‹ L'Université de MontpellierChapitre 8 sur 36 · PRENOM EE PRET EE · texte numérisé non relu

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D'un autre côté, en Asie, les califes de Bagdad avaient fait mettre

en arabe par des Syriens chrétiens les œuvres de la science hellénique,

notamment celles de Galien et de Paul Egine, qui élaient conservées en Perse. Le mouvement,. parti d'Orient, s'étend, par l'Afrique, en

Espagne, jusqu’à Cordoue qui devient une nouvelle Bagdad, et l'influence de Galien n’est contrebalancée que par les Pandectes de médecine d’Aaron, prêtre chrétien d'Alexandrie t.

Avant d'être en rapport avec l'Europe, l'Islamisme avait eu sa théologie, sa mystique, sa législation; le contact avec le génie hellénique provoque une renaissance dont El-Kiedi et El-Fara marquent l'aurore, et Avicenne (986-1036) le plein épanouissement.

Au vin‘ siècle, les Arabes avaient étudié la philosophie grecque avec une curiosité passionnée, en s’efforçant de la concilier avec le Coran

comme les religieux d'Occident avec l'Evangile?. Si leurs écoles

d'Orient étaient surtout grammaticales et théologiques, celles d’ FAQ demeurent simplement médicales et pratiques ?.

Passés maîtres pour les mathématiques et les sciences naturelles,

ils recueillent les traditions et interprètent les livres de l'antiquité que

4 Voir Prunelle, Influence de la Médecine, pp. 24, 59, 100. — «Les médecins à qui les premiers kalifes se confièrent furent ordinairement des Syriens ou des Juifs. Les Musulmans n'avaient pas eu le temps encore d'apprendre la médecine. Auprès de l'Omeya de Mérwan

fils d'El-Hakem, nous trouvons un médecin juif de langue syriaque Maserjaweth Djanein,

qui traduisit le traité du prêtre Aaron. (Aboul Faradj, Bar Hebræus, Hist. des Dynasties, pp. 192 et 157). Cet Aaron était un médecin alexandrin du temps d'Héraclius, dont le livre fut fort répandu chez les Syriens. Auprès d'El-Heddjâdj, le terrible général d’Abd-el-Melik, fils de Merwam, nous voyons deux médecins de noms grecs, Tayaduck et Théodon qui laissèrent une école (Aboul' Faradij, ap. Laud, 194), Un peu plus tard, Hâroun er-Rechid faisait réveiller par un médecin indien son cousin Ibrahim tombé en léthargie, tandis qu'un médecin chrétien de langue syriaque Johannè ibn-Mäsaweïh, traduisait pour lui en arabe les livres de médecine antique. (Ibid. p. 227). Cet Ibn-Mâsaweïh assistait avec un autre chrétien Bokhtiëchou le khalife Manou mourant. (Machoudi, Les Prairies d’or, t. VII, p. 98). — Baron Carra, Avicenne, ch. ur, p. 51.— Voir du même auteur le livre sur Gazali, l'irréconciliable

adversaire d'Avicenne, le saint Thomas du mahométisme, né à Tous dans le Khorassan, en

1058. Notons de lui cette pensée: «Au jour de la résurrection, l'huile de la lampe des savants sera mise en balance avec le sang des martyrs». — C. Daremberg, Notices et Extraits des monuments médicaux grecs, français et latins des Bibliothèques de l'Europe, l° partie, Mss. d'Angleterre. Paris, 1853, p. XXXII.

2 Dr G. Daremberg, Journal des Débats, 4 septembre 1905.

3 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. I, p. 265.

commentent, en y ajoutant les notions et les recettes de l’empirisme, Mesaes et Geber, Rhasès et Haly-Abbas, Avengard de Séville et Maimonide de Cordoue, surtout Farabi, leur maître, après Aristote, et qui avait reçu les leçons d’un médecin chrétien, Avicenne, leur meilleur médecin, Averrhoës, leur plus grand philosophe ?, comme Albucasis,le premier des chirurgiens arabes, mais quiseracondamné pour l'indépendance de son esprit à n’avoir de rapports qu'avec les Juifs :. Tous ces auteurs ont été surfaits, car aucun ne fut médecin illustre et n’a laissé d'ouvrages originaux#; ils ne paraissent guère avoir fait progresser l’anatomie ni la physiologie ÿ Comment auraient-ils pu disséquer des cadavres dont le moindre contact était repoussé comme. une souillure par la loimosaïquef, la coutume ou Mischnah?, et le Coran’, comme une barbarie par la Faculté de Paris, et est considéré encore comme une profanation par les Chinois. C’est la Faculté de Montpellier,

la première en France, qui, s’élevant au-dessus des préjugés des

médecins juifs et arabes, inaugurera, en 1376, l'anatomie pratique.

. Voilà comment la médecine demeure hippocratiste à Salerne, galiéniste à Bagdad, au Caire, à Cordoue. On songe d'autant moins à la développer qu’on s’imagine le cerveau humain à l'extrême limite de sa puissance et qu’on se dispense ainsi d'observations et de conclusions. Ces écrivains n'ont pas d’ailleurs compris Galien et, s'ils l'ont compris, ils n’en ont pas tenu compte, en vrais barbares qu'ils étaient ®. Ils n’en. sont pas moins supérieurs à leurs contemporains, et on leur doit la connaissance des quelques maladies comme la petite vérole, la rougeole,

4 Baron Carra de Vaux, Avicenne, Ch. 111, IV, v.

2 Voir Renan, Averroës et l’Averroïisme, et Munk, Dictionnaire des Sciences philosophiques. :

3 Sprengel, Hist. de la Médecine, t. I, pp. 269; t. 11, pp. 247-255, 323-337.

4 Renzi, Storia del med. in Italia, t. IT, p. 71.-

5 C. Daremberg, L'École de Salerne, Introd., p.Lxv.— Quamwvis Galienum non intellexerint aut intellectum neglexerint barbarorum more. (Tollet, Parastasis de prandio et cœna, ad calcem opusculi). — Revillout, Les Promoteurs de la Renaissance à Montpellier, ap. Mém. de la Société archéologique, 2° série, t. II, p. 264.

6 Nombres, Ch. XX, v. 11.

7 Traité de Teutoriis, ap. Basnage, Hist. des Juifs, iv. V.

8 Daunou, Hist. littéraire, t. XVI, p. 93.

9 Astruc, Mém. sur la Faculté de médecine, p. 31.

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la spina ventosa, qui n'avaient pas encore été étudiées ou n’apparurent qu'après l'hégyre !.

Il ne faut donc pas croire la médecine du Moyen âge si béate qu'on l’affirme, sur certains préjugés. Basée sur la physique, qui en est le préliminaire et en devient avec le temps synonyme, elle se trouve mêlée à des erreurs et à des préjugés, à des superstitions et à des méthodes

bizarres; elle ne manque pourtant ni de prudence ni de sens pratique?.

Aussi l’Académie de Cordoue, la plus célèbre de l’époque, attirait dans

cette ville les chrétiens de tous pays®.

Les médecins français ne connaissaient, eux, ni le grec ni l'arabe ;

. mais, à la suite des Arabes, marchaient toujours des‘Juifs, impatients

d'exploiter les envahisseurs et les populations assujelties, ce qui explique peut-être l'antisémitisme systématique des autres races, car ce sentiment n’est pas né de nos jours, et nous le constatons déjà en Égypte avec le prêtre Manéthon, au r° siècle avant Jésus-Christ #.

Ils fondaient en même temps des écoles où l’on enseignait, avec la loi et la religion du prophète, la médecine, l'astronomie, la philosophie.

{ Bouisson, Tableau des progrès de l'Anatomie dans l’École de Montpellier, 1835, p. 5. Ibid, Œuvres complètes, t. IX, p. 65.

2 Voir notre chapitre var, t. I, pp. 299-304, et, en sus des autorités citées, Daunou, Sur

quelques Rabbins du commencement du xur° siècle, Hist. littéraire, t. XV, pp. 358-388. —

A la note 1 de la page 300 de notre tome I, nous avons eu tort de citer Germain qui, au contraire, amoindrit le rôle des premiers médecins juifs, en opposilion avec les Bénédictins

-qui en exagèrent l'importance. (Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. III, pp. 866, 867).

3 Mabillon, Ann. bened., t. VII, pp. 552, 811. — Tiraboschi, Sforia de la Letteratura italiana, 2° édition, t. III, p. 333; t. IV, p. 151. :

4 Der Antisemitismus des altertums in seiner Entwicklung und Entwicklung. (Basel, Cf. Lemdorff, 1905, in-8°),. — «Partout où les Arabes s’'établirent comme conquérants, les Juifs

-s'établirent à leur suite et trouvèrent toujours le moyen de s’arroger une bonne part des

honneurs et des profits de la conquête. Partout ils formèrent à côté des Arabes une classe riche, active, intelligente et distincte de tout ce qui l’entourait. Cette classe se forma dans les villes de la Septimanie comme ailleurs lorsque ces villes eurent été conquises par les Arabes andalousiens. Ces mêmes villes ayant été reprises par les chrétiens. Les Juifs qui les occupaient avec les premiers conquérants n'en furent point chassés et s'ils y perdirent -d'abord quelque chose de leur influence et de leur considération, ils ne tardèrent pas à les recouvrer et continuèrent à former une classe riche et puissante dans les villes de Septimanie,

devenues, dès la fin du onzième siècle et dans le cours du douzième, de petites républiques,

mélange bizarre de seigneurie féodale et de démocratie». (Fauriel, Hist. de la poésie provençale, t. II, ch. x1r, p. 344). |

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S'ils n’admettaient que leurs coreligionnaires, ils n'en avaient pas moins l'influence que donnent l'éducation, la fortune, le travail, si bien que certains recueils de lois, celui de Montpellier, par exemple, ji le titre de Talamuz ou Talamus, dérivé de Talmud.

Chassés d'Espagne par le fanatisme de la secte des Almohades, et réfugiés en Languedoc sous la protection de Charlemagne, ils emportent, avec le Talmud, les livres musulmans qu'ils traduisent en hébreu. Maguelone est pour la plupart leur port d'arrivée, et ils importent, avec les idées et les traditions des Grecs, les commentaires des Arabes et des Juifs. «La religion (juive) reste la base de l’enseignement, mais la médecine n’y est pas négligée ?».

Le titre de rabbin équivalant à celui de maître, d’abord réservé aux docteurs de la loi, est étendu aux savants de tous pays. Faut-il s'étonner que la profession de médecin se confonde avec celle de rabbin ? Voilà comment, dès l’an 1000, Montpellier constitue, en même temps qu’une colonie juive, un foyer médical. Mais, bien que les Juifs aient tenu à revendiquer pour leur race l'honneur d'avoir mauguré dans notre ville l’enseignement de la médecine, rien ne prouve qu'ils furent les premiers, ni les seuls médecins, ni surtout que tous les médecins fussent leurs coreligionnaires #.

