‹ L'université de Paris, 1200-1875Chapitre 31 sur 143 · Jourdain, Histoire de r Université de Paris · texte numérisé non relu

Jourdain, Histoire de r Université de Paris

découvertes scientifiques. De cette situation gênée naissaient des réclamations et des procès.

L'Université défendait ses messagers * , dont le revenu était affecté aux salaires des régents , aux termes d'une convention prise entre les différentes nations qui résistaient ainsi aux fermiers des postes. [Arrêt du Conseil du ik- décembre 1641.) Sous le rectorat de l'abbé Yittement , le bail général des messageries de l'Université, qui était de 37,683 livres 10 sols depuis 1676, fut augmenté de 10^000 livres.

La pension d'éméritat pour les régents, après vingt années d'exercice, était prélevée sur la part du produit des postes, payée annuellement à la Faculté des Arts. [Arrêts de 1748, septembre^ et ^el760.)

La nation de Picardie n'approuvait pas les réponses préparées dans le sein des autres compagnies pour la réforme de l'Université. Son procureur, W Turmine, fut l'objet d'un arrêt, lui enjoignant de remettre à M. Joly de Fleury, procureur général près le parlement de Paris, les manuscrits qui de-

1. 11 y avait, pour faciliter les relations des étudiants, souvent éloignés de leurs familles, les grands messagers qui étaient des commerçants accrédités, et les petits messagers ou messagers volants, qui voyageaient pour le compte et le service exclusif des écoliers. Blois en avait trois, Fontenay-le-Comte, trois, Rouen en avait six, d'autres villes, un seul. Plus tard, il n'y en eut plus qu'un seul par diocèse.

valent être communiqués à celui-ci. (S mars il62,)

Un des plus célèbres professeurs fut Abailard, connu par sa science, par son amour pour Héloïse et ses malheurs.

Voir lettre d'Abailard , traduction ^ inédite de Jehan Meung'^, commençant par ces mots : « Exemples atteignent souvent les talens des hommes plus que ne font paroles, et, pour ce, après aucun confort de parole dite entre nous, en ta présence, ai-je proposé à escripre à toy, qui es ores lointaine, une confortable espitre des propres esperimens de mes méchances, pour que tu cognoisses que tes temptacions sont nulles ou petites au regard des miennes, et que les portes plus legierement ! »

Les agitations étaient fréquentes dans TUniversité. Le Picard Ramus fut tué dans son collège de Presles, rue Saint- Jean-de-Beauvais. On le soupçonnait d'initier trop ouvertement au calvinisme, et les étudiants, incités par leurs régents, lui coupèrent la tête et le frappèrent d'escourgées, au mépris de sa profession^ a écrit un historien.

On disait des écohers : les Auteurs et joueurs de

1 . Bulletin du Comité historique des momiments écrits de F histoire de France, t. H, page 175. Paris, Imprimerie Nationale,

2. Abailard professa à Laon, et l'on montre encore, en celte ville , dans la maison des Frères , la salle où il donnait ses enseignements. »

LES UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLIERS. 2o

Poitiers, les danseurs d'Orléans, les brayards d'Angers, les crottés de Paris, les brigueurs de Pavie, les amoureux de Turin, les bons étudiants de Tholodze. (Chasseneus, Catalogus gloriœmundù)

Un poëme du seizième siècle, ajoutant au livre de Jean de Salisbury de Miseriis scholasticorum^ s'intitule : Les ténèbres du champ Gaillard^ composées selon restât dudit lieu^ lesquelles se chantent sur le chant des Ténèbres de Karesme. Paris, Nicolas Buffet, près le collège de Reims, in- 16.

Le Pré-aux-Clercs^ et la foire du Landit, à Saint- Denis, étaient le théâtre des ébats des écoliers. Ce domaine de l'Université, situé sur la rive gauche de la Seine, en face du Louvre, comprenait l'espace aujourd'hui occupé par la rue de l'Université ; il fut affermé ou aliéné pour compenser l'abaissement des rétributions scolaires.

Le Recteur avait un droit sur la vente du parchemin qui se débitait à Paris ^. Ce droit était affermé deux mille livres, et, comme garantie de ce monopole, maîtres et écohers se rendaient, deux fois par an, processionnellement à Saint-Denis, lors de la foire du Landit, et l'on vérifiait les Uasses de par-

1. Mémoire touchant la seifjneurïe du Pré-aux-Clercs. Paris, 1694. In-^o.

2. L'abbé Lebœuf, Histoire du Diocèse de Paris, in-12, 1754, t. III, p. 2i0 et suivantes.

chemin apportées à ce marché ^ Cette procession avait encore lieu sous Henri lY.

Les écoKers devaient parler latin dans les classes, ainsi que leurs régents, et même dans leurs récréations, aux termes d'un statut promulgué sous François P"^ et renouvelé sous Henri IV.

Un surveillant était chaque jour tenu de présenter au principal une liste des élèves qui auraient, à l'office divin , parlé en langue vulgaire, ou commis quelque autre faute grave. La gent écolière parlait, dit M. Perrens, un latin macaronique^ dontMathurin Cordier nous a transmis quelques échantillons, pour l'an de grâce 1S30 : Noli cracharesuperme. -Ego transibo me de te. — Diabolus tepossit inferre. Tout était latin dans les réjouissances et cérémonies officielles. On célébrait la fin du carnaval et la distribution des prix par la représentation de deux tragédies latines, Tune, en cinq actes, du professeur de rhétorique, l'autre, en trois actes seulement, du professeur de seconde. C'est sur le théâtre d'un collège, qu'on voyait le ballet de la Défaite du solécisme, par Despautère, où les chevahers Prétérit et Supin repoussaient l'assaut des princes Solécisme et Barbarisme.

Boileau, venant dîner un jour au collège de Beau-

Page 1