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conciles de Latran, en 1139, de Montpellier, en 1162?, de Tours, en
1163%, de Montpellier encore, en 1195*, de Paris, enfin, en 12125,
renouvellent les mêmes prohibitions, ce qui prouve la difficulté d'assurer, autrement que par des ecclésiastiques, le service des malades. Combien de communes encore qui n'ont pas de docteurs!
Qu'on ne confonde pas d’ailleurs la pratique avec l'étude théorique et désintéressée de la science. Ainsi, à Montpellier, malgré les décrets conciliaires, nous constatons, dans les statuts de 1220, la présence à
l'École de plusieurs ecclésiastiques; et, pour leur assurer le respect en
sauvegardant leur dignité, on exige des professeurs aussi bien que des .
étudiants qu'ils soient, en toute circonstance, aux simples leçons non moins qu'aux solennités doctorales, tonsurés s'ils ont un bénéfice, en costume de leur ordre s’ils sont religieux. On laisse donc en dehors les clers séculiers; et, à Paris, par exemple, la cléricature était une condition d'admissibilité à l'École 6.
Dans son projet primitif de l’Université de France, Napoléon I® n’avait-il pas conçu l’idée chimérique d’astreindre au célibat les maîtres laïcs? Au Moyen âge, l’Université de Paris y assujettissait les professeurs de philosophie et de médecine, assimilés à des clercs et soumis aux évêques 7. Ainsi Guillaume de Beaufet, archevêque de la capitale, nomme Guillaume d’Aurillac, qui devait édifier le collège d'Harcourt, médecin
4 Ut monachi regulares canonici, leges temporales et medicinam non discant. (Labbe, Sacros Concil., Concil. Later. IX, t. IX, col. 1004).
? Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vir, p. 271.
3 Ut nullus omnino post votum religionis, post factam in religioso Loco professionem. ad physicam legesve mundanas legendas permittatur exire. (Labbe, ibid., t. X, col. 1421).
4 Ne quis monachus vel canonicus regularis, aut alius religiosus, ad sæculares leges vel physicam legendas accedat. Alioquin, juxta decretum sub domino Alexandro in concilio apud Montempessulanum et Turonis super hoc articulo promulgatum, a diocæsanis episcopis canonice puniantur. (Labbe, ibid., t. X, col. 1410 et 1198). — Hist. de Maguelone, id., ibid.
ÿ Ut regulares qui, extra claustra, jurisprudentiæ et medicinæ dant operam, nisi infra. duos menses redeant, dint excommunicati. (Labbe, ibid., t. X, col. 69).
6 Nullus magister vel scolaris inter magistros vel inter scolares alicubi in conventibus inceptionibus, vel in scolis recipiatur nisi deferat tonsuram clericalem, dum tamen ecclesiasticum beneficium fuit assecutus; similiter nec aliquis regularis, nisi habitum defferat regularem juxta ritum sive professionis. (Cartulaire de l'Université de Montpellier, t. 1, p.180).
7 Sprengel, Hist. de la Médecine, t. I, p. 64.
de Jeanne de Châtillon et de Philippe-le-Bel'. Laurent de Bercy, évêque de Tulle, Jacques, prémontré, abbé de Saint-Paul, et le prêtre Arnaud sont également médecins ?. L'École hésite à recevoir docteurs des hommes mariés; en 1398 encore, elle ne les admet qu'à titre de régents ou administrateurs #. [l faut attendre la Réforme de l’Université accomplie par le cardinal d'Estouteville, en 1452, pour qu'ils soient autorisés à convoler en noces, Les docteurs en droit solliciteront, à leur tour, la même faveur; ils ne l’obtiendront qu’en 1552, et du Parlement de Paris 5.
Dès 1220, grâce au Pape, l'École de Montpellier est donc la première investie du droit de délivrer des diplômes, privilège insigne que celle de Salerne n’obtiendra de Frédéric II qu’en 1287; celle de Paris de Philippe-le-Hardi qu’en 1270 et 1272.
L'évêque, avec le plus ancien des professeurs et deux autres maîtres, des plus sages et des plus honorables, choisit parmi les maîtres, professeurs ou non, le chancelier qui est chargé du contentieux et des causes disciplinaires entre membres, des causes civiles avec les étrangers. Seul, au contraire, il décide au criminel, et, dans l'intérêt de la justice, se sert des armes spirituelles. Le siège épiscopal vacant, c’est au prieur de Saint-Firmin qu'est dévolue sa juridiction®.
1 C. Daremberg, Hist. de Salerne, p. Lx. — Sur Guillaume de Beaufet, voir Hauréau, Hist. littéraire, t. XXXII, pp. 467, 474.
2 Id., ibid., p. 410. (LE
3 C. Daremberg, ibid., p. xLI. à
4 Vetus statutum, quo conjugati a regentia in facultate medicinæ prohibentur, impium et irrationabile reputantes, cum ipsos maxime ad eam facultatem docendam et exercendam admitti deceat, corrigentes et abrogantes,sancimus deinceps conjugatos, si docti et sufficientes appareant, et morum gravilate decenter ornati, ad regendum in dicta facultate admittendos, nisi eos levitas aut vitium aliquod reddat indignos; super quo judicium et correctionem relinquimus facultati.(Reformatio facta per cardinalem legatum Guillelmum de Estoutevilla 1452. (De medicis Chartularium Universitatis Parisiensis, t. VI, p. 723).
5 Pasquier, Recherches, liv. III, ch. xxiv. Œuvres complètes, t. I, col. 216.
6 Episcopus, adjuncto sibi antiquiore magistro, et postea aliis duobus eis adjunctis magistris discretioribus et laudabilioribus, juxta testimonium extrinsecus et secundum conscientiam propriam, eligat, cum predictis sibi adjunctis, unum de magistris, sive sit de illis tribus, sive de aliis, qui justitiam exhibeat magistris et scolaribus, vel alis contra magistros vel scolares agenlibus, querimonia apud eum deposita. (Statuts de 1220, Cartulaire
7 à , d u'Y f ve " vé LEA bas Lt mis d'A LS
Un professeur intente-t-il un procès pour injure personnelle ou collective à une personne étrangère à la Faculté, ses collègues et les étudiants lui doivent mutuelle assistance. |
Les professeurs ne reçoivent pas de traitement, sauf les quatre qui, au x1v° siècle seulement, seront rémunérés par le roi ?; ils ne sont payés que par les étudiants. Survient-il à ce sujet quelque discussion, les collègues ne peuvent accepter un nouvel élève tant que le premier maître n’a pas été réglé. Il est du reste interdit d'agir directement ou indirectement, par démarches ou cadeaux, pour détourner d'un concurrent quelque disciple*.
De retour des localités où il a fait son apprentissage, l'étudiant demeure libre de prendre un nouveau professeur, toujours à condition de ne rien devoir au précédent. Il ne peut néanmoins débuter comme docteur que sous les auspices du maître dont il a été l'élève tout au moins pendant un mois.
de l'Université de Montpellier, n° 2, p. 180). — Hec autem dicimus in causa civili tantum. Nam causa criminalis ad predictum Magalonensem episcopum deferatur tractanda; cujus erit de ed cognoscere. Ille autem magister electus ad cognoscendum de causis civilibus, ut predictum est; appellari poterit cancellarius Universitatis scolarium. (Ibid.).
4 Si magister prosequatur suam vel suorum injuriam aliquem qui non fuerit scolaris, omnes magistri vel scolares, ad hoc commoniti, juvent illum consilio vel auxilio, ratione tamen previd, ne per hoc inhonoretur vel damnificetur (Ibid.).
2? Voir Seconde Apologie de l'Université de médecine, Paris, Mpaztn, p.117. :
3 Si magister habeat causam adversus discipulum suum super salario, vel super salario, vel super alia re, nullus alius magistrorum ‘ipsum recipiat, postquam commonitus fuerit, in scolis suis, donec discipulis ille certa caverit cautione magistro conquerenti, quod vel satisfaciat ei vel quod juri parebit. Nullus magistrorum scolarem alterius scienter alliciat vel sollicitel precibus, pretio, aut quocumque modo, ad hoc ut eum subtrahat magistro suo vel per se, vel per alium. (Cartulaire de l’Université de Montpellier, ibid.). — «Les élèves sont, en quelque sorte, le champ intellectuel du maître, sa propriété privée, de même que, par une juste réciprocité, la doctrine du maître est le bien propre de ses élèves pour qui elle est spécialement rédigée.et commentée, c’est ce lien étroit entre le disciple et le maître qui en fait une véritable famille et justifie à la fois les précautions prises pour s'assurer le monopole de l’enseignement du maître et la jalousie, souvent mal dissimulée, que suscite l'enseignement du voisin. Sociis nostris domesticæ fidei quorum gratia hoc opus suscipimus huius novæ institutionis primicias offerimus. (Gilles de Corbeil, Édit. Choulant, p. 4)». (Vieillard, l’Urologie et les Médecins urologues dans la médecine ancienne; Gilles de Corbeil, sa vie, ses œuvres, son poème des urines, Paris, Libraire scientifique et littéraire, 1903, p. 219).
4 Scolaris sub eo incipiat magistro cujus continue ante inceptionem suam fuerit scolaris, ad minus per unam mensem. (Statuts de 1220, Cartulaire de l'Université de Montpellier, ibid.).
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Respect aux professeurs les plus anciens, à qui revient le droit de
préséance, car on doit d'autant plus honorer ceux qui ont vieilli dans l'enseignement, et c’est au doyen, par les années de professorat plutôt que par l’âge, à moins qu’il ne prenne sa retraite pour infirmité ou tout autre motif, à fixer, suivant ses convenances, les jours et la durée des exercices scolaires !.
Maîtres et élèves sont tenus d'assister avec. empressement et recueillement aux funérailles de l’un des leurs ?..
Clercs pourvus de bénéfices et moines ne peuvent recevoir la maîtrise que tonsurés ou revêtus de l’habit régulier ?.
Trois exemplaires de ces statuts devaient être confiés, un premier
à l'évêque de Maguelone; un second au prieur de Saint Firmin; un
troisième au chancelier de l’Université de médecine.
Tels sont les points essentiels de cette bulle de 1220, où Astruc
voit «le véritable établissement de la Faculté de médecine. C'était auparavant un grand corps, à la vérité, et un corps fort ancien ; mais c'était un corps sans forme et sans ordre et une école sans règle et sans discipline. Elle commence alors à prendre une forme précise et à suivre des statuts établis par une autorité légitime» #. Ce corps a maintenant un organisme; l’École une constitution. Quelques articles de la nouvelle charte prêtent toutefois à discussion, et c'est pour les définir et les préciser que le légat apostolique Guido, évèque de Sora, promulgue, le 15 juin 1239, des statuts complémentaires. | Il débute en manifestant sa sollicitude pour la science médicale qui, entre tous les arts libéraux, brille au firmament comme l’astre par
4 Debitus honor exhibeatur antiquioribus magistris in sedibus et incessu, ut incessu, ut is alios antecedat reverentie scolastice exhibitione, quem labor prolitior docendi fecerit anteire. (Statuts de 1220, Cartulaire de l'Université de Montpellier, p. 180).
2 Omnes tam magistri quam scolares diligenter et devote prosequantur exsequias
3 Nullus recipiatur, nisi deferat tonsuram clericalem, dum tamen ecclesiasticum beneficium fuerit assecutus, vel in sacris ordinibus constitutus; similiter nec aliquis regularis, nisi habitum deferat regularem, juæla ritum sue professionis. (Ibid.).
4 Astruc, Mém., p. 11. é
mortuorum. (Ibid.). |
excellence !; il confirme ensuite la législation du cardinal Conrad et rend une nouvelle ordonnance pour interdire l'exercice de la médecine sans
un examen préalable devant deux maîtres au moins, du collège des
médecins, de Collegio Magistrorum, et qui délivrent, avec l'évêque, les certificats d'aptitude. Seuls, les chirurgiens sont dispensés de cette épreuve. L'exercice illégal de la médecine, qui par l'ignorance ou l'incapacité des praticiens peut entraîner la mort, expose les délinquants à être excommuniés ?.
Ce nouveau règlement est évidemment calqué sur le code de Frédéric Il pour l'École de Salerne, en 1231, avec cette différence qu'à Montpellier, prédomine le caractère ecclésiastique dont nous ne trouvons trace à Salerne qu'au xrr° siècle *.
Les statuts de l’empereur prescrivent trois années préalables de philosophie et de littérature ; cinq ans de médecine théorique ; une de pratique opératoire. Pour s'y livrer, il faut un diplôme, dans la forme consacrée par le collège de Salerne, et revêtu de l'approbation de
4 Quia in firmamento scienciarum inter liberales artes medicinalis sciencia tanquam luminare majus noscitur prenitere, ad conflovendam ipsam tanto per eamdem salubrius humane fragilitati consulitur intendere. (Bulle de Gui de Sora, Cartulaire de l’Université, n° 4, p. 183).
2 Ut nullus de cetero praticari presumat, nisi prius examinatus fuerit a duobus magistris, quos venerabilis pater Magalonensis episcopus eliget de collegio magistrorum; et postquam fuerit examinatus, si constiterit ipsum esse sufficientem ad praticam exercendam, dentur sibi littere ipsius episcopi et doctorum qui eum examinaverint, ex quarum testimonio quod sibi praticari liceat fides valeat adhiberi; exceptis chirurgicis, quos huic nolumus examini subjacere. Si quis, vero non examinatus praticari presumpserit, excommunicationis et anathematis vinculo se noverit innodatum. (Ibid.).
3 Es ist merkwürdig, dass Hâser die frische und freie Richtung der medicinischen Schule zu Montpellier und die grosse Bedentung derselben für die Geschichte des geistigen Lebens im Mittelalter, ja ihre Praeponderanz über jene von Salerno im 13. Jh. der Unabhäângigkeit von Rom und den wahrscheiïnlich eben deshalb zu Montpellier in nicht geringer Zahl studierenden jüdischen Gelehrten zuschreibt (F, 655). Nachdem man sich jetzt überzeugt hat, dass die Seele der medicinischen Schule zu Montpellier kirchliche Organe waren, wird man sich wohl der entgegengesezten Behauptung zuneigen, die Schule zu Montpellier sei in Fesselu geschlagen gewesen, die Frische Salernos habe in Folge des Einflusses des geitslichen Princips gemangelt und deshalb die Schule selbst tief unter jener von Salerno gestanden. Denn cas ist ja ein Dogma der Gegenwart, dass wo ‘die Leiter der christ. Gemeinde im Spiele sind’, Sich ‘keine freiere Menshlichkeit’ entfalten kônne. (S. Grimm, Ueber Schule, Universitât, Academie, in Kleinere Schriften I, 218). (P. H. Denifle, Die Entstehung der Universitäten des Mittelalters bis 1400. Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1885, p. 342).