Le Midi, en effet, n'avait jamais cessé d’être en relation avec l'Orient et l'Italie, sans parler de l'Afrique et de l'Espagne chrétiennes. Comment aurait-1] manqué de médecins, quand ceux de Provence jouissaient. à Rome d’un grand prestige, et que nous voyons, dès le xr1° siècle,

4 Fauriel, Hist. de la Poésie provençale, p. 315. t. IT, ch. xLI.

2 Carmoly, Hist. des médecins juifs anciens et modernes. Bruxelles, II volumes in-8°. On y trouve des documents ayant trait à la Faculté de médecine de Montpellier. T. I, $$ 34-35, — Is. Bracy, De medicis illustribus Judæorum qui inter Arabes vixerunt. (Disser., in Aug. Halès typis Ruffianis, 1843, in-8°, pp. 20-21). à

8 «L'histoire, il est vrai, ne nous a conservé aucun nom de médecin juif à Montpellier pendant le x1° siècle et la première moitié du xtr° siècle». (Salomon Khan, rabbin de Nîmes, Les Écoles juives et la Faculté de médecine de Montpellier, Montpellier, MDGccLxxxx, p. 9). — «Rien n'établit que les médecins de Montpellier dont il est question dans la biographie de l'archevêque de Mayence, Adelbert, à la date de 1137, par exemple, ou dans la lettre de saint Bernard de 1153, souvent citée, aient été israélites». (Germain, Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, note 1x1, t. HE, p. 610).

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accourir et professer à Montpellier, des Salernitains comme Bienvenu de Jérusalem, Bernard le Provençal et Jean de Saint-Paul? Le premier vient dans notre ville où, dit le manuscrit de Paris, «son œuvre est composée, compilée et ordonnée», et d’où provient d’ailleurs le manuscrit provençal de la bibliothèque de Bâle :. Nous savons que ce praticien insistait sur le devoir de traiter gratuitement le pauvre pour obtenir le royaume d’en-haut: Semper habeatis misericordiam pauperum ad hoc ut Deus det vobis gratiam bene operari ?; le second, originaire d’Arles, connaissait nos professeurs et appréciait notre flore*; le troisième, qu'Astruc et Littré disent avoir enseigné à Montpellier. est l’auteur d’une thérapeutique, Liber virtutum medicinarum*.

Les Juifs, du moins, furent les promoteurs d'un enseignementrégulier, avant que l'Église l’eût définitivement organisé. L'existence d’une école est attestée par la contribution annuelle de neuf deniers au rôle des censives du mois de mai 1201 5. Elle mérite d’être comparée tantôt par Habagith 5, au Sanhédrin de la montagne du temple de Jérusalem, tantôt par Bimon Sapharad à la grande École de Grenade”, tantôt enfin à la Montagne-Sainte, mère d'Israël Har-hakodesch veeïm leïlohin®.

Placée sur les confins de la Provence et du Languedoc, la cité des Guillems, «la montagne de l’ébranlement», en souvenir de celle

1 «Bienvenu de Jérusalem était un personnage bien peu connu jusqu’à ces dernières années. Il a vécu dans le xrr° siècle, Pour en acquérir la certitude, il n'y a qu’à comparer l'œuvre qui nous reste de lui avec le traité De passionibus oculorum de maître Zacharias qui vivait sous Manuel Comnène (1143-1180). On voit que ce sont les mêmes doctrines, les mêmes théories, le même enseignement; ils ont eu les mêmes maitres; ils ont puisé aux mêmes sources, en sorte que le traité de Bienvenu et celui de Zacharias semblent la paraphrase l’un de l’autre. L'œuvre de Bienvenu a joui d'une grande renommée et a été le vade-mecum des oculistes du Moyen âge». (Truc et Pansier, Hist. de l’Ophtalmologie à l'École de Montpellier, p. 62).

2 Ibid., p. 61.

8 Jbid., p. 13.

4 Littré, Hist. littéraire, t. XXI, pp. 408-411.

5 Durantus de schola1x den. Bertrandus de scola vi den. — Benedictus magister, magister Ricardus (Carta ex novo translatate de censu hominum Montispessulani, Liber instrumentorum, CCLXXX VI. p. 458.

6 Kéremchéméd, V, p, 3. — Salomon Khan, Les Écoles juives, p. 8.

1 Neubauer, Catalogue des Manuscrits hébreux, p.17. Oxford, 1886.— Salomon Khan, 2bid.

8 Lettre apologétique de Jedaya ben Abraham Bedersi, de Béziers, dans les Tesckouboth- Responsa de Raschba, p. 418. — Salomon Khan, ibid.

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d'Ephraïm', se trouvait être le centre et la résidence des rabbins méridionaux, des savants de Montpellier comme on les a surnommés: et, en 1173, après avoir constaté qu'il y à dans cette ville des étrangers de tous pays, chrétiens et sarrasins, arabes et égyptiens, grecs et italiens, espagnols et anglais, parlant toutes les langues, le rabbin Benjamin de Tudela, en mission auprès de ses coreligionnaires, ajoute: «On remarque, entre les plus célèbres disciples de nos sages, Ruben, fils de Théodore, Nathan, fils de Zacharie, Samuel surtout, le plus important des trois, Selamias et Mardochée» ?. Il n’y en a pas cependant parmi eux qui se soient distingués par quelque œuvre extraordinaire, et, une de leurs principales illustrations, le régent Profatius, avoue dans la préface des Éléments d'Euclide, traduits d’ailleurs avant lui par un bénédictin, qu'il s'est imposé cette tâche, «afin d'éviter le blâme des chrétiens qui disent que les Juifs restent étrangers à toutes les sciences» ?.

! Steinschneider, Catalogus Bodl., col. 1252, ap. Renan, Les Rabbins français, Hist. littéraire, t. XXVII, p. 601.

? Benjamin Tutel, Jtinar. Antuerp. 1575, et Lips 1761. — Hist. gén. de Languedoc, t. I, p. 516; édit. Privat, t. IT, p. 864. — Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. I, p. LxIV, Hist. du Commerce de Montpellier, t. 1, p. 4.

3 «Quoique Montpellier ait été la résidence d'un grand nombre de rabbins, qu'on appelle souvent ="5zwzt0 221 «des savants de Montpellier», nous ne pouvons citer aucune célébrité de cette ville, si ce n’est R. Abraham, auteur de commentaires sur le Talmud, et son fils R. Salomon ben Abraham, comme un des adversaires les plus acharnés de la philosophie et de Maimonide (1232). IL est cité dans les livres de casuistique, sous le nom de R. Salomon de la montagne nn, nn signifiant Montpellier. On ne possède aucun ouvrage de lui, et il n'est même pas sûr qu'il en ait composé... Abraham ben David de Posquières, non de Beaucaire, qu'on transerit en hébreu n7952 et non vpn», naquit en 1125 et mourut en 1198. Il était le gendre d'Abraham ben Isaac de Narbonne et Jouissait d’une grande fortune. Il avait établi une école qui était fréquentée par de nombreux disciples, venant de loin, attirés qu'ils étaient par les libéralités du maitre... On cite notre rabbin comme habitant de Montpellier et de Lunel. Son maître fut Meschullam ben Jacob de Lunel, qui lengagea à composer des commentaires de casuistique, genre de travail auquel Abraham commença de s'appliquer, étant encore très jeune... Les relations entre les deux parties du Judaïsme français, rares au xr° et au xrr° siècles, étaient fréquentes et faciles au xiu° siècle. Les livres des écoles diverses cireulaient sans obstacle. Pour donner une idée de ces relations, nous allons insérer à la liste des rabbins français que R. Salomon ben Addereth mentionne dans ses consultations comme étant ses contemporains, et que M. Perles a énumérés, dans sa notice sur ce rabbin (p. 9): Ahron ben Abraham ben Isaac (peut-être de Montpellier), à Marseille; Dano ben Reüben, à Montpellier. Jacob ben Makir, à Montpellier. Ahron-Hal-Levi, talmudiste, fixé en 5060 — 1300 à Montpellier ou dans les environs. Abraham Saporta et

Pour se faire comprendre des Français, les rabbins originaires d'Espagne font passer en hébreu pour leurs coreligionnaires les livres musulmans de la Péninsule ibérique en même temps que les ouvrages latins de France, tels que la Pharmacopée de Nicolas, dite de la Faculté de Montpellier et, plus tard, les œuvres de Gordon, de Gérard de Crémone et de Lanfranc de Milan !.

Cette entreprise semble avoir été l’attribut spécial de la famille d'Ibn Tibbon, originaire de Grenade ?, et particulièrement de Samuel, fils de Jehoada Ibn Tibbon. «Ce prince des traducteurs» #, né à Lunel, mort en 1232, mit en hébreu «le petit art» de Galien, «la métaphysique», d’Aristote et le traité d’Averrhoès «sur la conjonction de l’intellectuel abstrait avec l’homme»; le premier, terminé à Montpellier le 10 août 1199; le second sur mer, retour d'Alexandrie, en juin et juillet 1210 #.

probablement le père du Jeune Samuel Saporta d'Espagne, qui prit parti pour Maïmonide contre le zélateur Salomon de Montpellier... Le converti, Paul Christianus ou Pable Christiani, probablement de Montpellier, dispute avec des rabbins aragonais et provençaux. Il est question de ces controverses dans des documents chrétiens et dans des documents juifs... Après avoir vaincu les rabbins de Gérone, Paul fut envoyé par le roi Jacques, alors seigneur de Montpellier, dans le pays de son indépendance, pour pousser à la conversion des juifs. Dans le courant de cette mission, il aurait disputé avec un rabbin nommé Bonastruc, et, comme on devait le prévoir, il serait sorti encore une fois vainqueur... Que Paul Christianus fût un juif, cela résulte clairement d'un passage d’une lettre du pape Clément IV adressée au roi d'Aragon dans les années 1269 et 1270. (Ordonnances des rois de France, t. I, pp. 294, 362). Paulus Christianus était probablement originaire de Montpellier. Élève de R. Eliezer de Tarascon, il embrassa le Christianisme et se livra désormais tout entier à la controverse. Il disputait en Provence et en Catalogne dans les années de 1260 à 1273, et il mourut, ce semble, à Taormina, en Sicile, en 1274. (Voir Isaac de Lattes. Ms. Mich., 60 r°, f° 10. — Grætz, Geschiste der Juden, VII, 45, 60, 162. — Hist. littéraire, t. XXI, pp. 506-509»). (Ernest Renan, Les Rabbins français, Hist. littéraire, t. XXVIX, pp. 514, 522-524, 529, 553-569).

