‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 109 sur 178 · Annales, t. II, p. 308 et suiv · texte numérisé non relu

Annales, t. II, p. 308 et suiv

diverses écoles : Richer et ses amis combattaient pour les théories gallicanes, tandis qu'Ubaldini et les Jésuites enflammaient le zèle des partisans de la puissance absolue du pape. Parfois le Parlement intervenait et condamnait les doctrines ou les livres, qui lui paraissaient porter quelque atteinte aux prérogatives de la couronne; mais cette intervention ne faisait qu'aigrir et exaspérer les champions de Rome, qui invoquaient aussitôt la protection du Saint-Siège et celle de la régente, ce qui portait la confusion à son comble.

Le nonce du pape accablait et obsédait Marie de Médicis de démarches menaçantes; à chaque concession qui lui était faite, il avait soin de répondre par de nouvelles exigences. Il savait faire jouer avec une singulière insistance le ressort secret qui mettait la reine à sa discrétion; il l'entretenait dans la crainte chimérique d'une contestation possible sur la validité de son mariage, qui avait été contracté du vivant de la reine Marguerite. S'il est permis de discuter et de nier la puissance du pape, disait-il à propos de toutes les affaires épineuses, il sera permis aussi de révoquer en doute l'état de mariage de la reine et la légitimité de ses enfants ; c'est le pape en effet qui a donné les dispenses nécessaires. Et la reine, en proie à une inquiétude subite, consentait aux plus humiliantes soumissions K

1. Bibliothèque nationale, Fonds ital. 32, Dép. du 20 janvier 1611, fol. 20, — du 17 février, fol. 49 et suiv., — du 11 mars, fol. 97 el suiv., — du 16 août, fol. 308, — du 30 août, fol. 336.

GtlAPITRE XIII

Nicolas de Verdun succède à Achille de Harlay comme premier président du Parlement de Paris. — L'Université demande que tout enseignement soit interdit aux Jésuites dans la ville de Paris. — La .Marteiière plaide pour l'Université. — .Montholon défend les .lésuites et le recteur Hardivillier prononce une harangue en latin. — L'avocat général Servin somme les Jésuites de sesoumellre aux doctrines de la Sorbonne, concernant la vie des rois et les libertés de l'Église gallicane. — Les Jésuites s'inclinent devant l'arrêt du Parlement, qui adopte les conclusions de Servin et leur interdit de s'interposer dans l'instruction de la jeunesse de quelque façon que ce soit. — Déposition de Richer comme syndic. — Le Parlement condamne les doctrines ultramontaiues de Suarez.

Les Jésuites avaient beau être tout-puissants au Louvre, il leur fallait compter avec le Parlement, où résidait le principal foyer d'opposition contre leur Compagnie et leurs doctrines. Tant que de Harlay, de Thou et Servin restaient à la tête de ce grand corps judiciaire, il ne fallait pas songer à voir se modifier les sentiments d'hostilité qu'il nourrissait contre les Jésuites. Ils exerçaient un tel ascendant sur leurs collègues, que ceux qui ne suivaient point leurs opinions osaient à peine élever la voix et ne pouvaient, en aucun cas, balancer leur influence.

La retraite prochaine du vénérable premier président était seule capable de rompre l'union de ces trois magistrats : c'est l'occasion que se promettaient de saisir Ubaldini et le P. Coton, pour atteindre Auguste de Thou dans sa légitime ambition de s'asseoir sur le siège que son père avait occupé avec tant d'honneur, et que son beau-frère allait rendre vacant. Quant à Servin, on espérait qu'il perdrait toute hardiesse et qu'il serait

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frappé d'impuissance le jour où il se verrait réduit à ses propres forces.

Au mois de mars 1611, Achille de Harlay « se voyant chargé d'ans, dit Lestoile S affligé des gouttes, intéressé en sa vue et en son ouie, se défit enfin de son état, sous le bon plaisir et volonté de la reine qui lui permit de s'en défaire à tel prix et à telle personne que bon lui semblerait, moyennant que Sa Majesté l'eût pour agréable ».

Plusieurs concurrents se disputèrent l'honneur de lui succéder. De Thou, qui paraissait devoir l'emporter sur tous les autres, fut écarté, grâce à l'influence de la cour de Rome, qui le traitait d'hérétique et avait mis son Histoire à l'index dès l'année 1609. Le président Jambeville avait la faveur de Goncini, « d'auprès lequel il ne bougeait ni le jour ni la nuit »; mais il n'avait aucune capacité. Le président Séguier était en odeur de sainteté auprès du parti catholique; mais il avait encouru l'inimitié violente du maréchal d'Ancre pour avoir jeté à terre le chapeau de ce favori, qui ne se découvrait pas dans la galerie du palais, sur le passage du Parlement -.

Un dernier candidat, Nicolas de Verdun, premier président au parlement de Toulouse, fut définitivement choisi. « Eri apparence, il semblait le plus faible, dit encore Lestoile, mais en effet était le plus fort, ayant le pape et les Jésuites pour lui, » C'était le fils d'un trésorier extraordinaire des guerres. Au reste, ajoute le m.ême chroniqueur, « homme docte, capable et suffisant pour exercer une grande charge; grand catholique romain, mais à la jésuite (qui est le pis, et d'où les gens de bien ne tirent pas un trop bon augure) ; zélé toutefois à la manutention de la justice et réformation des grands abus qui s'y commettent partout, mais pour la correction desquels on se doute qu'il se rapportera du tout à son bon maître, chef de ladite justice. »

Ubaldini et les Jésuites crurent enfin avoir cause gagnée. Ils considéraient Verdun comme un instrument docile entre leurs mains. Son esprit avait été façonné par les maîtres du collège de Clermont; et on ne doutait pas qu'il ne se regardât comme attaché par les liens de la reconnaissance. En effet, dès sa pre-

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