‹ L'Université de MontpellierChapitre 3 sur 36 · SM E · texte numérisé non relu

SM E

LR AT SNL ET

-détruira, en effet, la prépondérance des Arabes dans la Péninsule en -donnant raison à la prédiction du nouveau Tyrtée qui a le double mérite d'inspirer l'héroïsme, et de combattre en simple chevalier !. A Marcabru, dans la fameuse pièce du Lavador, présente l'expédition -d’Alphonse VIT contre les Maures, à laquelle participe Guillem VI de Montpellier, comme la piscine mystique où la Chrétienté se lavera de ses péchés. «Que celui qui désire se purifier, tandis qu'il a vie et force, coure au saint lavoir; c’est là qu'est notre guérison. Malheur à nous si nous arrivons auparavant à la mort! Que les lâches, que les débauchés, -occupés dans l'ivresse et la bonne chère, restent dans leurs souillures; Dieu ne veut à son lavoir que les convertis et les preux»?. Tous ces héros n’ont pas l’âme desséchée par l'esprit de critique et de -sceplicisme qui arrêtent les élans généreux et détruisent l'enthousiasme. Comme dans les peintures du xv° siècle, leur foi vive et ingénue accuse par la sérénité des traits leur familiarité avec le divin. Nous avons admiré les exploits glorieux des guerriers qui, à Muret, -à Palma et à Courtrai, débutaient par la confession. Elle se faisait souvent sur le champ de bataille, à Dieu d’abord, puis à un prêtre, à défaut d’un prêtre, à un parent ou à un compagnon d'armes, proximo vel socio, comme fera Bayard *. Le soir de la défaite des Aliscans, /a dolor fut grand; l'infant Vivien, se penchant sur son oncle Guillaume, se -confesse: «J'ai reculé, avoue-tl, devant les païens»; 1l n’a souvenance -d’aucun autre péché. Dans ce même poème il est dit que Guillaume s’élait muni d'une hostie consacrée ?; mais «a meilleure prière est celle -qu’à la bouche met le cuer» 7.

Aux fêtes patronales ou corporatives, aux pèlerinages, aux grandes foires, bardes, compagnons et paysans exhalaient en vieux refrains

1 Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. IL, ch. xx, p. 156.

2 Ibid., pp. 145, 146. — Sur Marcabru, voir Paul Meyer, Romania, t. VI, p. 121.

3 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. 1x, p. 396; t. [, ch. xt, xvur, pp. 62, 425.

# Pierre Lombard, Sentent., lib. IV, dist. XVII, $ v. — Léon Gautier, La Chevalerie, p. 44. 5 Léon Gautier, ibid., p. 45. — Fauriel, Hist. de l'Épopée française, t: HE, eh. xxxuir, p.15. -6 Aliscans, v. 883-885. — Léon Gautier, ibid., p. 46.

-1 Gautier de Coiney, édit. Picquet, col. 453. — Léon Gautier, ibid., p. 39.

l'âme de la grande patrie, d'autant plus vibrante que la flamme en était sans cesse alimentée et renouvelée au foyer même de la famille, entre la tombe des aïeux et le berceau des enfants. La chanson était pour la poésie lyrique, comme l’ode dans l'antiquité, un chant national, un écho de la race et du terroir, répercutant d’âge en âge dans la mémoire des peuples la noblesse et la fidélité des affections légitimes, les vertus, les exploits et les épreuves des preux. Les lais et les sirventes ne sont que des productions subalternes, réminiscence des pieuses légendes et des souvenirs historiques, des aventures galantes ou des refrains Joyeux; les tensons des controverses où, de chaque côté, on défend quelque acte ou quelque parole contradictoire. Dans le partimen ou jeu parti, lauteur propose au choix du partenaire deux solutions opposées avec engagement de soutenir l’autre. Il était ainsi facile de donner à la fois satisfaction et à la vivacilé hautaine des grands seigneurs et aux hardies protestations contre l'oppression féodale.