1 Bodle-Marsh, 347, fo 36. — Steinschneider, dans Archives de Wirchow, t. XL, p. 99. — Yeshouroun, t. VII, p. 90. Ms. de Paris, 1132. Ms. Mich., 343. — Jüd-Kanz, t. Il, p. 24. — Renan, Les Rabbins français, Hist. littéraire, t. XXVIT, pp. 624-625.

2 Salomon Khan, rabbin de Nîmes, Les Écoles Juives et la Faculté de médecine de Montpellier, Montpellier, MDCCGLXXXX, p. 1.

3 Petit-Radel, Sur quelques Rabbins, Hist. littéraire, t. XVI, p. 386, — Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vin, p. 303.

4 Catalogus Bibliothecæ Bodleianæ codicum manuscriptorum orientalium videlicet hebraicorum. Oxford, 171817, in-f°, col. 2481 et suiv. — Steinschneider, Catalogus codicum hebræorum bibliothecæ academiæ, Lugduno-Batavie, Leyde, 1858. — Renan, Les Rabbins français, Hist. littéraire, t. XXIV, pp. 571-575.

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Salomon, fils de Moïse de Melgueil, publie, vers 1250, quelques-uns des traités d’Avicenne sur Aristote et une liturgie‘. Moïse Ben Samuel Ibn Tibbon de Montpellier traduit, de 1261 à 1281, presque tous les commentaires d’Averrohès sur la métaphysique, les mathématiques, l'astronomie ?. C’est dans notre ville qu'il achève, en 1264, le livre d’Aristote sur les questions de physique*, et, en 1271, le traité sur l'arithmétique d’Abou-Beth Mohammed ben abd-allah ben Abbas ben Hagçar ou el-Hacar 4; en juillet 1272, le petit canon d’Avicenne et les aphorismes d’'Hippocrate. On lui attribue d’autres travaux qui sont de Salomon de Melgueiri. À Montpellier encore, Levi ben Abrahamrédige, en 1276, un traité d'astronomie et un poème éthique et philosophique sur «Boîtes et coffrets de parfums», où l’orgueil de sa race lui fait poser ce principe que les Grecs et les Musulmans ne tiennent toute leur science que des Hébreux ÿ; ce qui n'empêche pas Littré et Daremberg de regretter cette «renaissance anticipée» comme l’écueil où se heurta le libre mouvement de la science, en l’enchaînant à la bre remorque des anciens 6.

Un vieux sceau de la Faculté de médecine portait en exergue, autour de l'effigie d’Hippocrate, Scholæ medicinæ Monspelu seculo decimo institutoT. C'était là une tradition, non la preuve d’une grande ancienneté,

1 «Ce nom de Melgueil, d'après l'heureusc conjecture de M. Zung (Zur geschichte, p. 412), désigne le bourg de Melgueil ou Melsorium, chef-lieu du comté où se frappaient les monnaies nommées «sols melgoriens», dont les rabbins du xur° et du xrv* siècle parlent souvent dans leurs ouvrages de casuistique. (Ms. Mich., 602. — Renan, 4bid., t. XXIV, pp. 515, 580).

2 Bibl. bodl., Ms. Opp. add. 40, 141. — Casiri, Bibl. arabico-hispâna, 308. — Renan, Les Me Rabbins français, Add. et correct., Hist. littéraire, t. XXVII, p. 750.

3 Collège Christ. Church, à Oxford, Mss. cLxxxix.— Renan, ibid., p. 150.

4 Steinschneider, Archives de Wirchow, t. XL, col. 1999. — Catalog. de Munich, n° 220, 2;

21515. — Venrich, De auctor. græc.,vers 281. — Catalog. Lugd. — Renan, ibid., pp. 593, 598.

5 Catal. de Paris, 1047 et 1066. — Renan, ibid., pp. 631, 636.

6 Ch. Daremberg, L'École de Salerne, p. XxxIx.

7 «En admettant même qu'on prendrait au sérieux l’exergue, tel que l'ont conservé nos archives, à quel moment du x:° siècle conviendrait-il de rapporter cette relique? Pure conception légendaire d’une époque où l'on n’hésitait pas à traiter de contemporains Avicenne et Averrhoës, que sépare pourtant l'un de l'autre, dans les annales de la science, un intervalle de plus d'un siècle. Astruc a lui-même commis cet anachronisme en avançant à la è page 13 de ses Mémoires pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, h qu'Avicenne n'a commencé à enseigner que vers 4150. Or, Avicenne, né de 980 à 997, est

d'autant que le sceau primitif était tout autre !. Ce qui est certain, c’est

que si toujours se produisirent des maladies, l’enseignement de la médecine n'apparait guère à Paris avant la fin du xur° siècle. Ainsi, Jean de Salisbury pouvait-il dire, en 1160, que pour s’exercer dans cette science et cet art, il fallait se rendre à Salerne ou à Montpellier ?. D'un autre côté, l'israélite Carmoly fait remonter l’enseignement médical à

Montpellier à un disciple des rabbins de Narbonne, Babbi-Abbon,

arrivé dans notre ville en 1025, par conséquent douze ans avant la

mort d’Avicenne, quatre-vingt-quinze avant la naissance d'Averrhoës.

Mais, parce qu'on peut dater l'ouverture d’une certaine école, il n’en résulte pas qu’elle ait été la première ni qu'il n'y en eût pas de plus ancienne encore, tenue peut-être par quelque chrétien. Le nom de l'élève deBabbi-Abbon ne nous est pas parvenu; en revanche nous savons que le maître composa «le livre de la médecine» ,cité, au x1r° siècle, par Nathan bel Jechiel de Rome, Salomon ben Isaac de Troyes, et Elieser ben Nathan de Mayence. Cependant malgré l’antiquité de notre École, on n'y

mort en 1036. Averrhoës seul a débuté dans l'enseignement vers 1150. François Ranchin avait

affirmé antérieurement la même méprise en disant dans son Apollinare sacrum: Certum est

celebres illos et principes viros Avicennam et Averrhoem circa annum Domini 1149 et postea floruisse». (Germain, Hist. de l'Université, Introd., p. 1).

1 Voir ci-après, ch. xxv, in fine.

-2 Duboulay, Hist. Univ. Paris., t. II, pp. 572-576. — Crevier, Hist. de l’Université de Paris, t. I, p. 248. — Hist. littéraire, t. IX, pp. 191, 194.

3 «Dès cette époque, au rx° siècle, les Israélites avaient des écoles dans plusieurs villes de la Provence et du Languedoc, particulièrement à Arles et à Narbonne. Cette dernière École fut présidée, vers l'an 1000, par le docte Babbi-Abbon, grand-père du savant Moïse-ha-Darschon. La religion fut la base de l’enseignement, mais la médecine n'y était pas négligée. L'un des disciples d'Abbon, dont l’histoire ne nous a pas conservé le nom, mais qui nous a transmis le titre d'un ouvrage médical qu'il avait composé, se rendit à Montpellier vers 1025 (Jemotholam, Mss. de notre Bibliothèque, n° 83), et c'est probablement le fondateur de l'École médicale de

cette ville... Quoi qu'il en soit, ce médecin anonyme a professé à Montpellier, et ses disciples continuèrent ses études. Quant à l'ouvrage de notre docteur, il est cité sous le titre de Livre

de la Médecine, par Nathan ben Zechiel, de Rome (Sefen Aruch S. V. Chatam), par Salomon

ben Isaac, de Troyes (Commentaires, Juges, XV, 15), et par Eliezer ben Nathan, de Mayence .

(Sefen Raben, p. 122); tous auteurs du x siècle». (Carmoly, Hist. des Médecins Juifs anciens et modernes, t. I, $ 21, pp. 34, 35. Bruxelles, 18%4, in-8° de vin-272 pages). «Cette biographie contient des documents ayant trait à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier. (Cf. pp. 73 et 77 (Jehada de Montpellier); pp. 89-90 (les Prêtres de Montpellier contre les médecins Juifs); pp. 90-91 et 256 (Profætius, régent de la Faculté de médecine); pp. 92-93 (en 1303, on discuta dans l'École de Montpellier la question superstitieuse du talisman à figure de lion dont

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conférera pas de grades avant 1220, pas plus qu’à Salerne, son émule et sa rivale, avant 1237 ! et, à Paris, avant 12701. |

Au début, l’enseignement roulait sur les aphorismes d'Hippocrate, le livre des pronostics, le régime des maladies aiguës, le traité de Théophile sur la structure du corps humain, l'introduction de Hhorain, et, plus tard, les ouvrages de Gilles de Corbeil?. À Montpellier, comme à Salerne, les cours se faisaient en arabe et en hébreu, ce qui faisait dire à Guillaume de Salisbury, ancien disciple d’Abélard, évêque de Chartres, en 1180, que les étudiants revenant des deux villes étaient chargés de mots barbares?

En Italie, la médecine se systématise : À Bologne, elle procède de la tradition de Galien: à Padoue, d’Averrhoèsi. A Montpellier où elle

n’est connue que par les commentaires des Arabes et des Juifs ÿ, elle doit

les médecins juifs se servent comme remède»). (Nouvelle preuve de l'ancienneté de l'École de médecine de Montpellier, par le D' Ravel. Montpellier, 1855, p. 10. Extrait de la Revue thérapeutique du Midi). — Voir Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. 7, ch. 5, t. II, pp. 392, 396. — Choulant, Bibl. med. Hist., Lipsiæ, Enjelmann, 1842. 1 Duboulay, Hist. Univ. paris., t. II, ad anno 1270, p. 23. — Le continuateur de Guillaume Le Breton avance qu'une faculté de médecine existait à Paris, en 1209: De ea facultate quæ de sanandis corporibus et sanitatibus conservandis serva est. (Dom Bouquet, Recueil des Historiens de France, t. XVIII, pp. 82, 83). Astruc croit ce passage intercalé. Il est difficile d'admettre, en effet, qu'on n’enseignât pas la médecine dans la capitale. Ce qui, du moins, est certain, c'est qu'elle y était moins en honneur qu’à Montpellier. Nous ne connaissons que le nom d’un médecin professeur à Paris, le physicien Hugues, maître ès arts avant de pratiquer É | la thérapeutique et mort en 1199. 4

Physicus excellens, Hugo, pietate refulgens, Parisiis mortem non sustulit esse minacem:

Quadrivium docuit, ac totum scire reliquit Anno millesimo biscentum, sed minus unum, (Du Boulay, Hist. Univ. paris, t. IL, p. 49).

2 Duboulay, Hist. Univ. Paris., t. HI, pp. 135, 195, 341.

3 Saresburiensis, Episcop. carnot. Epistolæ. Paris, 1613, in-4°. — Astruc, Mém., Paris, 1761, liv. I, $ 2. — Ravel, ibid., p. 10.

4 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. I, p. 287.