Ds l'empereur ou de son délégué. Le défaut de ces titres entraîne la Di: is confiscation des biens mobiliers, même la prison. Le texte des lectures est pris dans les livres authentiques, qui font autorité, Hippocrate 2 | et Galien. Les honoraires sont tarifés suivant la ville ou le dehors, à De. | raison de deux visites le jour et une la nuit, à la réquisition du malade, <100 un demi farenus, petite monnaie d'or équivalant à vingt grains et deux carlins par jour, en ville ou dans le château; trois par jour pour la D. Ç R campagne, à condition d'héberger le docteur; quatre s’il n’est pas défrayé ; par le malade. Les pauvres sont soignés gratuitement; les droguistes, stationarü, et les apothicaires, confectionarü, placés sous la surveillance des médecins qui sont tenus de ne faire avec eux aucun marché, de ne s'intéreser dans aucune de leurs entreprises, de n’avoir aucune officine pour leur propre compte. Les marchands ou confectionneurs ES. - de remèdes prêlent serment de se conformer au Codex; encore leur nombre est-il limité à certaines villes déterminées t.
En 1240, les docteurs de Montpellier ne s'entendent pas au sujet des statuts de 1220. Du consentement de l’évêque, ils s'en remettent au recteur de Saint-Firmin, Pierre de Conques, et au franciscain Hugo du Mans, s’engageant à réaliser toutes les modifications qu'ils exigeraient. Les arbitres tracent un plan d'organisation pour expliquer et
compléter les anciens règlements, et nous trouvons dans les nouveaux toute la constitution de l'Université de médecine avec la hiérarchie des gradués et le fonctionnement des épreuves de tout ordre pour le baccalauréat et la licence: lectiones ordinariæ et cursoriæ, par les docteurs en exercice, legentes, suivant les programmes, et Puncta taxala, disputationes et promociones ou argumentations pour les examens ?.
1 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, 1810, t. I, ch. xn, p. 266. — Cf. id., La Médecine, Hist. et doctrines, 1865, pp. 166, 181.
2 Cum controversia verteretur inter Radulfum (Domino?) et Henricum de Guintonia, chancellarium, et Bertrandum Remensem, ex una parte, et magistros Petrum Lucratorem et cardinalem et Robertum Senonensem et Gualterium de Blena et Gaufridum Pictavensem et Guidonem Grassinopolitanum et Johannem Britonem ex altera.…. in medicina apud Montempessulanum regentes, super quibusdam statutis, que facta fuerant ad studii eorumdem ordinacionem; nam quedam pars statuta illa penitus observari, quedam vero pro parte mazxima irrita iri voluerat; tandem, consenciente domino Johanne, Dei gracià Magalonensi
«Qu'aucun maître ne présente de bachelier qui n'aurait pas encore lu, en guise de cours, dans l’école d’un des régents, deux livres authentiques, l’un de théorie, l’autre de pratique. Tout maître peut déclarer apte à la licence le bachelier qu'il juge capable de lire dans les écoles; mais, pour poser sa candidature, il faut avoir suivi, trois ans et demi, les cours de médecine à Montpellier ou dans quelque faculté en renom; deux ans et demi suffisent pour les maîtres ès arts de Paris ou d’un centre réputé. On n’est d’ailleurs admissible qu'après avoir exercé six mois hors de Montpellier. Le bachelier est cru sur parole, s'il fournit un garant de sa sincérité t.
»5e présente-t-il à la licence, il doit parcourir toutes les écoles, au moins le plus grand nombre, et donner la mesure de sa science en prenant part aux disputes scolaires. Aucun maître ne saurait lui retirer ce droit; le bachelier, à qui on l'aurait refusé, n’en mériterait pas moins d’être présenté?. | | |
»Qu'aucun maître ne s'oppose, par haine ou rancune, à la licence du bachelier qui en serait digne; qu'aucun ne professe dans les écoles de ses collègues où les bacheliers seuls peuvent lire. Les examinateurs ne doivent s'inspirer que de leur conscience et se prononceront catégoriquement sans établir de comparaison sur la suffisance ou l'insuffisance des
episcopo, convenerunt in hoc ipsi magistri, quod quidquid dominus Petrus de Conchis, prior ecclesie Sancti Firmini, et frater Hugo Mancii, de ordine Fratrum Minorum, super eisdem statutis difinirent tenendum vel ducerent corrigendum peniltus observarent... Pronunciaverunt que subscripta sunt inviolabiliter observanda pro statutis ipsam Univer- Sitatem in medicina studentium apud Montempessulanum in perpetuum ordinantibus et regentibus,.omnibus aliis statutis infirmatis, exceptis que in privilegiis Universitati indultis continentur. (Statuts complémentaires de l'Université de médecine de Montpellier, 14 et 24 janvier 1240, Cartulaire de l'Université, n° 5, p. 186;.
4 Nullus magister presentet baccalarium, nisi prius cursorie legerit in scolis alicujus regencium unum librum autenticum de theorica et de practica. Quilibet magister potestatem habeat licenciandi baccalarium, quem in fide sua credit dignum legendi cursum in scolis suis, qui eciam valeat ad presentacionem... Nullus magister presentet aliquem, nisi ille audierit medicinam in Montepessulano vel in alio loco famoso... Credatur baccalario per juramentum suum, dummodo habeat aliquem idoneum, qui secum juret quod credit firmiter eum verum jurasse. ([bid.).
2 Nullus magister talem prohibeat vel impediat quominus in scolis suit possil respondere. Quod si forte faceret magister aliquis, nichilominus baccalarius qui PArase fuit RAA possit et debeat presentari. (Ibid.).
SC RQ
candidats. Ceux-ci jureront en public de ne pas quitter Montpellier sans
y accomplir leur début doctoral et y lire pendant deux ans, à moins d’une dispense de l'évêque de Maguelone ou de son grand vicaire! ; de n'accepter aucun malade atteint d’une affection aiguë, qui n'ait vu le prêtre s’il en a eu la possibilité; de ne pas soigner plus de huit
jours les lépreux et, ce délai passé, de n’en tolérer aucun entre le Lez
et la Mosson, sans une permission de la cour du roi ou de la cour de 1 F. A . = # A El r Le Lg LA l'évêque, suivant le territoire, de ne révéler les secrets de l'Université qu'autant qu'il n’y aurait pas d'indiscrétion; de ne promettre, enfin,
à aucun hôtelier plus de cinq sous par client?.
» Un danger menacerait-il l'Université, quelqu'un ou quelques-uns de ses professeurs, il le conjurera ou en informera les intéressés et il assistera aux assemblées statutaires de Pâques et de Saint-Luc, que
le chancelier seul peut convoquer per fidem jurisjurandi in statutis contenti. Ces statuts, il prête serment de les observer®.
» Le chancelier, dès son élection, jure, à son tour, devant l’évêque et
le corps des maîtres et des étudiants, de faire justice à chacun, selon la
nature des griefs et des plaintes, dans toutes les affaires de sa compétence, de n’écouter n1 l'amitié ni la haine, de ne céder ni aux prières
1 Nullus magister aliquem in promocione Sua odio vel rancore impediat, si ei dignus videatur. Nullus magister legat in scolis aliquo tempore cursorie, sed soli baccalarii. Omnes approbaciones et reprobaciones faciant examinatores fideliter, ita quod absque omni comparacione ad aliquem dicant illum qui examinatys fuerit sufficientem vel insufficientem. Omnes examinati et approbati jurent in publico se esse incepturos antequam recedant. Omnes examinati et approbati jurent in publico se esse incepturos antequam recedent. Jurent, prius quam incipiant, se esse lecturos per biennium, nisi licenciam habeant dimittendi ab episcopo Magalonensi vel ejus vicario. (Statuts complémentaires de 1240, Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 5, p. 186).
2 Jurent quod nullum recipient laborantem acuta, nisi prius se ostenderit sacerdoti, si
possibile sit... Quod nullum leprosum recipient in cura sua ultra octo dies inter duas
aquas, videlicet inter Lanum et Amansionem... Quod non revelabunt secreta Universitatis, nisi dicatur quod possint revelari.. Quod non dabunt alicui albergario vel promittent, per se vel per alium, pro una cura, ultra quinque solidos. (Ibid.).
3 Jurent quod, si viderint periculum Universitatis imminere, vel alicui vel aliquibus de Universitate magistrorum, illud avertent, vel saltem revelabunt ülli vel illis... Quod
venient ad congregationes que fiunt per fidem hora assignata, nisicausam habeant legitimam,
per quam Universitati se excusent... Jurent se observaturos Universitatis statuta. (Ibid.).
LE ant 2
ni à l'argent et de transmettre intégralement à ses successeurs les statuts de l’Université» !. |
Quelle foi dans la parole et dans l'honneur ! Quel souci de toutes les susceptibilités ! Quel esprit de solidarité! Quelle préoccupation de sauvegarder les droits et les prérogatives de Montpellier!
Les religieux n'avaient cessé de conserver et de multiplier les livres de tout ordre et de tout temps. Aussi n’y avait-il guère de bibliothèque en dehors de nos monastères dont elles étaient l'élément essentiel. Au x11° siècle, un abbé de Marseille promulgue les statuts pour l’établissement d’une bibliothèque?. Un cloître sans bibliothèque, disait saint Bernard, est comme un château sans arsenal, claustrum sive armario
4 Quilibet magister possit facere congregaciones, nisi älas que fiunt per fidem, quas solus faciat cancellarius. Quicumque de cetero factus erit cancellarius juret coram domino Magalonensi episcopo et universitate magistrorum et scolarium quod unicuique fideliter justiciam exhibebit, magistro videlicet, vel scolaribus, vel aliis de ipsis conquerentibus, in causis que ad ipsum spectant, nec movebitur contra aliquem amore vel odio, prece vel precio. Juret etiam statuta Universitatis fideliter suis successoribus reservaturum. (Statuts complémentaires de l'Université de médecine, Montpellier, 14 et 24 janvier 1240, Cartulaire de l’Université de Montpellier, n°5, p. 186). — Tout le monde connaît le serment d'Hippocrate (édit. Littré): «Je jure par Apollon, médecin, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin, que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment... Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours... Je ferai part des préceptes, des leçons orales, et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maitre, et aux disciples liés par un engagement et un serment, suivant la loi médicale, mais à nul autre... Je ne remettrai à aucune femme de pessaire abortif. Je passerai ma vie et. j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté...». Voici le serment que la Faculté de Montpellier impose aux docteurs, en vertu d'une délibération de la Faculté de messidor an XII (1804): «En présence des maîtres de cette École, de mes chers condisciples et devant l'effigie d'Hippocrate, je promets et je jure, au nom de l'Étre suprême, d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine. Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent, et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux n'y verront pas ce qui s’y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés, et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs, ni à favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes maitres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçue de leurs pères. Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses, que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères, si j'y manque» ! (Voir Durand, LeSerment prononcé à la Faculté de Montpellier à la réception des docteurs. Montpellier, Cristin et Cie, 1855, in-8e),
? Martène, Amplissima collect., t. I, p. 1018, et plusieurs règlements pour de nombreuses bibliothèques de Paris. — Hist. littéraire, 1. IX, p. 60. — Bologne en a déjà une très riche. (Sarti, De profess. Romar., P. TI, p. 186; P. IN, p. 214. — Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. 7, ch. 5, t. II, p. 396.
quasi castrum sine armentario !. L’arsenal de la vérité n'est-il pas la science ? |
Mais les livres étaient rares et coûtaient bien cher ! Il n'était possible de se les procurer qu’au prix des plus grandes fatigues, comme le moine Richer qui, pour consulter les A phorismes d'Hippocrate, dut faire exprès le voyage de Reims à Chartres?. Aussi, était-ce, en cas d'incendie ou d’invasion, le trésor qu'il fallait avant tout sauver, car, disait Hugues, prieur de la chartreuse de Witham, plus tard évêque de Lincoln et qui a été canonisé: «Ce sont nos délices et nos richesses en temps de paix, nos armes offensives et défensives en temps de guerre, notre nourriture dans la faim, notre médecine dans la maladie» ÿ. Et, ajoutait un moine de Murcy: «Sans étude, sans volumes, la vie n’est rien» 4. Au milieu du xu° siècle, dans le Groenland, Einar, à qui on offrait le siège épiscopal de Gards, ayant perdu dans un naufrage la caisse qui contenait ses livres, en fut inconsolable, «son cœur étant avec eux» 5. Le prêt des livres était donc le meilleur témoignage d'affection et de charité. Plus on les appréciait, plus on devait redouter de les perdre; de là ces anathèmes dont certaines communautés frappaient ceux qui les dispersaient et que le concile de Paris de 1212 condamne, car le prêt d'ouvrages doit être considéré comme une des principales œuvres de
miséricorde ?.
4 Martène, Thes. anecdot., t. I, col. 511. — Montalembert, Les Moines d'Occident, liv. XVHI, Chr; 1. VI, p: 194. |
2 Richer de Pertz, liv. IV, ch. 50, p. 642.
3 His pro deliciis et divitiis tempore tranquillo, his bellico in procinctu pro telis et armis, his in fame pro alimonia, his in languore pro medela monachis esse memorabat. (Mabillon, Réflexions sur la réponse de M. de Rancé, t. II, p. 139). — Montalembert, ibid, p. 200.
4 Vita omnium spiritualium hominum sine lilteris nihil est. (Acta fund. Murens. Monast., p. 48, ap. Hurter, Tableau des institutions et des mœurs de l'Église, t. I, ch. vu, p. 170.
5 Sturlanga, Saga, t. 1, pp. 97-102. — Revue des Questions historiques, t. LXXTI pp. 550, 551.
6 S. Anselm. Epist. 1, 61.
1 Interdicimus inter alia viris religiosis ne emittant juramentum de non commodando libros suos indigentibus, cum commodare inter præcipua misericordiæ opera computalur. Sed,adhibita consideratione diligenti, alii in domo opus fratrum retineantur; ali, secundum providentiam abbatis, cum indemnitate domus, indigentibus commodentur. (Labbe, Sacrosancta Concila, t. X, ch. 69 et 71). — Léopold Delisle, Bibliothèque de la Cathédrale de Rouen au xu° siècle, Bibliothèque de l'École des Chartes, IN: série, t. I, p. 225.