Les chansons de geste représentent les Primitifs du Moven âge, ainsi que les poèmes homériques ceux de l’antiquité grecque. Ils ontle naturel et la crédulité de l’enfance, la candeur et la générosité de l'adolescence, la grâce et la saveur de la passion contenue en même temps que le charme toujours impressionnant de la bravoure. Simple, rapide, populaire, dans les pastourelles, la poésie provençale est à tel point chevaleresque et mondaine que la courtoisie devient synonyme et caractéristique du genre, comme la vertu de véritable amour t.

L'esprit catholique en contient les licences et alimente la sève de l’inspiration, si bien que nous voyons les meilleurs maîtres de la langue d'Oc, longtemps surnommée la Limousine, Arnaud de Mareuil et Bernard de Born, dont Alphonse IT d'Aragon disait que sirventes de l’an et chansons de l’autre sont mari et femme, finir leur vie d'aventure

4 «On est ordinairement d'accord pour appeler courtoise la poésie des Provençaux et celle qui en fut imitée. Ce terme est excellent. En effet, elle fut exclusivement composée pour le divertissement des cours, soit par les grands seigneurs, soit par leurs clients. C’est dans une atmosphère courtoise qu'elle s’épanouit; c’est là aussi qu'elle s'étiole bien vite, car elle n'avait jamais plongé ses racines dans le sol même du pays». (Jeanroy, Les Origines de la Poésie lyrique en Frañce, p. XVI), ; !

Ra AMEL:

sous le froc, à l'instar de Folquet qui devient évêque de Marseille et de Deudes de Prades, chanoine de Maguelone t.

L'histoire a fait justice de cette fable absurde que la qualité de noble dispensait de savoir écrire et même lire. Pas un vrai paléographe n'a encore produit et ne saurait montrer le moindre témoignage d’une telle ineptie que démentent tous les documents de l’histoire et qui ne prouve que l'ignorance des contempteurs des siècles chrétiens. «La liste serait longue des barons et des seigneurs qui ont cultivé avec plus ou moins d'éclat, au Moyen âge, l’histoire, la jurisprudence, la poésie, écrit notre illustre Léopold Delisle. La multitude des personnages remarquables de ce temps, hommés d’État, guerriers, ministres, recrutés: dans les rangs de la noblesse suffit, à elle seule, pour trancher la question» ?. Le cartulaire de l’Université d'Orléans nous révèle qu’en 1337, les enfants des plus grandes maisons en suivaient les cours. Au xv° siècle, en Bretagne et en Normandie, les notaires passe étaient tous des gentilshommes ?. Quant au peuple, 1l était si peu ignare que, dès le x1° siècle, en Normandie, tous les paysans savaient lire et écrire, et, sur cette terre du plumitif, ils portaient à leur ceinture «un escritoire» #,

À celte époque cependant les nobles surtout, sinon les nobles seuls, étaient capables de comprendre et de rémunérer les poètes; et voilà

4 «C'est un fait remarquable à noter que les troubadours les plus célèbres moururent presque tous dans le cloitre et sous l’habit de moine. Usés de bonne heure par les émotions et les agitations d'une vie factice, et, pour ainsi dire exagérée, inévitablement pris de scrupules religieux, ils ne manquaient guère, au déclin de l'âge, de se jeter dans quelque monastère de rigide

. ohservance et donnaient à Dieu les restes d'une existence dont le monde et l'amour ne

voulaient plus». (Fauriel, Hist. de la Poésie provencale, t. 1, ch. xvr, p. 39).

? Léopold Delisle a répété cette affirmation dans la série de ses innombrables et incomparables études sur la Normandie. On peut en trouver la confirmation dans les ouvrages de M. de Beaurepaire — «Les nobles, au moyen âge, savaient écrire et la portion savante du clergé mise à part, ils n'étaient pas plus ignorants que les membres des autres classes de la société». (La Borderie, Mélanges d'histoire et d'archéologie, 1, 60). — «Cependant, dit Montalembert, comme des croix grossières tenaient lieu de signatures au bas des actes des onzième et douzième siècles, on en a conclu que les nobles de ce temps ne savaient pas écrire. C'est une grosse erreur, à laquelle il est facile de répondre péremptoirement par le fait que voici: l'usage d’apposer sa signature sur les actes, les missions, etc., n'existait pas pendant la majeure partie du moyen âge». (Moines d'Occident, t. VII, p. 692).