> «Ce n'est pas sans doute une petite gloire pour la Faculté de Montpellier, aux yeux de ceux qui connaissent les révolutions auxquelles sont sujettes les sciences physiques, de n'avoir jamais changé le fonds de ses principes pratiques, et d’avoir été toujours attachée à l'observation de la nature et à la marche dogmatique de la médecine». (J. Astruc, Mém. pour servir à l'histoire de la Faculté de Médecine de Montpellier. Paris, M pccLxxr1. Préface). —

à cette origine d’être éclectique; mais, dès le xur° siècle, un docteur Le ARMES yrédige, du vivant même d’Averrhoés, un livre contre sa philosophie: CRE Les professeurs devaient faire les mêmes cours qu’à Salerne, sauf 48 __ plus de mots arabes. J. de Saint-Amand, Richard, Gilbert, Bernard

: | de Gordon, les deux Arnaud, Pierre d’Espagne (Jean XXII) sont les > continuateurs de Bartholomeus, de Cophon, de Maurus et autres maîtres 4 | de Naples ?.

La superstition était générale, au Moyen âge; elle restait imprégnée du paganisme et de la barbarie, eton peut en suivre la trace à Montpellier plus qu'ailleurs dans les recettes ridicules et grotesques que nos meilleurs praticiens recommandaient comme remèdes souverains ?. Pendant que l'Eglise ne cessait de la poursuivre et de la combattre,

«Dans son origine, sa doctrine ne différoit en rien de celle des Arabes, desquels elle l’avoit tirée en entier; mais exacte pourtant à distinguer les différentes causes et les différents cas des maladies; à l’égard de la pratique on étoit superstitieux sur la vertu des remèdes, infatué de l'astrologie judiciaire, prévenu pour les dispensations fort composées ; mais pourtant juste dans les indications qu'on devait se proposer, heureux dans le choix des remèdes pour les

remplir, enfin sage dans les doses auxquelles on les ordonnait. C'est ce que l’on voit encore dans les ouvrages d’Arnaud de Villeneuve, de Bernard Gordon, de Gui de Chauliac, de Jean de Tornemire, de Valesies de Tarante, de Gérard de Solo». (J. Astruc, Mém., p. 92). — Au xvi siècle, les remèdes chimiques «les médecins de Montpellier n’eurent garde de les approuver en aveugles, comme les empiriques, mais ils n’entreprirent point non plus de les proscrire sans les avoir examinés, et, quand ils en eurent reconnu les propriétés et les vertus, ils s’en servirent avec sagesse». (Ibid., pp. 91-93).

4 patet. traditione certissima tempore Averrhoës magistrum quemdam îistius scholæ (Montispeliensis) contra ipsum scripsisse, librumque illius manuscriptum in bibliotheca communi istius collegii longo annorum tractu conservatum fuisse. (Francis. Ranchin, Apolin.

èR sacr., ap. Astruc, Mém., p. 43).

2 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales. Paris, 1870, p. 281. —, «On pourrait croire qu'au x siècle l'enseignement médical, qui devient moins individuel, subit aussi quelques changements dans sa forme par l'influence de la philosophie scolastique ou aristotélicienne, mais, pour peu qu'on soit familier avec les ouvrages médicaux plus anciens que la scolastique; on y remarque une méthode didactique et un langage qui devance, pour ainsi dire, celui des philosophes; le ton vient même assez directement de Galien, si aristotélique en ses allures. Cela est évident par les leçons de l'École de Ravenne, du vire au 1x° siècle, et même plus tard, pour celles de l'École de Salerne. Les subtibilités qu'a engendrées la querelle des réalistes et des nominalistes n’ont eu presque aucun retentissement dans les écoles médicales; seulement la médecine a profité, comme tout le reste, du réveil de l'esprit par un usage plus régulier de la logique». (CG. Daremberg, ibid.).

3 Germain, De la Médecine et des sciences occultes; Mémoires de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, section des lettres, t. V, p. 454. Voir Germain, His{. de la Commune de Montpellier, t. HE, pp. 108-113.

17e UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER

elle se maintenait et se popularisait par les sciences occultes, où s’exerçait et se continuait l’action des médecins juifs !.

En 1137, deux allemands de distinction, Adelbert II, évêque de Mayence, et Anselme de Havelberg, prévôt de Sainte-Marie, de 1124 à 1151, puis archevêque de Ravenne, voyageant pour s’instruire, vont étudier les lettres, les arts et la philosophie à Hildesheim, à Reims, à Paris; la physique ou médecine à Montpellier, où elle avait déjà «une demeure et un temple». La doctrine et les préceptes y sont enseignés par des maîtres qui, dit Anselme lui-même, expliquent les lois de la nature et de la vie, en révélant aux malades le moyen de guérir leurs

maux, aux bien portants les conseils pour éviter la maladie?.

4 Rigordus referi falsas prædictiones ab astrologis Judæis et Sarracenisrigordo monographia regio. (Guillelmus armoricus Regis capellanus, Historia de vita et gestis Philippi Regis post Rigordum, ap. Historiæ Francorum de Pithou. Francfort, 1596, in-f°). — II commence à 1165 avec la naissance de Philippe-Auguste et finit en 1223 à sa mort.

2 Aliiautem,suum in philosophia intuentes defectum, Salernam vel ad montem Pessulanum profecti, facti sunt clientuli medicorum. (3. Salisbury, Metal., liv. I, ch. L, p. 41).

Hinc adolescenti succeditur advenienti Mons Pessulanus, cui presidet incola sanus Phisica qua Sedes medicis concessit et edes, Hic et doctrina preceptaque de medicina

A medicis dantur, qui rerum vim meditantur, Sanis cautelam, lesis adhibendo medelam.

Ergo munus didicit breviter, quod phisica dicit; Perspiciens causas naturæ, res sibi clausas:

Non ut lucra ferat, vel opes hoc ordine querat, Sed quia de rerum voluit vi noscere verum.

(Vie d'Adelbert, écrite en vers par Anselme; Bibl. royale de Bruxelles, fonds des ducs de Bourgogne, n° 8892). — Anselmi Havelbergensis, vita Adelberti Moguntiæ episcopi, ap. Bibliotheca rerum Germanicarum, édit. Ph. Jaffé, Berolini, 1867, in-8, t. LILI, p. 592. — Dubouchet, Un Collège médical à Montpellier durant le Moyen äge, 1889, p. 44. — «La vie d’Adelbert, que Bethinam a trouvée dans un manuscrit du xu: siècle, Ms. C de la Bibliothèque de Bourgogne, a été écrite en vers, à peu près vers l'année 1150. Dans cette vie, nons trouvons peu de choses sur les affaires de l'Allemagne, mais ce que cette biographie contient surles voyages d'Adelbert nous servira beaucoup à éclairer l'histoire des lettres... Au sujet des études de médecine, telles qu'elles étaient pratiquées à Montpeilier, Anselme expose environ vingt vers, et des vers agréables, d'après lesquels nous comprenons que des hommes savants y expliquaient les lois de la nature et ses forces salutaires (versus fere viginti, ex quibus viros doctos intelligimus ibi naturæ leges viresque salutares explanasse); quoique, après avoir nominativement désigné tous ces maitres qui, à Reims comme à Paris, dirigèrent les études des deux voyageurs, il ait tu les noms des professeurs de Montpellier. Les choses étant

L’archevêque de Lyon, Héraclius de Montboissier, allant à Rome, en 11938, tombe malade à Saint-Gilles, et il se fait porter à Montpellier pour s’y faire soigner; mais, dit saint Bernard, il doit laisser aux médecins l'argent qu'il avait et même celui qu'il n'avait pas !.

Ce trait ne suffirait-il pas à prouver que nos praticiens étaient encore par trop juifs? Saint Bernard n'en prenait pas moins la défense des Israélites, comme le prouve sa lettre à Hermann, archevêque de Mayence ?. Si l'abbé de Clairvaux, l’apôtre du désintéressement et de la pauvreté, nous paraît trop sévère, 1l ne l’est certes pas plus que la plupart de ses contemporains. L'historien Jean de Salisbury, par exemple, ne craint pas de dénoncer la tourbe des mauvais professeurs qui se croient le droit de tout faire, de tout promettre, de tout hasarder #, Ainsiencore

ainsi, on peut affirmer,comme certain, qu'une véritable école de médecine existait à Montpellier dès l’année 1137, année où Adelbert suivait les cours d'études de cette ville». (D. Arte medici sœculi x11; diss. inaug. medico-hist. quam die, 27 m. augusti, anno 1758, def. Philippus Jaffé. Berolini, Schlesinger, 1153, in-8°, pp. 16-18). Cette thèse qui comprend 32 pages est un recueil de documents relatifs à une histoire de la médecine au x11° siècle, et non une histoire». (Ravel, Une nouvelle preuve de l'ancienneté de l'École de médecine de Montpellier, Extrait de la Revue thérapeutique du Midi, p. 9).

4 Cum tribus aut quatuor ministris, ipse nihilominus in habitu ministrantis, sicque stratà publicä cum turba promiscud peregrinorum tanquuam unus ex illis pervenit ad sanclum Ægidium. Cumque infirmaretur, pertransiit usque ad Montempessulanum; ibi aliquamdiu commoratus cum medicis expendit et quod habebat et quod non habebat. (S. Bernardi epist. 307; ann. 1153. Paris, édit. 1690, p. 289). — Magistri Ægidii Corbonensis, Libri de laudibus -et virtutibus compositorum medicinam matrice. (Liv. 1, v. 150-154; édit. L. Choulant, Lipsiæ, v. 1826, p. 53). — Gilles de Corbeil, Lib. de urinis matrice, comp., v. 345-348, p. 18. — Cæsari monachi, Illustrium miraculorum et historiarum memorabilium libri XI, liv. VII, ch. v. — «Ce qu'il y à d'important est que cet archevêque dut guérir de sa maladie puisqu'on sçait. par des titres certains qu'il vivait encore, en 1157, et même en 1160. (Sainte-Marthe, Gallia christ.». (Astruc, Mém. pour servir à l’histoire de la Facullé de médecins, p. 7, notes). — Lehrbruch, De geschichte der medecin und der epidemichen krankheiten, Magistri Ægidü von der D: H. Haeser,ordentlichenn professor, den medicin zur Greiswaldf. Iena , Manke, 1853, 4 vol. gr. in-8° de xLvr1-923 pages.

2 Un jeune juif, sauvé dans un massacre, lui rendit même ce témoignage significatif: Le prêtre Bernard n'avait pourtant reçu ni argent, ni rançon de la part des Juifs; c'était son cœur qui le portait à les aimer et à les secourir.

