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Arnaud Daniel, exalté par. Dante et Pétrarque, est le chantre de l'amour comme Bertrand de Born celui des batailles!
Le périgourdin Arnaud de Marveilh ou de Mareuil, le Tibulle de l'Occitanie et que Pétrarque classe parmi les plus fameux, cherche un asile chez les Guillems contre la jalousie d’un rival, le roi d'Aragon, Alphonse”. Inconsolable dans son amour unique pour la comtesse de Béziers, Adélaïde, fille du comte de Toulouse Raymond V, la femme de Roger Trencavel, vicomtesse de Burlatz, du nom d’un de ses châteaux, il meurt à Montpellier, jeune encore, en soupirant cette chanson qui reflète la douceur et l'élégante correction de sa muse:
Molt eran dons miei cossir ?.
Deux Montpelliérains, Guillaume de Balaun ou Balazuc (Balaruc) et Pierre de Barjac, cultivent ensemble la galanterie et les vers*. Peyrols d'Auvergne, après s'être croisé, vient mourir dans la cité des Guillems.
Pus flum Jordan ai vist e l moniment*,
A la même époque devait vivre Pons de Montlaur, apparenté à l'illustre famille seigneuriale qui donna deux évêques de ce nom à notre Église et connu par un tenson sur la question singulière de savoir cequi vaut mieux d’une jeune fille, dont la beauté n’est pas encore épanouie, ou d'une femme, au faîte de la splendeur, et qui ne peut que décliner 5?
1 Chabaneau, La Langue et la Littérature limousines, Revue des Langues romanes, t. XXXV, p. 382.
? Fauriel, Hist, de la Poésie provençale, t, IE, ch. xvn, pp. 45, 52, 54. — Raynouard, Choix des Poésies originales des Troubadours, t. V, p. 46. — Grundiss zur geschichte, n° 30, pp. 40, 41, 47. — Barbieri, Dell origine, pp. 55, 108. — Ginguené, Arnaud de Marveil, poète provençal, Hist. littéraire, t. XN, pp. 441, 442; t. XVII, p. 418, — Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, p. 210. Note Chabaneau. . |
3 Ginguené, Guillaume de Balaun ou Balazuc et Pierre de Barjac, Hist. littéraire, t. XV, pp. 445-455. — Grandiss zur geschichte, n°* 208, 326, 366. — Barbieri, Dell’ origine, pp. 69, 116, 125, é
4 Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, p. 283. Note Chabaneau.
5 «Les lieux du nom de Montlaur sont nombreux. Le nôtre est peut-être celui qui figure dans le Galembei de Raimbaut de Vaqueiras; ke Montlaur dont il était seigneur serait alors probablement celui de la Drôme, arr. de Die, canton de Luc». (Chabaneau, 1bid., p. 315).
Le troubadour Pierre de Bergerac adresse un sirvente à Pierre II d'Aragon, époux de Marie de Montpellier, qui prétend supplanter Guillem IX, le fils adultérin de Guillem VIII et d'Agnès de Castille. Ses vers raisonnent comme un chant de guerre, et, si l'oreille croit entendre le frémissement du haubert et de l’arçon, des cors et des trompettes, des grelots et des chansons, l'œil est hypnotisé par le scintillement des pourpoints et des cottes d’armes, des cuirasses et des panonceaux !.
Ugo de Saint-Cire était né, de 1175 à 1180, au bourg de Tégra ou Montégra dans le Quercy, où son père possédait, au pied de la montagne de Rocamador, le château dont il tirait le nom. Ses frères le destinant à l’état ecclésiastique l'avaient envoyé à Montpellier pour ses études; lui, moins épris de la cléricature que des muses, ne s’occupe que de
4 Bel m'es cant aug lo resso Que fai l’ausbercs ab l'arso Li bruit et il crit et il masan Que il corn et las trombas fan, Et ang los retins e’ls lais Dels sonails, adoncs m'eslais, E vei perpoing e' ganbais Gitatz sobre garnizos, Em plai refrims dels penos.
E sil bos reis d’Arago :
Conquer en breu de sazo Monspelier, ni fai deman, Eu non plain l’anta nil dan D'en Guillem, car es savais, Nin tem lo seignor del Bais Aus en mov contr'el tal ais, Per la fe que dei a vos,
No sai si l'er dauz o proz.
Oimais sai qu'auran sazo Ausberc et elm e blezo, Cavaill e lansas e bran
E bon vassaill derenan Pois a Monspelier s'irais Lo reys soven veirelz mais Torneys, cochas et essais Als portals, maintas sazos Feiren colps, voidan arsos.
{(Raynouard, Choix des Poésies originales des Troubadours, t. AV, p. 189). — Grundiss zur geschichte, n° 329. — Hist. littéraire, t. XVII, p. 547,
TROUVÈRES ET TROUBADOURS Nota
chansons, de tensons ou de sirventes. Choyé par les grandes dames, hôte de Pierre II d'Aragon, il n'en est pas moins partisan des croisés qui défendaient, contre ce prince qui ne croyait à rien, la liberté, le droit et l’Église :
Bona fin deu be far, e Dieus li deu far be, Qui franques’ e dreytura e la gleiza mante, Contra sel que non a en Dieu ni en ley fe Ni vida après mort, en APRREss non cre*?.
Ugo de Saint-Circ est remplacé à à la cour d’ Alphonse X par Giraud de Borneilh, «le maître des troubadours», né à Exideuil en Limousin, qui, «tout en demeurant clair et intelligible pour tous, a le plus ennobli le ton de la poésie provençale, et en a idéalisé le plus le caractère» 3. Il ne voulut jamais se marier, afin de faire bénéficier de ses chants ses pauvres parents et l’église de la ville où il était né #. Après s'être fait l’apôtre des sentiments de justice et de l'honneur, 1l devait finir sous la bure monastique. De la même région était Aimeric de Sarlat,
qui fréquenta les cours de Poitiers, de Montpellier et d'Aragonÿ.
4 N'Uc de Saint Cire si fo de Caersi, d’un borc que a nom Tegra. Fils fo d'un paubre vavassor, que a nom d'Arman de Saint Cire, per so quel castels dou el fo à nom Saint Cire, qu'es al pe de Sainta Maria de Rocamador, que fo destruitz per guerra et derrocatz...E manderon lo
a scola de Monspelier. E quant ill cuideron que ampares letras, el emparet cansons e vers
e sirventes e tensos e coblas, els fachs els dich dels valens homes e de las valens domnas que eron al mon ni eron estat; e com aquel saber s'ajoglari. (Biographie publiée par M. Chabaneau, ap. Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, p. 259). — Cartulaire de l'Université de Montpellier, Appendice, p. 102. — Millot, Hist. des Troubadours, t. I, p. 174 . 2 M. de la Bibliothèque nationale, n° 2701, chanson 160. — Grundiss zur geschichte, n° 451, p. 95. — Barbieri, Dell’ origine, pp. 19, 114. — Émeric David, Hugues de Saint-Circ, Hist. littéraire, t. XIX, pp. 470-411.