Ce sont ces nobles préceptes que formulent les statuts de l’Université de médecine de Montpellier, en ordonnant que «tout maître ou étudiant, possesseur d'un livre authentique de médecine, — c’est-à-dire de textes originaux des médecins grecs ou arabes, traduits en latin, = doit le prêter à quiconque en serait dépourvu ou ne pourrait se le procurer à un prix raisonnable. Celui-ci, à son tour, le fera passer à ceux qui ne l’auraient pas. L'emprunteur est tenu d'en garantir la restitution et la conservation, en fournissant un gage ou en présentant un répondant !. |
Cette déclaration, promulguée le 14 janvier 1240, est complétée, le 21, par une série d'articles qui doivent prévenir tout conflit :
«Aucun maître ne présentera pour la licence un bachelier qu'un de ses collègues, faisant fonction de juge, aurait déclaré incapable ou indigne.
»Tout maître est tenu d'assister à la leçon inaugurale du bachelier admis par l’évêque et le jury d'examen, à moins d’une excuse légitime qu'il doit soumettre au récipiendaire.
» Aucune assemblée per fidem ne se tiendra, en dehors de celles que réclament les intérêts de l'Université »?.
Au xr1° siècle, Frédéric II imprime un mouvement aux lettres et aux sciences : 1l fonde, à Naples, une faculté de médecine, quirivalisera avec celle de Salerne, et il réunit les diverses écoles en universités, qu'il dote richement. Il exige des étudiants qu'ils soient de naissance
1 Quilibet magister vel scolaris aliquem librum autenticum in medicina habens, quem petens non habeat aut non inveniebat justo precio venalem, eum teneatur accomodare primo petenti ipsum, et ille cui, accomodatus fuerit primo petenti successive que usque alius liber habeatur. (Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 55, p. 189).
2 Nullus quilibet magister teneatur interesse principio baccalarii qui fuerit examinatus et approbatus ‘ab episcopo et magistri sibi adjunctis, juxta formam privilegii... Nullo congregacio fiat per fidem, nisi sit pro commodo Universitatis. (Ibid.). — Germain dit à ce propos. «il y avait done à Montpellier, en 1240 encore, simplement des écoles de médecine, et non une École de médecine unique; et elles étaient néanmoins déjà reliées entre elles par le nom de l'Université, c’est-à-dire d'association». (Hist. de l'Université de Montpellier, p.23). — L'École, c'était l'Université de médecine; mais il y avait différents cours et l'élève pouvait choisir le sien. C'était, au lieu du monopole, la liberté d'enseignement, et, pour les examens, le contrôle des maîtres tenus par serment per fidem jurisjurandi d'y assister.
légitime et âgés de vingt-un ans au moins; qu'ils fassent trois ans
de logique, cinq de médecine ou de chirurgie, qu'ils soient enfin capables de répondre, à l’interrogatoire, sur la physique et la métaphysique d’Aristote, en expliquant en public l’Articella de Galien, le premier livre d’Avicenne et les Aphorismes d'Hippocrate. Le candidat méritait-1] d’être proclamé magister artium et physicæ 1, — le titre de docteur, qui avait la même acception, élant réservé aux professeurs ?, — 1l était astreint à une année de stage, sous les yeux et la surveillance d’un médecin. Durant les cinq années d’études, du moins, il avait pu commenter Hippocrate et Galien 3.
Les chirurgiens devaient suivre, une année, les cours ‘de médecine pour obtenir, à la fin de l'exercice, le certificat d'assistance aux leçons, absolument indispensable aux opérations chirurgicales et au traitement des plaies ou ulcèrest. Pour l'anatomie, on adoptait la méthode de Cophon de Salerne qui faisait ses expériences sur le cochon.
Sur l'initiative de Mundinus de Bologne, Frédéric IT autorise la dissection annuelle d’un cadavre, faculté établie en France par une ordonnance du 7 mars 1808, qui ne sera réellement appliquée qu’en 1315. C'est même à Montpellier que s’accomplira la première expérience; mais la rivalité des chirurgiens avec les médecins, qui traitaient cet usage de criminel, en fera différer l'autorisation jusqu’en 1376.
4 Mazza, Urbis Salern. Hist., In græv.et Burnanm, vol. IX, c.9, pp. 68, 69. — C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. I, p. 268.
2 Petr. de Vineis, lib. II, ep. 11, p. 415 (édit. Basil., 1566). — D'Achery, Spicileg, veter, aliquot script., in-4°, Paris, 1660, vol. III, pp. 137, 140, 142.
3 Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. 7, ch. 2, t. Il, pp. 362-364. — C. Daremberg, Hist,
des Sciences occultes, I, p. 20.
4 Linderbrog, Cod. leg. antiq., Francfort, 1613, p. 808. — Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. II, p. 86. — «Ce qui prouve combien, à cette époque, on pratiquait fréquemment certaines opérations, c'est qu’en 960, Arnaud l'Ancien, comte de Flandre, fit tailler plusieurs personnes atteintes de la pierre, et qui furent toutes parfaitement guéries. Cependant il ne voulut jamais consentir à ce qu'on le délivrât lui-même d’un calcul qui le tourmentait». (Hist. des Croisades, traduite du français, in-8°, Leipzick, 1782, P. I, p. 604). — Sprengel, ibid., p. 363.
5 Linderbrog, ibid. — Sprengel, ibid., p. 365.
6 Bouisson, Parallèle du développement de la chirurgie dans les diverses contrées, OŒEuvres complètes, t. VII, p. 173.
Guy de Chauliac dit que, jusqu'à Avicenne, la médecine et la chirurgie constituaient une seule et même science. L'une et l’autre, bien que distinctes, faisaient l’objet d’un seul enseignement et de la même profession !, comme nous le prouvent d’ailleurs les règlements pour la Sicile de l’empereur Frédérie 112. La chirurgie se traïînait sur’les données des Anciens et des Arabes qui ne manquaient ni d'expérience ni d'habileté, mais qui, dans l'ignorance de l'anatomie et de la pathologie, n'étaient capables que de généralisations, et n'avaient pas appris à observer et à spécifier les cas particuliers?. C'est Roger de Parme, le premier après les Anciens dans l’art deguérir*;etauteur d'un grand nombre de traités ÿ, qui établit la démarcation caractéristique dans son manuel universel Practica chirurgicæ, où il expose la doctrine d’Albucasis; il le copie même sans le nommer, alors qu'il affecte de citer Hippocrate *. Sa méthode est d'ailleurs plus médicamentale qu'instrumentale *. C'est encore lui qui conçoit la possibilité d'extraire de l’eau de mer et des corps marins l'iode pour le traitement des maladies serofuleuses®.
1 Sed post vel propler lasciviam, vel occupationem curarum nimiam, separata fuit chirurgica, et dimissa in manibus mechanicorum, quorum primus fuit Rogerius, Rolandus, alque quatuor magistri, qui libros speciales in chirurgia ediderunt, et multa empirica in eis miscuerunt. (Ars chirurg. Capitul. univ. Venit. 1546). — F. Lajard, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, t. XXI, p. 519. — Sprengel, Hist. de la médecine, t. W, p. HT.
2 Const. sicul., lib. IL, tit. 34, ap. Linderbrog, Cod. leg. antiq., Francfort, 1613, p. 808. — Germain, L'École de médecine, p. 14.
8 Littré, Lanfranc chirurgien, Hist. littéraire, t. XXV, p. 294.
& Guidonis de Cauliaco chirurg. in Prœm. Venit. 1513. — «Il est probable, dit Portal, que Roger vécut quelque temps après Albucasis chez lequel il puise, sans le citer, tout ce qu'il y.a de bon dans ses ouvrages». (Portal, Hist. de l’Anatomie, t. I, p. 174). — «Albucasis vivait dans le xe siècle. Si Roger ne lui est postérieur que de très peu de temps, comme le pense M. Portal, il ne serait pas du xmi° siècle, il faudrait le reporter au xr° siècle». (Amaury Duval, Divers auteurs de compilations, Hist. littéraire, t. XVII, p. 389). — Dans ce dernier cas, n'aurait-il pas émigré sous Frédéric Barberousse, comme Placentin ?
5 Catal. Mss. Bibl. nat. Paris, n°° 1035, 1040, 1051, pp. 306, 308. — Hist. littéraire, ibid., p. 389. — Tiraboschi, Storia della letter. ital., Venise 1795, t. IV, p. 214; t. XVII, p. 388.
6 Eloy, Dict. hist. de la médecine. t. IV, p. 92. — Portal, Hist. de l’Anatomie et de la Chirurgie, t.1, p. 174, Paris, 1710, in-12. — Quesnay, Recherches sur la Chirurgie, p. 34.
1 F. Lajard, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, t. XXI, p. 520.
8 In medicamentis fere versatur (Rogerius} habet aliqua tamen propria, ut in teli de facie extractione, ubi recte jubet ita deligare, ut fundus vulneris primus claudatur. Spongiam marinam adversus Strumas commendat, bonum certe medicamentum. Propriam passim ad
(EE ” RE à
Laurent Joubert, médecin du roi et professeur à l'École de Montpellier, le premier, reconnait dans l'œuvre de Roger de Parme deux parties dissemblables, jusqu'alors confondues, l’une médicale, l’autre chirurgicale!. Malgaine, dans l’/ntroduction en tête de son édition d'Ambroise
Paré, en 1840, prouve qu'il y avait un double traité, dont il fallait
distinguer les auteurs, l’un chirurgien de Parme ou de Salerne, l’autre chancelier de l'Université de Montpellier?. F. Lajard a trouvé dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale le vrai nom du second, mais rien ne prouve ni qu’il fût provençal, ni qu'il ait été dignitaire de notre Faculté. Il résulte d'un texte de Jean de Saint-Arnaud qu'il vivait dans la première moitié du xin° siècle, et il fallait que sa Practica medicinæ eût un vrai mérite pour jouir d'une autorité et d’une popularité durant plusieurs siècles.
Ce défaut de connaissances tenait aux préjugés des Juifs et des Arabes à qui le livre des Nombres * et le Coran interdisaient Le contact des corps morls, comme encore aux Chinois la religion de Confucius. L’anatomie ne devait être pratiquée à Paris qu’en 1598 ou 1599;
encore ne se développera-t-elle qu’au xvi° siècle, sous l'influence de
Jacques Sylvius, docteur de l’Université de Montpellier $. La chirurgie, qui prime aujourd'hui la médecine, fut ainsi ravalée au rang d'un métier qui se confondait avec celui de barbier, et qui n'en a été distingué que par:la déclaration royale de 17437. Telle était, au xui° siècle, la
experientiam provocat; neminem citat præter Hippocratem multum tamen Arabibus usus. Ab eo videtur derivari Paracelsica vulnerum, curatio, quæ fit vino herbisque. (Haller, Bibl, chirurg., t. 1, p. 144). — Versach, Einer pragm. geschichte der arzneikunde, 2° édit. t. II,
p.541. — Cf. Pruys van der Hoeven, De Hist. medic. liber singularis, Lugd. Batav, 1842,
in-8°, p. 134. — F. Lajard, Hist, littéraire, t. XXI, pp. 520, 521,
4 Préface de la traduction française de la Chirurgica magna de Gui de Chauliac, 1580, p. xx. — F. Lajard, ibid., p. 531.
2 Préf., ibid., p. xxxut. — F. Lajard, ibid., p. 537.
3 F. Lajard, ibid., pp. 538-545.
4 Nombres, ch. 20, vers 11 et suiv. — Basnage, Hist. des Juifs, liv. V, ch. 24. — Astruc, Mém. pour servir à l’histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, p. 32. 5 Sprengel, Hist. de la Médecine, t. II, p. 262. — Germain, Hist. de la Commune de
Montpellier, t. I], p. 136.
6 Astruc, Mém., pp. 331-3#3.
7 Pasquier, Recherches, liv. 9, ch. 31.
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rivalité des médecins et des chirurgiens que la Faculté de Paris décida, en 1131, d'exiger des bacheliers, auxquels on conférait la licence, de n’exercer jamais la chirurgiet. Ce fut longtemps un acte déshonorant pour un docteur de saigner un malade, car l'exercice de la chirurgie impliquait une déchéance qui rendait indigne d'entrer dans l’ordre des médecins ?, si bien que, par son refus de le saigner lui-même, Dumoulin laissera mourir de faim, en 1748, le fameux orfèvre Germain, atteint d’une attaque d’apoplexie. En anoblissant Clément, l’accoucheur de la Vallière et de la Dauphine, Louis XIV avait done soin d'ajouter: «Sans qu'il soit tenu de cesser l'exercice de sa profession, en considération des secours que les princesses de notre sang pourront continuer d’en recevoir». Et Félix qui opéra Louis XIV de Ja fistule fut à son tour anobli, mais «à la charge de vivre noblement» et sans que sa charge «lui puisse être imputée à titre de dérogeance» ?.
L'Eglise a l'horreur du sang, Ecclesia abhorret sanguine*. La chirurgie convenait donc moins encore que la médecine aux prêtres et aux religieux. Le 1v° concile de Latran, eu 1215, pousse même le rigorisme sur ce point jusqu’à ne pas autoriser les mimistres de paix à rédiger euxmêmes un acte devant avoir pour conséquence la peine capitale ou une simple mutilationÿ. Le célèbre Lanfranc de Milan n’en attribue pas moins la défectuosité de la chirurgie à «l'invasion des RUES à qui les clercs réservent la partie manuelle f.
4 Si quis inter baccalaureos sederit qui chirurgiam aut aliam artem manuariam exercuerit,
ad licentias non admittatur, nisi prius fidem suam astringat publicis notariorum instrumentis, :
se nunquam posthac chirurgiam aut aliam arlem manuariam exerciturum; idque in collegii medici commentarios referatur. Ordinis enim medici dignitatem puram integramque conservari par est. (Statuta facultatis medicinæ, édit. de 1598 et 1634, art, 24, édit. de 1754, art. 28), — Franklin, Chirurgiens, p. 10.
2 Duc de Luynes, Mémoires, t. IX, p. 93.
8 J. Devaux, Index funereus, édit. de 1714, p. 112, ap. Franklin, Due
4 Sententiam sanguinis nullus clericus dictet aut proferat; nec quisquam clericus litteras scribat, aut dictet pro vindicta sanguinis destinandas... Nullus clericus roccarius aut balistariis, aut viris sanguinum præponatur, nec illam chirurgiæ partem diaconus, subdiaconus vel sacerdos exerceant, quæ ad ustionem vel incisionem inducit. (Labbe, SS. Concil., an. 1215, t. XI, Col. 172.
5 Can. 18, ap. Labbe, ibid., col. 170.
6 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. LE Ch. xIn, p. 283.