3 Hippocratem ostentant aut Galenum, verba proferunt inaudita, ad omnia suos loquuntur aphorismos, et mentes humanas, velut afftatas tonitribus, sic percellunt nominibus inauditis. Creduntur omnia posse quia omnia factitant; omnia pollicentur, historie pueri, magistri hodie. (Jean de Salisbury, ap. C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. I, p. 256). — «L'honnêteté n’était pas la vertu dominante de la plupart des ambulants, chirurgiens comme oculistes. Bienvenu dé Jérusalem constate à chaque instant le peu de scrupules de ces

Guyot de Provins, un de ces jongleurs attirés d’abord dans l'Est par les libéralités des comtes de Champagne, des sires de Joinville ou d’autres seigneurs. La tournure d'esprit a une visible parenté avec celle de Rutebeuf, et son style âpre et dur est plein de vie et d'originalité. Après avoir assisté, en 1181, au couronnement du roi des Romains, Henri, fils de Frédéric Barberousse, il séjourne quelque temps à Clermont, à Montpellier, à Arles; parti pour la croisade, il en revient et entre d’abord à Clairvaux, puis à Cluny. En 1205, il publie sous le titre de Bible une satire générale contre la société, depuis les princes et les évèques jusqu'aux légistes et aux fisiciens qui 4

Trop sont coustous et trop se vendent Et le meillors morsi aux deffendent:

Il bon clair quite lor piletis.

Certes qu'eles ne sont pas netes:

S ils reviennent de Montpellier

Lori lectuaire soul molt chier.

Lor veut vesie por launterne !.

praticiens. Tous ses contemporains sont ignari et stolidi: «Est iceluy art par les mains de médecins ignorants ou non saichants qui se entremectent du dict art sans en avoir connoissance de nulle des dictes maladies des yeulx, pourquoy ils estoient cause de confondre et gaster les yeulx de leurs pacients en quoy ils foisoient opération par grande erreur...» Certains ne se faisaient même aucun scrupule d'employer des pratiques déshonnêtes pour pouvoir tarifer plus cher le prix de leurs services. Maitre Zacharie figure au premier rang parmi ces derniers. Sans fausse honte, sans aucune pudeur, il nous enseigne la façon de tromper les chents à propos des tumeurs des paupières (de carne superflua in oculo) ou chalazions: «Si tu veux berner ton client et les assistants, nous dit-il, dis leur que ce morceau de chair était un ver qui rongeait et détruisait l'œil du patient... Quand tu voudras faire une tromperie et simuler d’avoir enlevé de l'œil du patient comme un pain ou pannicule, prends une graine d'orvale que tu glisses adroitement dans l'œil pour l'en extraire ensuite comme si c'était un pannicule.….». «Razès nous raconte que, de son temps, les oculistes n’agissaient pas autrement: . certains font croire qu'ils ont enlevé un leucome de l'œil du patient: ils introduisent dans l'œil un instrument avec lequel ils le frictionnent, puis ils glissent sous la paupière une mince peau qu'ils sortent ensuite avec leur instrument comme s'ils l'avaient enlevée de l'œil lui-méme». (Truc et Pansier, Hist. de l'Ophtalmologie, pp. 58-60). ;

1 Ilne voudroient jà trover Nul homme sanz aucun mehaing.

Maint oingnement font et maint baing Où il n’a ne sanz ne raison.

Cil eschape d’orde prison Qui de lor mains puet eschaper. ,

he: ‘ LES ORIGINES DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE 115

. Notre bon troubadour Folquet de Lunel, lui, va jusqu’à reprocher aux médecins de se mêler d’un métier qu'ils ignorent et de tuer en croyant : guérir, ce qui ne les empêche pas de se faire payer !. Dès le x1r' siècle cependant, nos médecins sont qualifiés et recherchés me comme d'honorables personnalités, figurant à titre de témoins dans

Se “gi . 7 A £

ES les actes entre les évêques et les seigneurs? et dans les testaments “HS des Guillems 5. Mais c’est à la liberté, à la liberté d'enseignement pleine, Me: Es Qui bien set mentir et guiler

ES L ; Et faire noble contenance, À | Tout ont trové fors la créance

| Que les gens’ont lors fet à bien.

ï | Tiex mil se font fisicien - Qui n’en sevent voir ne que gié; Li plus mestre sont molt changié De grant envie, n'il n'est mestiers Dont il soit tant de mençongiers.

Vers 2540-2559, ap. Fabliaux et contes des poètes français des x1°, xn°, xur*, x1v*, xv° siècles, publiés par Barbazan, Paris, Crapelet, mpcccvin; t. I, pp. 388-393. — Voir la‘ satire des gens de loi et qu'il appelle les légistes

Qui deviennent fax plaidéor

El de bone huevre trichéor.…

Et les faux poinz traient des bons,

Plus les en voit jenglos venir (1bid., vers 2406-2410).

Que n'est es'orniax en jaiole.

Advocatz et Phisicien

Sont tuit lié de cest lien; + ot Cil por deniers science veudent Tretuit a ceste hart se pendent Tant ont le gaaing dous et sade Que cil vodroit por ung malade.

Qu'il a qu'il en eust quarante, .….

Voire deus cens, voire deux mile.

(Roman de la Rose, vers 5321-5328, éd. elzévirienne, t. IT, pp. 67, 68. — Voir Étienne Pasquier, Recherches de la France, liv. VIH, ch. 25).— Sur Guyot de Provins, voir Amaury Duval, Hist. littéraire, t. XVII, pp. 806, 816, et Paulin Paris, Hist. littéraire, t. XXII, pp. 610-612. 4 Folquet de Lunel, Romans de mundana vida. — Millot, Hist. des Troubadours, t. IH, MD, 142 | 2 Magistri Maurini, magistri Guillelmi, magistri Guidonis, actes de février 1153, juin 1161, avril 118%. (Liber Instrumentorum, XLVI, XLVII, XLXHE, pp. 81, 85, 87). — Ces maîtres ne pouvaient être que des médecins, puisque l'École de droit n'existait pas encore, Placentin n'étant arrivé à Montpellier qu'en 1160.

3 Testament de Guillem VII, 29 septembre 1172, de Gui Guerregiat, février 1178, de Guillem VIT, 1 novembre 1202. (Liber Instrumentorum, XGVI, XCVIF, XCIX, pp. 189, 190, 195).

LA x

ù AP AL È n° st À ' URL AT MOT, 2, TE TON TRES POULE de L'NC SUECReERE AET

entière, absolue, à l'abri de toute recherche et de toute molestation, proclamée par Guillem VIII, au nom même de la religion que ce seigneur invoque en tête de la déclaration de janvier 1181, c’est à la condamnation expresse et formelle de tout monopole, qu'il stigmatise d'avance comme une iniquité et une impiété, contra fas et pium; c'est en s'interdisant, à lui et ses successeurs, de jamais concéder dans l'École, en dépit des instances les plus vives et des offres d’argent les plus séduisantes, aucun privilège de professer, legere,ou de commenter les textes, regere; c’est à l'appel solennel et sans réserve aux savants et praticiens de toute race, de tout pays, de toutereligion, en faveur d’une science si bienfaisante et si utile‘, qui vaut à Montpellier l’msigne

honneur de posséder l'Ecole de médecine, la plus ancienne de France,

si longtemps investie par son développement et son prestige d’une suprématie incontestée. C’est aussi la seule dont il soit question dans les romans de chevalerie, comme celui de Renart, la plus grande composition du cycle français ?, et celui d'Amadis et Ydoine, qui a plus de huit mille vers et qui célèbre «fien et loyal amour», mais déclare

inutile Autre mire mander ne querre De Montpellier ne de Salerne *.

Au commencement du xin° siècle, alors que dans les statuts de Robert de Courçon, en 1215, pour les écoles de Paris il n’est question ni du droit ni de la médecine #, un allemand, le moine Césaire d'Heisterbach, près Cologne, place aussi à Montpellier la source même de l’art médical, fons est artis physicæ ÿ,

4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vrr, p. 296.

2 Fauriel, Roman de Renart, Hist. littéraire, t. XXII, p. 941; Cf. 889-947.

3 Bibl. nat., Mss. 6987, fo 315. — Fauriel, ibid., pp. 160 et 941.

4 P. Féret, Lesorigines de l’Université de Paris; Revue des Questions historiques, t. LIT, p.363. 5 Unde in Montepessulano, ubi fons est artis Physicæ, tantos operatur (sancta Maria) . sanîtates, in quadam sua Ecclesia, ut medici gratiæ invidentes, pauperculis infirmitantibus et pro remedio sanitatum ad se confluentibus, dicere soleant: Ite ad Ecclesiam Sanctæ Mariæ, deferte ei lumen ut recipiatis sanitatem. Et quum hoc ironicè dicant, pauperes ab eis passi repulsam, ad ipsam confugiunt et sanantur. (Iilustrium miraculorum et Historiarum memorabilium libri XII, lib. VII, c. 25, ed. Strange, Verfest, 1221-1222). — Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. II, p. 302). — Denifle, Die Universitat, p. 341.

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À la même époque, Richard. notable médecin, originaire d'Oxford, «maître parisien», auteur d’une dizaine de traités de pathologie tant intérieure qu'extérieure, véritable summa où il cite comme autorités la plupart de médecins anciens ou syriens, arabes ou salernitains, compose encore un #icrologus. Gilbert l'Anglais dit, à son tour: «Tout ce que J'écris est approuvé par l’artet est l’œuvre de la médecine. J'avais pour témoin Montpellier, séjour de la science: Est que mihitestismons physicus et Pessulanus»*. I parle ailleurs de cette ville, ce qui prouve bienqu'il dut y habiter?. Il y aurait même été chancelier de l’Université de médecine,

magistri cancellari Montispessulani*. Gilles de Corbeil, son contem-

porain, quoique plus jeune, insinue qu'il y enseigna etenfit l'ornement#.

Un autre fils de la Grande-Bretagne, Mathieu Paris, moine de Saint- À

Alban (Lincoln) et qui devait mourir à Clairvaux, en 1259, raconte qu'au retour de sa première croisade, en 1254, saint Louis débarqua à Marseille, «près de Montpellier, où fleurit la médecine, wbi floret physica»$. Parlant ailleurs d’un compatriote, Pierre d’Eguelblanche, évêque d'Oxford, affligé, en 1257, d'un polype au nez et de plusieurs 4.Experimenta magistri Gilberti, cancellarii Montispessulani. (Bibl. nat., ancien fonds, n° 1056, fo 30 vo. — Littré, Richard médecin; Hist. littéraire, t. XXI, pp. 383-393. © Gilles de Corbeil, De comp. medic., lib. I, p. 53; édit. Choulant. — Littré, ibid., p. 391. 3 Bibl. nat., fonds n° 1056, f° 93. — Littré, Richard médecin, Hist. liltéraire, 1. XXI,

pp. 295 et 401. — Le Catalogue de la Bibliothèque nationale (t. IV, p. 309, Index, p. 4) lui attribue un ouvrage qui est de Gérard ou de Géraud, non de Gilbert, Tractatus magistri G.

de Montepessulano (Littré, ibid., p. 404). Il composa encore un dictionnaire alphabétique des

substances, qui ont un effet astringent, Liber de dosi medicinarum secundum Galterium. (Paul Meyer, Hist. littéraire, t. XXXII, p. 595).— «Tous ces anciens maîtres n’ont cessé d’avoir

“un rôle dans l’enseignement et sont devenus de simples monuments de l’histoire médicale, quand le génie moderne, après de longues élaborations de la scolastique, s’est senti assez

fort pour entreprendre sans aucun intermédiaire l'étude de la nature». (Littré, ibid., p. 266).

na Quo Pessulanus nisi mons auctore niteret, Jam dudum Physicæ laus ecclypsata fuisset.

