UN PROGRAMME DE FACULTE LIBRE
La Faculté de droit d'Angers se présente au public avec un programme arrêté, et qui ouvre ainsi le
débat sur les réformes que la liberté de l'enseignement supérieur peut amener, soit dans les études mêmes, soit dans la discipline.
Le règlement de la Faculté libre de droit qui \a s'ouvrir à Angers ne touche qu'aux questions de discipline et aucun programme d'études n'y est encore annexé.
Les innovations qu^il comporte sont nombreuses. Assurer plus efficacement l'assiduité des élèves aux cours, ainsi que le maintien de la discipline intérieure : voilà ce dont s'occupe d'abord le règlement de la Faculté d'Angers. Mais il y joint un certain nombre de mesures de surveillance à l'extérieur, qui sont une véritable innovation sur le régime trèslibre des Universités de l'État.
Quant aux moyens destinés à garantir l'assiduité aux cours et à assurer l'efficacité de l'enseignement, ils consistent : dans la défense de sortir avant la fin de la leçon, dans les questions que chaque professeur peut adresser séance tenante à ses élèves, dans des épreuves écrites trimestrielles, dans un concours annuel entre les élèves de la même année, et aussi dans l'obligation de justifier de son assiduité aux cours du trimestre écoulé avant la prise d'une nouvelle inscription. Il n'en est pas ainsi, comme on sait, dans les Facultés de l'État, l'examen de fin d'année, examen exclusivement oral, sauf à la fin
de la troisième aanée , étant Funique épreuve à laquelle les élèves soient soumis.
Dans les Universités de l'État, la liberté est le principe : chaque élève étudie à sa guise, et tout ce qu'on lui demande, c'est de faire preuve de science suffisante quand il se présente aux examens. A Angers, il en sera tout autrement ; et l'on y continuera en quelque sorte le régime et l'enseignement secondaire : les interrogations, les devoirs écrits, les concours.
Pour assurer la discipline, le règlement d'Angers n'admet aux cours que les élèves inscrits et munis de leur carte. Quant aux étrangers, ils ne peuvent assister à ce cours qu'avec l'autorisation du professeur.
Les innovations de la Faculté de droit d'Angers sont encore plus réelles en ce qui concerne la discipline à l'extérieur. L'étudiant doit non-seulement faire connaître à la Faculté l'endroit où il loge, mais encore le nom et la profession des personnes chez lesquelles il loge ; et ces personnes doivent s'engager à tenir la main à ce qu'il soit rentré chaque soir à 10 heures. Enfin, la croyance catholique étant une des conditions d'admission à la nouvelle, faculté d'Angers, les étudiants ont le devoir d'assister les dimanches et fêtes aux offices religieux de la paroisse, et de suivre les conférences religieuses qui auront
lieu à certaines époques de rannée. De plus, à côté de Texternat, un régime pourra être établi sur la demande des familles \
PROJETS DE LOI SUR l'eNSEIGNEMENT
L'Assemblée nationale se trouve donc saisie, pour sa rentrée (novembre 1875), des projets suivants sur l'instruction publique :
Projet sur l'instruction primaire et sur la retraite de divers fonctionnaires de l'enseignement primaire. — Propositions de M. Delpit, relatives à la nomination des instituteurs communaux et à la surveillance des écoles primaires; de M. Emile Beaussire, concernant l'instruction primaire ; de M. Edouard Char ton, sur l'institution de conférences publiques ; de M. Georges, relative à l'instruction primaire obligatoire.
La commission qui a examiné ces divers projets est présidée par Mgr Dupanloup, et le rapport a été déposé par M. Ernoul, en juillet 1872.
1. On aUribue au général Lafayelte la phrase suivante : Nous préparons le retour des jours néfastes en donnant à nos enfants une inslruction sans foi, une vie sans espérances, une mort sans Dieu.
Le conseil municipal de Paris vient d'être saisi de l'amendement suivant au projet de budget dej la ville de Paris pour 1876 :
Les soussignés ont l'honneur de proposer au conseil l'inscription, au budget des dépenses ordinaires de lî ville de Paris, d'un crédit de 200,000 fr., à titre d( subvention aux principaux établissements d'instructioi supérieure de Paris dépendant de l'Université d( France, savoir : la Faculté de droit, la Faculté de mé-j decine, l'École de pharmacie.
Peu de mots justifieront cette proposition.
La récente loi sur l'instruction supérieure a cré^ pour l'enseignement scientifique proprement dit un( situation périlleuse. Sans méconnaître le principe d( la liberté, on peut croire que, grâce à la protection sé-j culaire accordée par l'État à l'Eglise, grâce à la compression qu'il a exercée, de toutjtemps aussi, sur l'inii tiative individuelle et sur les entreprises laïques,] certaines associations religieuses seront à peu près] seules, d'ici à plusieurs années, en mesure d'ouvrir des! écoles supérieures en regard et en concurrence dej celles de l'État. Ces écoles, qui distribueront à huiî clos un enseignement suffisamment caractérisé par la] qualification de catholiqu e, seront, on n'en peut douter, j largement dotées au point de vue matériel. Au contraire, la parcimonie du législateur français en matière
d'enseignement supérieur a placé nos établissements universitaires dans une situation déplorable à ce point de vue. Le mérite éminent du personnel enseignant parvient à leur conserver un rang élevé. Mais ne convient-il pas de venir en aide aux glorieux efforts des maîtres et de remédier à l'insuffisance des instruments d'enseignement dont ils disposent ?