3 La Roque, Traité de la Noblesse, édit. de 1710, ©. CXLvIr.

# Léopold Delisle, de Beaurepaire, ut supra.

PNR PTE ANR TONE PEN, TA ua PTE RCE S'ÉTEINT LÀ: “ AA il Din ÿ à L Car

comment la poésie prend naissance dans les petites cours comme «en-

serre chaude» !.

La versification étant le complément de la galanterie et de la courtoisie

chevaleresques, rien d'étonnant que sur quatre à cinq cents troubadours, la moitié appartint aux classes féodales?, et qu’on trouvât parmi eux dix

rois ou reines, quatre-vingts nobles de tout rang à côté des bourgeois. et des artisans. Les grands seigneurs qui ne pouvaient rimer se.

dédommageaient en présentant les compositions des autres, ceux-e1 fussent-ils de basse extraction; et, les cadets manquant de movens

d'existence les colportaient de château en château, prouvant par leur

exemple que la profession intellectuelle n’était pas une dérogation; qu'elle était plutôt un litre à la chevalerie. C’est même parmi ces

gentilshommes sans terre ni argent que se rencontraient les esprits.

les plus vigoureux et les plus délicats.

Dans le Midi surtout, les savants sont partout honorés; les troubadours

vivent dans l'intimité des princes, fêtés comme les dispensateurs de la

renommée. La poésie permet de tout dire; les hommes d’esprit sont.

d'autant plus choyés qu’on recherche leurs éloges et qu'on redoute

leurs traits plus que les coups de lance et d'épée. Le talent est même une

noblesse; l’art délicat des vers rapprocheles distances. Si Bertrand de Born

1 Jeanroy, La Poésie provencale du Moyen âge, Revue des Deux-Mondes, t. CLI, pp. 361, 365. — «La jonglerie fut inventée par des hommes de sens et des seigneurs de quelque savoir (notons l'exactitude de ce souvenir) pour divertir et honorer la noblesse par le jeu des instruments. Puis viennent les troubadours (c’est-à-dire en somme les jongleurs poètes) pour raconter les belles actions, louer les preux et les encourager à bien faire». (1bid., p. 314). — «On serait tenté de croire que dans ces châteaux massifs et dans ces tourelles gothiques la vie était grossière, que sous le harnais nulle élégance sociale ne se mélait à la rudesse extérieure et matérielle des mœurs. Il n’en est pas ainsi; beaucoup de livres de ce temps respirent une sorte d'urbanité

délicate et de générosité digne des temps les plus civilisés», (Villemain, Littérature au Moyen .

âge, 9° leçon, t. I, p. 279).

2 Fauriel, Hist. de la Poësie provençale, t. I, ch. xv, p. 530. 3 «Dans ces siècles de prétendue ignorance, il n'y avait pas une ville, pas une bourgade qui

n'eut son école publique». (Guibert. Novig. gest. Franc, t. I, pp. 361-368, édit. d'Achéry). — «Les .

abbayes de filles elles-mêmes entretenaient non-seulement des écoles, mais des bibliothèques,

et l'on n'y donnait le voile qu'à celles qui savaient le latin». (Hist. littéraire de la France; t. IX, pp. 127, 129). — On vantait les religieuses d'Admont comme valde litteratæ et scientia .