. 3 Fauriel, Hist. de la Poésie provencale, t. II, ch. xvH, XVIT, pp. #1, 86.— Jeanroy, La Poësie provençale du Moyen âge, Revue des Deux-Mondes, t. CLI, p.377). — «La langue provençale
convient particulièrement aux sujets qui demandent des paroles grandes et sublimes, telles que
les chants de guerre de Bertrand de Born, les chants d'amour d'Arnaud Daniel et les louanges de la vertu de Giraud de Borneilh. (Dante, De vulgari eloquentia, I, 63). — Deux vents ans après la mort de Guillaume VII de Poitiers, le mystère provençal de Saint-Circe fait chanter les
. actions de grâce de la martyre et de ses amies sur l'air du comte de Poitiers, «in some del
comte de Poitiers», et l'air de Giraud est indiqué dès les premières pages de ce drame religieux». (Petite Gironde du 20 septembre 1905, à propos de Giraud de Borneilh).
# De Boysson, Étude sur Bertrand de Born, p. 397. S Grundiss zur DA n° 11, — Barbieri, ibid., p. 113. — Hist. littéraire, t. XNU, p.5 553,
ie UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER
En 1241, jean d'Aguila adresse une chanson érotique à Jaymele-Conquérant, roi d'Aragon, seigneur de Montpellier, et à Raymond VII, comte de Toulouse et seigneur de la terre d'Argense!.
Aiméric Péguilain, son contemporain, l'hôte des rois de Castille et d'Aragon, du comte de Provence et du marquis de Montferrat, passe sa vie à amuser ces cours, mais ne peut se consoler de voir la Provence francisée par le double mariage des princesses Marguerite et Béatrix avec saint Louis et Charles d'Anjou. Apprécié par Pétrarque, dans ses chansons, il ne dédaigne pas de parler de Montpellier ?, où 1l se fixe en y faisant son entrée avec un cortège de gardes et de chevaliers que lui avait composé son ami Alphonse X #.
En 1280, deux autres troubadours, à la suite d’une discussion entre le roi de Majorque et l’évêque de Maguelone, échangent des tensons qu'ils adressent à Olivier et à Jean Imbert, consuls de Montpellier en 1288. Échos des deux parties qui se partagent la cité, Pierre reproche aux consuls leur manque d'énergie; Guillem, au contraire, est pour la soumission #. N’avait-1l pas été consul de Montpellier, en 1230, en 1235
4 Ms. de la Bibl. nat., 2701, ch. 203. — Grundiss zur geschichte, n° 264.
2 Grundiss zur géschichte, n° 10. — Barbieri, Dell’ origine, p. 112. — Fauriel, Hist. de la Poësie provençale, t. IT, ch. xvir, p. 18. — Cavedoni, Memorie della Academia di scienze, lettere ed arti di Modena, t. II, pp. 287-307. — Emil Guilhem, Figueira, pp. 11 et 55-57. — Fabliaux, édit. de Méon, t. I, pp. 152-458. — Émile Littré, Trouvères, débats et disputes, Hist. littéraire, t. XXII, p. 227.
3 Ms. de Mazangues, ch. 150. — Raynouard, Choix des Poésies des Troubadours, t. V, p. 301. — Grundiss zur geschichte, 318. — Émeric David, Aimérie Péguilain, Hist. littéraire, t. XVIII, p. 684.
# Ch. de Tourtoulon, Revue des Langues romanes, t. IV, p. 398. — Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. II, ch. x1V, pp. 200-224. — «Nous ne connaissons pas les surnoms des deux auteurs de la tenson. Au sujet de l’un d'eux, nous pouvons présenter une conjecture. Pierre, le premier des deux interlocuteurs, celui qui, par cela même qu'il a composé le premier couplet, a déterminé la forme de la poésie, pourrait être identifié avec un certain Pierre Guillem, auteur d'une pièce à la Vierge, qui présente exactement les mêmes rimes que la tenson du ms. Giraud. (Mahn, Geschichte der Troubadours, Berlin, 1856-1873, no 305; à savoir: — ensa, — ir, — ensa, — e, — iers, — ensa. Dans l'un et l’autre cas, le poète aurait imité la forme d'une chanson bien plus ancienne de Raimond-Jordan de Saint-Antoine, qui commence par le vers:
Vas vos suplei en cui ai me ni intensa
(Ibid., n° 108)». — Paul Mever, Troubadours de la fin du xim° et du commencement du xiv* siècle, Hist. littéraire, t. XXXII, pp. 64, 65. — Voir Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XXX, p. 292. |
et 1238, le troubadour Pierre de Bonifaci, dont nous avons fait ressortir le rôle!, et à qui Nostradamus a consacré «une notice qui paraît fabuleuse d'un bout à l’autre»2?? Il y a enfin des troubadours, tout autour de la cité des Guillems, comme Arnaud Pierre d'Aganges {de Ganges) #; des poètes juifs comme Abraham Bedersi (de Béziers, 1296-1300), auteur de deux pièces de vers, l’une à Salmias, le prince (han-nasi), à Montpellier, l’autre à En Salomon ben Meiamon, à l'occasion du mariage de sa fille #; à la fin du xr1r' siècle, En Bouet de Béziers, Jedaïah Penini*, ou «de perle», ainsi qu'il se qualifie «lui-même», parce que «les vers sont quelquefois appelés perles». M. Munk vante son style élégant, élevé ‘; M. Graetz lui reproche de n'avoir «ni tact ni mesure» et de manquer le but essentiel de la poésie qui est de saisir les cœurs» 7. Il avait fait ses études à Montpellier qu'il proclame «la grande ville savante», et il défend les rabbins de cette cité, de Narbonne et de Béziers, de Lunel et des autres communautés de Provence ou du Comtat Venaissin jusqu’à Marseille, contre l'intolérance et l’excommunication de leurs coreligionnaires $.
La poésie en langue vulgaire voit bientôt se tarir l'inspiration primitive qui, en Orient et en Espagne, jaillissait, au souffle de la croisade, de la foi, du patriotisme et de la réaction du Midi contre la conquête des
4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. xx, p. 68.
2 Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, p. 370. Note Chabaneau. — Du même, Manuscrits perdus, p. 18.
3 Grundiss zur geschichte, n° 31.
4 Zunz, Zur geschichte, p. 463. Berlin, 1845. — Renan, Les Rabbins français, Hist. littéraire, t. XXVII, pp. 101-712.
5 Jedaiah Penini, ap. Renan, Les Écrivains juifs français au xiv° siècle, Hist. littéraire, t. XXXI, pp. 359-402.
6 Munk, Mélanges de Philosophie juive et arabe, pp. 495-496.
1 Graetz, Geschichte der Juden, 2° édit., t. VIL, p. 260. — «En littérature, les efforts d'une population malheureuse, séquestrée et condamnée à se servir d’un idiome barbare, ne peuvent naturellement amener des chefs-d’œuvre. L'École de Provence, pourtant si intelligente, ne produisit en fait de compositions libres que des essais bien fades. Le mauvais goût oriental gâte pour nous ces productions... Les efforts que l'on a faits pour constituer des musées d'archéologie juive n'ont abouti qu’à des résultats assez maigres. Jamais ce peuple ne mit son originalité ni dans ses édifices, ni dans ses ustensiles, ni même dans sa musique», (Renan, Les Rabbins français, ibid., t. XXVII, p. 139).
8 Renan, Les Écrivains juifs au xiv° siècle, ibid., p. 3178.
hommes du Nord. Avec la défaillance des croyances et le triomphe de l'unité nationale, l'idéal chevaleresque s’évanouit. Plus de vie ni d'originalité locales; les troubadours ne sont plus écoutés ; à peme quelques-uns, comme Folquet de Lunel, sont-ils encore recherchés dans les cours des vicomtes de Narbonne, des comtes de Foix et des seigneurs d’Astarac; les autres, en quête d'aventures et d’héroïsme, doivent passer les Alpes et les Pyrénées!
