°23. — Féret, Les Origines de l’Université de Paris ; Revue des Questions historiques, t. LIIE, p. 353.
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académiques établies par Pierre Lombard à l'École de droit de Bologne !.
La licence d'enseigner n’est concédée qu'après examen?, par le maître des Écoles, à Paris par le chancelier de Notre-Dame ou celui de Sainte- Geneviève. Nous avons vu que les conciles de Londres, en 1138, de Latran en 1179, les décrétales d'Alexandre [IT interdisent de la refuser
à qui en est capable. En attribuant aux évêques l’insutution des maîtres et des docteurs, Eugène II ne fait que consacrer le droit des fondateurs*.
Saint Louis le reconnaît, en 1230, en désignant l’évêque de Maguelone, — et non le recteur, comme à Bologne —, pour recevoir les serments des licenciés et des docteurs tant en droit civil qu’en droit canonique #. Jayme [°*, systématiquement hostile au prélat qui personnifie les aspirations françaises, nomme, en 1268, un professeur de droit civil, excommunié aussitôt par Bérenger de Frédol, avec ceux qui suivent son cours. Clément IV justifie l’acte épiscopal, en rappelant que c’est lui qui a conféré les grades à la Salle-l'Évèque 5. La suprématie ecclésiastique ainsi établie, est confirmée, en 1285, par une bulle du cardinal de Sainte-Cécile, légat du Saint-Siège, qui autorise l’évêque de Maguelone à donner la licence aux candidats ayant fait leurs preuves devant les docteurs de l’Université de droitf. Elle est encore mentionnée dans la bulle de Nicolas IV, en 1289. |
1 Bulæ, t. I, pp. 252, 256. — Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. VII, ch. 5, t. II, p. 393.
2? Ch. Thurot, De l’Organisation de l'Enseignement dans l’Université au Moyen âge. Paris, 1850, p. 50.
3 In synodo papæ Eugenii canon præcipit ab universis episcopis omnem curam habendam, ut magistri et doctores constituantur, qui studia litterarum, liberalium artium dogmata, assidue doceant, quia in his maxime divina manifestantur atque mandata declarantur. (Mandement de Clément IV, 26 mai 1269. Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. 1, n°13, p. 200).
1 Magalonensi. episcopo ejusque successoribus suis concedimus,.… potestatem et juridictionem cognoscendi, etiam inter laicos subditos nostros, de actionibus quibuscumque... et recipiendi juramentum a licentiandis et doctorandis in facultate canonica seu civili… (Lettre de Louis IX contenant la formule du serment prêté à l'évêque par les candidats aux examens, juin 1230, Cartulaire de l'Université, n° 3, p. 184).
5 Mandement de Clément IV, ut supra. — Voir ci-dessus t. I, eh. xur, pp. 161-162.
6 Vobis dandi licentiam regendi in jure canonico et civili, in Studio Montispessulani,.… ilis quos per diligenter et fidelem examinationem aliorum doctorum hujusmodi studii et scientie,
A Bologne, les maîtres réunis accordent aux suppléants de leur choix la licence d'enseigner, bientôt étendue aux élèves qui profitent de leurs leçons, doctores legentes. Ceux-ci, dès lors, sont en tel nombre, qu'ils finissent par prendre la place des anciens: Nondum norunt esse discipuli, laborant ut nominentur magistri'. À Paris, où l’on ne refuse à personne la faculté d'enseigner, on doit refréner l'anarchie scolaire en la subordonnant à l’aulorité du chancelier, en tant que représentant de l'évêque.
Les maîtres luttent alors contre le pouvoir épiscopal et obtiennent gain de cause près du Saint-Siège. Les maîtres ès arts, plus jeunes, plus hardis , plus nombreux que les théologiens, les médecins et les légistes, soutiennent les plus rudes assauts ; ce sont eux aussi qui dominent et font de l’Université une démocratie, où le gouvernement appartent surtout à des maîtres pauvres et plébéiens ; le serment de fidélité aux statuts des artistes, quelque soit leur carrière ultérieure, ad quamcumque statum deveneritis, détermine la suprématie de cette Faculté sur les autres ?.
Ainsi, l'Église ne proscrit pas les études profanes. Loin d’exclure les laïques , elle les recherche. Non seulement le chapitre de Maguelone envoie deux chanoines sur les quarante en résidence dans l’île, suivre les cours de l'Université, mais encore l’évêque Arnaud de Verdale exige, en 1339, qu'on maintienne dans l’île un maître ès sciences, sans imposer un ecclésiastique, magistrum qui scientus canonicos Magalonenses instruat in 1psa ecclesia.
per vos ad hoc specialiter vocandorum, ac eorum approbationem ydoneos reperiretis super quibus vestram intendimus conscientiam onerare, liberam, qua fungimur auctoritate, concedimus tenore presentium potestatem ; statuentes nichilominus ut hii, quos taliter licentiandos duxeritis,officium magisterii libere valeant ubilibet infra legationis nostre terminos exercere. (20 octobre 1285. Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 17, p. 208).