Le 25 février 1255, des chirurgiens de Paris, tous laïques et pouvant se marier, ayant fait chacun deux ans de médecine et passé leurs examens, munis des mêmes privilèges et portant le même costume que les maîtres en physique, fondent une confrérie qui devait être la première académie ! et qu'ils placent, comme plus tard celle de Montpellier, sous le patronage des saints Cosme et Damien que l’histoire dit avoir cultivé, en Arabie, l'art de la chirurgie et de la pharmacie?. Lanfranc ne manque pas de s'y faire agréger. En 1268, les chirurgiens de Paris soumettent leurs statuts à l'homologation du prévôt Étienne Boileau, qui les insère
dans le Livre des métiers *. 11 y a dès lors deux classes de chirurgiens,
celle des barbiers, clercs, dits chirurgiens barbiers, chirurgiens de saint Cosme, et celle des chirurgiens de robe courte, les seconds indépendants des premiers, et qui prétendront se rapprocher des mires où médecins #. Philippe VI avait ordonné qu'il n’y eût à la cour qu'un seul physicien à
vingt sous tournois par jour ÿ. Les chirurgiens d’ailleurs ne confèreront
des grades qu’à partir de 13705. Dès 1390, ils prétendront faire partie de l'Université; mais celle-ci les reniera comme de simples écoliers, tanquam veri scholares et non alias. Au xvi° siècle, seulement, ils obtiendront de François l° d'en partager les privilèges 7.
1 Sauval, Antiquités de Paris, t. I, p. «12. — Felibien, Hisé. de Paris. t. I, p. 438. — Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. T, ch. vir, t. IE, p. 419.
2 Du Broc de Segange, Les saints Patrons des Congrégations, t. II, p. 288.
3 Les Métiers et Corporations de la ville de Paris, Paris, Mpcccxovit, p. 622.
. , 4 En 1311, le prévôt de Paris, Renaud Barbo, successeur de Boileau, réprimera les barbiers
qui se livrent à la chirurgie «devant qu'il soit examiné des mestres de cirurgie, savoir se il est suffisant au dit mestier fère». (Quesnay, Origines de la Chirurgie, p.435). — G. B. Depping, Ordonnance relative aux métiers, p. 419. — Franklin, La Vie privée d'autrefois, arts et histoire, modes, mœurs, usages des Parisiens du xu° au xvine siècle d'aprés des documents originaux et inédits; les Chirurgiens, p. 19. — En avril 1352, le roi Jean II constate que, dans la capitale, des gens de toute condition, même des meurtriers, des voleurs, des débauchés, des charlatans, des alchimistes et des usuriers, murtrari, latrones et holerii, deceptores, arquemiste et usurarüi, bien qu'ignorants, pratiquent la chirurgie, mettant à leurs
boutiques des enseignes semblables à celles des vrais chirurgiens, et, pour réprimer cet abus,
il imposa des conditions de capacité. (Ordonnances, . II, p. 496).— Franklin, bid., pp. 17-22. ÿ Pasquier, Recherches, Liv. VIE, Ch. xxvI.
6 Ordonnances, 1. V, p. 322.
7 Ordonnance de janvier 154%. — Franklin, ibid., p. 30.
Cependant, alors comme aujourd'hui, beaucoup d'étudiants fréquentaient les Écoles moins pour travailler que pour s'amuser; ilsnégligeaient les cours et ne rapportaient que des bribes d'enseignement, vix pusillum fragmentorum seu stillam aliquam'. Dès son avènement, l’évêque Pierre de Conques dénonce à Rome le danger public de cette indifférence et fait valoir la nécessilé, pour l'obtention du certificat de licence, de suivre les leçons et de subir des épreuves. Le pape Alexandre IV s'empresse de satisfaire ses désirs en invitant «l'Université des maîtres et des écoliers» à observer, surtout pour les examens, les statuls de 1220 qu'il confirme et renouvelle ?. La bulle est du 28 février 1258, et, dès le 2 juin 1260, suivant la formule arrêtée pour les étudiants de toutes lés parties du monde, qui viennent à Montpellier comme à la source de la médecine, de diversis mundi partibus, velut ad fontem et cenam medicinalis studii, Guilhem Rotberti obtient de Pierre Guizanhaire, chancelier, et maître Bernard Calcadelh l'acte le plus ancien de la Faculté que le délégué de l’évêque certifie et marque de son sceau #.
À Paris, la Faculté des arts eut un sceau avant 1225: la Faculté de droit canon n'obtient le sien qu'en 1271; la Faculté de médecine qu’en 1274. La Faculté de théologie devait également en posséder un.
1 Cum apud Montempessulanum, velut ad fontem et cenam medicinalis studii, jam dudum de diversis mundi partibus, plures accesserint et cotidie accelerent ad studendum, contigit aliquando quod nonulli exinde cum ficella et cribro haurire aquas sciencie, ac clauso ore cibum refectionis sumere musitantes, viæ pusillum fragmentorum seu stillam aliquam reportarant et potum ac cibum ministrare aliis presumebant.… Efferri super specula magisterii aut ad ignotum praticandi officium presumptive se ingerere satagebant. Unde frequenter tidem precipites tanquam ceci precipitabant alios simplices in practica et doctrina. (Formules ou certificats de Licence qu'émettaient les professeurs de l’Université de Montpellier délégués pour les examens par l'évêque de Maguelone. Cartulaire de l'Université de Montpellier, n°9. t. L p. 195).
2 Universitati magistrorum et scolarium... Statuta confirmamus et presentis scripti patrocinio communimus. (Bulle d'Alexandre IV, confirmant les statuts du 17 août 1220, donnés
par le cardinal Conrad, 28 février 1258. — Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 8, t. 1, p. 194). | 3 Propter quod a quibusdam venerabilibus patribus et dominis,... fuit deliberacione
provida stabilitum, quod nullus, nisi prius examinatus fuerit a duobus magistris, audeat wraticari. (Cartulaire de FUniversité de Montpellier, n° 9,t. I, p. 195).
4 Sigillum meum presentibus litteris apponendo. (Ibid.).
5 Chart. Univ. Paris., p. 234, n° 205. — Gréard, Nos adieux à la Vieille Sorbonne, 0 LE)
Le 30 mars 1252, le pape Innocent IV concédait encore à l'Université de Paris le droit d’en avoir un comme preuve distinctive et irrécusable de son autorité t.
Est-ce Alexandre IV qui octroya le même privilège à notre Faculté de médecine ? Est-ce l'évêque de Maguelone qui le lui donna comme
seigneur et suzerain ? Toujours est-il qu'il lui en fallait bien un pour
authentiquer des parchemins reconnus dans toute la chrétienté. Et comment admettre qu'elle en fût dépourvue, quand légats, cardinaux et chanoines avaient les leurs ??
La Faculté possède encore la matrice d’un sceau rond de 0,05 de diamètre. Dans le champ, saint Luc, vêtu d’une robe et coiffé d'une calotte, assis dans une chaise, devant un pupitre chargé d’un livre dont il tourne de la main gauche un feuillet, qu’il montre de la droite. Dans l'axe du pupitre, au centre de la circonférence, vers le milieu de la marge du manuserit, un point saillant; en face; le veau ailé, emblème de saint Luc, surmonté d’une étoile à huit raies et d'un écu aux armes de Montpellier et d'Aragon. La partie supérieure du champ, occupée en haut par la Sainte Vierge, l'Enfant Jésus dans ses bras, comme dans le blason de Montpellier est séparée de la partie inférieure par une banderole semi-circulaire portant la légende: Lucas, S. Maria. + Universitatis medicorum Montispessuli*. Le fond du champ est quadrillé de losanges, avec des couronnes à cinq globules dans les compartiments #.
4 Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France, t. X, pp. 245-246, 253-254. 1883. — Féret, Les Origines de l'Université de Paris, Revue des Questions historiques, t. LIN, pp. 363, 380, 381.
2 Voir Statuts de 1220 et 1240 (Cartulaire de l'Université, 2 et 5, pp. 180 et 186).
3 Le blason de la Faculté de médecine de Paris avait pour devise: Urbi et orbi salus. IL devait être postérieur, puisqu'elle ne fut constituée qu’à la fin du x siècle, alors que celle de Montpellier était déjà connue du monde entier, érigée en faculté, dotée de privilèges inhérents à ce titre. (Astruc, Mém., p. 22). Or, les plus anciennes chartes sont de Philippe de Valois en 1336, de Jean II, en 1353. (Journal des Audiences, t. I, liv. 4, ch. 13).
4 Cartulaire de l’Université de Montpellier, p. xxvu, PL V. — Dans sa collection jadis à
__ Bayeux, aujourd'hui à Château-Gontier, M. de Farcy possédait un cachet de la Faculté de médecine, qu'il a bien voulu nous céder et que nous nous sommes empressé de donner à la Société archéologique de Montpellier. Demay, qui le connaissait, y a vu, au lieu des armes
- d'Aragon, «un éeu portant tourteau sous un chef chargé des initiales M P {Monpessulanus), l’écu accosté d'une étoile à droite». (Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie, Paris,
À quelle époque remonte ce sceau ?
Il ne porte que les armes de Montpellier et d'Aragon; pas celles de France comme celui de la Faculté de droit. I] est donc postérieur à 1204, date de la réunion de la seigneurie des Guillems au royaume de Pierre Il, et antérieur à 1298, date de l'acquisition de Montpellier par Philippe-le-Bel. La Faculté des arts, fondée, en 1242, pour enseigner les Humanités, car le médecin a nécessairement besoin des sept arts libéraux !, et la réglementation de l’enseignement médical par la bulle
- du 28 février 1258, prouvent bien qu'il faut ne reporter qu'au milieu du
x1n1° siècle l’idée et la nécessité d'un cachet local, vraiment original. Il n'est, en effet, conforme n1 à l'usage n1 à la tradition que nous rapporte dans le Manuel des ascètes Jean de Verceil, sixième général des Frères- Prêcheurs, qui déclina le patriareat de Jérusalem, fut l'ami de saint Louis, dont il reçut une épine de la Sainte Couronne en échange d’un doigt de saint Dominique, et mort précisément à Montpellier, au couvent de son ordre, le 30 novembre 1283. Il nous apprend que la médecine était, en effet, personnifiée dans Hippocrate, la poésie dans Homère ou Ovide, la rhétorique dans Aristote, le droit dans un maître ès lois, chacun de. ces personnages avec un pupitre et un livre ouvert et des inscriptions explicatives ?.
Le sceau primitif de 1260 disparut après les guerres religieuses du xvr° siècle. L’édit de Nantes créant des chambres mi-parties, le culte de la Vierge, spécial aux catholiques, ne s’harmonisait plus avec
Imp. nat., 1881, in-4°, p. 284, n° 2594), L'examen de la matrice permet d'affirmer que Demay a été induit en erreur par la coulure de la cire qui ne permettait plus de distinguer ni les
‘ Josanges ni les couronnes.
1 Vincent, Specul. doctrin., liv. XV, ch. 2, f° 89. — Sprengel, Hist. de la Médecine, t. I, p. LI. — Voir ci-après, ch. xxvi.
2? Ovidius docens de fabulis suis discipulos suos... Aristoteles docens de logica discipulos suos. — Quidam magister legum docens discipulos suos de legibus... Vita brevis, ars vero tongior; tempus autem, experimentum vero fallax. Cette dernière pensée semble ironique, puisqu'elle est la contradiction du principal aphorisme du père de la médecine. (Liber asceticus fratris anonymi ord. Prædicat. examinatus et approbatus a venerabili F. Fonta Joanne de Vercellio generali magistro ordinis in capitulo Monspeliensi, anno salutis 1983. Bibl. mun. de Toulouse, Ms 418 (1,217), ap. Douais, Essais sur Les Études des Frères-Précheurs, pp. 17-20). |
le caractère mixte des nouvelles institutions; on remplaça dès lors la
Mère de Dieu par Esculape couronné de lauriers et assis sur un tertre couvert de simples, tenant de la main droite le caducée enlacé d’un serpent, désignant de la gauche le coq et le serpent, consacrés au fils d’Apollon. En haut, deux croix symbolisant peut-être les deux religions: à droite, l'étoile de Pythagore; à gauche, les lys de la couronne de
France; au-dessous, le blason des Guillems; tout autour, comme légende,
Sigillum novum doctorum medicorum Universitatis Magalonensis. 1605.
L'intolérance huguenote, substituant une divinité quelconque à la Vierge, c'est-à-dire la fable à la réalité, contrastait singulièrement avec le libéralisme des moines qui n'avaient pas craint de symboliser les sciences dans les grands hommes du paganisme. Notre Faculté ne devrait-elle pas rétablir l’ancien blason qui, du moins, témoignait de l'antiquité de notre École 2 ?
Maintenant que nous connaissons la constitution de l’École de médecine, signalons les principaux maîtres qui en firent la fortune et le renom.
Jean de Salisbury ou de Saresbury et Gilles de Corbeil mentionnent un certain Renaud qui aurait, de leur temps, trôné à Montpellier:
Qui Pessulani pridem vetus incola montis
In medicinali doctor celeberrimus arte Jura monarchiæ tenuit*.
Gilles de Corbeil débute, à la fin du xr° siècle, à Salerne par l’étude
des lettres; pendant une quarantaine d'années, il professe ensuite avec
1 Cartulaire de l’Université de Montpellier, p. xxxvir, PL. V.
2 En 1890, à l'occasion du sixième centenaire de l'Université de Montpellier, et à propos du drapeau des Étudiants où l'on avait rétabli dans les armes de la ville la Vierge supprimée après le 4 septembre, nous disions: «En l’enlevant, les républicains se sont-ils doutés que cet ‘emblème devenait sacré comme la relique du patriotisme, puisque le blason de Montpellier était précisément le même que celui de Strasbourg »? (Éclair du 16 mai). L'allusion fut comprise et, le 23 mai, à l’arrivée du Président Carnot, la Vierge reparaissait dans notre écusson. Nous ne félicitâèmes pas la municipalité pour ne pas la compromettre avec les énergumènes qui
. détestent la religion plus qu'ils n'aiment la France.