Signalons parmi les fabliaux celui du Vilain Anier, dont le héros, balayeur public à Montpellier, perd connaissance dans la rue des Épiciers, où se vendent les aromates. Pour lui rendre ses sens, on ne trouve rien de mieux que de lui faire respirer son cher fumier, loin duquel il ne pouvait vivre.
Quant cil sent du fiens la flairor Et perdi des herbes l'odor.
Les elz oevre, s’est suz sailliz Et dits que il est toz gariz?.
Durant la seconde moitié du xin° siècle, Guiraut Riquier de Narbonne ? promène sa muse tour à tour amoureuse et mendiante, de Narbonne à Tolède et à Rodez, dont le comte, le dernier protecteur des troubadours, le dernier désenchanté aussi du beau rêve d’une nationalité méridionale; était outré de voir, à la cour du roi Alphonse X de Castille, les poètes confondus avec les histrions et les jongleurs. Quand il ne mendie pas, 1l célèbre sa dame, Belh Deport ou Belle Joie; mais il n’a n1 la puissance,
1 «C'est de l'un de ces cercles littéraires que sortit la «gaie compagnie des sept troubadours de Toulouse», qui fut l'origine de l'Académie des Jeux floraux. Mais certains de ces poètes, pour qui la poésie était un passe-temps plutôt qu'une occupation, avaient le sentiment que la . période littéraire à laquelle ils s'efforçaient de se rattacher était close, et, lorsqu'ils font allusion à leurs devanciers, ils les qualifient de érobadors antici. C'est l'expression qu’emploie déjà Matfre Ermengaud de Béziers à la fin du xur siècle. Elle reparaît fréquemment dans les Leys d’amors au milieu du xiv®». (Paul Meyer, Troubadours de la fin du xm° siècle et du commencement du X1V°, Hist. littéraire, t. XXXIL, p. 57).
? Robert, Fabliaux inédits, pp. 15, 16. — Millin, Voyage dans le Midi de la France, t. M p. 323. — Victor Le Clerc, Trouvères, fabliaux, Hist. littéraire, t. XXIIL, p. 206.
3 Joseph Anglade, Le Troubadour Guiraut Riquier. Fontemoing. — Mahn, Die Werke der Troubadours, t. IV, volume composé. exelusivement avec les poésies de Guiraut Riquier, publiées par le Horton Pfaff.
ni l’envergure du génie; sa chanson éteinte, comme la fleur de la
chevalerie fanée, ne nous intéresse guère qu’en nous initiant à l'état d'âme du pays, après l'annexion à la France. Bien que sa langue soit facile, il reste aussi inférieur à Bertrand de Born ou à Bernard de Ventadour que Rotrou à Corneille t.
N'est-ce pas encore Matfre Ermengaud de Béziers qui, dans son Breviari d'amor, avait tracé le plan de l'Enfer dantesque ? Si Alighieri ne lui doit pas la Divine Comédie, il s'est du moins inspiré de son œuvre qu'il a traduite à peu près textuellement dans son neuvième cercle 2.
Ce n'étaient pas seulement les poètes qui s'occupaient de Montpellier; d'autres écrivains ne manquaient pas l’occasion d’en parler: le grammairien, Maître Yon, pour en préciser l'orthographe du nom #; un collecteur d’anecdotes comme tel frère de la Pénitence, qui devait être provençal pour attribuer au pape Alexandre ILE, pendant son séjour dans cette ville, lefameux apologuesur la Révolte des membres contre l'estomac*,
1 Fauriel,Hist. de la Poésie provençale, t. Il, ch. x1x, p.93.—Mahn, Die Werke der Troubadours, LAN: |
2 Grundiss zur geschichte, n° 297. — G. Azaïs, Les Troubadours de Béziers, p. 128. — Le Breviari d'amour de Matfre Ermengaud, publié par la Société archéologique de Béziers, 2 vol. in-80. — Voir Chabaneau, Revue des Langues romanes, t. XIII, pp. 38-44.
3 En 1301, Maître Yon, sous-moniteur des Écoles de Soissons, mentionne la règle qui prescrit de mettre au génitif les noms de lieu des deux premières déclinaisons. Il observe qu'il n’en est ainsi que pour les noms de lieux, villages, châteaux, cités ou localités sans importance, non pour les noms régionaux ni pour les noms composés ou au pluriel: Oportet quod illud nomen sit formæ simplicis, quoniam male diceretur: «Sum Montis Pessulani». Item oportet quod sit numeri singularis, quoniam, si tale nomem esset plurale, tunc esset ablativi casus, dicendo: «Sum Athenis».(Doctrinal d'Alexandre de Villedieu, f° 116, Ms d'Erfurt, n° 14. — Léopold Delisle, Maître Yon, Hist. littéraire, t. XXX, p. 280; t. XXXI, p. 4).
4 Alexander papa apud Montem Pessulanum ait: Pedes et manus simul insurrexerunt contra stomacum. (Ms de la Mazarine, f° 55 ve. Hist. littéraire, t. XXXI, p. 61). — «Une anecdote se rattachant au séjour d'Alain de Lille à Montpellier mérite de trouver place ici,
quoiqu'elle ait été publiée sous une autre forme d'après l'ouvrage d'Étienne de Bourbon: Items
cum Alanus, auctor Regularum theologiæ, veniret apud Montem Pessulanum, congregati sunt ad eum milites patriæ, quærentes ab eo quæ esset major curialitas quæ posset reperiri. Aît eis: «Dicam, si postea alteri questioni mihi vultis respondere». Qui concesserunt. Dixit ille: «Dare est maxima curialitas. Quœæro quæ sit maxima rusticilas». Illi autem nescierunt respondere questioni ejus. Aùt ille: «Solutio quæstionis vestræ docet respondere meæ questioni: Si enim dare est maxima curialitas, et conferre est maxima rusticitas. (Ms d'Arras, f° 57. — Étienne de Bourbon, Anecdotes, pp. 246, 310. — Léopold Delisle, Auteurs et recueils d'exemples, Hist. littéraire, t. XXXI, p. 61). — «Deux bourgeois de Montpellier sont
où y placer le petit drame du Savelier et du Financier, que La Fontaine a popularisé sans l’inventer, et nous avouons aimer tout autant la prose de l’anonyme que les vers du fabuliste !.
De tout temps les vins du Midi furent réputés. aol iten dit qu'entre les Alpes et les Pyrénées on en produisait de deux espèces, dont l'une supérieure et, comme on dit, succulente, permettait d'améliorer l'autre?. Ces vins étaient recherchés en Italie, si bien qu'en 1878, à Rome, daus le quartier nouveau du camp prétorien, nel nuovo quartiere del castro pretorio?, on a découvert une antique amphore qui avait contenu du vin de Béziers, dès lors vieux de cinq ans #.