Les représentants de la ville de Paris ne peuvent hésiter à le penser.
Paris est le centre et le foyer principal de notre enseignement supérieur. A l'intérêt national, à la nécessité de sauvegarder les principes de la société civile se joint ici un intérêt municipal de premier ordre : il s'agit de maintenir et d'élever la renommée scientifique de notre cité.
Pour bien faire, ce ne sont pas des centaines de mille francs, ce sont des millions qu'il faudrait allouer à nos grands établissements d'instruction supérieure. Mais la situation financière de la ville de Paris, quoique en voie d'amélioration notable, nous condamne à mesurer nos dons. Au surplus, le conseil général pourra et devra être saisi d'une proposition analogue à celle qui est faite au conseil municipal, et le département sera ainsi appelé à compléter dans une certaine étendue ce que la ville seule n'aura pu faire.
La proposition actuelle limite à trois le nombre des établissements à subventionner : les Facultés de droit et de médecine, l'École de pharmacie. Indiquons sommairement les besoins urgents de ces établissements. Hàtons-nous de dire que l'énumération sera loin d'être complète ; mais ajoutons que les conseils administratifs des écoles elles-mêmes, composés des professeurs, seuls compétents pour cet objet, devraient, selon nous, si la proposition est acceptée, être appelés à détermi-
ner les applications de détail et le mode d'emploi des subventions votées.
A la Faculté de droit, il n'existe pas, à vrai dire, de bibliothèque ; un amphithéâtre nouveau, des salles de conférence ou d'étude, sont nécessaires. De certaines lacunes de l'enseignement peuvent être signalées. Pour n'en indiquer qu'une seule, les soussignés croiraient utile la création d'une chaire consacrée à l'enseignement spécial du droit municipal moderne. La ville de Paris tirerait de cette création un double profit: celui d'abord qui résulte toujours de l'extension des matières enseignées, et, de plus, celui que procurerait à tant d'intéressés, administrateurs et administrés, la connaissance de cette partie si négligée de notre droit public.
La Faculté de médecine réclame également de nombreuses améliorations au point de vue du matériel et au point de vue du personnel. Il n'y a pas lieu d'aborder ici la question de l'École pratique, qui doit faire l'objet de délibérations particulières; mais, en dehors de cette question, reste la nécessité de créer de nouveaux locaux d'études, amphithéâtres et laboratoires, munis des accessoires indispensables. Quant au personnel, il y a lieu d'instituer et de doter convenablement des cours complémentaires portant sur certaines parties spéciales de la science médicale et aussi d'agrandir la situation des chefs de travaux pratiques de toutes sortes.
L'École de pharmacie est l'établissement qui, si la Yille prétendait accomplir l'œuvre de l'État, aurait peut-être droit aux secours les plus considérables ; ses bâtiments tombent en ruine. Mais Paris ne peut ni ne doit exonérer l'État de l'obligation rigoureuse que cette situation lui impose : la reconstruction de l'École,
reste enti^rement à sa charge. La subvention de la Ville s'appliquera donc à d'autres besoins : d'abord au matériel spécial des laboratoires, ensuite à l'accroissement du personnel et à certaines augmentations de traitements. Depuis un quart de siècle, le nombre des élèves a triplé, tandis que celui des professeurs est resté le même. Les agrégés et les préparateurs ne reçoivent que des indemnités dérisoires, qui ne leur permettent de consacrer qu'un laps de temps limité à des travaux qui exigeraient une plus longue assiduité.
En résumé, le dénûment de nos écoles supérieures est un fait incontestable. N'est-ce pas là presque une honte? Nous n'hésitons pas à prononcer ce mot.
Tels sont les motifs qui viennent à l'appui de l'amendement.
Le crédit de 200,000 fr. formerait un article placé en tête du chapitre 40; il pourrait être réparti comme il suit : à la Faculté de droit, 50,000 fr. ; à la Faculté de médecine, 100,000 fr. ; à l'École de pharmacie, 50,000 fr.
Signé ; F. hérold, a. métivier, germer-baillièke,
CASTAGNARY, CH. MURAT, BRALERET, LOUIS COMBES, CH. LOISEAU, H. LENEVEUX, CH. LAUTU.
Dans notre France, où il importe de resserrer, par
l'autorité et l'affection, ces sûrs liens, le principe de
la famille, nous devons ouvrir à nouveau le compte
des souvenirs, des conseils et des devoirs; dans ces livres de Raison} , comme on les appelait dans le Midi, et que nos ancêtres ont légués à la postérité^. D'abord, et à côté de l'état civil, comme nous dirions, bien 4enu à sa date (naissances, mariages, décès), on lit les conseils du père à ses enfants, le récit de ses actions et aussi les faits notables advenus dans le pays.