3 Layser, Hist. poet. et poem. med. @v., p. 514. — Astruc, Mém., p. 10. — Sprengel, Hist. de la Médecine, sect. 1, ch, BALE p598 4 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t, [, ch. xur, p. 282.
succès la médecine et les arts libéraux à Montpellier et à Paris, où il meurt vers 1220 t. |
«Trait d'union entre les anciennes et les nouvelles écoles» ?, 1l crée l'urologie, si négligée par Hippocrate et Galien, et se montre véritablement le maître en cette science, omnium qui de urinis scripsere facile princeps, comme on l'avait dit de Théophile, médecin grec du vir siècle 3. La nouveauté de ses doctrines, qui contraste avec la tradition de Montpellier, son orgueil excessif, son esprit caustique le brouillent avec ses collègues, qu’il ne craint pas d’insulter#. Un de ses commentateurs anonymes prétend même que les discussions tournèrent un jour au pugilat et qu'il fut lui-même roué de coups. Encore ses adversaires le tournaient-1ils en dérision: Ac s1 esset rusticus vel calcifex. De son côté, 1l a déversé sa bile dans un de ses livres:
Nec tecum moveat contraria secta duellum,
Dyscholus (sic) et mordax, vehemens, clamosus, inanis, Quem sterili lolio, pascit faragine crudi
Inflat et infatuat Monspessulanus error ®.
C'est probablement cette irritation qui le fait émigrer à Paris, où le précédait une grande réputation, et où il rencontre le succès et la gloire.
4 C.Vieillard, L'Urologieet les Médecins urologues dans lamédecine ancienne; Gilles de Corbeil, sa vie, ses œuvres, son poème des urines. Paris, Librairie scientifique et littéraire, 1903, p.238.
2 C. Daremberg, Hist. des Sciences médicales, t. I, ch. xIv, p. 282.
3 «importe peu, dit le D° Corlieu, de savoir si Théophile était moine ou chef de porte-lances (Protospatharios), qualification qui est restée accolée à son nom. Il était chrétien et, dans ses ouvrages, il invoque assez souvent le Christ, vrai Dieu. On n'a sur lui aucun renseignement précis». (A. Corlieu, Les Médecins grecs depuis la mort de Galien jusqu'à la chute de l'Empire d'Orient, Paris, 1885). — Vieillard, ébid., p. 1.
4 C. Daremberg, Notices et Extraits des manuscrits des principales bibliothèques d'Europe, Paris, 1853. — C. Vieillard, ébid., p. 238.
5 Truc et Pansier, Hist. de l'Ophtalmologie à l'École de Montpellier du xn° au xx° siècle, Paris, 1907, ch. 1, p. 4. — Gilles de Corbeil, De urinis, ap. Riolan, Curieuses recherches sur les Écoles de médecine de Paris et de Montpellier, p. 84.— Astruc, Mém., p. 238. |
6 Ipse novo faveat operi, nec Parisianas Æstimæt indignum physicam resonare camænas, Nam logices ubi fons scaturit, nisi plenius artis Excolitur ratio, sibi physica figere sedem Gaudet et ancillis non dedignatur adesse.
Adonné aux lettres sacrées, décoré du titre honorifique de chanoine
de la cathédrale, reçu docteur en théologie et en médecine, premier
médecin, archiater, de Philippe-Auguste, en 1198, il figure dans le
Carolinus, poème de Gilles de Paris, parmi les savants qui firent le plus d'honneur à la capitale :
Ille mei celeberrimus arle medendi.
Dans son panégyrique de la Faculté de Paris, Gabriel Naudé l'exalte aussi comme le plus illustre et peut-être le premier des médecins, primum vestræ facultatis genium et tutelarem Deum ?.
Gilles de Corbeil a laissé un vrai cours complet de médecine en divers traités plusieurs fois imprimés: De wrinis*, De virtutibus et
daudibus compositorum medicaminum*, De signis et symptomatibus.
Le savant était doublé d’un poète, car, suivant l’usage du temps, depuis le traité d'hygiène de Jean de Milan, connu sous le nom d’Ecole de Salerne, tous ses ouvrages sont en versf; celui De signis n’en
(Layser, Hist. poet. et poem. med. œv., p. 510). — Sprengel, Hist. de la Médecine, t. I, p. 393. — «Ces vers se trouvent dans le traité De urinis, à la fin. Dans l'édition des deux traités de Gilles, faite à Lyon, en 1525, chez Jacques Myr, avec Les commentaires de Gentilis de Fulgineo et les corrections d'Avenantius de Camerino, au lieu de Monpesulanicus error on lit Monspessulanus errans, ce qui regarde quelques docteurs de Montpellier, à qui Gilles reproche d'enseigner quelque opinion fausse sur les urines, et à qui il donne libéralement toutes les épithètes dont il a enrichi ses vers». (Astruc, Mém., p. 145). — C. Vieillard,
L'Urologie, p. 223.
1 Du Cange, Gloss. archiater. — Astruc, Mém., p. 142.
2 Naudé, De antiquitate et dignitate Scholæ medicæ Parisiensis panegyris. (B. F. M. P 714871). — Vieillard, L’Urologie, p. 216.
3 Ali autem, suum in philosophidà intuentes defectum, Salernam vel ad Montem Pessulanum profecti, facti sunt clientuli medicorum. (4. Salisbury, Métal., Gb. I, ©. 4, p. 11). — Carolinus, éd. Brial. — Dom Bouquet, Recueil des Historiens de France, t. XVII, p. 298.
# Catalogue des Mss. de la Bibl. nat., n° A 6988 et 8093. — Fonds de Sorbonne, 992. — Ces ouvrages ont été abrégés par Gautier, médecin, Bibl. nat., n° 9920, fonds de Sorbonne; une autre composition De dosi Medicinarum secundum Galterum pôrte dans l'Explicit le nom d'un certain de Viech Daise de Montpellier. (1bid., n° 976). — Littré, Gautier médecin, Hist. littéraire, t. XXI, p. 412.
5 Ægid. Corbol., de virtut. et laud. medicam. (Baluze, Vif. Pap., t. I, p. 1052). — Du Cange, Gloss. in voce physica composit. — Astruc, Mém., pp. 8 et9. — Germain, Hist. de la Commune .de Montpellier, Introduet., p. LXXvI.
6 «On peut se demander à quel mobile obéissaient ces écrivains et Gilles de Corbeil, en particulier, en mettant leurs œuvres didactiques sous forme de vers. La réponse est des plus
contient pas moins de six mille, à la manière de Claudien!. Parlant de Richard, un contemporain, il prétend que, sans l'éclat répandu par ses lumières sur Montpellier, la gloire de la médecine y serait depuis longtemps éclipsée.
Quo Pessulanus nisi mons autore nileret Jam dudum physicæ lux eclipsata fuisset ?.
I a malheureusement des pages cyniques, d'une crudité obscène qui n'a rien de scientifique et ferait douter de sa moralité, en légitimant la flétrissure de ses ouvrages qui, pour être en latin, n’en sont pas moins «la sentine de l'esprit français» à.
Cette dépravation intellectuelle explique trop bien l’anticléricalisme dé sa Médecine sacrée et amère, Hierapicra ad purgandos prelatos, violente diatribe de 5929 vers contre l’épiscopat. Il censure le haut clergé, alors qu'il n’est que l'écho des ressentiments de la cour contre
faciles, et nous la trouvons nettement formulée dans tous ces poèmes médicaux, quels qu’ils soient, Il faut se rappeler que l'enseignement était purement oral et que nombre d'élèves, pour ne pas dire le plus grand nombre, ne pouvaient pas se payer le luxe d'acheter le parchemin nécessaire à la transcription des lecons du maitre; il convenait donc que, tout. en restant claires et intelligibles, ces leçons fussent condensées le plus possible et données sous forme d’axiomes, faciles à retenir. Gilles a bien soin de nous dire, en plusieurs endroits de ses. œuvres, que c'est la considération qui l'a guidé dans le choix de la forme métrique: Scribimus autem secundum artificium metricæ posilionis sive rationis ut verba nexibus pedum ligata sub sigillomemoriæ fidelius claudantur et certior doctrina operetur.(Édit. Choulant, Curieuses recherches sur les Écoles de médecine de Paris et de Montpellier, Paris, 1651, p.23).— Vieillard, L'Urologie, p. 260). — «Le premier poème médical inédit dont Le premier feuillet porte le titre: De secretis mulierum (Bibl. nat., in-4°, n° 816 À, Catalog., t. IV, p. 434), n'est qu'une médiocre imitation des compositions du médecin poète Gilles de Corbeil». (Littré, Hist. littéraire, t. XXII, p. 140). — Voir Policarpi Leyseri, Hist. poét., p. 502. — Amaury Duval, Gilles de Corbeil, médecin et poète, Hist. littéraire, t. XVI, pp. 506-511.
1! «Le style est facile, abondant, ingénieux et ne manque, pour le ec. ni de correction, ni d'harmonie... . L'auteur, qui, à l'exemple des poètes latins de cet âge, avait une vive prédilection pour Lucain, a ‘conservé de cette longue familidrité avec le chantre de la Pharsale, dont il est plus aisé d'imiter les défauts que les qualités, toutes les habitudes de l'amplification, et il ressemble quelquefois, comme lui, à un déclamateur de l'École qui n'abandonne une pensée que lorsqu'il croit avoir épuisé, pour la rendre, tous les mots et toutes les formes de langage... Il imite très souvent Virgile, Horace, Ovide, Juvénal». (Victor Leclerc, Gilles de Corbeil, médecin et poète, Notice supplémentaire, Hist. littéraire, t. XXI, p.350).
? Ægidii Carmina, De compositis medicamentis, lib, I, v. 150, 151.
8 De Lentillac, Littérature française, I, p. 63. — Vicillard, L'Urologie, p. 254.
l'Église qui avait tort, à ses yeux, d’excommunier son royal client pour la répudiation de la reine [ngelburge et l'union adultérine avec Agnès de Méranie t. Ô
Jean de Saint-Gilles, quelquefois appelé de Saint-Alban, parce qu'il élait d’origine anglaise, enseigne les arts libéraux à Oxford. Médecin ordinaire, et même premier médecin de Philippe-Auguste de 1209 à 1223, il professe à Paris et à Montpellier. Son mérite lui vaut de faire
une grande fortune, qu’il ennoblit en achetant dans la capitale l'hôpital
Sant-Jacques pour le donner aux Frères-Prêcheurs, surnommés depuis les Jacobins. Or, un jour qu'il parlait, dans une lecon, de la pauvreté
volontaire, il se sentit tellement saisi qu’il descendit de chaire; afin de Ja mettre aussitôt en pratique?. Vèêtu de l'habit de saint Dominique,
pour s'adonner à la théologie, il rassemble encore plus d'auditeurs à ses
sermons qu’il n’en avait réunis à ses cours. Son éloquence détermine
Alexandre de Halès à entrer dans l’ordre de saint François, où il devait acquérir le titre de docteur wréfragable, et, sur le désir d’Innocent IV, composer une somme de théologie, imposée par Alexandre IV à toute Ja chrétienté. Jean de Saint-Gilles mourait en 1253, laissant une série d'ouvrages de philosophie et de médecine.
A lamême époqueencore: Géraudde Berri, Girardus in Montepessulano, cité par Jean Gaddisden, professeur au collège de Merton à Oxford et qui vivait en 1230#; un peu plus tard, Anselme de Gênes ou plutôt
1 Victor Leclerc, Gilles de Corbeil, Hist. littéraire, t. XXI, p. 324.
2 Script. Ord. Prædicat., t. 1, p. 100. — Daunou, Discours sur l’état des lettres, Hist. littéraire, t. XVI, p. 164. — Crevier, Hist. de l’Université de Paris, t. 1, pp. 320, 325.
3 Du Boulay, Hist. de l’Université de Paris, t HT, pp. 260, 262, 693. — Astruc, Mém. pour
servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier. — Bibl. med., et inf. lat.,t.I,
p. 22. — Daunou, Jean de Saint-Gilles, Hist. littéraire, t. XNII, p. 446.
4 Wood, Antiquit. Oxon., lib. I, p. 87. — Henrys History, t. IV, p. 440. — Sprengel, Hist. de la Médecine, Sect. 7, ch. T7, t. IL, p. 450. — Dans sa Chirurgica magna (cap. sing. Lugdunum, 1585, p. 6), Gui de Chauliac, parlant de la Rosa medicina de Gadden, dit: «Je croyais y trouver des parfums précieux, mais je n’y ai trouvé que les fables de Pierre d'Espagne, de Gilbert et de Théodoric». Ce jugement.est trop rigoureux; il y a autre chose que des fables dans l'ouvrage de Gilbert et ce n'est pas un monument qui dans l’histoire médicale du xm° siècle doive être négligé: mais.il est.vrai de dire que la médecine du moyen âge, impuissante à observer directement la nature, s’est longtemps agitée entre la recherche des
RD
de Porte, Henri de Guintonia, chancelier en 4239, Pierre Guizanhaire, chancelier en 1260?, surtout Bernard de Gordon, probablement le même que «Bernard le provençal» ,et qui était originaire du Midi. Sa vie s'écoule presque entièrement à Montpellier, où il débute comme professeur en 1285*%. On ne le connaît d’ailleurs que par ce qu'il dit lui-même de ses écrits. Auteur du Lis de la médecine, traduit du latin en hébreu par Jekuthiel ben Salomon, en 1387, de trois autres traités mis en hébreu en 1388, par un frère de Jekuthiel, Jehada ben Salomon, et du livre de la Phlébotomie, commencé «dans lillustre Université de Montpellier le 12 janvier 1307, la lune étant en conjonction avec le soleil» 5. Il expose l’enseignement de notre École dans son commentaire sur le Viatique de Constantin, qu’on a confondu avec Géraud de Solo, l’un des maîtres de notre Faculté, mais au xiv° siècle seulementf. Citons encore Viech Darch, à qui on attribue le livre de De dosi medicinarum secundum Galterium 7; Ermengaud ou Armengaud de Blaise qui avait l'intuition des maladies qu'il diagnostiquait, sans tâter le pouls, au simple regard®. Signalons surtout Pierre de Portugal, plus connu sous le nom de Pierre d'Espagne, né à Lisbonne et fils du médecin Julien; 1l enseigna
recettes et l'élaboration des documents grecs et arabes sans savoir expérimenter les unes, sans pouvoir féconder les autres». (Littré, Gübert l'Anglais, Hist. littéraire, t. XXI, p. 403).
4 «Porte, village de Languedoc. Il v a grande apparence que ce médecin est l’Anserimus de Janua, cité par Gui de Chauliac dans sa Chirurgie, dont on a altéré le nom en lisant un r pour un m». (Astruc, Mém., pp. 150-166).
2 Astruc, 1bid., p. 166. — Voir ci-dessus, p. 368. — Ranchinus in catalogo qui sacro apollinari præfixus est.(Astruc, 1bid., p. 401). — Apotlinus Monspeliensis oratio pro suprema: apollinari laurea Guillelimi Pelissier, Monspeliensis. (Ibid., p. 409).
8 Bernard Gordon, Lilium medicinæ, ed. Uffenbach., in-8e, Francof, 1617, p. 843. — Sprengel, Hist. de la Médecine, t. Il p. #48.