S. Scripturæ mirabiliter excitatæ. (Hist. nig. sylv., Il, 1, ap. Hurter, III, 580). 4 Fauriel, ibid., p. 531.

est un grand seigneur, le fils d’un paysan, comme Bernard de Ventadour, ou Géraud de Borneilh, «le maître des troubadours», qui ne dut sor éducation qu’au châtelain d'Exideuil ‘, est un ancien serf, simple clerc de notaire, comme Arnaud de Marvielh, Æ7 en famoso Arnaldo, ainsi

que l'appelle Pétrarque, dans le Triomphe de l'amour ?; tant d’autres

encore que l’on pourrait citer, fraient de pair avec les personnes du plus haut lignage. |

Toutes ces cours seigneuriales et royales de Montpellier et de Toulouse, de Provence et de Limousin, d'Aquitaine et d'Aragon sont des milieux élégants et distingués, ayant une réputation justifiée de politesse, de bon ton, de générosité, où l’on se pique d’être galant homme #, où l'on vit dans une oisiveté fastueuse et dissolvante. Partout des princes éclairés ou des femmes supérieures, cultivant les lettres et les arts ! Les troubadours eux-mêmes sont des poètes de salon {. Le riche qui ne donne rien et ne sait ni accueillir n1 dépenser et payer, est un déplaisant5, car la cour qui ne fait pas de largesses n’est qu'un parc de barons.

1 De Boysson, Études sur Bertrand de Born, p. 399.

2 De Boysson, ibid., p. 397.

3 «L’ome doit estre de belle manière et courtoys et amiable a chascun et de poi parolle et de poi de priz, et doit parler courtoisement et a trait, ne trop Bas ne trop haut, et entendre volentiers la raison de l’aultre gent quant il parlent, ne blasmer nului ne soi deliter quant l'en blasme aultrui, et a jugier avec la gent courtoisement et debonaïirement, selonc que il afiert à chascun, et estre debonaires avec sa maisnie, et être large en son mengier, et doner de sa viande, et seoir courtoisement sans trop lever, se besoin n’en a, et tenir son cors et aourné, et en plusieurs autres manières asses». (Le Philosophe Sidrach, la Fontaine de toutes les sciences, Hist. littéraire, t, XXXI, p. 296).

# Jeanroy, Les Origines de la Poésie française au Moyen âge, 2° édit., [re partie, Ch. 1, p. 32. — «La pastourelle à été, en Provence, ce qu'a presque toujours été la poésie pastorale: l'amusement d'une société élégante, qui se repose d'elle-même en se travestissant d’un aimable costume». (1bid., pp. 38-39). — «Ce genre est né dans la société aristocratique de la

Provence, mais il a passé dans la France du Nord au moment où limitation y était encore’

libre et originale: soumis dans les deux pays à une évolution différente, il a fourni de part et d'autre des œuvres variées qui sont peut-être les plus originales de notre ancienne poésie lyrique». (1bid., p. 44).— «On peut conelure avec certitude que les conditions sociales d’où sortit la poésie courtoise existaient avant le début du xu° siècle; cette poésie en effet avait dès lors ses principaux lieux communs, sa langue, ses formules». (Jeanroy, Poésies de Guillaume IX, comte de Poitiers; Annales du Midi, t. XVIT).

5 Bertrand de Born. Rassa, tan creis. (Thomas, Poésies complètes de Bertrand de Born, p. 103).

6 Bertrand de Born, tbid., p. 125,

a CONS ME er A "0 Er RER 1 ms Re dde à An CAE

90 UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER Le comte Pierre de Maguelone avait révélé son intelligence et son : goût de la nature en déclarant dans la donation de son étang à l'Église, | à

in amorem ejus loci quem Magalonam appelant *.

Le seigneur de Montpellier Guillem V semble avoir été familier du roi d'Angleterre, Henri [*, dont il flattait les goûts en lui fournissant des animaux rares pour ses parcs ?. Guillem VI, lui, est un héros de nos chansons de geste, signalé parmi les preux de la première croisade, dans la chronique de Tudebonde, le seul historiographe de l’expédition?. I figure dans la Chanson d'Antioche, composée au commencement du x1° siècle par le pèlerin Richard #, et dans le poème de Gaufrey, l'aîné des douze fils de Doon de Mayence et père du fameux Ogier, dont le manuscrit unique est précisément à la bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier ÿ. Parti pour l'Orient avec Elvire, son épouse, il accomplit de hauts faits à Antioche, à Marre ‘, à Jérusalem; après la

4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. v, p. 173.

