‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 100 sur 178 · Journal de Henri IV, p · texte numérisé non relu

Journal de Henri IV, p

à Saint-Gervais, et le P. Bazile, capucin, à Saint-Jacques de la Boucherie, font journellement des déclamations calilinaires contre ceux de Charenton; et la plupart de leurs sermons ne sont qu'invectives et philippiques sanglantes contre ceux de la religion prétendue réformée, contre leurs édils, contre l'Élat et la personne du roi même. Le P. Gontier, en la présence du roi, qui assista en personne à ses sermons, le vendredi jour de Noël, le samedi et le dimanche, fit de continuelles déclamations contre les huguenots, lesquels il appela plusieurs fois vermines et canailles, jusqu'à dire que les catholiques ne les devaient souffrir parmi eux. » Ce n'était pas là une simple censure de la politique suivie par le roi; c'était une véritable excitation à la guerre civile. Mais Henri IV n'opposait à ces paroles de haine qu'une indifférence dédaigneuse; et, ayant rencontré le même prédicateur, au retour de Saint-Denis, après le sacre de la reine, il lui disait : « Eh bien, mon Père, ne prierez-vous pas Dieu ici pour nous? — Eh! sire, lui répondit Gontier, comment pourrionsnous prier Dieu pour vous, qui vous en allez en pays pleins d'hérétiques, exterminer une petite poignée de catholiques qui y restent? » Le roi, au lieu de se mettre en colère, se borna à tourner la tête d'un autre côté, et à dire en riant : « C'est le zèle qui transporte ce bonhomme et le fait parler de la sorte '. »

L'indulgence excessive, la bonté paternelle de Henri IV, loin d'apaiser la fureur de ces fanatiques, n'avait fait qu'encourager leur audace. Hs ne se faisaient en effet aucun scrupule d'altaquer le droit des rois et leur autorité temporelle, dans des écrits théologiques composés et imprimés à l'étranger, mais introduits et répandus en France par les nombreux et fougueux adeptes de leurs doctrines. Par une singulière rencontre, les trois traités de celte époque, où sont développés les plus dangereux enseignements, où éclatent, comme le dit Poirson % « les folies d'une théocratie subversive de toute loi divine et de toute morale, comme de tout ordre humain », ont été précisément publiés par trois théologiens jésuites : la Summa theologix par Becan, les Aphorismi confessariorum par Emmanuel Sa, et le De rege el regh inslitutione par Mariana.

Page 1