4 Carmoly, Hist. des Médecins juifs, pp.106-7, 25, 28. — Renan, Les Écrivains juifs français . du xive siècle, Hist. littéraire, t. XXXI, p. 731.
5 Xl n’y a pas beaucoup de temps que j'ai écrit le Lilium medicinæ: et, comme je vois qu'il a été accueilli sans envie et avec bienveillance, j'en ressens plus de liberté à mettre la main au présent traité, bien qu'il pût me dire à l'oreille: Sub lare privato tutius esse puto. (Lib. de Phlebotomia, Mss. 6961 f. 1. Bibl. nat., 443). (Littré, Bernard de Gordon, Hist.
tittéraire, t. XXV, p. 328).
6 Littré, Géraud de Berri, Hist. littéraire, &. XXIL, pp. 405-406. 7 Id., ibid., pp. H11-W5. — Voir ci-dessus, ch. xxv, p. 352, note à. 8 Daunou, Discours sur l'État des lettres, Hist. littéraire, t. XNI, os 194.
Ja philosophie à Paris et la médecine à Montpellier. Cardinal et évêque de Frascati, pape enfin, en 1276, sous le nom de Jean XXI, il déploya le plus grand zèle à favoriser les croisades et à réconcilier les chrétiens, mais mourut à Viterbe, après huit ans de pontificat, enseveli sous les décombres d’un plafond écroulé. Savant en tout genre, clericus generalis, il na pas laissé moins de dix-sept ouvrages: Traités de médecine, Commentaires sur Aristote, le Trésor des pauvres ou l'Art de quérir, etc. !.
Sous Frédéric Barberousse, au x1r° siècle, la guerre des investitures
avait obligé à émigrer en France les légistes guelfes, comme Placentin,
fondateur de l'Ecole de droit de Montpellier; les mêmes causes y amènent, sous Frédéric IT, au xx11°, des médecins et des chirurgiens qui intro-
duisent les livres et la méthode d’Albucasis, célèbre médecin arabe de
Cordoue (1106-1107), le rénovateur, en Espagne, de la chirurgie ?. Hippocrate, Galien, Albuéasis constituent la trinité scientifique, invoquée désormais par les praticiens #. On fait honneur decette révélation à Roger, Rogerius Salernitanus, Rogerius Frugardi, plus généralement désigné
Roger de Parme, qui conduisait avec lui Bruno de Calabre, Lanfrane
de Milan, Thaddée de Bologne, Louis de Reggio, Hugues de Lucques, Nicolas de Florence, Valesque de Tarente, Louis de Pise, Auguste de Vérone, Sylvestre de Pistoie et Arnaud de Crémonet.
4 Thesaurus pauperum, in-4°, Lugdun., 1525, pp. 253-260. — Fleury, Hist. ecclésiastique, liv. LXXX VII, t. XVIII, n° 12, pp. 222, 223. — Herm., Corneri chronic. in Eccard, t. I, p. 927. — Amalr. Auger de Biteris, ibid., p. 1781. — Trithem., Annal. Hirsang, vol. Il, p. 31. Hamberger’ s Zuverlæssige, Notions certaines sur les principaux écrivains, P. IV, p. 1440. —
Koehless Vollstoendige, Hist. complète du pape Jean XXI, in-4, Gottingue, 1760. — Sprengel, Hist. de la Médecine, sect, 7, t. Il, p. 413.
2 «Albucasis parait avoir écrit une sorte d'encyclopédie médicale intitulée Al Tassrif, c'est-à-dire exposition des matières, et divisée en trois grandes parties: l’une traitant de la médecine proprement dite; la deuxième de la chirurgie; la troisième de la chimie pharmaceutique. (Ch. de Tourtoulon, La Chirurgie d’Albucasis, Revue des Langues romanes, t. [, p. 4).
3 Lajard, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, t. XXI, p. 518.
4 Quesuay, Recherches critiques et historiques sur l’origine, sur les arts et les progrès de la chirurgie en France, 1144, in-4°. — Voir à la suite J, de Vaux, Index funer., p. 4 —
Lajard, ibid., pp. 513, 514. — Nous savons par Lanfranc, que Léon Franco passa par Lyon et - dédia sa Practica à Philippe-le-Bel. (Hunting, Donat, 1). — Renan, Les Rabbins français,
Hist. littéraire, t. XXVNII, p. 621.
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Assurément tous ne s’établirent pas à Montpellier, mais la plupart durent s’y arrêter, en arrivant, comme les papes de la même époque, par le port de Maguelone, Aiguesmortes n’existant pas encore. Ils exercèrent une influence directe et indirecte sur notre École. On a même prétendu que Roger fut chancelier de notre Faculté‘. Ce qu'il est moins plausible de croire, c’est que les chirurgiens français fussent «presque tousidiots {sachant à peine leur langue), tous laïques, vrais manœuvres, et si ignoraunts qu'à peine trouvait-on parmi eux un chirurgien rationnel» ?.
Quoi qu'il en soit, il existe à la bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier quatre manuscrits du plus haut intérêt: le numéro 89, du x siècle, Chirurgia magistri Rogerü, avec une série de lettres
1 Catalogus manuscriptor. bibl. regis Paris, t. IV, pp. 297, 306. — Sprengel, Hist. de la Médecine, t. IT, p. 416. — Rogerius Salernitanus cancellarius Universitatis Monspeliensis; ejus chirurgica prodiit Venitiis 1499. (Stephan, Hieron de Vigiliis von Creuzenfeld, Bibl. chirurg., Vindole, 1781, 2 vol. in-4). — Le nom de Roger de Parme n'est qu'une seule fois mentionné dans Astruc (Mém. pour servir à l'histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, Paris, 1761, in-8°). — «Plusieurs écrivains, notamment Haller Tiraboschi, De Vigiliis, le P. Affa, Sprengel et l’auteur anonyme d'une Bibliothèque de chirurgie publiée à Vienne, en 1781, disent, en alléguant des manuscrits qu'ils n’ont point vus, que Roger avait été chancelier de l'Université de Montpellier... Les registres de l'Université, pour le x siècle, n'ont pas été conservés... La collection des portraits des chanceliers que possède la Faculté de médecine de cette ville, ne commence qu'à Ranchin, qui vivait dans le xvre siècle. Nous n’en sommes pas moins portés à croire, avec feu le docteur Amoreux et avec MM. Broussonnet et
Kühnholtz, qu'il n'existe aucune raison suffisante pour admettre que Roger de Parme ait
rempli à Montpellier les fonctions qu’on lui attribue». (F. Lajard, Roger de Parme et Roger de Baron, Hist. littéraire, &. XXI, pp. 515, 517).
2 Eloy, Dict. hist. de la Médecine, édit. de 1788, t. III, p. 14. — Lajard, ibid. — «La traduction manuscrite de la Chirurgie d'Albucasis, que j'ai procurée à la Bibliothèque, par l'ancienneté de l'écriture me paraît antérieure à toutes les versions latines». (Prunelle, De l'Influence exercée par les Médecins sur la Renaissance des Lettres, Montpellier, 1809, p. 109). — «On cite dans l'ouvrage de médecine intitulé 71773 (Oxford, n°s 2131 et 2135 I et Vienne, CLXI) un Nathan de Montpellier. «D'un autre côté, dans le manuscrit de Paris 1122, il y a deux fragments d'un Traité de chirurgie en 61 chapitres d'un élève de Nathan de Montpellier et on se demande, dans le catalogue, si ce Nathan n’est pas identique à Nathan de Falagéra, l’auteur de l'ouvrage intitulé «Baume du corps», qu'on trouve dans plusieurs manuscrits. Sur l'identité de ces deux Nathan, qui reste pour le moment douteuse, on peut consulter M. Steinschider dans l'Archiv für pathologische anatomie and Phisiologie und für klinische medicen, t. XI, p. 330, et sur un ouvrage sur les traductions hébraïques, p. 842». (Renan, Les Écrivains juifs français du xiv° siècle, Hist. littéraire, t. XXXI, p. 730).
FL" )r OR , be babes << es, 2 Se. Len Re ni d'Or TRS ES VASE Se Dit SE PTS CA te BE ere
ornées et de nombreuses figures coloriées représentant les opérations et les instruments dont il est question dans le texte. Le 89 bis, inscrit
Sous le même titre, est incomplet; la désignation et l’attribution en sont
erronées, puisqu'il est de Bruno Longoburgiensis, Bruno de Calabre, un des compagnons d'Albucasis. Le catalogue ne mentionne pas le 89 ter qui contient la Pars tertia Albucasis. Le 95, bel in-folio très précieux, avec enluminures sur velin de 140 pages à deux colonnes, est une traduction romane de la Chirurqgia: Ayssi començan la paraulas de Albucasim *.
Après les papes et les évêques, ce sont les rois d'Aragon Jayme [°, en 1272, et Jayme IT, en 1281, qui dénoncent l’audace des'‘praticiens, juifs ou chrétiens, se dérobant aux épreuves et dont l'ignorance compromet à la fois la vie des hommes et le renom de Montpellier ?. Ils enjoignent à leurs lieutenants et à leurs officiers de punir les réfractaires
. des deux sexes, dès la première réquisition de la Faculté. Philippe VI
devait, en août 1331, renouveler ces mêmes dispositions.
Si les règlements étaient quelquefois éludés, le corps professoral ne craignait pas de les rappeler et d’en exiger le respect, comme en témoignent, en 1281, les protestations du vice-chancelier auprès de l'official et de l’évêque contre l’admission de Jean de Chypre à prêter
serment, bien que non gradé*; en 1289, ses plaintes à Nicolas IV qui
avait accordé la licence à Ermengaud Blaise, indigne, paraît-il, d'une telle faveur et la sommation de l’Université de médecine à lofficial de Maguelone qui avait ainsi violé les statuts {. Le Pape nomme une
4 Depicta sunt in hoc volumine instrumenta chirurgiæ, 207.
2 Jllorum audaciam reprimamus, qui presumunt sine examine et licentia practicare, per quod non solum nomen sed fama ejusdem studii denigratur, sed et multa incumbunt mortis pericula et rerum dispendia inferuntur. Et ideo prohibemus in perpetuum et districte omnibus utriusque seæus, Chistianis et Judeis, ne quis audeat in facultate medicine aliquod officium practicandi exercere, nisi prius ibi examinatus et licentiatus fuerit. (Lettre patente de Jayme I:, 20 juillet 1272, Cartulaire de l'Université de Montpellier, & I, n° 14, p. 202. — Lettre de Jayme IT, 13 avril 1281, ibid., n° 16, p. 207). — Hist. gén. de Languedoc, t. IV, p. 38; édit. Privat, t. IX, p. 38.
3 Cartulaire de l'Université de Montpellier, n° 15, p. 203.
4 Sommation faite à l'officialité de Maguelone, Cartulaire de l’Université de Maguelone,
commission spéciale pour juger l'affaire, ce qui prouve et l'efficacité
des recours à Rome et la réalité du contrôle pontifical !.
Le médecin, qui exerce une profession libérale, n’est pas tenu au
désintéressement absolu. Aussi faut-il voir quelles précautions prenñent
les docteurs de Salerne et de Montpellier pour s'assurer le paiement des honoraires que prodiguent les malades tant qu'ils souffrent, qu’une fois rétablis ils négligent trop souvent d’acquitter?. :
1 Le Livre des Privilèges de l'Université de Montpellier, f° 14. — Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. IX, p.79. — «On vérra Nicolas LIT annuler, en 1278, sur la . requête de notre Université de Montpellier, certaine licence conférée, contrairement à ses statuts par l'official de Maguelone. (Bulle du 1°" octobre 1278, Germain, L'École de médecine de Montpellier, Mém. de la Société archéologique de Montpellier, t. VIH, p. 298). —Il ya là évidemment une erreur. Cette bulle n'existe pas. Il s’agit du pape Nicolas IV et de la bulle du 1°* octobre 1289.
2? Bulle de Nicolas IV, 1°" octobre 1289, Cartulaire de l’Université de Montpellier, n° 19, CD 1200!
Dum dolet infirmus medicus sit pignore firmus; Ægro liberato dolet de pignore dato:
Ergo petas precium, pacienti dum dolor insat; Nam dum morbus abest, dare cessat, lis quoquerestat;... Est medicinalis medicis data regula talis; Ut dicatur; da, da, dum profert languidus ha !-ha ! Regimen Sanitatis (Collectio Salitern., €. V, p. 103). — Vieillard, L’Urologie, p. 232.
Ne laterem fortasse laves, ne semen in agro
Abscondas sterili, firmis vincire memento
Pactorum laqueis...
Dum dolor excruciat ægrum, dum major in illo
Dandi fervet amor, se pignore pactio firmet,
Defervente mali motu gelidus recidiviat
Torpor avaritiæ: frigescit gratia doni,
Incipit et medicus gravis ac onesorus haberi,
Cujus opus minuit ingratus et improbat æger
Et meriltum attenuat, vacuumque recedere cogit. (Gilles de Corbeil, De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum, ap. Choulant, p. 198).
Duo deprehendi eos fideliori tenuisse memoria, et frequentius in eorum operatione versari. Alterum quidem Hippocratis est(sedibi vergit ad alium intellectum): ubi, inquit,indigentia, non oportet laborare, et revera inopportunum et inofficiosum opinantes dare operam indigentibus et eis qui nolunt aut nequeunt: vel solis verbis eorum plene gratiam referre mercedis. Alterum profecto est, non, quod meminerim, Hippocratis, sed diligentium adjectio medicorum: dum dolet accipe. Occasio siquidem exvigenti maxime opportuna est, cum dolor excruciat ægrotantem, sibique cooperantur languentis exulceratio et avaricia medentis. (Jean de Salisbury, ap. Riolan, Curieuses recherches sur les Escholes de médecine de Paris et de Montpellier, p. 79). — Vieillard, L'Urologie, p. 233.
% De. ne de Corbeil les poursuit . la même haine que les docteurs è de celte ville !; et, à propos de l’électuaire Diaprunis, qui pouvait être À préparé, soil avec du miel, soit avec du sucre, il leur reproche de
compromettre la vie des malades non moins que la réputations des
médecins 2, Ce qui ne l’empêche pas, à son tour, de les engager à varier la couleur de l’onguent populeum avec du bois de santal, du safran, de la rose rouge ou du camphre, afin d'accroître les honoraires ? en persuadant au malade qu’on administre un nouveau
remède.
