Bibliothèque nationale, Fonds ital., 33, fol
:2îî4 l'université de paris et les jésuites
Les Jésuites, nprès quelque hésitation, obéirent à l'arrêt du Parlement, et congédièrent les élèves qu'ils avaient réunis au collège de Clermont. Le 22 février 1012, on vit même comparaître au greffe du Parlement le P. Christophe Baltazird, provincial de la Compagnie, le P. Barthélémy Jacquinot, supérieur de la maison de Saint-Louis, les PP. Fronton-Duduc, François ïaconius et Jacques Sirmond, assistés de M" Sibour, leur procureur, pour y prendre l'engagement de se conformer à la doctrine des écoles de Sorbonne, même en ce qui regardait la conservation de la personne des rois, le maintien de leur autorité royale et les libertés de l'Église gallicane.
Les Jésuites n'avaient donc rien gagné à faire passer les hautes fonctions d'Achille de Harlay entre les mains d'un premier président qu'ils supposaient animé des meilleures intentions et nourrissant une prédilection marquée en faveur de leur Société. Une leur servait de rien d'avoir l'oreille de la reine mère et d'être comblés des faveurs des ministres. Ils n'en étaient pas moins humiliés et vaincus dans leur lutte contre l'Université : ils voyaient leur cause échouer devant des magistrats résolument hostiles, dont la résistance rendait vaines et inefficaces toutes les complaisances de l'autorité royale.
Les Pères devaient encore une fois se résigner, avec une humilité contrainte, à la mauvaise fortune. Force leur était d'ajourner à des temps meilleurs leurs invincibles espérances.
Le zèle infatigable de Richcr avait été pour beaucoup dans la défaite infligée à la Compagnie de Jésus. Celle-ci ne l'ignorait pas; et elle ne songea plus dès lors qu'à réduire à l'impuissance ce fougueux champion de l'Université, ce Gracchus des libertés gallicanes. Elle saisit la première occasion qui se présenta pour attaquer et perdre le courageux syndic.
Au cours des derniers débats, le premier président de Verdun avait prié Richer de résumer, à son intention, les véritables doctrines de la Faculté de théologie sur les points controversés au sujet de l'autorité pontificale. C'est ainsi que Richcr fut amené à écrire un traité sommaire sur la puissance ecclésiastique et politique, De ecclesiastica et polit ica poteUale. Il ne fit imprimer que trois cents exemplaires de ce livre, sans y mettre son nom.
Richer reconnaissait la primauté du Saint-Siège ; mais il dclrui-
sait la suprématie pontificale, que s'efTorçaienl d'établir Bellannin et tous les théologiens jésuites. Il soutenait que la juridiction ecclésiastique appartient essentiellement à rKglisc; que le pape est seulement l'organe et le ministre de l'Ëglise, à peu près comme l'œil est l'organe de l'âme, en qui réside la puissance de la vue. Le pontife romain, ajoutait-il, veille à l'exécution des lois ecclésiastiques; il les interprète; mais il est soumis lui-même aux règles qu'il doit faire observer par les Églises particulières. L'autorité souveraine, absolue, infaillible en matière de foi, a été dévolue au concile général, dans lequel toute l'Église a été représentée.
Ces maximes n'étaient pas nouvelles, comme on l'a dit avec raison *, et Richer n'était pas embarrassé de citer des théologiens très autorisés qui les avaient textuellement énoncées. Cependant certaines expressions, prises trop à la lettre, altéraient profondément la notion de la papauté, en réduisant le pontife romain à des attributions purement executives, ou, comme on disait alors, ministérielles. Aussi, l'abbé Fleury, si dévoué lui-même aux libertés de l'Eglise gallicane, n'hésite pas à taxer Richer d'exagération et à reconnaître qu'il « poussait trop loin sa prétendue aristocratie dans l'Eglise ^ ».
Les ennemis de Richer, qui n'attendaient qu'un prétexte, ne manquèrent pas de jeter les hauts cris. Le nonce du pape donna le signal et menaça de quitter Paris, s'il n'était pas fait prompte justice d'un livre aussi contraire aux droits du Saint-Siège. D'habiles manœuvres amenèrent les évêques à prendre parti contre Richer, et le cardinal du Perron consentit à se faire l'instrument de toutes les rancunes soulevées par l'ardeur inquiète et ombrageuse du syndic. Il assembla les évêques de la province de Sens, dont il était le métropolitain, et il leur soumit le livre du syndic, qui fut censuré comme « sonnant le schisme et l'hérésie ». Richer eut beau interjeter appel comme d'abus, sa voix fut étoufîée : la régente lui intima l'ordre de ne faire aucune démarche et de ne rien écrire pour la défense de son livre, sous peine d^être envoyé à la Bastille.
Les adversaires de Richer, encouragés et enhardis par ce pre-