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jamais, avant notre époque, l’antagonisme de la foi et de.la science, mais comme des majeurs qui, par leur âge, sont naturellement émancipés de la tutelle qui protégeait leur minorité. En les absorbant, la monarchie réduira les professeurs au rôle de simples fonctionnaires, sans iniliative, sans indépendance, asservis aux divers pouvoirs successifs, contraints aussi à toutes ces palinodies dont nous sommes, que trop souvent, les témoins affligés.
Les Universités du Moyen âge, qui ne sont alors concurrencées ni par les Écoles de toute nature ni par la profusiôn de livres pour remplacer les leçons, ont une toute autre importance que nos Universités modernes. Les étudiants, en général moins jeunes, sont plus sérieux ; quelques-uns même, les ecclésiastiques, se trouvent déjà investis d’une fonction ou d’une dignité; la durée des études est enfin plus longue, et l’absence de traitement officiel, qui garantit l’indépendance des maîtres, stimule l'émulation, en faisant dépendre la supériorité non d’un choix ministériel, mais du mérite personnel du professeur !.
Pour être véritablement étudiant, il faut d’abord s'attacher à une École déterminée: Mullus sit scholaris Parisius qui certum magistrum non habeat?. À Bologne, par exemple, 1l y a un comité de surveillance, denunciatores doctorum, chargé d'infliger une amende au maître qui éluderait une difficulté, supprimerait un texte ou s’attarderait en s'écartant du programme*. Chaque schola, avec son docteur ordinaire et ses adjoints extraordinaires, forme une véritable famille, se suffisant à elle-même, les élèves fidèles à leurs maîtres, les maîtres suivant leurs élèves jusqu’à la fin de leur instruction.
Sauf une légère taxe de quatre sols pour l'herbe et la paille qui jonchent ces salles d'examen, la gratuité des grades est un principe absolu, car ce serait de l’usure que de rançonner les pèlerins de la science qui accourent pieds-nus des quatre coins de l’Europe pour s’abreuver à la
41 Statuts de la Faculté des arts de Paris, 5 décembre 1275. (Chartul. Univ. Paris., t. I, p.461).
2 Jbid., t. HI, p. 141.
8 Langlois, Les Universités au Moyen âge, ap. Mélanges d'histoire, pp. 21-22.
ARE CE “UNIVERSITÉ DE. MONTPELLIER. $ source de vérin. 1, C'est afin de subvenir aux besoins dec ces ‘affamés de science que papes et évêques, monastères et grands ocre rivalisent PRE de générosité pour fonder des collèges ?. | 5? e LU = Il est même défendu, sous peines disciplinaires, de rien exiger ni. accepter des candidats®. Avec le temps, et sous des prétextes plausible Es ces principes fléchissent à tel point que l'Université de Paris impose + deux sols par semaine pour être versés dans la caisse commune. Quant à l’enseignement donné par des maîtres particuliers, elle en prescrit la gratuité pendant la première quinzaine, afin de permettre aux élèves de comparer et de choisir entre les cours, experientiam focere de doctrina cujuslibet et doctoris.
Mais il est temps de conclure et de résumer cette trop longue étude sur nos vieilles écoles. |
Deux principes ont toujours inspiré l'Église et les Universités, celle de Montpellier surtout, la gratuité et la liberté: la gratuité qui fait de l'instruction non le privilège de quelques-uns, mais l'apanage de tout le peuple ; la liberté qui, en respectant l'originalité de la pensée, en provoque l'initiative et en stimule l’effort. |
Avant le x1x° siècle, on n'avait pas soupçonné que le gouvernement pût subordonner à l’État l'esprit, la foi, la conscience des citoyens. Julien l'Apostat ferma bien aux chrétiens les écoles publiques; il ne les força pas du moins à recevoir un enseignement impie dans les écoles païennes. Au Moyen âge, sous l’ancien régime, les princes, les moins chrétiens et les plus absolus, ne prétendirent jamais à la souveraineté sur l'éducation.
Alors que toutes nos révolutions ont été faites au nom de la liberté et de l'égalité, qui seules pouvaient les rendre populaires et en assurer S le succès, alors que nos pères de 1789 n'aspiraient qu'à l’ affranchissement de l'Humanité, leurs successeurs ne s'entendent que pour asservir
! Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. I, p. 484.
2-Bulle de Clément V, Correspondant du 10 avril 1810, Une Université d' autrefois, t: LXXXIL de la collection, p. 68. — Voir Statuts de la Faculté des arts de Paris, 1275. — Denifle, Chart. É Univ. Paris., n° 460, t. 1, p. 521. — Du Boulay, Æist. Univ. Paris., t. IL, pp. 341-376 ; t. HLL, p.484,
3 Du Boulay, ibid., t. III, p. 141. . LR AUSE
# Ch.-V. Langlois, Les Universités au Moyen âge, ap. Mélanges d'Histoire, pp. 21-22.
nn Ne. on deu État ; jusqu'à vor aux pères à
famille Je droit de contrôler les livres i imposés à à leurs enfants, au
Ge “clergé de parler d' histoire. sainte. à propos du catéchisme ; des croisades à l'occasion de saint Louis !
C’ est Danton qui, le premier, émit, en 1795, cette dé. renouvelée. ; de Lycurgue et de J.-J. Rousseau, que les enfants appartiennent à la République avant d'appartenir à leurs parents. La Convention n'eut guèreletemps d'imposer le système, introduit dans la loi du {8 mai 1806, « qui charge exclusivement l'Université de l'enseignement et de l'édu- “cation publique dans tout l’empire ». A la vérité, l'organisation du corps enseignant devait faire l’objet d'une loi nouvelle, mais qui ne fut jamais | soumise à la sanction du pays, et qu’on remplaça par de simples décrets, des 17 mars 1808 et 15 novembre 1811. Aux termes du premier (art. 3) ï «ul ne pouvait ouvrir d'école n1 enseigner publiquement, sans être membre de l'Université et gradué par. une Faculté ». | . Ne fallait-1l pas prévenir toute velléité d'indépendance intellectuelle, 7 jee aussi bien chez les maîtres, qui devaient défendre la légitimité du nouveau pouvoir, que chez les élèves, qu’on voulait caporaliser dès PÉcole, pour mieux les enrégimenter à la caserne. Avant d’être des citoyens, les Français restaient des sujets, à la merci de l'État, aux mains d’un homme ou d'un parti: empire, royauté, république! ! Ce monopole ne put réussir, ainsi qu'il résulte de l'enquête confiée, en 1810, à Savary, et que nous ne connaissons que par les réponses des SS préfets, si bien que Louis XVIIT put rendre hommage à Fontanes et à
A & Lorsque les parlements envahirent avec tant de despotisme le droit des consciences
religieuses, je ne sache pas que jamais ils aient étendu la main de la fiscalité et de la chicane
sur l'éducation, même sous le régime absolu et corrompu de Louis XV. Au moment où
si l'expulsion des Jésuites venait d’être ordonnée, en 1763, il parut un édit qui confia la sur-
veillance exclusive et l'organisation des Universités et des collèges aux évêques et aux
délégués de l'autorité municipale ». (Montalembert, OEuvres complètes, Le Procès de l’École
; libre, t.I, p. 8). — «Jamais, depuis l'origine du monde, disait Lamennais, jamais si exécrable
despotisme n'avait pesé sur la race humaine, et si quelque chose prouve à quel point la
notion de la vraie liberté s'est altérée de nos jours, c'est sans doute la honteuse patience avec laquelle on l'a supportée jusqu’à présent ». (Lamennais, Progres de la Révolution).