4 Ch.-Y. Langlois, Revue de Paris, 1895-1896. — Les Universités au Moyen âge, ap. Questions d'Histoire, p. 30.
2 Langlois, ibid.
3 Quoniam de quadraginta monachis, que in ipsa Ecclesia residere debent, et de vicenario numero unus debet ad generalia studia transmitti, declarat et statuit duos canonicos fore singulis annis mittendos. (Ibid.). — Cartulaire de Maguelone, reg. B, fo 51. — Cf. Arnaud de
Défense à tous, sous peine d’être mis au pan de la ou de danser ou de se dissiper au dehors; de se livrer aux jeux de dés ou de + hasard ; à ceux qui font la partie chez eux, de perdre plus de deux sous;
de participer aux réjouissances burlesques du carnaval, comme aura
raison de s’en plaindre, en 1320, l'évêque André de Frédol!; de porter, :
enfin, des armes, d’en louer ou d’en prêter ?.
À Montpellier sans doute, comme à Paris, l'élève ne saurait être admissible avant quatorze ans. Après six ans d’études, il subit l'examen de déterminisme ; l’année suivante, celui de licence, qui confère le droit d'enseigner non seulement dans la Faculté, mais dans le monde entier: Do tibi potestatem docendi, legendi et regendi, et quoscumque actus magisterü exercendi hic et ubique terrarum. Le plus haut grade correspond au baccalauréat *. | |
À Paris, l'Université comprend la moitié de la capitale émancipée, constituée en république, se gouvernant elle-même, maîtres et étudiants associés dans le culte et la poursuite de la science. « Paris est la ville de la doctrine, la ville des livres, sinon la ville du génie. Les fondations de collèges sont une cause puissante d’affranchissement pour la bourgeoisie.
Verdale, évêque et chroniqueur, p. 6. — Gariel, Series Præsul. Magalonensium. TELE — Gall. christ., t. VI, Instrum., LIV, p. 382.
1 Quod nullus Doctor, Baccalarius, vel Scolaris, extra domum suam vel scolarium aliorum, …tripudiet vel chorizet…. ludant ad taxillos, aleas, vel alias quovis ludo, in quo pecunia perdi possit.…. arma portel…. compatrem audeat facere vel commatrem ;.… Quia.…. in die carniprevi et diebus ejusdem vicinis.. multa olim scandala provenerunt,…. quod in die dominica et carniprevii… ac per totam septimanam,… nullus Scolaris,.… audeat ad domos aliorum scolarium incedere, pro carnibus vel aliis subtrahendis vel quibusvis aliis insolertiis seu vanitatibus faciendis… (Voir le Statut complémentaire du cardinal Bertrand, 20 juillet 1339, ap. Cartulaire de l'Université de Montpellier, ne 65, t. I, pp. 296, 304-308).
? Ecce nunc cessare cepit, proh dolor ! dulcedo citare Studii memorati…. In eo namque…. Juris utriusque ceterarumque Facultatum scientia quasi per discordiam et luctum versa est
. Nonnulli siquidem scholares Universitatis predicte, qui ad eamdem de diversis mundi partibus conveniunt, pacis emuli et iniquitatis alumpni, confederationes, pactiones et colligationes illicitas inter se,.… contra bonum statum et tranquillitatem solitos Universitatis et Studii memorati, facere dampnabili temeritate presumunt, armaque, contra, inhibitionem nostram, noctu [atjque die, publice vel occulte, portare presumunt, domus invadunt aliorum et Universitatem provocant, ad discensionem et rixam. (Ordonnance de l'évêque de Maguelone, André de Frédol, interdisant aux étudiants les associations illicites et le port des armes. Murviel, 2 avril 1320. Cartulaire de l’Université de Montpellier, t. I, n° 38, pp. 246-241).
3 Bénédiction du Chancelier, ap. Franklin, Écoles, Collèges, p. 169.
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15 arrive à être chef d'ordre évèque , cardinal , pape même, par
: Sr Université » 1. Fe s | ‘a Indépendantes de l'État qui ne les avait ni fondées ni dotées, les
| Universités ne peuvent être indifférentes ni étrangères au clergé qui
en avait été le promoteur en assumant la charge de l’enseignement. Pontificales par l'autorité mondiale qu’elles doivent à l'investiture du Saint-Siège, elles se trouvent sous la juridiction des évêques auxquels Grégoire IX donne le droit de créer des chaires, d'accorder ou de refuser
la licence, c’est-à-dire de conférer des titres d’une portée générale,
Studium generale.
