‹ L'université de Paris, 1200-1875Chapitre 135 sur 143 · Albert Duniy. — Revue des deux Mondes (Février · texte numérisé non relu

Albert Duniy. — Revue des deux Mondes (Février

I - ne s'en porte pas plus mal , ses études ne sont que plus sérieuses et préparent des hommes pour l'avenir.

Les étudiants de l'académie de Caen ont rédigé une Adresse à MM. Jules Ferry et Jules Simon, ainsi qu'aux 306 députés qui ont voté l'amendement à l'art. 13 du projet de loi sur la liberté de l'enseignement supérieur, présenté par M. Jules Ferry.

Les étudiants des autres centres universitaires de France sont invités à suivre l'exemple donné par leurs condisciples de Caen.

Voici le texte de cette adresse :

« Messieurs,

« Nous vous remercions du concours que vous avez prêté à la cause de l'instruction publique. Vous avez soutenu que l'État seul avait le droit de conférer les grades, et qu'il était utile, juste et sage de lui réserver ce droit, sauvegrde de la dignité de la science. L'État en a toujours usé avec discrétion et justice; le lui conserver, ce serait éviter tout conflit et toute suspicion. A l'État seul, qui n'est pas un parti, mais qui les réunit et doit les respecter tous, l'autorité, le droit

de sanction. Que chacun pense et enseigne h son gré, que la lumière se fasse, mais que les grades qui donnent accès aux fonctions publiques et livrent une partie des intérêts sociaux ne soient conférés que par la connaissance publique. Nous espérons que la lutte n'est pas terminée, et qu'à la troisième lecture vous combattrez encore pour la défense de ces principes. »

L'opinion qui précède n'a pas prévalu devant l'Assemblée, et désormais la collation des grades sera prononcée par des commissions mixtes, système qui, en Belgique, n'a pas donné de résultats satisfaisants, le niveau des études s'est abaissé.

Le Journal officiel publie une série de décrets instituant de nouvelles chaires dans les Facultés de province (octobre 1875).

La chaire de procédure civile et législation criminelle qui existe actuellement, dans les facultés de droit d'Aix, Bordeaux, Caen, Dijon, Douai, Grenoble, Poitiers et Rennes prendra à l'avenir le titre de chaire de procédures civiles.

Il est créé dans lesdites facultés une chaire spéciale de droit criminel.

Il est créé à la faculté de droit de Douai une deuxième chaire de droit romain.

Enfin il est créé une chaire de zoologie à la faculté des sciences de Marseille.

C'est un premier pas fait dans la voie des améliorations à introduire dans l'Université et annoncées depuis le vote de la loi sur l'enseignement libre.

Il convient d'ajouter encore la création d'une chaire de botanique et zoologie à la Faculté de Clermont-Ferrand ; d'une chaire de mécanique rationnelle et appHquée à la même faculté ;

Des mêmes chaires à la Faculté de Poitiers ,

D'une chaire de mécanique rationnelle et appUquée à la faculté des sciences de Gaen.

Les Cours de l'École libre de Droit qui vient d'être fondée à Nantes commenceront le 15 novembre. Cette école, dit une sorte de prospectus pubhé ce matin par les journaux de Nantes, n'est destinée à faire concurrence à aucun établissement d'enseignement supérieur. Si on y rencontre les mêmes cours que dans les facultés, c'est qu'il a fallu donner satisfaction aux étudiants qui, à raison des circonstances particuHères, sont dispensés de l'assiduité aux cours des facultés où ils sont inscrits. L'école de Nantes essaiera de remplacer leurs professeurs sans prétendre priver les facultés des inscriptions, encore moins conférer les grades les plus modestes.

