‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 123 sur 178 · Prat, t. III, p · texte numérisé non relu

Prat, t. III, p

2. Ambassades et négociations du cardinal Du Perron^ t. II, p. 28'

DOUARCHE. 16

divisions qui réduisaient l'Université à l'impuissance, elle n'avait pas tardé à se remettre d'une alarme si chaude et à prendre l'ofTensive à son tour.

La chambre du clergé, docile aux inspirations de du Perron, adopta les résolutions les plus favorables aux Jésuites, à leur rétablissement dans toutes les villes de France et à la réouverture du collège de Clermont. Ces importantes résolutions furent consignées dans l'article 128 du Cahier général, qui était ainsi conçu : « Les grands fruits et notables services que les Pères de la Société et Compagnie des Jésuites ont faits et font journellement à l'Église catholique, et particulièrement à votre royaume, nous obligent de supplier très humblement Votre Majesté qu'en considération des bonnes lettres et de la piété dont ils font profession, il lui plaise leur permettre d'enseigner dans leur collège de Clermont, et faire leurs fonctions ordinaires dans leurs autres maisons de Paris, comme ils ont fait ci-devant. Et pour terminer toutes les oppositions et différends de l'Université et autres, mus pour ce regard, et pendants en votre cour de Parlement, les évoquer à vous et à votre conseil, et en interdire la connaissance à tous autres juges. Plaira aussi à Votre Majesté, en les conservant aux lieux et endroits de votre royaume, où ils sont de présent, les accorder encore à ceux qui les demanderont à l'avenir; et les prendre tous en sa protection et sauvegarde, comme il avait plu au feu roi de faire, afln qu'ils puissent toujours rendre à Votre Majesté l'honneur, Tobéissance et la lidélité de leurs devoirs et à tous vos sujets le service de leur profession '. »

La noblesse doubla la valeur des vœux exprimés parle clergé, en s'y associant et en les insérant dans son Cahier général. Quant au Tiers État, on savait de quel côté étaient ses préférences : il exprima sa défiance envers les Jésuites en demandant qu'ils fussent astreints aux lois du royaume comme les autres religieux (article 41 de son Cahier).

C'était un triomphe éclatant pour les Jésuites. Ubaldini s'en réjouit avec raison, en envisageant surtout les heureuses conséquences qui allaient en découler pour ses protégés. « Si Dieu, dans sa grande bonté, écrivait-il au Saint-Siège le 24 février

1. Procès-vei'bal de la Chambre ecclésiastique des États généraux de ISI4- 4615, p. 339-340. — Jourdain, p. 8o.

LA LUTTE DEVANT LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE 1614-i61o 243

IGlo, daigne favoriser la demande du clergé et de la noblesse, relative aux Pères Jésuites, nous pouvons nous promettre et nous féliciter, dt-s maintenant, de voir enfin le terme des cruelles persécutions qu'ils ont soulTertes depuis la mort du feu roi, et de voir succéder à tant d'épreuves une prospérité qui leur permette de remplir leurs saintes intentions et donne une satisfaction légitime à tous les gens de bien. )> Et après avoir engag(j son gouvernement à agir auprès du marcpiis de Tresnel, ambassadeur français à Rome, pour rcconi mander avec chaleur les intérêts des Jésuites au roi Louis XIII, il ajoutait : « De mon côté, comme j'ai agi de tout mon pouvoir auprès des députés des deux chambres pour les porter à faire cette demande, de même je leur ai rendu des actions de grâces bien méritées; et je me ferai un devoir de presser, tant' auprès de Leurs Majestés que de leurs ministres, l'exécution d'une si bonne œuvre *. »

L'Université ressentit une vive douleur de sa défaite. Elle avait donc soutenu de longues luttes en pure perte ; et toutes ses victoires passées demeuraient stériles, si les vœux de la noblesse et du clergé suffisaient à annuler ou à invalider moralement les arrêts les plus solennels du Parlement. Cependant elle ne se laissa pas abattre par la fortune contraire, et elle résolut d'opposer jusqu'au bout une résistance énergique à ses éternels adversaires.

Des députés choisis en assemblée générale furent envoyés aux commissaires chargés par le roi, après la dispersion des États généraux, de faire un rapport sur les nombreuses demandes contenues dans les Cahiers des trois ordres. Ils avaient pour mission de réclamer l'exécution de l'arrêt du Parlement, qui défendait aux Jésuites d'enseigner la jeunesse à Paris.

L'Université faisait observer que les vœux des deux ordres privilégiés n'avaient été émis qu'à la sollicitation des Jésuites, sans que les Cahiers ou les mémoires des provinces en fissent la moindre mention. Elle voulait bien d'ailleurs laisser ouvrir les portes du collège de Clermont, si la Compagnie consentait à fermer tous les collèges érigés depuis son rétablissement. Elle ajoutait que les Jésuites n'étaient pas nécessaires à sa splendeur,

i.Dibl. nat., Fds. ital., 37, fol. 27.

qu'elle enseignait les lettres mieux qu'ils ne le faisaient: et elle offrait de le prouver par la comparaison des compositions de ses écoliers, tant en prose qu'en poésie grecque et latine. « Si lesdits Jésuites estoient une fois incorporés en l'Université, disait le rédacteur de la remontrance, comme ils sont gens de menée et artificieux, bientôt ils se rendroient maistres de la Sorbone, qui seroit un grand et notable interest pour la religion et pour l'état... Que s'il plaist à Sa Majesté faire deffence auxdits Jésuites d'enseigner tant la philosophie que la théologie es collèges qu'ils ont en toutes les provinces de la rivière de Loire, on verra ceste Université augmenter de plus de deux mil écoliers dans peu de mois K »

Toutes ces démarches ou remontrances auraient été vaines, et l'Université n'aurait pas tardé à succomber, si l'attention de Louis XIII et de son gouvernement n'avait été détournée et absorbée pendant plus de deux ans par les plus graves embarras intérieurs : la révolte des princes d'abord et le soulèvement des protestants qui aboutirent au pacte de Loudun; les intrigues et les dissensions de la cour ensuite, qui trouvèrent leur dénouement dans la mort tragique du maréchal d'Ancre. Les arrêts du Parlement continuèrent donc à recevoir leur exécution, par la force même des choses. Mais l'Université ne pouvait se flatter d'échapper toujours au coup fatal dont elle était menacée.

1. Bibliothèque nationale, Manuscrits de Dupuy, vol. 678, fol. 108 et 109.

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