Dès le mieu du xr° siècle, un des maîtres de Salerne, Bernard. le Provincial, s’écriait: «Écoutez, buveurs: Ce breuvage suave (potus delectionis), ce breuvage suave, délectable, savoureux, qui caresse doucement les papilles de la langue, c’est le vin fait avec desraisins bien mûrs; de toute autre boisson, bière ou liqueur, il faut dire: que ce calice passe loin de moi» ! Avec quelles délices le gourmet provincial qui s’extasie aussi devant quelques petits vins d'Orvieto, n’eût-1l pas dégusté nos bons crus de Bourgogne et de Bordeaux ! Qui sait même s'il n'en a pas bu quelque rasades, car il est venu certainementen France, peut-être à Montpellier, où l'École naissante lui cause une certaine jalousie» 5.
mis en scène: le premier, après s'être ruiné, ne fut point secouru par sa femme; le second s'opposa à la vocation religieuse de son fils. — Dans un autre chapitre figure une dame de Montpellier qui se fit enterrer à Maguelone». (Bibl. d'Arras, Ms n° 1019, jadis 425. — Léopold Delisle, Auteurs et recueils d'exemples, Hist. littéraire, t. XXXI, p 50).
1 Voir Bibl d'Arras, ibid. — Hist. littéraire, ibid — Cf. Horace, l’Apologue relatif à l'orateur Philippe et au crieur public Vulteius Ménas, ep. 1, 1. — La Fontaine, Fables, liv. VIII, 9. — Bonaventure des Periers, Nouvelle XX, t. |, p.221.
2 Inter Pyrenæum Alpesque Massilia gemino sapore, quando et condiendis aliis pinguius gignit, quod vocant succosum, Bætterrarum intra Gallias consistit auctoritas. De reliquis in Narbonensi genitis asseverare non est; quoniam CURE ejus rei facere tingentes fumo. (Pline, Hist. nat., Liv. XIV, S virr).
3 Dressel, Bull. della Commissione archeologica comunale di Roma, 1819, pp. 64 et pl. ix-x, n° 15. — Corpus, XI, p.843. — Émile Bonnet, Antiquités et monuments du département de l'Hérault, 1905, p. 184,
4 Sum velus (annorum) quinque Bæterrense. (L. Martii-Satulli). — Bonnet, ibid.
5 L'École de Salerne, traduite en vers français par Meaux Saint-Marc. précédée d'une introduction par le D: Charles Daremberg, p. Lu.
TROUVÉRES ET TROUBADOURS 77
Dans la bataille des vins livrée devant Philippe-Auguste qui «volentiers en mouilloit sa pipe», les vins de Languedoc et de Provence figurent entre ceux de Saint-Émilion et d'Anjou ‘. Le terroir de Montpellier était même réputé, en Angleterre, une terre unique:
Ki me peust dire ne sace recunter Terre qui la vaille de ci qu'à Montpellier.
Au commencement du x1v° siècle, Jean Maillart, dans le Roman du comte d'Anjou, vante encore comme
.…. Vins precieus Piment, claré delicieus, Citouaudez, rosez, florez, Vins de Gascoingne, colorez, De Montpellier et de Rochelle *.
Brunetto Latini, que Dante reconnaît, en Enfer, lo mio maestro®, n'est-il pas, dans une certaine mesure, une gloire montpelliéraine?
Ancien secrétaire du gouvernement de Florence, il est envoyé près du roi de Castille afin d'obtenir son appui contre les Gibelins, en échange du concours de la République à la candidature d'Alphonse X au Saint-Empire. Durant son absence, les Guelfes sont vaincus à Monte-Aperto, près de Sienne et, la capitale de la Toscane tombée au
pouvoir de leurs adversaires, les principales familles sont obligées
1 Fabliaux, édit. de Méon, t. [, pp. 152-158. — Littré, Trouvères, débats et disputes, Hist. littéraire, t. XXII, p. 227. — Sur la vigne chez les trouvères, voir Paulin Paris, Gieffroi, auteur du Martyre de saint Baccus, Hist. littéraire, t. XXVIT, pp. 189-195. — On y voit que nos pères pratiquaient les mêmes méthodes que nous pour la production et la conservation du vin. :
2 Poème sur la Guerre de Henri II contre l'Écosse, attribué à Jordan Fantosme (1174), ap. Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, t. IT, pp. 99-100. — Hist. littéraire, t. XIL, p.411. — Victor Le Clerc, Gilles de Corbeil, Guerria de Saint-Quentin, t. XXI, pp. 345, 365.
3 Bibl. nat., nouvelles acquisitions, n° 4,531. fo 49 ro. — Paulin Paris et Gaston Paris, Jehan Maillart, list. littéraire, t. XXXI, p. 325.
4 Dante, Inferno, canto XV, vers 97.
ÿ Malespini, Cronic., GXXXVII, CLXVI. — Fauriel, Brunetto Latini, Hist. littéraire, t. XX, pp. 219, 280. — Voir ci-dessus, {ist. de Mazuelone, 1. IE, ch. xiv, pp. 180-188.
d’émigrer ‘. L'ami, sinon le maître de Dante, se fixe alors en France pour laquelle il avait un vif penchant ainsi que pour la maison d'Anjou, car, dit-il «Mainfroi tient le roïaume de Pouille et de Sisille contre Dieu et contre raison» ?. Durant les neuf années qu'il passe à Paris, de 1260 à 1269, il doit assurément se rencontrer avec saint Louis, saint Thomas d'Aquin, Vincent de Beauvais’. C'est dans cette ville qu'il compose le Tesoro des connaissances humaines, écrit en prose et en roman, parce que la rime altère forcément le sens et l'expression de la pensée. «Por quoi cist livres est escritz en romans, selonc le langage des François, puisque nos somes Italiens, je diroie que ce est por 11 raisons: l’une car nos somes en France ; et l’autre por ce que la parlence est plus delitable et plus commune à toutes gens».
Ce poème, le premier didactique en français, précède et rappelle la Divine Comédie; le Tesoretto, au contraire, en italien, est le récit des visions qui avaient hanté l'imagination de Brunetto Lalini depuis son retour d'Espagne. Sur sa roule, il rencontre la nature personnifiée, qui lui révèle le monde physique et qu'il introduit dans le monde moral. Il traverse ensuite l’empire de l'amour, uniquement occupé à lancer des flèches. Atteint lui-même, il est écœuré par cé spectacle fantastique et, revenant à Dieu, décidé à se convertir, 1l va, au terme de son voyage, se confesser dans un couvent de Montpellier où 1} retrouve la paix,
4 Victor Le Clerc, Discours sur l’état des lettres au xiv° siècle, Hist. littéraire, t. XXI, pp. 552.
2 «Il y a lieu aussi d'être frappé de son penchant pour les intérêts français et pour la maison d'Anjou, dont la cause avait été habilement confondue avec la cause guelfe ou italienne. ‘Après avoir, dans son Trésor, approuvé la déposition de l’empereur Frédéric Il par l'autorité pontificale, il ajoute que Mainfroi «tient le roiaume de la Pouille et de Sisille contre Dieu et contre raison». (Victor Le Clerc, ibid.).
3 «On sait peu de chose de la vie de Brunetto pendant son exil. Rarement il parle de lui-même». (Victor Leclerc, ibid.). É
4 Brunetto Latini, Li livres dou Trésor, liv. 1, Ch.1, p. 3. Paris, Imp. nat., MDCCCLxIv. — Cf. Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. IH, ch. xz, p. 291. — «M. Martino da Canale écrivait et traduisait en français, en 1275, un morceau d'histoire vénitienne, et il rendait aussi raison de son entreprise en disant que langue française cort parmi le monde et est plus delitable à lire et à oer que nule autre». — Voir sur le texte français de cet ouvrage, Legrand d'Aussy, Notices et manuscrits, t. V,pp. 268-2174. — Adolfo Bartoli, 1 primi due secoli della letteratura italiana. Milano, 1880.
ainsi qu'un siècle avant le guelfe Placentin avait retrouvé sa patrie dans la ville des Guillems !. |
Comment admettre que l’auteur soit demeuré étranger à la cité où il place ainsi le dénouement de son œuvre, à un pays dont il préfère la langue à son propre idiome ?