La pharmacie étant une des formes de la bienfaisance, le clergé devait s’y intéresser et la favoriser de son mieux. Un chapitre général de l’ordre des Frères-Prêcheurs décide même d'entretenir au couvent de
: : Montpellier, comme au sanctuaire de la médecme, vingt-quatre frères
convers français ou allemands, italiens, espagnols ou polonais pour
Quos non artis amor, non fama, sed ambitiosi Incitat et pungit venalis gratia quæstus;
Non male præsumant genus hoc tentare medendi, In quo plus valet ars, quam præceps alea casus.
(Gilles de Corbeil, De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum, édit. Choulant, p: “4
Qui vendunt species et aromata, pharmacopolæ, Qui pigmenta colunt: qui dum sua pondera mutant, Et trutinas fallunt, et formas conficiendi Fraudis adulterio viciant,.… Accelerant morbos, et testamenta resignant.
(Gilles de Corbeil, ibid., édit. Choulant, p. 257).
Expedit unguenti medicum variare colorem:
Res eadem data multotiens sub compare forma Respuitur,.. | Discolor unguenti species var 0 frequenter In cura ægroti probat artificem studiosum Atque manum medici dono prægnante decorat.
(Gilles de Corbeil, ibid., édit. Choulant, p. 183).
s'exercer dans cet art, qui était une double application de la science et de la charité .
Car molt y et arbres plantés Et herbas et bonnes michines Dont faict les bonnes méchines *?.
De tous les symptômes de maladies, celui qui paraît avoir le plus préoccupé les. médecins du Moyen âge et exigé la plus prompte consultation, c'était le frisson, «Frachaus sentoit, de fièvre se douta» ?.
Moi dist uns mires qui iert de Besançon, Que me donna herbes et puisson ; Que eri mon cors avoie grant frison#.
Le x1x° siècle a glorifié Pasteur pour avoir découvert le remède à la rage dans l'injection même des moelles rabiques dont la dessication atténue la virulence. Or, dès 1130, le Moyen âge possédait un remède, analogue, sinon aussi efficace, contre les morsures et le venin des animaux, la thériaque, antidotum thyriacum de corpore serpenti dicitur ÿ. On la fabriquait avec des sécrétions de l’animal ou de son corps mis en poussière et, pour l’avoir bien pure, on apportait un grand soin à la confection des triacliers où elle restait en réserve. Après Venise, ce fut
4 Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. WI, p.45. — Contrairementà ses habitudes, il n'indique à Ce sujet aucune référence. Nous avons en vain étudié tous les actes des chapitres généraux (Martène, Thesaurus novus anecdotorum, acta capitulorum generalium Prædicatorum, t. IV, col. 1669-1964), nous n’v avons pas trouvé cette décision qui a pu être une coutume, mise en pratique sans avoir été l'objet d’une décision solennelle. N'y a-t-il pas encore à Florence, au couvent du même ordre à Sancta Maria novella, une pharmacie : Qui el suis opibus medicum domum acciere non possunt ad nos veniunt. Ibi quæ necessaria sibi sunt, omnia consequuntur. (Passerini, Storia degli stabilimenti di beneficenza della cita di Firenze, pp. 859-860. Voir p. 860 avec quelle prodigalité on soignait les malades). — Léon Lailemand, Hist. de la Charité, t. I, p. 224.
2 Poème de Robert le Diable, ap. Dom du Bourg, prieur de Notre-Dame-d'Auteuil, Frère Gabriel, p. 229. |:
3 Auberon, vers 1716.
4 Amis et Amiles, vers 1195-1197.
5 Foulcher de Chartres, ap. Laborde, Notice sur les émaux du Louvre, 1853, Ile partie,
> : me Montpellier qui eut le privilège et la réputation de produire la meilleure!
L'Acharistum antidotum, souverain contre les maladies de poitrine, est qualifié d'ingrat, parce que l'effet en est si prompt?, qu'il fait douter de la gravité du mal et permet d’en attribuer la guérison à l'action de la nature plutôt qu'à l'ordonnance du docteur*.
C'on trait triacle de serpent, Qui molt a grand mestier sovent A ce qui sont envenimé. (Bible Guyot, vers 3510-2511).
— Voir De Triacle et de venin, nouveau recueil de contes dits fabliaux du xu° et xv siècles, collection Legrand d’Aussy, Barbazan et Méon, par Achille Jubinal, t, II, pp. 360-371. — La
+ thériaque fut, paraît-il, imaginée par Mithridate, roi du Pont, rival de la République romaine
et qui, craignant d'être empoisonné par ses émissaires, essaya sur les prisonniers ct sur lui-même tous les contrepoisons. A la suite de ses expériences, il composa un électuaire
monstrueux, theriaci (Onoué, bête venimeuse), le plus complexe de tous les antidotes, mélange de cinquante-quatre substances dont la chair de vipères la plus propre à guérir de toutes
$ les morsures vénimeuses. «Elle réussit dans mille cas qui semblent opposés, parce qu'il a mille rôles favorables à la santé; elle réunit, pour ainsi dire, tous les goûts possibles de n: tous les estomacs». La science moderne ne partage plus l'enthousiasme de Bordeu vis-à-vis de cet électuaire... Christophe de Jussieu rapporte (1708) qu'ayant fait mordre par des vipères six chiens, les trois seuls qui avaient pris de la thériaque furent sauvés. Nous dirons avec Mérat, que «la composition monstrueuse appelée thériaque ne doit pas être entièrement
rejetée du domaine de la thérapeutique». (Ernest Labrée, ap. Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, verbo: Theria, I, Thérapeutique, t. XVIL, pp. 113, 115 — Cf. Edme Bourgoin, verbo: Thériaque, I, Pharmacologie, ibid., p. 170). — Voir intéressant Discours # sur la thériaque et ingrediens d’icelle faicte à Montpellier par L. Catelan, M° apothicaire
en la dicte ville, in-12, 313 pages. (Bibl. de l'École de médecine, n° pc 156.). — A la page 100
il s'occupe des «bulbes blancheastres et longuets qui se treuvent en quantité parmi le sablon de nostre plage es environs de Maguelone et ailleurs». — Encore en 1724, la faculté de médecine de Saragosse consultera un médecin sur la thériaque: ÆEpistola scripta a B. D. | Laurentio de Arius, primario professore Facultatis medicinæ Cæsaraugustanæ, ad R.F. | Franciscum Chicoyneau, cancellarium Universitatis nostræ et Responsum, de theriaca # conficienda, 12 septembre 4724. (Arch. de la Faculté de médecine de Montpellier, Liber congregationum, pp. 492, 493). | < 5e Fertur Acharistum sine munere: nam suus actus
Sic celer et properus et præmaturus habetur,
Sic quoque præcelerat optatæ dona salutis
Quod medicum donis et munere privat honoris,
Et facit ingratum loculis discedere laxis.
| {Gilles de Corbeil, De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum, édit. CGhoulant, p. 11). k
Gratior esse solet medico (lenta salus), magis obligat Impregnatque manum donis et nomem honore ægrum. Lentus salus.….
Gratior, esse solet medico. (Id., ibid.).
PE PRE IR mn Rene de
Certaines drogues, comme le diamargariton, mixture où entrent deux sortes de perles ‘, les dus margarites, restent spéciales aux riches dont le traitement doit dépasser le prix normal; on le fabrique en
broyant les gemmes les plus précieuses et en réduisant l'or en une
poudre additionnée d’ambre ?. Les pauvres ne-peuvent donc profiter de cette recette dispendieuse; mais Gilles de Corbeil croit les consoler en leur persuadant avec ironie que la meilleure hygiène consiste à prendre, non des mets succulents et de bons vins, mais simplement
les fruits de la terre et l’eau de source *.
Les docteurs ayant intérêt à proportionner les drogues à la fortune des clients, comment s'étonner que la pharmacopée fût subordonnée à la richesse #?
Que cette préoccupation de lucre, si fatale aux malades, contraste avec le désintéressement des vocations religieuses !
Dès le 1° siècle, l'Église fait de la charité la première des vertus. Durant l'ère des persécutions, elle l’exerce à domicile par le ministère de l’évêque «père des fidèles» 5, et du diacre «ses oreilles, ses yeux, sa bonté, son cœur et son âme» f. Avec la paix et la liberté religieuse surgissent de toutes parts des œuvres innombrables et incomparables, Brephotrophia pour les enfants trouvés, Orphanotrophia pour les orphelins, Gerontocomia pour les vieillards, Nosocomia pour les malades
4 Vieillard, L'Urologie, p. 250.
2 Aggravet hic medicina manum: sumtus onerosos
Exigat: hic positas debet transcendere fines, Contundat gemmas, molat aurum, misceat ambram.
(Gilles de Corbeil, De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum, édit. Choulant, DM):
3 Quæ via curandi morbos, quæ causa fidelis Certa medela malis, nisi parcæ sobria vitæ .
Regula privatis plerumque accomoda mensis ?
Plus aqua, plus tenuis sub tecto paupere victus (Ibid., édit. Choulant, p. 80).
3 Empta solet care multum medicina juvare:
Si quæ detur gratis, nil affert utilitatis.
(Coll. Salern., p.514). — Vieillard, L'Urologie, p. 251,
5 Constitut. apostol., lib. V, ce. 1.
6 Jbid., lib. IE, c. 44.
à et infirmes, Xenodochia pour les voyageurs ou pélerins !, car, dit saint Isidore, c’est l’évêque qui doit prendre soin des pauvres, nourrir ceux qui ont faim, vêlir ceux qui sont nus, héberger les voyageurs, protéger les veuves et les orphelins, racheter les captifs ?. Au vi° siècle, comme ilest dit dans un capitulaire carolingien, tous les hôpitaux sont réputés lieux saints.
Le Moyen âge ignore la charité légale, cet impôt forcé sur le peuple, distribué non gratuitement par des fonctionnaires, c'est-à-dire des salariés. Il pratique, en revanche, la charité qui s'inspire de la fraternité, et ne vit que de sacrifices. Sous la féodalité, comme pendant «la barbarie, la volonté d’arrêter les souffrances populaires se trouve dans les doléances des conciles» 4. Ceux de Reims en 813, de Paris en 829, d’Aix-la-Chapelle en 836, notamment, ordonnent, même aux prélats, de faire asseoir à leur table quelques indigents 5. Ainsi Louis IX «touz les jours donnoit à mangier à grant foison de povres, sans ceux qui | mangeoint en sa chambre; et maintes foiz vi que il meismes lour tailloit lour pain et donnoit à boire» ©.
ES Cependant les milliers de petites congrégalions, vouées de tous côtés au soin des malades , demeuraient isolées, localisées, n'ayant ni le lien d’une vie commune et la tradition des mêmes observances, ni la conformité et la force qu'assurent l’unité de direction en même temps que la pensée d’une organisation complète de l'assistance publique.
4 «Le mot de æænodochium s'appliquait aux maisons où l'on ne recevait que les pauvres passants». (Merlet, Introduction aux Archives de Ge 1867, p. x1). 2S-"Isid., De Eccl. off, Üib. Il, €. 5, n: 18, 19. 3 Nosocomium id est, venerubilis locus in quo ægroti homines curantur. (Muratori, Rer. italic. scriptor., t. I, p. 581).
4 Heraldi, Capitul., ©. 18,108. — Hincmar, €. 9, 10. — Brune, Hist. de l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit, Paris, Picard, 1892, p. 14.
Hot Picot, Séances et Travaux de l'Académie des Sciences morales et politiques, septembreoctobre 1896, p. 6). — Cf. Alexandre Monnier, Hist. de l’Assistance dans les Temps anciens et modernes, Paris, 1856, ch. ir, pp. 139-280.— Voir le travail très bien fait et très intéressant de 2 M. Cros-Meyrevieille, vice- président de la Commission des Hospices de Narbonne, membre du F: “ Conseil supérieur de l’Assistance publique : RUE du Patrimoine des pauvres, . __ Paris, Masson, 1906.
* 6 Jean sire se Joinville, Hist. de saint Louis, ch. ox, 464, édit. Natalis de Waïlly, MDCcGLxvIt, pe 248. É
1l faut descendre jusqu’au x1r° siècle pour découvrir des statuts généraux qui déterminent et assurent le service des pauvres et des malades!.
Le souffle des croisades qui soulève l’Europe vers l'Orient, suscite, en même temps que des ordres militaires pour la délivrance du Saint- Sépulcre, des ordres hospitaliers pour le soulagement de toutes les misères. Et Montpellier, qui avait créé la première école de médecine en France, a le mérite de donner alors naissance au «premier hôpital de la chrétienté» ?.
A l'ombre des temples, centres essentiels de la vie religieuse, près des cathédrales, dont les origines se confondent avec celles de l’épiscopal, autour des monastères où accourent les plus fidèles serviteurs du peuple, s'élèvent alors des aumôneries et asiles?, hospices et hôpitaux, maisons ou hôtels-Dieu, refuges et léproseries#, où tout le monde est admis sans
4 Liber diurnus, édit. Sikel, pp. 61 et 63. — Delaville le Roulx, De prima Hospitaliorum origine, Paris, 14885. — Du même, Cartulaire général des Hospitaliers, Paris, 1891, in-f°, I, 62. — Le Grand, Les Maisons-Dieu, Revue des Questions historiques, t. LX, p.102. — «L'autorité épiscopale était souvent impuissante à réprimer des désordres et des abus entretenus par les seigneurs laïcs. Ce qui manquait à ces communautés éparses partout, c'était le lien le plus ferme d'une autorité centrale et unique. Ce lien, appliqué pour la première fois aux ordres mendiants, fut la source de leur développement, Comme aussi de la prospérité des ordres hospitaliers-militaires. Il ne faut pas non plus chercher ailleurs la cause principale de l'éclat jeté aux xur° et x1v* siècles par l’ordre du Saint-Esprit, sorti, comme ceux que nous avons nommés, d'un humble hôpital. Par là est expliquée l'origine de ces communautés qui desservent les hôpitaux aux xtre et xin° siècles, comme aussi leur unanimité à suivre la règle canoniale. (Brune, Hist. de l'Ordre hospitalier du Saint-Esprit, Paris, 1892, p. 23). — Cf. La Discipline de Thomassin, t. IT, part. I, t, II, ch: xt. — «Autant de maisons-Dieu, autant de communautés différentes. C'était le vice de cette organisation; ce fut une des causes de sa ruine». (Léon Gautier, Hist. de la Charité, ap. Études et Travaux historiques, 2° édit., p.33).
2? Hélyot, Hist. des Ordres monastiques, Paris, 1731, t. II, p. 196. — Mohesen, Comment. de medicis equestri dignitate ornatis. Berolini, sive anno (?). — Gautier, Abrégé de l'Histoire des Frères hospitaliers de l'Ordre du Saint-Esprit. Paris, 1653.