Qui vetulo canos profert de pectore sensus, Richardus, senior quem plus ætate senili.

Ars fecil esse senem.

{Gilles de Corbeil, De virtutibus medicam. composit., ap. Baluze, Vif, Pap. Avenion., t. I,

— Du Cange, Glossar., verbo Physica. — Astruc, Mémoires, p. 8. — Bibl. nat., fonds latin, p. 1052), n° 6957. — Littré, Richard médecin; Hist. littéraire, t. XXI, p. 391.

5 In partibus Massiliæ quæ non multum distat a Montepessulano ubi foret Physicae

{Matthieu Paris, Hist., ad ann. 1254).

SP DOTE NES TN LME Eee EN ir M LI ONE SE RE te LP de re TE CURE

autres maux, le même chroniqueur ajoute que tout le monde lui conseillait d'aller se faire traiter à Montpellier ‘. Théophraste Renaudot

était donc fondé à dire, au xvir° siècle, que «tous les Anglois qui

vouloient estre docteurs en médecine venoient prendre le bonnet en France et principalement à Montpellier, comme, dit-il, j'y ay encore veu quelques Anglois et scossois» ?.

Au commencement du x1v° siècle, Jean de Luxembourg, roi de Bohême, fils et père des empereurs Henri VIIT et Charles IV, beau-père du roi de France, Jean Il, ayant perdu un @il, dans une expédition contre les Lithuaniens, en Pologne, et craignant pour l’autre, déjà menacé, arrivera incognito à Montpellier pour consulter un oculiste juif, qui le rendra entièrement aveugle. A la vérité, son fils ne ditrien de cet accident, mais, ce qui est cerlain, ce que nous avons raconté, c'est qu'il n'avait plus sa vue à Crécy, où il mourut glorieusement pour (4 TFANCES

On s'explique bien que, cinq siècles plus tard, Astruc, au nom et au souvenir des gloires de sa chère école, ne pourra retenir son enthousiasme: Bone Deus ! quot pontificum promedici, quot requm archiatri, quot cardinalium, principum et magnatum medici ex ista Universitate effluxerunt ! Vivat iqitur, et meritd vivat Monspeliensis hæc nostra Universitas*!

Israël, pas plus que les païens, n’entendait faire profiter l'humanité de l'expérience et des progrès de la science ÿ, qu’il voulait exploiter

1 Episcopus Herefcrdiensis {Petrus de Egueblanche) multiplicibus meritis exigentibus turpiter infirmatus, morphæd, pclypo vel quadam specie lepræ percussus sanciatur.. Dicebat tamen ab aliquibus ut apud Monte n Pessulanum curaretf, ab infirmitate qui laborant sanandus; habebat enim morphæam sive polypum in naso, quæ totam faciem deturpavit, ut dicunt physici morphæa in cute, quod Lepra in cute. (Mathieu Paris, Hist., ad ann. 1251).

? Théophraste Renaudot, Response au libelle fait contre les consultations charitables, Paris, MDCXLI, P. 54. ;

3 Cum paler meus oculum perdidisset, in altero incipiens infirmari, transivit in Montem. pessulanum secrelo ad medicos si posset curcri. (Cerolus impcrator, De vita sua, lib. IV. — Astrue, Mémoires, p.42).— Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. WE, ch. xx11, p. 137,

# Rancbin, Apcllinare sacrum, ap. Astuce, Mém., p. 402.

«La rèce sémitique se reconnait presque uniquement à des caractères négalifs; elle n’a ni mythologie, ni éjopée, ni science, ni plilosophie, ni fictiors, ni aits plastiques, ni vie

LR 1 : : HER . ne comme un monopole {. Ainsi ne rédige-t-il pour les chrétiens que des

livres élémentaires, réservant ses cours pour les Académies de ses coreligionnaires à Narbonne et à Béziers, à Lunel et à Arles, à

. Montpellier surtout.

. Mais, alors qu'Accurse, le grand jurisconsulte de Bologne, ne trouve rien de mieux que de supprimer lui-même dans ses leçons tous les passages grecs, qui lui sont incompréhensibles, græcum est, non degitur ?, les moines prennent partout l'initiative d'apprendre les langues

. étrangères. Le pape Sylvestre II emprunte aux Maures d’Espagne, où

1l avait résidé, ses connaissances mathématiques; Scot Erigène traduit du grec les œuvres de Denis l'Aréopagiste; Alfano, archevèque de Salerne (1058-1085), donne une version latine du traité de Menésius sur la nature humaine*. Les croisades dans la péninsule ibérique et en Asie multiplient les relations entre chrétiens et musulmans #. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui vient précisément dans notre ville, en 1138, pour la fondation du monastère de Sauret Ÿ, fait composer une version du Coran afin de le réfuter, et 1l déplore l'erreur et la négligence des religieux qui ne savent que leur langue, qui non nisi linguam suam noverint$; Adélard de Bath, savant bénédictin d'Angleterre, transpose de l'arabe les Eléments d'Euclide, avant qu’on en eût découvert un exemplaire hellénique 7. C'est lui qui est l’auteur des Questions actuelles,

<ivile; en tout, absence de complexité de nuances, sentiment exclusif de l'unité. La moralité elle-même fut toujours entendue par cette race d’une manière fort différente de la nôtre... La religion est, pour le sémite, une sorte de devoir spécial qui n’a qu'un lien fort éloigné avec la morale de tous les jours». (Ernest Renan, Hist. gén. des Langues sémitiques).

1 Scaliger, ap. Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. III, p. 140.

2 Daunou, Discours sur l'état des lettres en France au xru° siècle; Hist. littéraire, t. XNI, p. 142.

3 Moelher, Hist. de l'Église, 2° période, t. IL, Ch. 111, p. 483.

à Jbid.

> Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. vir, p. 258. — Victor Le Clerc, Discours sur l'état des lettres, Il° partie, Hist. littéraire, t. XXIV, p. 387,

6 Martène, Ampliss. collect., t. IX, col. 1132 — Victor Le Clerc, ibid.

1 Catalogue général des manuscrits et bibliothèques publiques, t. I. — Bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier, n° 145, p. 344, in-f° sur velin, xin° siècle, manusenit provenant de l'abbaye de Pontivy.

ouvrage curieux et original, à en juger par certains détails!. Victor Bury, évèque de Durban, fera composer pour les étudiants une grammaire

latine en hébreu ?. C’est dans cette langue que passe encore La Practica

oculorum de Bienvenu de Jérusalem dont il reste seize manuscrits, quatorze en latin, un autre, plus ancien, en provençal, un dernier, en français, plus récent, celui du Vatican, traduit sur un texte hébreu: E linqua hebraïca in latinicum translatum *.

Comme les avocats d’ailleurs, les médecins ont souvent prêté le jte à la raillerie, et, si Molière a quelque peu dépassé la mesure, de vieux praticiens se sont chargés de le justifier d'avance, en formulant euxmêmes les règles d’un charlatanisme éhonté. On les avait faussement attribuées à Bernard de Gordon et à Arnaud de Villeneuve parce qu'elles se trouvaient insérées dans leurs œuvres, mais on en a découvert la provenance dans des écrits antérieurs, vers l'an 1000, sous le nom d'Archimathæus de Salerne qui vivait au x° siècle. Plus tard elles furent complétées et amplifiées, sur /a manière dont le médecin doit se comporter auprès des malades, sur l'instruction du médecin et la pratique*, dissertations qu'Hentschel ÿ à démontrées n'être que des rééditions des traités d'Hippocrate: La loi du médecin, Préceptes de la bienséance, avec

des extraits de Galien f.

1 Adelardi quæstiones LxxvI per dialogum inter Adelardum et nepotem. Incipit: «Meministi, nepos, quod septennio jam transacto, cum te in gallicis studiis» (cap. 1}. «Qua ratione herba

sine preiacenti nascantur semine» (cap. LxxvI). — «Quo cibo utantur stelle, si animalia

sint». (Ibid.). (L'abbé Villetard, Catalogue et description des manuscrits de Montpellier provenant du département de l'Yonne. Picard, 1902, n° 22, p. 29. Extrait du Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 2° semestre, 1901).— Oudin, Scriptor. eccles., Vol. IT, p. 101. — Tirahoschi, Sforia della letteratura italiana, 2° édit., t. IV, p-451:

2 Lebœuf, Dissertation sur l'Histoire de Paris, t. II, p. 196. — Hist. littéraire, t. IX, p 194. — Histor. de France, t. XVII.— Bernier énumère les médecins qui se sont rendus considérables par la piété de leurs écrits et par les dignités qu'ils ont eues. (Odin, Chronique de la médecine, 1707, in-%0, p. 153).

3 Truc et Pansier, Hist. de l’'Ophtalmologie à l'Université de Montpellier, p. 62.

4 Collect. Salern., t. I, p. 74. — Ch. Daremberg, La Médecine, histoire et doctrines, p. 147. Trad. Littré, t. IV et IX.

$ Hippocrate, édit. Littré, t. IV et IX — G.Daremberg, Le Médecin au moyen âge, Journal des débats, 14 septembre 1905. :

6 C. Daremberg, Hist. de Salerne, Introduction, pp. xLt, xLv.

«Auprès d’un malade, faites toujours quelque chose de nouveau de

peur que les assistants ne vous prennent pour un ignorant, et de même si vous avez un concurrent !.

»Vous ne savez peut-être pas ce que dénote l’urine que vous venez d'examiner; dites toujours: il y a obstruction au foie. Si le malade répond : «Non, maitre, c'est à la tête que j'ai mal; hâtez-vous de répliquer : «cela vient du foie».

»Servez-vous comme explication du mot obstructio, parce qu'on ne sait pas ce qu'il signifie et qu'il ne convient pas de se faire comprendre des malades. Il pourrait arriver qu'après avoir observé les déjections et l'urine du malade, vous ne reconnaissiez pas sa maladie; mais, si vous lui parlez des accidents qu’il a précédemment éprouvés, il aura pleine confiance en vous, comme dans un sauveur... Enfin, en quittant le malade, n’omettez pas de dire que son état est grave. S'il échappe ensuite, cela grandira votre mérite et votre gloire. S'il meurt, ses amis ne manqueront pas de dire que vous aviez désespéré de lui»?. | Un siècle plus tard, en 1299, Raymond Lulle reprochera aux médecins

d'amasser des richesses et, par toutes sortes d'artifice à l'égard des malades, en se vantant de connaître les maladies qu'ils ignorent, les prolongeant pour augmenter leurs émoluments, accablant le patient de remèdes sur lesquels les apothicaires leur donnent une part, et en tuant ainsi plus qu'ils n’en guérissent. |

Comment s’étonnerque la verve caustique des trouvères et des trouba-

dours se soit exercée contre ce cynisme inconscient et que l’honnête

Gérson ait reproché à notre Ecole ses jongleries superstitieuses ??