La seconde partie est consacrée à la question pécuniaire; c'est, en quelque façon, le bilan de la maison.
C'est une chose avantageuse aux enfants, lisons-nous dans un de ces livres, celui d'un sieur Jean-Étienne Gautier, d'Avignon, lorsqu'après le décès de leur père ils trouvent des mémoires par le moyen desquels ils
puissent s'instruire de Testât de leurs affaires Et
comme on doit plutôt travailler à la conservation de rhonneur des familles que des biens qu'elles possèdent, puisque le premier leur doit estre infiniment plus cher que le dernier, je commencerai par une petite généalogie de la nostre... qui est connue dans cette ville pour une des plus honnêtes et des plus anciennes.
Cela s'écrivait de 1634 à 1704.
1. Les Jamilles et la société en France avant la Révolution^ par de Ribbe. Albanel, édileur. — En Angleterre et en Amérique, le chef de la famille écrit encore ces mentions en tête de la Bible, transmise de père en fils.
2. Les métiers de Paris. Leroux, édileur, 28, rue Bonaparte, Paris.
Taschez, dit un autre père de famille, M. Mongé, qui, dans son livre (1687) à lui, traite de la religion, de la conduite à tenir dans les affaires, des devoirs sociaux, taschez de prendre un peu de temps pour lire les bons livres et escrire, dans votre mémorial... toutes les affaires qu'avez faites dans la journée.
Sur un autre nous trouvons, à la suite de la mention d'un mariage, dès le lendemain de sa célébration :
Dieu veuille que ce soit pour longues années, et que la bénédiction du Ciel descende sur nous.
Joseph-Louis Abel d'Aix écrit le lendemain de la naissance de son fils :
Je demande à Dieu de me conserver cet enfant... Nous ferons, sa mère et moi, tout notre possible pour l'élever chrétiennement, et tâcherons de lui donner toute l'éducation qui sera en notre pouvoir pour en faire un bon chrétien et un parfait honnête homme. Fasse le ciel que nos prières ne soient pas infructueuses, et qu'il soit heureux ici-bas et dans la bienheureuse éternité.
Et le sieur Pages, drapier à Amiens, n'est-il pas admirable aussi?
Dieu, dit-il, a béni mon mariage avec Jeanne de Rouvray, ma femme, fille de Pierre de Rouvray, marchand épicier de cette ville... par la naissance de huit
enfants, sçavoir d'un garçon et de sept filles, jusqu'à] ce jour 20^ de janvier 1701...
Et cet autre qui, relatant la mort de son fils, dit simplement ceci :
Le bon Dieu est le maître, il donne les enfants, il les] oste et il sçait pourquoi.
Les fils de cette époque bienheureuse sont bieni dignes, eux aussi, d'être cités; c'était alors, en effet, que Ton pouvait, sans crainte de raillerie,, écrire que :
Nous devons tenir nos pères comme des dieux en] terre, qui ne nous sont pas seulement donnez pour) nous moyenner la vie, mais pour la béatifier par un( bonne nourriture et sage institution.
Que nous sommes loin encore de l'heure où ui père, Nicolas Pasquier, pouvait écrire à sa fille nouvellement mariée :
Supportez tout de votre mari... surtout ne faites el ne remuez rien dehors ni dedans la maison que pai son advis... je veux dire que quand il recognoistrî cette humble obéissance, il ne fera plus rien que c( que vous désirerez et vous abandonnera la libre disp( sition de votre mesnage... Feue vostre mère et mo; demeurasmes ensemble, vivant de la façon, aussi n'eusmes-nous jamair» une parole plus haule qu( l'autre... Surtout, rèndez votre vie, vos mœurs et con-
ditions conformes à celle de vostre mary, et n'ayez propre et péculière passion et action que pour luy, qu'à ce qui le touche, soit en son entretien, soit en ses mœurs, soit en sa conversation, donnant ordre que vos façons de faire ne luy soient dures, fascheuses, ny ennuyeuses, ains plaisantes, agréables et accordantes à tout ce qu'il voudra.
Les mariages pauvres sont seuls prolifiques. Dans les quartiers de Belleville et de Montmartre, cent mariages donnent lieu à 300 naissances, tandis que, dans le IX^ arrondissement, cent unions ne donnent que 134 enfants. Les nations puissantes sont celles qui ont beaucoup d'enfants. En Angleterre , on compte moins que chez nous : aujourd'hui, le comte Fitz- William a treize enfants ; le duc d'Argyll, douze ; lord Denmann, quinze. Autrefois, chez nous, Gaston de Beaulieu de Ruzé (1610), mort à l'âge de cent trois ans, avait fait à Catherine de Raynaud trentedeux enfants, dont vingt garçons, dont quatorze furent soldats. Imitons Gaston de Beaulieu.