Pcrrens, loc. cit., p
d'attenter à leurs personnes et Étals, et de troubler le repos et tranquillité publique », Conformément aux conclusions de Servin, il fut fait « inbibitions et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent, sous peine de crime de lèse-majesté, de recevoir, retenir, communiquer, imprimer, faire imprimer ou exposer en vente ledit livre ». En même temps il était enjoint à ceux qui en possédaient des exemplaires de les déposer entre les mains du procureur général. Enfin défense était faite « sur la même peine, à tous docteurs, professeurs et autres, de traiter, disputer, écrire ni enseigner directement ou indirectement en leurs écoles, collèges et tous autres lieux la susdite proposition ».
La censure du Parlement n'atteignait pas seulement la Compagnie de Jésus, dont Bellarmin était un des plus éminents théologiens; elle frappait du même coup un prince de l'Église, et l'on pouvait y voir une injure adressée au Saint-Siège. Le nonce Ubaldini se répandit en effet en récriminations amères et violentes conti'e cette sentence; il menaça de rompre toutes relations et de quitter Paris, si une réparation ne lui était pas accordée.
La royauté et les ministres voulaient à tout prix éviter un éclat : mais comment y parvenir, sans blesser le Parlement et heurter Tarrêt rendu? Les présidents et les gens du roi furent mandés au Louvre, où l'on pensait pouvoir les manier plus aisément. Ils se montrèrent inflexibles; et toutes les tentatives de la cour échouèrent devant l'énergie, l'intégrité, le sentiment passionné du devoir, qui animaient Achille de Harlay. Au nom de sa Compagnie, il répondit à la reine mère, en présence du garde des sceaux, du prince de Condé et d'un grand nombre de seigneurs, que le principal effet du livre de Bellarmin était « de donner moyen aux sujets de tuer impunément les rois; car en ce qui concerne l'autorité du roi, le livre établit une souveraineté
temporelle du pape sur celle du roi Les ennemis du bien et
du repos des sujets que vous régentez, ajouta-t-il, l'ont fait apporter en cet État, lorsqu'ils ont pensé ses forces affaiblies par votre régence, estant bien certain qu'ils ne l'eussent jamais fait pendant la vie de ce grand Henri votre seigneur de très heureuse mémoire; et s'ils se fussent tant oubliés, il eût fait châtier le
porteur, de (juelqiie qualité ou condition qu'il eût été: et si le ■pape eût avoué la publication, il n'cùl pas numis n-priiiK- son audace que ses prédécesseurs, étant plus brave, plus grand et plus puissant queux; et eût envoyé prendre l'auteur du livre dans Rome; ce ({ue Sa Sainteté n'eut osé empêcher, tant sa valeur était redoutée partout le monde '. » Le premier président termina son discours par ces fermes paroles qui respirent une noble indépendance : « Et quant à ce (pii a été dit, ([ue si nous eussions communiqué de cette affaire avant que l'arrêt eût été donné, la plainte du nonce ne fût point survenue, je vous dirai, Madame, n'avoir point appris de mes prédécesseurs, que devant qu'entrer en délibération de quelque alTaire, pour sérieuse et importante qu'elle put être, ils soient venus prendre langue au Louvre '. »
Devant la résistance du Parlement, Marie de Médicis eut recours à l'autorité du Conseil privé : pour donner satisfaction annonce du pape, elle fit décider par ce Conseil qu'il ne serait pas donné suite à l'arrêt du Parlement, dont la publication et l'exécution furent provisoirement suspendues Elle se flattait aussi, mais en vain, d'imposer une sorte de trêve aux esprits agités par de longs et irritants débats sur l'autorité pontificale.
La faiblesse du gouvernement était trop grande pour arrêter l'effervescence des prédicateurs de tout ordre, depuis les curés de Paris jusqu'aux simples bacheliers en théologie, qui prêchaient à \'en\i contre les doctrines ultramontaines et contre les Jésuites. La chaire était convertie en tribune, autour de laquelle se pressaient en foule des auditeurs avides d'entendre traiter les questions brûlantes du jour, à grand renfort d'injures et d'invectives. Les écrivains, les faiseurs de libelles n'obtenaient pas un moindre succès : on imprimait et on colportait avec une ardeur enfiévrée une multitude de livres et de pamphlets, dont la malignité publique faisait son profit. La régente était impuissante contre ce débordement de « fadaises », comme les appelle Lestoile, qui en reproduit une liste très curieuse.
Les soutenances de thèses en Sorbonne devenaient l'occasion de disputes d'une vivacité peu commune entre théologiens de