1 Bernard de Gordon, Compillacion faiste par maistre Bernard, docteur en médecine et par lui compillé (sic) en la noble Université de Montpellier, l'an mil trois cens, au mois de

Jjuing, fo 1, ap. Littré, Bernard de Gordon, médecin, Hist. littéraire, t. XXV, pp. 320-324. — .

Cf. Poema medicum, De secretis mulierum, De chirurgia et de modo vivendi. Libri VII, ap. Collect. Salern., t. IV, p. 148.

2 Specialiter utere hoc nomine obstructio, quia non intelligunt quid significat et multum expedit quod non intelligatur locutio ab eis. (Arnaud de Villeneuve, Cautelæ medicorum, ap. Hauréau, Hist. littéraire,t. XXVIIT, p. 69. — Cf. Victor Le Clere, Hist. littéraire, t. XXIV, p. 4172. — C. Daremberg, L'École de Salerne, P. XLIIL.

3 Liber contemplationis, édit. de Mayence, t, IX, p. 257. — Hist. littéraire, t. XXIX, p. 230.

Bologne, en avance pour la médecine comme pourle droit écrit,compte, au x1r° siècle, trente et un médecins, praticiens ou professeurs; au xII', quarante-sept, alors qu’il n’y en avait en Ligurie que six au xrr° siècle, dix-sept au x111°, dont un phlébotomator et un maître chirurgien t.. «La médecine, les mathématiques, l'astronomie, dit Renan, avaient tenté la curiosité de Constantin l’Africain de Gerbert,d’Adélard de Bath, de Platon de Tivoli, avant que l’on songeât à demander des enseignements philosophiques à des mécréants comme Alfarali et Avicenne» ?. L'honneur de cette tentative revient à un français, Raymond, archevêque d'Agen, grand chancelier de Castille de 1130 à 1150. C’est lui qui organise, dans la capitale de ce royaume, une école de traducteurs, à la tête desquels il place l'archidiacre Dominique Gondisalvi (fils de Gondsalve), et où Gérard de Crémone fait, à lui seul, passer en latin soixante-dix ouvrages dont il nous reste la liste complète.

Dès le xu1° siècle, le dominicain Jofroi de Waterford, Guillaume de Meerbeke, Henri Kosben, — comme plus tard Philippe Philargas ou Philarète, qui sera pape sous le nom d'Alexandre V, — transposent du grec en latin Platon, Aristote, Proclus #. D'autres, au contraire, comme Guillaume Bernard, mettent en grec les livres de saint Thomas

i C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, 1870, t. 1, ch. x1r, p. 279, note.

2 Renan, Averroës et l’Averroïisme, 2° partie, ch. 11.

3 C. Daremberg, 2bid.— Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vi, p. 300. — Pipin. in Muratori, script. rer. Ital., t. IX, p. 581. — Ej. Antiq. Ital., t. III, p. 333. — «Gérard de Crémone, en Italie, désirant vivement étudier la traduction arabe de Ptolémée, se rendit à Tolède où il passa presque toute sa vie, et traduisit non seulement Galien entier, mais encore la plupart des auteurs arabes qui ont écrit pendant le douzième siècle. Daniel de Morley rapporta de Tolède, où il avait également étudié, une foule d'ouvrages sur les mathématiques et autres branches de connaissances humaines. (Wood, Antiqg. Oxon., lib. I, p. 56. — Du Boulay, Hist. Univ. Paris, t. II, p. 130). — Robert Perscrutator et Othon de Freisingen, ne serendirent pas moins célèbres par leurs traductions. Jacques Clericus de Venise et Anselme évêque de Havelberg, furent employés par l'empereur Lothaire IT à Constantinople, afin d'y acheter les ouvrages grecs et de les traduire en latin. (Tiraboschi, Sforia della letteratura italiana, 2e édit., t. V, p.143). Enfin les Dominicains contribuèrent beaucoup à répandre l'étude d'Aristote, car, les missionnaires, qu'ils étaient obligés, par la règle de leur ordre, d'envoyer dans le pays des Sarrasins, devaient nécessairement posséder la langue et les sciences des Arabes». (Sprengel, Hist. de la médecine, sect. 7, ch. 4, {. IT, p. 381).

# Gradenizo, Della letteralur greco-ital., p. 116.

d'Aquin‘. En 1255, Humbert des Romains, général des Frères-

Prêcheurs, rend obligatoire dans toutes les maisons de Catalogne l'étude

du grec, de l’arabe, de l'hébreu, et Raymond Lulle adresse aux papes

et aux rois requête sur requête pour obtenir la généralisation de

cet usage. Arnaud de Villeneuve connaît ces trois langues, dont le concile de Paris, décide, en 1325, l'enseignement, en y ajoutant le chaldéen ?. Clément V crée pour ces quatre langues quatre chaires, à Paris et à Oxford, à Bologne et à Salamanque. Sous l'impulsion du clergé, tous les principaux ouvrages classiques grecs et latins, italiens et hébreux sonttraduits en provençal, comme à l'intention spéciale des

- étudiants de Montpellier’; une bulle du 8 septembre 1309 prouve

4 Bibl. de Rich. de Fournival, f° 11. — Catalogue de Sorbonne, Mss de l'Arsenal, Hist., n° 855, p. 341, fonds de Sorbonne, n° 1147, fonds de Saint-Victor, n° 32, fs 81-132. — Victor Leclerc, Hist. littéraire, t. XXIV, p. 388. É

2 Crevier, Hist. de l'Université, t.IV, p.209; t. V, p. 393. — Victor Le Clerc, Hist. littéraire, t. XXIV, p. 386. “

3 Voici, en suivant à peu près le même ordre que M. :Chabaneau, les principaux livres didactiques en provençal: «Poème sur l'hygiène. Ce petit ouvrage très agréablement écrit se fonde principalement, bien que l'auteur prétende traduire Galien, sur une épître apocryphe d’Aristote à Alexandre qui traite du même sujet. (Diez, Die Poésie des Troubadours, p. 199). — Suchier, Denkmaeler provinzalischer Literatur, p. 529. — Etucidari de las proprietaz de totas res naturals, traduction du De proprietatibus rerum de Barthélemy de Glanville, faite par Gaston If, mort en 1343, et à laquelle sert d'introduction un poème allégorique où il est lui-même mis en scène et parle en son propre nom, mais dont on ignore le véritable auteur, — Traduction d'un Traité d'arpentage, attribué à Arnaut de Villeneuve. L'auteur de cette traduction est peut-être Arnaut de Puey, notaire d'Arles. (Lambert, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Carpentras, t. 1, pp. 168, 110). — Traité de botanique en prose (Bibl. de lord Asburnham, Ms Libri, 105. Lesdiguières, 27. xiv° siècle). (Romania, t, XII, p. 341). — Les Aphorismes d'Hippocrate el de Galien (Bibl. de Bordeaux, Ms. 568). — Frédéric Mistral, Traité de Felibrige, sous Afourisme. — Traité d'anatomie d'après Galien, manuscrit Dix de la Bibliothèque de Bâle, Grundiss zur geschichte, p. 68). — Anatomie et chirurgie de Henri de Mondeville (Traduction de l’), n° 43 du Ms de Lord Asburnham, acquis par le gouvernement italien — Chirurgie d'Albucasis, xiv°siècle, Grundiss zur geschichte, p.82.— Ch. de Tourtoulon, La Chirurgie d'Albucasis, traduite en dialecte toulousain du quatorzième siècle. (Revue des Langues romanes, t. L, pp. 3 et 301). — Chirurgie de Roger de Parme (Traduction de la), Ms Dr de la Bibliothèque de l'Université de Bâle (Grundiss, p. 68). — Traité de chirurgie de Stéphanus Aldebaldi, œuvre originale d'après M. Bartsch, mais plus vraisemblablement traduction d'un ouvrage latin, comme semble l'indiquer la forme même du nom.de l'auteur. Cet ouvrage est dédié à Magister Guidoni de Montpellier, sans doute Gui de Chauliac. (Bibl. de Bâle, Ms Du). (Grundiss, p. 93). — Petit Traité sur l'urine, avec des recettes médicales, Ms Du de la Bibliothèque de l'Université de Bâle (Grundiss, p. 68). — Traité d’oculistique (Id., ibid.). — De la Saignée, des jours où elle est profitable et de ceux où elle est nuisible.

nc

enfin qu’à cetle époque les livres d'Hippocrate et de Galien se trouvaient passés en latin !.

Les croisades ont pour effet de faire profiter la médecine de l'expérience des peuples d'Orient et d’initier ceux d'Occident à la thérapeutique des nations levantines ?.

Les facultés et les universités naissantes manquaient de direction et d'autorité. C’est la Papauté qui par ses légats les constitue et, en les prenant sous sa protection, en assure l'indépendance. Au lieu de les réduire comme aujourd’hui au corps des professeurs, elle confond dans une même famille maîtres et élèves, docteurs et simples bacheliers, également appelés à participer aux actes publics?. Elle ne les subordonne même pas à son autorité et ne tend qu’à favoriser les hautes

€e petit traité qui, dans le Ms 1745, est une annexe du calendrier, se trouve isolé et sous une forme un peu différente dans le Ms 22453, d'après lequel il été publié par M. Sachs(Grundiss, p. 68). — Sachs, Le Trésor de Pierre de Corbiac, p. 52. — Suchier, Denkmaeler provenzalicher Literatur und sprache zum erstem mole herausgg. Halle, 1883, p. 108). — Vertus de l’Eaude-vie, traduction d'un opuscule du latin. (Grundiss, p. 68). — Bartsch, Denkmaeler, der provenzalicher Literatur, Sluttgard, 1856, p. 314. — Recettes médicales (Bibl. de Nîmes. Un fragment. Romania, t. XII, p. 100. — Recettes médicales et autres fragments (Grundiss, p. 68). — P. Meyer, Jahrbuck, t. 4, pp. 80, 81. — Recettes médicales, recueil cité par Raynouard comme se trouvant dans le Ms n° 7102 de la Bibliothèqne nationale. — Raynouard, Lexique roman, t. V, p. 602)». (Chabaneau, Notes sur l'Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. X, pp. 393, 404, 405. Cf. p. 206).