Si le premier stimulant de la docilité de l’élève, dit saint Ambroise, est la valeur morale des maîtres, primus discendi ordo nobilitas est
magistri, on lient à éloigner les élèves, maîtres demain, qui auraient
des tares héréditaires. Voilà pourquoi la Faculté de médecine de Montpellier interdit de conférer aucune dignité, sauf dispense, aux enfants illégitimes : quantumcumque ydoneus ad legendum vel docendum vel ad
aliquem magistratus honorem seu ad alia exercenda recipiatur ?.
Les Universités, à l'instar des institutions de l'Église, telles que les monastères et les communes sont essentiellement démocratiques. et animées d’un véritable esprit égalitaire et libéral, qui respecte leur autonomie, garantit leurs franchises populaires et en assure le service. Élection à la base du pouvoir, confraternité de tous les membres dans la même famille des maîtres et d'élèves, Universitas magistrorum et scolarium®. |
1 Renan, Nofice sur Joseph-Victor Le Clerc; Hist. littéraire, t. XXV, pp. XXXIHI-XXXV. — « Ce qui ouvrait surtout la route des dignités religieuses c’étaient les succès universitaires, et voilà pourquoi on les recherchait avec tant de passion. L'Église, de son côté, avait intérêt à bien accueillir cette jeunesse pauvre et laborieuse qui témoignait tant d'empressement à venir vers elle. Ces fils de paysans et d'ouvriers qui lui devaient la considération et la fortune lui apportaient, en échange, avec un dévouement absolu, une force, une énergie nouvellés ». (Gaston Boissier, La vieille Sorbonne; Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1893).
2 Mandement de Jean XXII accordant l'autorisation d'enseigner et d'exercer la médecine à Pons de Lunel, 4° avril 1330. Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. 1, p. 278.
3 Scolares ad dictum consiliariatus officium et ad ejusdem Studii.rectoriatus et ad alios honores et prerogativas Studii, si sunt ydonei, eligi valeant et assumi. (Statut complémentaire du cardinal Bertrand, 20 décembre 1355; Cart, n° 112, t. 1, p. 440). — « Partout où
Les vaines distinctions d’origine et de fortune s’effacent devant le
mérite personnel : Studentes non per saltum sed secundum merita pro-
moveantur ad honorem'. Le luxe des vêtements est interdit ; une bulle
d'Urbain V prescrira l’uniformité des costumes, règle inobservée peulêtre, mais qui trahit du moins l’esprit charitable de l'Eglise pour atténuer
l'inégalité des conditions. Les plus indigents ont même le privilège d'être présentés en première ligne et, par une disposition, qui n'est peut-être pas intentionnelle, mais qu'on croirait imaginée pour refréner les prétentions de l’orgueil et du luxe, c'est dans l’église de Sant-
Julien le Pauvre, chapelle de l'Hôtel-Dieu, sur la rive gauche de la Seine, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, que l’on procède aux élections scolaires. Nobles et roturiers y forment alors une pelite république, où l’on se passionne moins pour les affaires et les intérêts que pour des idées. Tous doivent assister aux mêmes cours, sur le sol jonché de paille, et non sur des bancs et des chaises, ce qui, en éveillant des jalousies, provoquerait l'envie: U{ occasio superbiæ a juvenibus secludatur : elils se pressent en foule autour de certains maîtres pour ne rien perdre de leur enseignement. Quels professeurs alors! Quelles leçons !?
En exerçant les droits de la société, l'Église s'était proposée non de
les lui prendre, mais de les lui apprendre. Plus tard, les Universités s’affranchiront de l'Eglise non par hostilité, car elles ne dénoncèrent
l'élément ecclésiastique a eu, au moyen âge, la prépondérance, il a fait prédominer l'élection ». (Germain, Du Principe démocratique dans les anciennes Écoles de Montpellier ; Mém. de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpetlier, section des lettres, t. VIF, p. 533).
‘ Hurter, Hist. d'Innocent IT, t. [, pp. 13-20. — Voir les pages enthousiastes de Hurter, se faisant l'écho de l’époque.— Necessarius ordo requirebat et Francigenæ vel Gallici tanquam perspicaciores scientiarum studio dotarentur et ut ad fidem catholicam.. Gallorum approbat et demonstret. (Lettre de Jordanus d'Osnabruck dans son traité De prerogativa romani impert ; ap. Hermann Gravert de Munich. — Lettre de Mgr. d'Hulst, 4 janvier 1891. Bulletin de l'Institut catholique de Paris). |
? « Avec le temps les institutions se modifient. L'Université de Dôle, fondée en 1423 par Philippe le Bon, établit, au contraire, la distinction entre nobles et roturiers. Les premiers jouissent d’un rang et de prérogatives. C’est par ces dérogations que s’établissent dans la République des lettres des castes et une hiérarchie encore maintenue dans les vieux collèges ». (Henri Beaune, Une Université d'autrefois ; Correspondant, t. LXXXII, pp. 67-69).
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