3 Léon Le Grand, archiviste aux Archives nationales, Les Règles de l'Hôtel-Dieu de Pontoise, in-8° de 54 pages, 1871 ; Les Maisons-Dieu, leurs Statuts au xir° siècle ; leur Régime intérieur au Moyen âge, Revue des Questions historiques, t. LXXII, pp. 95-134. — Alexis Chevalier, L'Hôtel-Dieu de Paris el les Sœurs Augustines, Paris, Champion, 1902, in-8° de xx1v-553 pages. — Ces sœurs que la Révolution avait respectées et maintenues, auxquelles la Terreur vota même un supplément de cent livres pour un nouveau costume, la République des Loubet ct des Fallières les a odieusement expulsées.
4 Élisabeth Speckman, Les Hôpitaux et les Léproseries, Medicinal hopital, ap. The Dublin Rewiez, octobre 1903, pp. 283-293. — Nous avons déjà parlé.des léproseries. (Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, eh. vit, pp. 251-258).— M. Léon Le Grand a publié, dans le Bulletin
pendant la Guerre de Cent Ans, t. I, p. 527, n° 230).
distinction ni exclusion de race ou de condition, de nationalité ou de religion. «Soldats et bourgeois, religieux et laïques, juifsetmahométans,
se rendaient au besoin à l'Hôtel-Dieu et étaient tous reçus, car tous
portaient l’insigne de pauvreté et de misère» !. Ainsi rencontrait-on à
l’hôpital-mage de Béziers, Allemands et Bourguignons, Hongrois et Savoisiens, Espagnols et Gascons ?. Les portes de Maguelone n’étaientelles pas ouvertes etiam Judæis et Sarracenis * ?
Bien que les routes, alors si dangereuses, ne fussent pas entretenues,
on ne se déplaçait pas, alors, guère moins qu'aujourd'hui. On s'était
donc ingénié à multiplier les hôtelleries le long des chemins, surtout aux
portes des villes où l'insécurité des temps obligeait à relever de bonne
heure les ponts-levis, ce qui exposait les retardataires à passer la nuit , P
sans gîte et sans nourriture: /n quo pauperes Christi fideles et peregrini
abidem transeuntes eleemosinas et refectiones et alia caritativa subsidia
| recipi consueverunt ÿ.
Saint Benoît avait recommandé à ses moines de soigner avant tout
les malades °. A cette inténtion se forment des corporations et des
congrégations, avec des familiers, donnés ou oblats, dominés par le même sentiment de foi en Dieu et d'amour du prochain, qui s’interdisent de rien retenir pour eux, en dehors de la simple nourriture et
du Laboratoire expérimental de viticulture et d’œnologie de la maison Moët-Chandon, une intéressante étude sur la léproserie d'Épernay. — Le règlement de 1525 conservé aux Archives nationales, élaboré à la suite d'un accord entre les habitants et l’abbaye de Saint-Martin, nous
révèle la charité aussi délicate que généreuse des religieux, qui nourrissaient les hôtes de
pain blanc et d'œufs, de viande et de poisson avec deux pintes de vin par jour, l’un de vin fin, l'autre de vin ordinaire. (Revue des Questions historiques, t. LXXV, p. 216).
4 Léon Brièle, Arch. de l'Hôtel-Dieu de Paris (1151-1300), Notes, Appendices et Tables par E. Coyecque, in-4° Lx1-663 pages, Imp. nat., 1894, f. I, p. 63. — Cf. Rèÿles de Saint-Jean-de- Jérusalem, XVI; d'Aubrac, Il; d'Angers, VII; du Saint-Esprit; d'Amiens, XXIV; de Paris, XXI. — Léon Lallemand, Hist. de la Charité, t. IT, p. 196.
2 In quo talium sic transeuntium magna multitudo cotidie ac confluit et inibi recipi die mocteque consuevit. (Denifle, La Désolation des églises, monastères et hôpitaux de France 3 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. 1v, p. 132.
4 Léon Lallemand, 2bid., t. II, p. 115.
5 Id., ibid., t. L, p.118.
Voir ci-dessus, ch. xxv, p. 322. — Daremberg, L'École de Salerne, p. LxI.
jus 2 ie PR
d'un modeste vêtement !. Tout autre prélèvement serait taxé de vol et de sacrilège: Quidquid prater necessarium victum ac simplicem habitum de altero retines, tuum non est, rapina est, sacrilegium est?. «Il n'est pas convenable que les maîtres, c'est-à-dire les malades, manquent de nécessaire, alors que les serviteurs (frères et sœurs) jouissent du superflu: Quia non est bonum dominos egere et servos splendide vivere*. Rien n'est encore trop beau pour rendre utile et orner la maison des pauvres et des malades, où, suivant l'inscription du Saint-Esprit à Dijon, ils trouvent leur nourriture et leur asile, véritable maison des maisons, comme Ja fleur des fleurs,
Ut rosa flos florum, sic est domus ista domorum ; Nam pupillorum est cibus et requies miserorum.
Une fois admis, les malades sont soignés jusqu’à complète guérison ou jusqu’à leur décès, Donec a suis infirmitatibus vulneribus et lanquoribus liberarentur aut decederent ÿ. Et combien admirable la pieuse sollicitude dont ils sont entourés; de plus instructif .que l'hygiène dont ils sont l'objet ‘; de plus édifiant que les sentiments qu’on leur inspire 7!
Au xur siècle, «l'esprit de charité part du Midi de la France et la gagne tout entière» $. Les religieux qui suivaient la règle de saint Augustin, dit Hurter, se consacraient plus particulièrement au devoir
! Philippe de Beaumanoir, Les Coutumes de Beauvoisis, LXI, $5. — Luigi Vitali, La Beneficienza in Milano, p. 305. — Léon Le Grand, Maisons-Dieu, p. xxxvir1.— Léon Lallemand, Hist. de la Charité, t. IL, p. 60. — Sprengel, Hist. de la Médecine, t. WU, pp. 354-360.
2 S. Bernard, Epist., Lettre à Foulque, vers 1120. — Migne, Patrol. lat.,t. CLXXXIL, pp. 86 et 107.
3 Règles de Troyes, XLIV; Lille, VIT; Amiens, XXXIX ; Paris, XLIL; Angers, IX; Florence, ap. Passerini, Du Patrimoine des Pauvres, p. 843. — Léon Lallemand, ibid., p. 190.
* C. Peignot, Hist. de la Fondation des Hôpitaux du Saint-Esprit de Rome et de Dijon, (Extrait des Mém. de la Commission des Antiquités de la Côte d'Or, 1838, in-4, p. 8). — Léon Lallemand, ibid., p. 160.
5 Denifle, La Désolation des églises, monastères et hôpitaux de France, t. I, n° 166, pp. 60 à 62.
6 Hurter, Tableau des Institutions et des Mœurs de l'Église, t. If, ch. 11, p. 190.
7 Léon Le Grand, ibid., pp. 201, 208 et passim.
8 Voir Léon Le Grand, La Prière dans les Hôpitaux de l'Ordre Saint-Jean- de-Jérusalem (Bibliothèque de l'École des Chartres, 1896, pp. 325-338).
d'humanité !. Nous avons vu avec quelle délicatesse et quelle générosité les chanoines de Maguelone exerçaient l'hospitalité: Pax in eleemosyna
et hospitalitate, hberalitas et munificentia?; or, c'est un fils de son
Église #, qui a l’initialive et le mérite de fonder pour les malades et les miséreux, les enfants et les vieillards, l’ordre du Saint-Esprit, que loue le grand pape Innocent III, comme l'institut par excellence #.
Ce pape nous apprend que Montpellier fut le berceau et Gui le fondateur de cet établissement *, placé sous l'invocation de Celui que le roi Robert implore dans sa prison comme le père des pauvres, Ven: pater pauperum$. Hélyot, Hurter, Germain et tous les documents désignent, en effet, Gui comme fils de notre Guillem VII, de ce seigneur de Montpellier qui fut un des premiers à reconnaître la légitimité d’AlexandreIll, se déclara son vassal, son homme-lige et, bien qu'allié par sa femme, Marguerite de Bourgogne, à Frédéric Barberousse, n’hésita pas à repousser les séductions de l’empereur et refusa de lui livrer le grand pontife lorsqu'il vint pour la seconde fois à Maguelone 7.
Guillem VII eut quatre fils et cinq filles. L'aîné, Guillem VII, hérita de la seigneurie patrimoniale ; le second, Burgondion, à cause du pays de sa mère, mourut en 1184, laissant ses biens à ses frères ou sœurs $.
1 De Charmasse, Hôpital du Saint-Esprit d’Autun, p. 208.
2 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. vir, pp. 101-142.
SeId., 10id., 1.1} Ch vir, p. 285.
4 Sane, sicut multorum veridica relatione didicimus, hospitale Sancti Spiritus, quod apud Montem Pessulanum dilecti filii fratris Guidonis sollicitudo fundavwit, inter cœtera novæ plantationis hospitalia et religione fulget et majoris hospitalitatem charitatis exercet, sicut hi qui eorum eleemosynas sunt experti, plenius didicere. (Univ. Arch. Episcop., 22 avril1198. Baluze, lib. VII, Epist., 95). — Brecquigny, Diplomata pontificia et regia ordini regulari et hospitali Sancti Spiritus Monspeliensi concessa, Paris, Jacques Lefebvre, M pec xxmt, À vol. en 2 tomes gr. in-f°, t. 1, p. 110. — Migne, Patrol. lat., t. CCXIV, Innocent. III litter., t. I n° XOVII, COl. 85. — Potthast, Regesta Pontificum, n° 96. — Léon Lallemand, Hist. de la Charité, p. 142.
5 Innocent. III Epist., ibid.
6 Paulinier, Gui de Montpellier fondateur de l'Ordre du Saint-Esprit, Étude historique, Mém. de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, Section des Lettres, t. V, p.143. — L'abbé Paulinier, alors curé de Saint-Roch dans cette même ville, fut nommé, en 1870, évêque de Grenoble; il est mort archevêque de Besançon. - T Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, ch. vir, pp. 274-284. 8 Généalogie des Guillems, ap. Germain, Liber Instrumentorum, p. XXXVL.
As en TL ee MATE
Le troisième. Ravmond. moine de l’abbave de Grandselve, où son aïeul 3 Ÿ ; Û
s'était fait religieux en 1146, devait être évêque d'Agde en 11921. Le
quatrième, Gui, fut de la part de Guillem VIT l’objet de dispositions spéciales?.
Dans son testament du 29 septembre 1172, Guillem VIT ne pouvait prévoir ni que Guillem Burgondion mourrait sans descendant ni que Raymond embrasserait l'état ecclésiastique. Imbu de l'esprit féodal, il tenait, avant tout, à faire un héritier et à maintenir l'héritage, à défaut de l’aîné, au cadet. 11 légua donc à Gui mille sols melgoriens, mais entendit que, pendant six ans, il fût élevé dans la maison des Templiers pour entrer dans leur milice tant que ses frères cadets vivraient et sans profiter alors d'aucune substitution en sa faveur. S'ils venaient à mourir, celui qui deviendrait seigneur de Montpellier le ferait sortir du Temple et, moyennant vingt mares d'argent, pourvoirait à son entretien?.
Aucun texte ne laisse soupçonner l'existence de Gui dans le Temple ou dans le monde; mais son nom, son âge, le prompt et brillant succès de la maison du Saint-Esprit semblent démontrer qu'il faut reconnaitre en lui le grand prédécesseur de saint Vincent de Paul.
4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. vur, p. 262. 2 Gallia christiana, t. VII, col. 679.
3 Guillelmo, filio meo majori, relinquo universum honorem meum, et omnia jura mea, et
omnia bona mea. Volo et mando quod filius meus major Guillelmus subministret necessaria Guillelmo, fratri suo honorifice; et, si forte inter se discordaverint, donet ei singulis annis
xx marchas argenti, vel M solidos melgorienses tantummodo, in vita prenominati Guillelmi :
minoris; et his eum contentum esse volo. Guidonem filium meum ad nutriendum dimitto in cura et custodia domus Milicie Templi et fratrum Templi, et rogo quod nutriant et teneant eum ab hoc proximo festo, anno quo supra, usSque ad V1 annos; his vero vI completis, si Guillelmus, filius meus major, et Guillelmus meus minor, ambo vivi fuerint, deinde relinquo dictum Guidonem, filium meum, pro milite Templi Christi, et pro fratre domus Milicie Templi, cum M solidis melgoriensibus, quibus Guidonem, filium meum, contentum esse volo, et domum Milicie Templi similiter; et postea (in aliquam) substitucionem honorum meorum Guido, filius meus, non possit venire ; sed tamen, si infra spacium horum predictorum vx annorum contingerit mori Guillelmum minorem filium meum, vel Guillelmum majorem filium meum, ille istorum filiorum meorum, qui superstes fuerit, dominus Montispessulani, recuperet Guidonem, filium meum, et subministret ei necessaria honorifice; et si forte inter se discordaverint, donet ei singulis annis xx marchas argenti, vel m solidos melgorienses, tantummodo, in vita hujus Guidonis, filii mei; et his contentum eum esse volo... Similiter si Guillelmus, filius meus minor, vel heres ejus legitimus ex conjuge, sine legitimo hærede ex conjuge decesserit, Monspessulanus et totus alius honor revertatur ad Guidonem, filium
Et, d'abord, son nom était l'apanage des cadets de la maison de Montpellier, Guerregiat, fils de Guillem VI, Gui Burgondion, de Guillem VII, Gui Burgondion encore, de Guillem VIII!. Si Guillem VII exigeait a que son fils demeurât au Temple six ans, c'est-à-dire jusqu’à sa majorité, Ex. c'est que celui-ci devait être né vers 1160. Il y était placé comme mineur et pupille, tenu d'en sortir si ses frères venaient à décéder, libre de disposer de son avenir le jour où son aîné aurait par sa descendance k : assuré l'avenir du fief. Guillem VIII, marié en 1174 avec Eudoxie M: Commène, eut aussitôt une fille, Marie de Montpellier, déjà veuve en | 1194?, remariée en 11973. Sa bigamie en 1187, dut contribuer à détacher Gui d’une filiation adultérine #. | | | Peut-on identifier Gui avec magister Guido qui figure dans des actes
importants de Guillem VII, en 1174 et de 1190 à 1195 5? Assurément
ce litre de magister s'appliquait aux chefs des communautésf; mais
celle du Saint-Esprit existait-elle à la première date, alors que son
fondateur était encore mineur et sous la tutelle du Temple? En revanche,
À ie . on serait admis à tirer une présomption de parenté du désintéressement et de la aie du même seigneur à l'égard du nouvel hôpital.