! Bulle de Clément V concernant les auteurs à étudier et les formes à-observer pour la collation des grades dans la Faculté de médecine. Avignon, 8 septembre 1309. (Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. I, n° 25, p. 219). :

2 «L'histoire nous apprend que jamais l'homme ne fut tel la superstition plus fanatique et la tyrannie des prêtres plus oppressive que pendant et après ces expéditons?... Les croisades augmentèrent le nombre des hommes libres et le zèle pour les castes. Depuis cette époque, toutes les sciences utiles firent des progrès proportionnels à la liberté». (Sprengel, Histoire de la médecine, sect. T, ch.3, t. IT, p. 367). Est-il possible d'écrire de telles contradictions, de telles incohérences à la même page? Sprengel est un luthérien très hostile à l'Église et qui cependant ne peut se dispenser d'ajouter: «Le nombre des hôpitaux s'accrut prodigieusement; c'est ainsi également que naquirent les ordres formidables des Templiers, des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, etc... Les manteaux mêmes de ces chevaliers étaient les symboles de leur véritable profession, car ils avaient la même forme que ceux dont les statues antiques d'Esculape et d'Hippocrate sont décorées... L'interdiction de la thériaque d’Andromaque dans les pharmacies de l'Occident et l'ordre en vertu duquel la préparation de ce remède dut avoir lieu en présence des autorités datent de l'époque des croisades et fait honneur à ce temps». (His. littéraire, 1: IX, p. 196. — Baudouin, Hist. des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, © 1659, p. 3)». (Sprengel, ibid., t. I, pp. 370, 319).

3 Voir Sabatier, Recherches sur la Faculté de médecine de Paris, Paris, 1837, p. 13.

études, ainsi qu’on peut s’en convaincre en lisant les préambules des diverses bulles dont l’ensemble constitue un splendide monument de sagesse et d'élévation. Il est à noter que, loin de donner toujours raison aux évêques, la Papauté n'hésite ; jamais à les censurer lorsqu'ils exagèrent leurs pouvoirs en empiétant sur les droits et la liberté des professeurs ou des simples écoliers.

L'Université de Paris datait de 1200 ; en 1215 seulement, sous Innocent TT, un gentilhomme anglais qui avait résidé à Oxford, Robert de Courson, en dresse les statuts, approuvés par Honorius III!. En 1217, le Pape demande des maîtres pour le Midi?, et, en 1220, un

ancien abbé de Villers en Brabant, de Clairvaux et de Cîteaux en

France, le cardinal Conrad, évêque de Porto et de Sainte-Rufine, déjà investi par le Saint-Siège d'une autorité souveraine sur le clérgé?, promulgue la charte organique de l'École de médecine de Montpellier, dont elle est à la fois la reconnaissance et la consécration.

Cet allemand, ce féodal, fils du comte de Seinen, Eginor, d'Urach, tient, avant tout, à rendre hommage à «la profession médicale qui, depuis de longues années, brille etfleurit avec tant de lustre dans notre ville, d’où elle répand sur les diverses parties du monde la salutaire abondance et la vivifiante multiplicité de ses fruits»#. Il reconnaît ensuite qu'il existe bien une vérilable Université de médecine tant de

4 Chartul. Univ. Par., p.18, n°20; Cf. p.136, n° 79. — «L'Université était un embryon que l'Église de Paris couvait dans son sein pour en esclore l’Université de laquelle elle fut la mère. Le premier fondement de l'Université a esté l'Église de Paris». (Pasquier, Les Recherches de la France, liv. II, ch. xviv, OŒuv. compl., t. 1, col. 216).

2 Chartul. Univ. Par., p. 81, n° 51. ;

3 Potthast, Regesta pontificum, n°° 2722, 3431,

4 Dudum medicinalis scientie professio sub gloriosis prefectuum titulis in Montepessulano claruerit, fioruerit et fructuum fecerit ubertatem multipliciter in diversis mundi partibus salubrem, tanto ad conservationem medicinalis studii duximus studendum et ejus occurendum dispendiis, communi utilitate et singulorum in hac facultate studentium pensata, quanto ipsius exercitium, rerum familiare naturis discretiores suos reddit opifices Far, humane infirmitatis instaurationi gratius adminiculatur. Nimirum hanc scientiam sapientis sententia persuadet venerari, testans quia altissimus creavit de terra medicinam, et vir prudens non abhorrebit illam. (Statuts de 1220, Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 2, p. 480).

maîtres que d'élèves, Universitas medicorum tam doctorum quam discipulorum, avec un chancelier, cancelarius universitatis scolarium *. De concert avec les évêques de Maguelone et d'Agde, de Lodève et d'Avignon, le légat décide, sur l'avis des maîtres et des clercs, que tout écolier doit se placer sous la direction d’un professeur et que «désormais, nul ne pourra se livrer à l’enseignement de la médecine sans un examen préalable et l'autorisation du Conseil sous l'autorité de l’évêque»2. Le pouvoir du prélat demeure d’ailleurs soumis au contrôle efficace du Saint-Siège. | Les cleres s'occupant, seuls, de science, c’est naturellement à eux que l’on recourt en cas de maladie. Dans les chansons de geste, presque tous les médecins se trouvent être des clercs, parfois même des moinesÿ. A Salerne, nous rencontrons même des évêques médecins, comme Alfanus qui signe la bulle d'Alexandre IV pour l'érection de l’église en basilique#. A Cluny, au xi° siècle, un moine médecin est attaché à la personne de l'abbé Saint-Hugues, et Guillaume de Saint-Bénigne, fidèle à la tradition bénédictine qu'il avait fait revivre, propage l'étude de la médecine dans les couvents où 1l restaure la règle 5. À Paris, les

1 Statuts de 1220, Cartulaire de l’Université de Montpellier, n° 2, t. I, p. 181.

. 2? Nullus qui antea non rexerit in Montepessulano, de cetero publico regat nisi prius examinatus fuerit et approbatus et episcopo Magalonensi et quibusdam regentium bona fide sibi adjunctis juxta sue arbitrium discretionis. Nullus in Montepessulano nomine scolaris nisi certi magistri sit addictus regimini. (Id., ibid.).

3 «Girart (blesé) a près de lui un moine. «il n’y a tel médecin jusqu’en Babylone». (Girart de Roussillon, tr. P. Mever, p. 35, $ 75).— Le médecin Fouré, dans Le Siège de Narbonne, est qualifié de «Sage des lois, mire de l’'Amiraut» (Bibl. nat. fr. 24259, anc. Lav. 23, fs 55, 56), et il a pris une telle place dans notre épopée que les Italiens, en défigurant son nom (Folieri- Fouré), lui ont attribué la rédaction de leurs Narbonesi». (Voir Épopées françaises, 2° édit , IV, p. 31)». — Léon Gautier, La Chevalerie, p. 559.

4 C. Daremberg, Hist. de Salerne, Introd., p. Lxur. — «Au xui° siècle, la plupart des médecins élaient clercs, parfois engagés dans les ordres; ceux-là rentrent dans la catégorie des vrais médecins. Puis on remarque, à cette époque, une classe particulière d'ecclésiastiques ou de simples lettrés qui n'étaient points médecins de profession mais s'étaient occupés de sciences physiques et avaient étudié la physiologie, l'anatomie, quelquefois même la pathologie. Cela ‘n’est pas de la médecine populaire, mais de la médecine savante... En général, ces auteurs sont des encyclopédistes... Ils rendent service à l'histoire parleurs résumés». (C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. 1, ch. xut, p. 268).

5 Dom du Bourg, Saint Odon, p. 114.

A Nr ALT

chanoines Obizon, Pierre Lombard, le moine Rigord et le chanoine Roger sont médecins de Louis-le-Gros et de Philippe-Auguste, de Louis VIII

tetrde saint Louis ‘. Partout on consulte les physiciens ou médecins

ecclésiastiques, et ceux-ci sont assistés de médecins chirurgiens qui, eux, traitent à domicile ?. La médecine s’accomode si bien avec l'esprit du clergé que plus d'un professeur embrasse la vie ecclésiastique, comme le même Rigord, Magister Rigordus, natione Gothus, professione physicus, regis Francorum, chronographus beati Dyonisi areopagitæ clericorum minimus*, et ce même Jean de Saint-Gilles que nous verrons

professer à Salerne, à Montpellier, à Paris, et se faire frère-prêcheur £.

La médecine pouvait être l’attribut du clergé tant que les laïcs lui étaient étrangers, sinon indifférents ÿ. A partir du‘x1° siècle, avec les Écoles, les Facultés, les Universités, c'est l’Église qui prend l'initiative de dénoncer l’incompatibilité de cette profession, fatalement mêlée au

monde, avec le sacerdoce auquel convient plutôt la vie mystique. Les

1 F. Lajard, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, t. XXI, p. 540. — Dom

Bouquet, Recueil des Historiens de France, Préface, t. XVII, p. 11.

2 Labbe, Sacros Concil.,t. X, col. 1410. — Hist. gén. de Languedoc, t.Il, p. 491; édit. Privat, ft. LIT, p. 823. — Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vit, p. 2117. — «Avant les règlements

- donnés par le Saint-Siège et par Philippe-le-Bel, les maladies étaient, en général, soumises à

des consultations présidées par les physiciens, c’est-à-dire, par des médecins ecclésiastiques,

qu'assistaient des médecins chirurgiens; ceux-ci se chargeaient ensuite de traiter et de

conduire les maladies. Eux seuls voyaient les malades à domicile. Aussi n'est-ce peut-être pas sans fondement que quelques bons esprits ont été portés à croire que Boniface VIII, Clément V et le roi de France, en prononçant la séparation de la médecine et de la chirurgie, s'étaient particulièrement proposé, dans l'intérêt de l'humanité souffrante, d'interdire l'exercice de la chirurgie aux ecclésiastiques qui étaient entrés dans les universités». (F. Lajard, Notice supplémentaire, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, t. XXI, p. 540).

3 Fonds de Sorbonne, n° 41441; fonds de Saint-Victor, n° 34, f°* 81 et 132, — Sur Rigord, voir Daunou, Hist. littéraire, t. XVII, pp. 5-20. — Duchesne, Hist. Franç., t. V, p. 1. 4 Voir ci-après.

5 «Peut-être la lumière et les connaissances commençoient-elles à se répandre parmi les laïcs, et à ne plus demeurer uniquement concentrées dans le clergé, auquel par conséquent on croyoit pouvoir sans inconvénient interdire des arts moins assortissants à la régularité

sévère de l'état ecclésiastique. Mais si les premiers rayons de la doctrine commençoient à

éclairer les laïcs, ce n’étoit encore qu'une faible lueur, et ils ne pouvoient fournir assez de

sujets instruits pour suffire aux besoins de la société en cette partie. Ainsi la loi d'Honorius

n’eut d'exécution : et les ecclésiastiques demeurèrent en possession d'enseigner et d'exercer ‘la médecine». (Crevier, Hist. de l'Université de Paris, L. I, pp. 317-318).

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