2 Guillaume de Malmesburg, V.— Hist. gén. de Languedoc, t. I, p.397; édit. Privat, t. LIL, p. 645.

8 Voir ci-dessus, ébid., t. I, Ch. vi, p. 226.

# La Chanson d’Antioche, composée au commencement du xr° siècle par le pèlerin Richard, renouvelée sous le règne de Philippe-Auguste par Graindor de Douay, publiée pour la première fois par Paulin Paris, m pocc xLvin, Introduction, t. 1, p. x11v.

5 Il (gloriant) a brandi la lanche pour broche le distrier, Et va ferir Guillaume, qui tenoit Montpellier, Que escu ne haubert ne li orent mestier; Parmi le cors li passe le bon espié d'achier. L'âme s'en est partie de gentil chevalier; % .Damedieu la rechoive, le père droiturier !

(Guifrey, Chanson de geste, publiée pour la première fois d'après le manuscrit unique de Montpeilier, (n° 247), par F. Guessard, Mpccczix, Les plus anciens Poètes de la France, v: 642-646, p. 20.—Ce volume est d'autant plus précieux qu'il contient l'unique texte que nous connaissions du roman de Gaufrey. (Catalogue général des Manuscrits de Montpellier, n° 249, ap. Catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques du Département, fonds de Bouhier, t. 1, p. 318). — C'est à ce poème qu'a fait allusion Gariel, sans l'avoir vu:

«Un autre vieux poëme, que je ie ne tiens pas fort asseuré, fait batre ce jeune prince en duel avec un officier more qui bravoit en Goliath nostre armée et le représente sans main, et sans teste à ses pieds, après de grands efforts de valeur et de courage». (Gariel, Abré jé des antiquités de la ville de Montpellier p. 119). — Hist. gén. de Languedoc, t. I, p. 441; édit. Privat, t. II, pp. 136-740). — Pégat, Notice sur les Guillems; Mém. de la Société archéologique de Montpellier, t, I.

(e Guillelmes monta sus qui fu de Monpellier

Et sont ensanble a lui sergent et chevalier.

vicloire d’Ascalon, qui semblait le terme de la campagne, il rentre en France avec sa femme et son fils, Alphonse-Jourdain, né en Orient et baptisé dans le grand fleuve de la Palestine: il repartavec vingt vaisseaux, cent chevaliers, et un corps d'infanterie pour combattre les Maures et Sarrasins d'Espagne, et se révèle au siège de Majorque; il mérite d’être traité de grand capitaine par l'anglais Guillaume de Malmesbury!. Chevalier ettroubadour, c'est sous ce double caractère que les Guillems de Montpellier se faisaient représenter sur leurs sceaux: le chevalier, monté sur un coursier; dans la main gauche, le bouclier; dans la droite, l'épée pour frapper d’estoc et de taille; le troubadour assis, jouant de la lyre, sous le charme et dans l'aspiration d’un sirvente où d’une chanson?.

Lor perrieres atornent por le mur pecoier, Si menu jetent pieres comme plus del ciel:

Le mur font en cent lieus effondre et percier; Laiens entrent ensanble no vaillant chevalier Aince ne lor pot deffendre paien ne renoie. (Chanson d’'Antioche, t. II, p. 296).

4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. v, p. 227. — «Guillaume, son fils, se trouvait, l'an 1147, au beau siège d'Almira, avec les autres amis du roi Alfonse de Castille... Un vieux poëme de ce temps-là, arraché de l'oubli et cité par Sandoval, evesque de Pampelone (Cronica del inclito emperado Alonso VII, ec. 21, édit. 1615), introduit un gentilhomme qui saluë en cette manière le Roy, de la part du généreux secours qui venoit:

O decus egregium ! Francorum pulchra juventus... Dux Pesssulanus, Guillelmus, in ordine magnus, Hos sequitur juxtà, celsa fortique carina.