Pourrions-nous oublier le séjour et l'influence, dans le Comtat, de Pétrarque, «le dernier homme du Moyen âge et le premier moderne» 2?
Nous Île retrouvons à Carpentras avec son père et son frère Ghérard,
puis à l’École de droit de Montpellier dont il suivit les cours pendant quatre ans, enfin, à Avignon, à la cour pontificale#. Une tradition, acceptée par Raynouard et Fauriel, lui attribuait même la rédaction du Roman de Pierre de Provence et de la belle Maguelone. Dans sa Vie solitaire il rappelle avec une touchante émotion la mémoire de tous nos Guillems:
de saint Guillem, le héros du cycle épique, fondateur du monastère
de Gellone, de Guillem VI, le brillant seigneur d'une opulente cité qui chercha un abri contre les tempêtes de la vie dans le cloître de
Cosi tutto pensoso,
Un giorno di nas coso, Intraïn Monspusolieri:
E con questi pensieri Me n'audai alli frati;
E tutti mie peccati Contai di motto à motto.
(Tesoretto, 25. Messer Brunetto Latini, p. 272. In Napoli. M po xxxvirt).
2 Henry Cochin, Le Frère de Pétrarque, Avant-propos, p. 5. Paris, 1902, — Du même, Un Ami de Pétrarque, Lettres de Francesco Nelli à Pétrarque. Paris, 1292, — Nous ne saurions trop louer la grâce et l'intérêt de ces deux livres. — Cf. Hist. de Maguelone, t. I, pp. 264-265.
3 «Pétrarque appartient un peu à la France quoi qu'il ait pu en dire et en penser lui-même; il lui appartient par le roi Robert d'Anjou, son grand patron, par notre pauvre roi Jean, qui ladmire, par tous les amis français ou provençaux, qui l’aimèrent, depuis Urbain V, les cardinaux de Boulogne et de Cabassole, l'évêque Philippe de Vitry, les religieux Jean Birelle, l'évêque Pierre de Bressuire, Pierre, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, jusqu’à l'humble paysan
Monet; mais il nous appartient surtout par la Provence où murmurent encore les
Claires, fraiches et douces eaux,
la Provence, où il laissa derrière lui, en s’éloignant, la meilleure moitié de lui-même, son frère bien-aimé. — «En vain me dira-t-on que la Provence était alors bien peu française, Pétrarque n'en jugeait pas ainsi, et quand il avait passé le cours du Var, il se sentait en terre barbare et hors de la patrie romaine. (Cf. notamment Fam., Il, 7)». (Cochin, [Le Frère de Pétrarque, pp. 1 et 2).
Grandselve, or magnificus olim in sæculo, sed magnificentior in sæculi fuga*.
La Provence, autrefois la provincia romana, comprenait le Midi de la France, même l’Aquitaine et le Limousin; elle devait son illustration à la renommée de ses poètes. |
La langue d'Oc ou de Provence était des langues lhttéraires de l’Europe moderne la plus ancienne, la plus Imgénieuse et la plus polie ?. Oc, quod vulgares eloquentes in ea primitus poetali sunt, tanquam in perfectiori dulciorique loquela*. Issue comme l'espagnol et l'italien du latin populaire, elle se trouvait agrémentée de réminiscences grécoromaines. Mais, de même que l'architecture romane est moins une imitation de l'architecture romaine qu'un art tout à fait nouveau, elle n’en était pas moins une langue propre, pleine de saveur et d'humour, de verve el d'originalité, émaillée de termes qui, pour être intraduisibles en français, n’en sont que plus piquants, et la Provence et le Languedoc ne faisant pas encore partie du territoire national, elle diffère autant du français que des langues au delà des Alpes et des Pyrénées. C’est avec les troubadours qu’elle devient celle de la féodalité.
Libre etfière d’allures, sonore et métallique, expressive et mélodieuse, d’une facture vive et naturelle, entachée, peut-être, dans les romans et fabliaux, de raffinement et de préciosité, elle a, surtout, avec l'accent local, de la couleur, du nombre, de la finesse. Riche de motset d'images, pittoresque et hardie à l'excès, badine et enjouée, mêlant l'esprit à l’amour, avec un certain air du monde qui en fait le charme et l'apanage des beaux esprits, elle est comme le sourire du Moyen âge. Elle est même tellement pleine de ressources qu'elle suffit, en 1298, à la composition du Trésor, encyclopédie d’un moine de Béziers, Mantfred ou Mainfroi, qui cite avec complaisance les savants arabes, surtout les astronomes #. Néanmoins, dès la fin du xr1° siècle, certains troubadours,
1 Voir ci dessus, Hist. de Maguelone, 1. I, Introduction, pp. LxXI-LXXxI, Ch. vi, p. 61.
? Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. 1, ch. 1, pp. 14, 15; ch. vi, p. 182.
3 De vulgari eloquentia, lib. I, cap. x.
4 Fauriel, ibid., t. I, ch. 1, p. 21. — De Béziers citons encore, à la fin du xmI° siècle,
Marcabru, Rambaud d'Orange, Pierre d'Auvergne ont «des artifices de rythme et de style, des contorsions de pensée, qui sont ordinairement l'indice de littératures vieillies» t.
Enthousiaste et héroïque, elle se trouve la voix de la foi et du patriotisme; elle’ exalte l'esprit chevaleresque en enflammant le cœur des populations méridionales contre la conquête de Simon de Montfort. Il ne faut donc pas s'étonner que certains airs de troubadours, ainsi que ceux de Quinault, aient servi de thèmes musicaux à de nombreux morceaux d'église. En 1815, n’a-t-on pas dénaturé la romance languedocienne que Florian mettait sur les lèvres de son Estella, pour en faire un cantique à l'intention du diocèse de Montpellier ? ?
«Le douzième siècle, dit Quicherat, est la plus belle période du Moyen âge»; la langue d'Oc chante parce que le peuple est heureux. Notre chanoine de Maguelone, Deudes de Prades, le dit avec humour: La profession de poète n'est-elle pas de faire du bien aux braves, d’honorer les troubadours, d'aimer la jeunesse, de donner avant qu’on ne lui demande:
Joios soi en et ai mestier
De far plazer a bona gen,
D'onrar joglars, d'’amar joven,
De dar enaus qu'om a mi quier.
