Du Boulay, t. IV, p
4. Ce privilège donna lieu à de graves abus, parce que les membres de l'Université s'avisèrent de prendre intérêt dans des causes qui leur étaient étrangères, pour les faire évoquer à Paris.
Philippe le Bel assigna aux maîtres et aux docteurs de Paris une place dans ses conseils et dans les Etats généraux de Tours, où se décida le sort des Templiers (1308). Désormais l'Université, oublieuse des nombreux privilèges qu'elle tenait de la faveur des papes, se tourna de plus en plus vers les rois de France et rechercha leur protection, aimant à se dire leur fille aînée. Elle ne cessa de défendre, avec le plus ferme esprit de décision, l'indépendance de la couronne contre les prétentions excessives ou surannées des pontifes romains, et fut mêlée à tous les conflits de l'ordre civil contre l'ordre spirituel, de l'autorité laïque contre l'autorité ecclésiastique.
Une fois entrée dans cette voie, l'Université se plaît à la parcourir ; elle n'attend plus d'être consultée pour délibérer sur la conduite des papes et des rois, s'immitcer dans le gouvernement de l'Église et de l'État, diriger les conciles et envoyer des ambassadeurs aux nations étrangères. On retrouve son action et son influence dans toutes les afl'aires publiques du temps; elle dirige l'opinion et exerce sur les esprits une espèce de souveraineté, qui était alors incontestée et qui nous paraît fabuleuse aujourd'hui. — (( Elle crût grandement en autorité, dit Pasquier ^,tant par le schisme de trente-huit ans qui régna en l'Église depuis le trépas de Grégoire onzième jusqu'à Martin cinquième, que par les troubles et divisions qui furent en France entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne : pour le premier faisant vraiment ce qu'elle devait; et au second, abusant de l'autorité qui lui était sous main baillée par les chefs de parti. »
Mais lorsque les grandes luttes sont terminées, après la victoire, les princes qui ont appelé l'Université à leur secours savent fort bien lui faire entendre qu'ils n'ont plus besoin de ses services et qu'elle ait à retourner à ses écoliers et à ses livres. « Le gouvernement royal une fois affermi par Charles YII, par Louis XI, elle perd celte puissance, utile conquête sur la suprématie romaine, sur la prélature, sur la noblesse, et qui n'en était pas moins une puissance irrégulière. On s'étonne même qu'elle conserve jusqu'au règne de Louis XII le droit de cessation, ce droit exorbitant de suspendre à volonté, pour se faire obéir, les leçons