Que si ce bon vieux poète illustre de la sorte sa gloire dans le siège d’Almira, le fameux Surita le loge au costé opposé au rivage avec les volontaires de l’armée, au siège de Tortose, jan 4449, et le fait aller de pair avec le sénéchal de Catalongne: Cujus, dit-il, virlus eniluit egregia. Et en son Castillan: En lo Ilano hazia la ribera del rio se pusieron las huestes de la gente d'Aragon y Catalaunna, y de la orta parte estuvo el principe, y don Guillen, Sennor de Mompeller, la major parte de los ricos hombres y cavalleros». (Gariel, Idée de la ville de Montpellier, p. 119).

2 «Le sceau de plomb du cabinet de feu M. Gabalda, chef de bataillon, dont nous offrons une représentation fidèle, est pareil à celui qui est décrit plus haut, sauf le mot domini et le besant qui ne s’y trouvent pas. Il y a toute apparence qu'il appartient aussi à Guillaume, fils de Guillaume V et d'Ermessinde. Le sceau en plomb de Raymond de Saint-Gilles, gravé dans l'Histoire générale de Languedoc, pendant à une charte de 1088, ressemble beaucoup à celui de Guilhem VI. Le bouclier est le même; le casque assez remarquable de forme est pareil; l'attitude du cavalier semblable... Guillaume porte, comme les Normands, à son casque le nazal, qui n’est que le prolongement du haubert, mais élevé en forme de bonnet phrygien... Ce petit monument est entièrement curieux et d'une belle conservation; il doit

CPAM CL RIT PONT DEEE PET

Or a on dE Liber déni Due Le die EE SL OP gd à ol | VAN LS k 4 : N 5: de PT QU LABS 7H 4 Cyr

Guillem VI rédige une vie du saint frère Jean, convers de l'abbaye de Grandselve !; il a même fait plus que d'écrire, il a été à l’occasion du siège et de la prise d'Almeria, en Andalousie, le héros d’un poème dont l’auteur exalte la victoire du seigneur de Montpellier ou de Guillem VH son fils et successeur. Cette composition, comme dit Fauriel, était un exemple, et certainement ni le premier ni le seul d’une épopée vivante jetée dans le courant de la vieille épopée traditionnelle en l'honneur des Carolingiens ?. |

Guillem VII, ami de Placentin, fonde l'École de droit; Guillem VIII assure le brillant avenir de celle de médecine *. Dans son sirvente sur le siège de Toulouse, composé en 1181, à la demande du comte Raymond V, pour faire vibrer l’âme des chevaliers, Bertrand de Born mentionne, parmi les alliés du roi d'Aragon, Alphonse II, Guillem VIII, el senhor de Montalbezo, c'est-à-dire de Montaubéron, centre d’une dîmerie, aux portes de Montpellier, près de Grandmont#. C'est à Guillem VITE, comme à son très cher seigneur, amantissimo suo domino”, que dédie son Traité de la Foi Alain de Lille, «le docteur universel»,

être fort rare, puisque les historiens du Languedoc n'en parlent que très confusément et sans autre date que sur la foi d'un ancien auteur, auquelils ne paraissent même pas accorder une entière confiance». (Castellane, Sceau de Guillaume VI, seigneur de Montpellier; ap. Mém. de la Société archéologique du Midi de la France, t. IV, années 1840-1841. Toulouse, 1841, pp. 343-345).

1 Ginguené, Arnaud de Miraval, poète provençal; Hist. littéraire, t. XV, pp. 441-442.

2 Interfuit bello Guillelmus qui Monspelierii dominabatur, et virtus enitruit egregia Guillelmi Raimundi Moncadæ Cataloniæ senescallis. (Gariel, Series Præsul.Magal., 1, 190,191). — Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. IX, ch. xxvin, p. 380. Supplément, t. I, ‘p. 510.

3 Ginguené, ibid., p. 210. — Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. vrir, pp. 296-304.

4 Lo coms m'a mandat e mogut Per n’Arramon Luc d'Esparro Qu'eu fassa per lui tal chanso On sian trenchat mil escut, Elm e ausberc e alcoto E perponh faussat e romput.