Alors que l'Allemagne, déchirée par les luttes et les compétitions des princes, ne se complaît que dans le rythme sévère des Minnensinger brûlant comme le feu, retentissant comme le cliquetis des lances et des boucliers qui protégeaient les Hohenstaufen, sur le sol du Midi se
Raymond Gauzelm et Bernard d’Auriac «le maitre de Béziers» quiexhalèrent leur poésie religieuse, lun dans huit pièces, l’autre dans une hymne à la Vierge. (Hist. littéraire, t. XIX, pp. 589-594), 1 Justin H. Smith, The troubadours et home their lives and personalies their songs and their world, New-York and London, Putnams’ sons, 1899, 2 vol. in-8°, xxx-493-496 pages. Picard, édit. 2 «Partout se glissa la musique: à l'Église, où les plus beaux chants de la liturgie sont de cette époque, où la représentation des mystères nous offre le spectacle de véritables opéras; . dans les châteaux, où l'on n'entend pas seulement quelques chanteurs isolés, mais des concerts nombreux et bien organisés; sur les places publiques, où retentissent, outre les chants des mystères, les fanfares des pompes guerrières». (H. Lavoix, La Musique au Moyen äge, ap. de Boysson, Étude sur Bertrand de Born, p. 402)... 8 Adolfo Bartoli, 1 primi due secoli della letteratura italiana, p. 43. — En parlant de Deudes de Prades, nous avons omis de dire que M. Ernest Monaci avait publié pour la
Let art
développe, au contraire, une littérature qui, au lieu d’être l’attribut d’une classe, s’épanouit dans les chaumières non moins que dans les châteaux, ainsi qu'une rose aux rayons de printemps ou, dans le pays de Mistral, le visage de Mireille au sourire de Vincent.
Telle canson a des coins d’âme et apparaît comme une fleur qui aurait poussé à travers les dalles de marbre d’un tombeau du vu siecle et qui aurait vu passer tour à tour les cavaliers de l'Islam, les preux bardés de fer à ceinture d'or de la légende carolingienne, les compagnons de Roland et les croisés de Godefroy de Bouillon. Ce sont les troubadours Bertrand de Born et Géraud de Borneilh, dit Le Dante, qui préparent par la pureté de leur style la formation de la langue italienne; et, après lés Allemands, qui, même avant les Français, avaient deviné et remis en honneur le provençal, les Anglais, eux aussi, s'occupent de nos troubadours qu'ils louent et commentent !.
Mais la poésie ne consiste pas plus dans la cadence des rimes que la musique dans la production des sons; l’une et l’autre sont la vibration de notre être. Voilà pourquoi, dans l'Inde antique, en Grèce, à Rome, au Moyen âge, le poème est fait, non pour la déclamation ou la lecture
première fois en entier Lo romans dels Auxels Cassadors, d'après le manuscrit xzvi-29 de la bibliothèque Barberini (Séudi di Filologia romanza, t. V, p. xu, n° 65-192. Rome, 1889). — La première partie seule avait été imprimée à Brandebourg (1859, in-4°); elle fut continuée par W. Koch (Beitrage zur Textcritik der Auzels Cassadors. Thèse de Münster, 1897). — Un jeune savant, l'abbé Rigal, du diocèse de Rodez, licencié ès lettres et ancien élève de l'École des Hautes études, s'occupe d'en donner une édition critique, en collationnant les manuscrits de Rome et de Paris avec celui de Vich, où il se trouve à l'heure où nous imprimons ces lignes. — Voir Revue des Langues romanes, t. XXXII, p.457. — Cf. Jahrbuch für romanische und englische Literatur, XI, 32, et Revue des Langues romanes, XXXIIL, 159. .
1 C’est l'Allemagne qui, la première, a rendu justice à la poésie provençale. Aux nombreux ouvrages énumérés à propos de chaque troubadour, ajoutons ceux des précurseurs de cette réaction en faveur de nos anciens poètes. (A. Schlegel, Observations sur la Langue et la Littérature provençales. 1818.— Adrien de Giessen, Esquisse d’une Grammaire provençale, 1825. — Frédéric Diez, Die Poésie der Troubadours, la Vie et les OŒEuvres des Troubadours, 1826-1829. — Grammaire des Langues romanes, trad. franc. par Gaston Paris et A. Branchet. — Brinkmeier, Blumenteseaus der Werke der Troubadours, 1849.— À. Fuchs, Die romanischen spraken in irhen verhæltuisse zun latanischen, Halle, 1849). — Édouard Kaschwiz, professeur de philologie romane à l'Université de Kœænigsherg, qui avait publié Les plus anciens Monuments de la langue francaise et le Voyage de Charlemagne à Jérusalem, a composé la grammaire de la langue félibre, en faisant valoir avec compétence et avec goût le chef-d'œuvre de la poésie des nouveaux troubadours, Mireio.
mais bien pour lé chant !, avec accompagnement au moins d'une vielle ou viole, violon à trois cordes, rabey, raboy, rabak, du mot rebab chez les . Arabes d’Espagne, et avec chant de certains morceaux isolés?. Voilà comment la mélopée silencieuse relève la mélodie de l'expression que rehaussait le rythme d’un concert instrumental, tout au moins un geste mimique dont le Pastour de Guillaume de Machault énumère les modes et les variétés ?. C'était d'ordinaire le poète qui éditait ses propres œuvres ainsi que la musique de ses vers, et souvent il les chantait lui-même. Dès lors se forma une classe spéciale de jongleurs, les uns attachés aux troubadours. les autres en étant indépendants. Poètes et instrumentistes formaient quelquefois un chœur, comme les trois frères d’Uissel et leur cousin, possesseurs par indivis de la seigneurie d'Uissel: Gui composant les chansons d'amour, ses deux frères des tensons,
le cousin la musique #.
Viole, rubebe, guiterne, L'enmorache, le micamon f,
Gitole ’ et le psalterion ;
Harpes, tabours, trompes, nacaires à, Orgues, cornes , plus de dix paires, Cornemuses, flajos et chevrettes ‘°, Douceines, simbales, clochettes ‘1, Tymbre, la flauste, la brehaingne ‘?
Et le grand cornet d’Allemaigne # ; Flajos de Saus ‘4, fistule {, pipe 6, Muse d'Aussay ‘7, trompe petite 8,
4 À propos d'une version provençale du chant de la Sibylle d’après un manuscrit conservé aux archives départementales de l'Hérault, on a constaté que «le copiste provençal a écrit son texte de manière à faire correspondre exactement chacun de ces couplets avec le couplet latin correspondant. Cela montre que la poésie provençale devait se chanter sur l’air du latin; du reste, après le refrain, se trouve une indication de psalmodie correspondant à une modulation
du chant noté». (T. Aude, Mélanges et documents, Annales du Midi, t. XVII, p. 383).
2 Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. II, ch. xxv, p. 280-289.
3 Le temps Pastour: Comment li amant fut au dîner de sa belle. (Hist. littéraire, t, XVI, p.215).
4 Fauriel, ibid, t. I, ch. xvir, p. 43; t. IT, ch. xxxvinr, pp. 228, 238.
5 Violon champêtre. — 6 Instruments inconnus. — 7 Espèce de lyre. — 8 Petites timbales, — 911 y en avait en cornes d'animaux et en cornes de métal. — 10 Chèvre ou musette. — # Flûte à bec. — 42 Flûte champêtre. — {3 Probablement une longue trompette. — 14 Flageolet de saule, — # Flûte, fistula, — 16 Grand chalumeau. — 7 Musette d'Alsace. —48 Trompette. — :
Buisine ‘, èles?, monocorde Et muse de blet *.
Jusqu'au x1rr° siècle, la croix et l'épée étaient demeurées les emblèmes des chevaliers; au x1v°, la chevalerie se réduit à de théâtrales bravades, à d’insolents défis et à de vaniteux duels, où les rubans de femme servent de talismans. Si l’on veut bien combattre dans un tournois, au pied d’un donjon, sous les veux d’une belle dame, si on est fier de gagner quelque cordon doré ou des manches plissées brodées par quelque châtelaine, on n’est plus disposé à s’enrôler contre les Turcs pour défendre la chrétienté. Bayard sera le dernier des chevaliers, dont les ridicules seront immortalisés par don Quichotte.