On sait que des réunions des archevêques et évêquesqui ont adhéré au projet de fondation de l'Uni-

versité catholique de Paris ont lieu depuis quelques jours dans cette ville. A la séance du 25 octobre, on a donné lecture d'un bref du Pape sur la constitution des Universités catholiques. Trois évêques seulement, MM. Mabile, DupanloupetDours, étaient ! absents ; ils étaient représentés par leurs grands

vicaires. Le choix du recteur de l'Université de Paris

doit être décidé aujourd'hui 26. Ce sera un ecclésiastique, conformément aux statuts. Les travaux d'aménagement des anciens bâtiments de l'École,, des Carmes sont poussés avec activité. L'ouverture ! des cours des diverses facultés est fixée au 5 dé-[ cembre.

LE CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS ET l'eNSEI- GNEMENT LAÏQUE

(Octobre 1875)

Le conseil municipal de Paris s'est réuni le 14 octobre sous la présidence de M. Clemenceau, viceprésident. La plus grande partie de la séance a été consacrée à la lecture d'un rapport sur les dépenses de l'enseignement primaire. Il résulte des chiffres produits par M. Haraut que 90,685 enfants fréquentent aujourd'hui les écoles de la ville. Les élèves des

écoles laïques sont au nombre d'environ 48,000, et ceux des écoles congréganistes, de 12,000. On comptait, en 1872, 341 écoles communales à Paris, il en existe aujourd'hui 382. La dépense de l'instruction primaire qui s'élevait, en Î869, à 6,240,651 fr., atteint aujourd'hui 9,700,000 fr. environ.

Abordant la question du choix des m.aîtres, le rapporteur s'exprime ainsi :

(( Serviteurs scrupuleux de la loi, tant que le principe de laïcité n'y sera pas introduit, le conseil municipal ne portera pas dans le budget des conflits inutiles; mais, contenant une majorité décidée en faveur de ce principe et assurée de représenter la majorité des citoyens qui l'ont nommé, il ne cessera d'émettre le vœu et de le renouv^er jusqu'à ce qu'il soit réalisé, que l'enseignement public soit indépendant de toute considération de culte religieux, persuadé que dans une société régie par une constitution civile, le gouvernement ou l'administration sont incompétents dans toute question de dogme et de doctrine et que la liberté invoquée des pères de famille n'est au contraire qu'un prétexte en opposition avec le principe de la liberté de conscience. Gomment, en effet, l'État ou la commune pourraient-ils avoir le droit de choisir entre les diverses religions ou les diverses doctrines celle à qui doivent être accordées une protection officielle et un aide dont les autres seront privées? Nous continuerons h affirmer que le devoir des gouvernants et des administrateurs est d'assurer à chaque enfant, par l'instruction, le développement de ses facultés et de ses forces intellectuelles, mais en laissant tout ce qui rentre dans le do-

maine des croyances au temple et à la famille, leurs gardiens naturels.

Au point de vue du travail qui est attribué aux maîtres, nous trouvons que, pour les écoles de garçons, par exemple, il y a, pour 82 écoles, 392 instituteurs^ laïques, ce qui fait 4, 8 instituteurs par école. Ghe^ les frères, pour 54 écoles, il y a 354 instituteurs, ce qui fait 6, 2 instituteurs par école, d'oii il résulte qu( le travail attribué aux laïques et celui qui est attribua aux frères est comme 3 à 2.

Au point de vue de l'influence que les maîtres peuvent prendre sur les familles et qui contribue aui succès de l'école, nous citerons, entre autres choses, U régime suivi dans la distribution. des fournitures scoi laires et les récompenses aux élèves. Les laïques reçoi vent les livres de l'administration et, sévèrement sou-" mis à des règles d'une stricte économie, ne peuvent donner aux élèves que ce qu'on les a chargés de distribuer. Les frères, en vertu de précédents traités, ont entre les mains des livres que l'institut de leur congrégation a seul le droit de leur fournir; ils les vendent quand ils veulent, aux élèves, et les sommes recueillies dans cette vente sont employées à donner des récompenses plus nombreuses et plus répétées, dont les enfants sont avides et qui flattent l'orgueil des familles.

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