(Bertrand de Born, ap. De Boysson, p. 81). — Sirvente Cortz el querra. (Thomas, Poésies complètes de Bertrand de Born, p. 35).

5 Amantissimo (alias reverendissimo) domino suo Willelmo, Dei gratia Montispessulani principi(Catalani de insulis). Opera edita a Garolo de Wisch. Anterpiæ, 1663, in-fo, pp. 201-278. — Brial, Alain de Lille, Hist. littéraire, t. XVI, pp. 396-425.

poète et historien, philosophe naturaliste même, qui n’écrivit pas moins de dix-huit ouvrages !. C’est à lui qu'Aimeric de Sarlat adresse une pièce:

A Montpellier mon chan A'N Guillem trametrai ?.

Dans son entourage une pléiade de poètes, Albert ou Alberlet de Gapençois, dit aussi de Sisteron ?, les trois frères Gui, Pierre et Ebles d’Ausselet, le dernier, gendre de Guillem VI, par son mariage avec sa fille Adélaïde *, leur cousin d'Uissel, qui aime Gida de Mondas, nièce de Guillem VIII, ainsi cousine germaine de Marie de Montpellier, tous trois «riches et pleins de biens par le moyen de leurs poésies» $. Un frère de Guillem VIT, Guy Guerryat, inspire la muse d’une montpelliéraine de bonne famille, Azalaïs ou Adélaïde de Porcairargues, morte en 1170, «E la donna si sabia trobar, e fez de lui mantas bonas cansos» 7; un de Guillem VIII, Raymond, moine de Cîteaux, évêque d'Agde en 1192, forme une bibliothèque, qu'il devait léguer à sa cathédrale, et

Raynouard, Choix des Troubadours, t,V, p.13. — Émeric David, Prepositivus, chancelier de l'Église de Paris, Hist. littéraire, t. XV, p. 584. Cf. ibid., t. XVII, p. 583. — Grundiss zur geschichte der provenzalischen literatur, von Karl Bartsch, Elberfeld, 1812, Mém. I. — Barbieri, Dell’ origine della poesie rimata, p.113. — Hist. gén. de Languedoc, édit, Privat, Note de Chabaneau, t. X, p. 327. — Liste historique de tous les poètes provençaux dont les noms ont élé conservés depuis les origines de la langue jusqu’à la fin du x° siècle, (Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, Notes, xxxvVI-Xxx VIII, Pp. 168-408).

? Grundiss zur geschichte, n°16. — Barbieri, Del! origine, p. 130.

3 Nos!radamus, Les Vies des plus célèbres el anciens Poètes provençaux qui ont fleuri au temps iles comtes de Provence, Lyon, 1515. — Nous citons cet ouvrage à titre de référence, bien qu'il n'ait guère plus d'autorité. Nous devons ajouter que M. Chabaneau se propose de le commenter en le rééditant. — Grundiss zur geschichte, ibid., n° 136. — Barbieri, Dell’ origine, p.123. — Émeric David, Aimeric de Sarlat, Hist. littéraire, t. XVII, pp. 583-581.

# Germain, Liber Instrumentorum, Généalogie des Guillems, ap. Introduction, p. XXXvI. — Chabaneau, Notes sur l’histoire de Languedoc, t. X, p. 218.

5 Ibid., p. 247.

6 Raynouard, ibid., t. V, p. 175. — Émeric David, Gui, Pierre, Elias d’Uissel, Hist. littéraire, t. XVII, pp. 551-558.

1 Grundiss zur geschichte, n° 43. — Ginguené, Azalaïs ou Adélaïde de Porcairarques (Gard), Hist. littéraire, t. XL, p. 422. Cf. t. XVIIL, p. 417. — Manus. de la Bibl. nat., n° 7225. — Hist. gén. de Languedoc, t. I, p. 43; édit. Privat, t. VI. p.712. — Millot, Hist. littéraire des Troubadours, t, 1, p. 112. — Chabaneau, ibid., p. 270.

8 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. IN, ch. xx1, p. 10; édit. Privat, L. VE, p. 124, — Gallia christiana, t. VI, p. 679.

Page 1