Comment, dès lors, s'étonner que la poésie végète à Rodez et à Narbonne, en Limousin et en Provence? Si elle jette encore quelques derniers reflets en Aragon, en Castille, en Italie, les parlers locaux spéciaux de la classe populaire ne peuvent arrêter l'essor et la prépondérance de la langue d'Oïl qui se substitue aux idiomes méridionaux et que, par l'ordonnance de Villers-Cauterets qui rend obligatoire la rédaction en français de tous les actes officiels, François [° sacre, en 1539, langue nationale #.
L'altération du sentiment religieux et de l'esprit provincial, la désertion du clocher et la mobilité de toutes les existences font négliger les vieilles traditions, sacrifier les coutumes variées et les parlers spéciaux que l’on peut encore, en dépit des grammaires et des lexiques, saisir sur le vif dans les moindres villages, en scrutant les particularités
{ Instrument à vent. — ? Instrument champêtre qu'on mettait aux mains de Pan. — 3 Musette. — Nous empruntons la traduction de M. Amaury Duval à propos du temps Pastour. (Discours sur l'État des beaux-arts en France au xrr° siècle, Hist. littéraire, t. XNE, pp. 274-215).— Nous ne trouvons presque aucun de ces termes dans Lou Trésor dou Felibrige ou Dictionnaire Provençal-Français de Frédéric Mistral, Aix-en-Provence, 2 vol. gr. in-8°, 1818-1886.
# «De même qu'il n’y à pas dans la demi-latinité une langue commune qui soit l'origine de l'italien, de l'espagnol, du provençal et du français, de même, dans le francais, il n'y a pas une langue commune qui soit l'origine des différents parlers provinciaux. Tout se forme par voie de régions et de dialectes. Les dialectes ont tout autant d'autorité l'un que l'autre». | (Littré, Hist. de la Langue française, Introduction, t. I, p. Lvrr).
,Synlaxiques ou phonétiques des dialectes propres à la race et au
milieut.
Dès que les chansons de geste cessent d’être chantées, la classe des
trouvères et des troubadours déchoit. Au x° siècle, ils formaient une
corporation religieuse et politique, ayant ses rois et son quartier ?. Dans certaines villes, comme Beauvais, il y avait même un fief de jonglerie ?.. L'introduction des femmes dans la société provoque les anathèmes de l'Église #, et les censures du pouvoir civil 5 discréditent une profession, honorée à l'origine, comme un sacerdoce patriotique. Aussi, tout en subventionnant les bons chanteurs de geste, saint Louis n’en tolère
ni à sa cour ni dans son voisinage. Affublés de vêtements et chaussures
de soie, ornés de rubans, la tête coiffée d'une toque garnie de plumes,
Ja taille serrée par une riche ceinture 7, ils allaient de France en Italie,
quand la municipalité de Bologne interdit aux chanteurs et musiciens
ambulants de s’arrêter sur les places publiques *. Dès le xrv° siècle, le
gascon tombe dans un tel discrédit, que l’auteur des Leys d'amors le
désavoue comme «lantgage estrant» *. Au xv° siècle, la jonglerie n’est
1 Voir Gaston Paris, Manuel d’ancien Français, 1888; Les Parlers de France, lecture faite à la Séance des Sociétés savantes. — Charles de Tourtoulon, Les Parlers locaux, discours de réception à l’Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d'Aix, le 45 juin 4897, et réponse de M. le conseiller Soubrat,
? Rue des Jongleurs, rue des Ménestrels, rue des Ménestriers. (Léon Gautier, Les Épopées françaises, t. I, p. 375). |
3 Desjardins, Hist. de Beauvais.
4 Voir la plupart des Sommes du xim° siècle, notamment à la Bibliothèque nationale, fonds latin, 3,726, fo 422: Sequitur de audilu cantacionum amatoriarum et turpiloquiorum et instrumentorum musicorum, ibid., f° 28. — Guill, Peraldus, Summa de vitiis, ap. Gautier, Les Épopées françaises, t. 1, p. 378.
5 Le Petit Thalamus de Montpellier, pour prévenir certaines licences, leur interdit d'assister aux mariages: Que neguns joglar ni neguna joglaressa non auze anar à novias de jorn ni
de nueg. (Ap. Gautier, ibid., p. 371).
6 Natalis de Waillv, préface du tome XXII des Historiens de France, p. 25.
71 Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, t. LI, ch. xxXvVIN, p. 242.
8 Muratori, Antiq. Ital., t. 11, Ch. xxIx, p. 16.
9 «L'usage s'établit à partir de la fin du xrr siècle jusqu'à la fin du xm° de renouveler les chansons de geste composées par les générations précédentes; toutes les gestes groupées autour de celle de Guillaume d'Orange ont aussi passé de la forme des rimes assonantes et des mesures irrégulières à celle des rimes et des mesures exactes». (Paulin Paris, La Chanson d'Antioche, Imtroduction, p. LIx).
même plus que synonyme de mensonge et de mœurs basochiennes, et elle altère et déforme la langue au point de la rendre méconnaissable.
Pour reconquérir la vogue qui fuyait, les chanteurs de geste s'étaient donné le genre d’historiens. Après des traits acérés contre leurs rivaux, car la bienveillance n’est pas le propre de la confraternité httéraire, ils prétendent s'inspirer des vieilles légendes et surtout des chroniques de saint Denys; mais le défaut d'imagination n’est pas compensé par la vraisemblance du récit. Satirique et hâineuse, n'ayant plus le même essor de rêve dans le ciel bleu, la poésie se dépouille des nobles inspirations qui avaient fait son honneur et sa fortune. Sans génie et sans grandeur, plus ingénieuse que virile, elle semble n'avoir pour vocation que de chanter le printemps et le ciel de Provence. Les œuvres nouvelles .ne sont guère que des billevésées, des plagiats, de fausses généalogies qui, pour mettre le Moyen âge à notre portée, le dessèchent par de. fâcheuses mutilations ou de maladroits remaniements, et, sous prétexte de le restaurer, le dénaturent et le déshonorent.
Hélas! sous l'influence des romans de la Table ronde, les sombres lueurs du paganisme voilent les brillantes clartés de l'inspiration chrétienne. Alors que les poèmes primitifs avaient la fraîcheur de la jeunesse et la candeur de l'innocence, les nouveaux se traînent dans l’uniformité conventionnelle des ambassades sarrasines et des cours. plénières de Charlemagne ou de Saladin. La foi fait place à la superstition qui substitue au surnaturel le merveilleux, aux anges et aux saints les enchanteurs et les sorciers, aux sublimes épisodes de l'épopée Îles aventures galantes et ies effets féeriques, tels qu'on en trouve dans les traductions déformées de la Bibliothèque bleue.
Cette poésie romane ne pouvait survivre au système féodal et devait finir avec la civilisation médiévale !. En vain sept troubadours fondent,
1 Au xiIx° siècle, des poètes méridionaux ont essayé, non sans succès, de ressusciter la langue provençale. Le 21 mai 1854, fête de la sainte Estelle, Mistral de Maillane, Aubanel, Giéra et Brunet d'Avignon, Roumanille de Saint-Rémy, Mathieu de Châteauneuf-du-Pape et Tavan de Châteauneut-de-Gadagne réunis, au Château de Ségur, près de l'ancienne capitale du Comiat, fondaient le Félibrige, association que baptisa ainsi Mistral, parce qu'il avait découvert, dans l'Oraison de saint Anselme, vieille prière provençale, que la Vierge trouva
en 1323, le collège del qay saber, dès 1353, académie des Jeux floraux,
pour décerner, chaque année, une violette d'or à l’auteur de la meilleure
pièce en langue d'Oc. Clémence Isaure, si elle vécut jamais, put couronner, en même temps que les derniers troubadours, les premiers poètes français ?, car, dit Paul Meyer, «l’évolution littéraire se fit dans le sens français et bientôt en français» #.
Énumérant les divers idiomes de la Péninsule, Dante disait que chacun se caractérisait par des mérites et des défauts particuliers;
l'enfant Jésus discutant «eme li set felibres de la lei». Dès l’année suivante, était publié l'Armana prouvençau, et, le 29 février 1839, paraissait Mireio, que, dans le 40e entretien de son Cours familier de Littérature, Lamartine exallait comme un chef-d'œuvre: «Je dirai plus, ajoute l’auteur des Méditations, il n’est pas de l’Occident, il est de l'Orient». Depuis, Mistral a confirmé les espérances de son début, et, en 1906, l'académie de Suède, après consultation des académies et corps savants d'Europe, lui décernait un prix de cent mille francs, sur la
fondation de Nobel, l'inventeur de la dynamite, destinée à récompenser l'œuvre qui a le plus
servi l'idéalisme et la paix. Le grand poète s'est empressé d’en attribuer le montant au Museum Arelatem, créé par lui. (Mistral, Mémoires et récits, traduits du provençal par l'auteur, ap. Annales politiques et littéraires, n° 1193, 6 mai 1906).— Véran, Le Cinquantenaire du Félibrige, Éclair de Montpellier, 23 mai 1904.
Pendant que le maitre s'imposait à l'attention et à l'admiration de l'Europe, Roumanille faisait tressaillir l'âme du peuple en évoquant les touchantes légendes et traditions de la foi et du patriotisme, et Aubanel, tourmenté par sa chaste passion pour sa Jenny, qui se faisait sœur de charité, exhalait sa douloureuse et mystique idylle dans la Miougrano entre-duberto, comme Dante pour Béatrix dans la Divine Comédie. Séparées sur la terre, leurs deux âmes devaient s'envoler, le même Jour, vers les célestes demeures. — Le Félibrige s’est plusieurs fois réuni à Maguelone, notamment en 18175, 1817, 1818, 1879, 1890 et 1901, à l'occasion du parage et des fêtes latines, du congrès des langues romanes et du concours philologique et littéraire. (Messager du Midi, 1 avril 1875, 18 novembre 1877, 29 mai 1878, 14 mai 1879; Union nationale, 5 avril 1875, 19 et 24 novembre 1871; Journal de Forcalquier, 25 novembre 1871; Ioù de Pascas, 1881, p. vu; 1882, p. 64; Éclair des 28 mai et 12 juin 1890; Vie Montpelliéraine, 3 juin 1900; Vie Méridionale, Midi Mondain, mai 1900; Gazette de France dv 14 juin 1900; Campana de Magalouna, 15 juin 1900; Revue des Langues romanes, L. XI, p. 305; t. XII, p.155: t XIV, pp. 134, 284, 305; t. XLIV, pp. 12, 80; t. XLV, pp. 94, 95. — Sur Mistral voir F. Fabrège, Revue des Langues romanes, t. XLIV, p. T5.
4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. IT, ch. x1x, p.559. — Jeanroy, La Poésie provençale
du Moyen âge, Revue des Deux-Mondes, t. CLI, p.395. — Chabaneau, Origine et établissement de l'Académie des Jeux floraux à Toulouse, Hist. gén. de Languedoc, édit. Privai, t. X, note xxXVII, p. 171. :
. 2 Sur Clémence Isaure et l'origine des Jeux floraux, voir le mémoire de M. Noulet: De dame Clémence Isaure substituée à la Vierge Marie comme patronne des Jeux littéraires de Toulouse. (Mém. de l'Académie de Sciences, Incriptions et Belles-Lettres de Toulouse, 1852, et dans le Jahrbuch für romanische und englische literatur, 1861 t. 3, p. 125. — Cf. Paul Meyer,-Bibliothèque de l’École des Chartes, t. XXV, p. 52.
3 Paul Meyer, Bibliothèque de l'École des Chartes, 6° série, t. V, p. 246; Cf. ibid, t. LIT, p. 49.
qu'unifiées dans l'italien toutes ces formes variées el défectueuses, à l’accent dur et rustique, constituaient une langue parfaite ! et sublime, «illustre, cardinale, aulique, curiale, populaire», illustre ?, cardinale 3, aulicum *, curialeÿ, vulgare.
Combien plus ces qualités appariennent-elles à la langue française, langue claire, précise, déliée entre toutes, adoptée aussi et par la diplomatie et par la société d'élite de tout pays, la seconde langue de tous les peuples et dont les chefs-d'œuvre sont. universels, de même que Paris est la capitale de la civilisation, le foyèr ardent et lumineux des grandes inspirations et des nobles sentiments, si bien que, pour agir sur le monde, toute idéé doit préalablement devenir française.
1 In quolibet idiomaté est aliquid pulchrum, in nullo omnia pulchra.…. Vulgaris eloquentia communis omnibus italicis; idiomata latina ad unum reducuntur et illud appellatur latinum. Dicimus Illustre, Cardinale, Aulicum et Curiale Vulgare in Latio, quod omnis latie civitatis est, et nullius esse videtur, et quo municipia vulgaria omnia Latinorum mensurantur, ponderantur et comparantur. (Dante, De vulgari eloquentia, lib. I, ch. xvi, 8 v).
2? Per hoc quidquid illustre dicimus, intelligimus quid illuminans et illuminatum præfulget. ‘Et hoc modo viros appellamus illustres, vel quia, potestate illluminati, alios et justilia et caritate illuminant, vel quia excellentes magistrati, excellenter magistrent.…. Et Vulgare, de quo loquimur, et Sublimalum est magistratu, et potestate et suos honore sublimat, ct gloria. Magistratu quidem sublimatum videtur, cum de tot rudibus Latinorum vocabulis, de tot perplexæis constructionibus, de tot defectivis prolationibus, de tot rusticanis accentibus, tam egregium, Lam extricatum, tam perfectum, et tam urbanum videamus electum. (ibid., Ch. xvu).
3 Cardinale… nam sicut totum hostium cardinem sequitur, et quo cardo vertitur, versatur, et ipsum sive extrorsum flectatur; sic et universus municipalium Vulgarium grex vestitur, et revertitur, movetur et pausat, secundum quod istud quod quidem vere pater familias esse videtur. (Ibid., cap. XVI).
4 Aulicum nominamus, illud causa est, quod si aulam nos Itali haberemus, palatinum foret. Nam si aula totius regni communis est domus, et omnium regni partium gubernatrix augusta, quicquid tale est, ut omnibus sic commune, nec proprium ulli, conveniens est, ut in ea conversetur et habitet. (Ibid.).
5 Est etiam merito Curiale dicendum: quia curialitas nil aliud est, quam librata regula eoTrum, quæ peragenda Sunt. ([bid.).
6 Hoc autem Vulgare quod Illustre, Cardinale, Aulicum esse et Curiale ostensum est, dicimus esse illud quod Vulgare latinum appellatur. (Ibid., cap. x1x).