‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 124 sur 178 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les confesseurs de Louis XIII sont changés suivant les variations politiques, mais ils sont toujours pris dans les rangs de la Compagnie de Jésus. — Réouverture du colii'ge de Clermont au mois de février 1618. — La Faculté de théologie et la Faculté des arts publient des règlements tendant à interdire aux écoliers des Jésuites l'accès des grades acadé- , miques. — EfTorts des Jésuites pour ériger leur collège de Tournon en Université conférant les grades. — Ligue de toutes les Universités de France contre les Jésuites. — Cette ligue résiste victorieusement aux entreprises de la Société dans toutes les villes du royaume.

L'année 1618 devait voir s'ouvrir devant une nombreuse et brillante jeunesse les portes du collège de Clermont, fermées depuis l'attentat de Chàtel et l'expulsion des Jésuites par le Parlement de Paris.

Un historien du règne de Louis XIII, Bazin, fait à ce sujet une réflexion aussi juste que piquante. Ce qu'il y eut de particulier dans cette affaire, dit-il, c'est que la mort du maréchal d'Ancre avait amené le renvoi du P. Coton, confesseur du roi, que la Compagnie de Jésus avait eu sa grande part des injures lancées contre le couple florentin dont tous les libelles la faisaient complice, que ses ennemis avaient proclamé hautement sa chute prochaine, et que, dix mois après, sous un autre pouvoir, elle obtenait d'un autre favori, parles instances d'un autre confesseur pris dans ses rangs, ce que le P. Coton n'avait pu obtenir de Goncini, sous l'administration de la reine mère. Il faut convenir qu'après de tels exemples, pris dans leur propre histoire, ces religieux auraient mérité bien peu la réputation d'habileté

qu'on leur a faite, s'ils n'avaient pas dès lors parfaitement compris les choses de ce monde.

Il est certain que la Compagnie dut déployer toute sa souplesse et les ressources infinies de son esprit, pour ne rien perdre de la faveur dont elle avait joui jusque-là à la cour. Le tourbillon des événements avait emporté ses plus fermes protecteurs et amené sur la scène politique beaucoup de personnages nouveaux.

L'impétueux et zélé Ubaldini avait cédé la place à Bentivoglio, prélat aimable, prudent, tolérant, qui savait par sa douceur et sa patience dissimuler ou atténuer les incidents irritants. Ce changement ne laissait pas d'avoir une grande importance : le nouveau nonce du pape ne demandait pas ses inspirations au P. Coton, trop envahissant à son gré ; et les Jésuites se trouvaient privés du même coup de leur conseil ordinaire, de leur plus puissant allié.

Louis XIII était en proie à une incurable mélancolie : il n'aspirait qu'à se décharger sur son favori du fardeau des affaires et de la direction de sa politique. La faveur et l'influence du jeune fauconnier, Albert de Luynes, allaient grandissant, et il était facile de prévoir qu'il exercerait bientôt sur le monarque adolescent le même empire souverain que Concini avait exercé sur la reine mère. Cette puissance nouvelle, naturellement ombrageuse, devait être portée à éloigner de la cour tous ceux qui avaient édifié ou élayé leur fortune sur le crédit du maréchal d'Ancre. A ce titre, le P. Coton ne pouvait guère échapper aux suspicions : le duc de Luynes lui enleva son titre de confesseur d'abord, celui de prédicateur ensuite, et le contraignit enfin à quitter Paris pour se retirer à Avignon.

La chute de Coton semble avoir été précipitée par son ardeur à intervenir dans toutes les affaires de l'Etat. Bentivoglio rapporte que le pieux Louis XIII versait d'abondantes larmes dans ses confessions, qu'il écrivait, qu'il portait, nuit et jour, cachetées au col, afin que personne de ses serviteurs ne les pût voir. Le P. Coton, voulant pénétrer les secrets desseins du roi, ne craignit pas de l'interroger à ce sujet, au confessionnal, au risque d'irriter son royal pénitent et de compromettre sa propre dignité. Mais le roi déjoua la manœuvre, et quand Coton lui demanda s'il voulait du mal à quelqu'un : « Oui, à mes ennemis >>,

répondit-il, en évitant de nommer personne. Les familiers du roi connurent cette réponse équivoque et d'autres semblables; la nouvelle s'en répandit aussitôt dans Paris et l'on en fit partout des gorges chaudes '.

La Compagnie de Jésus craignait d'être entraînée et enveloppée dans la disgrâce du P. Coton. Mais elle sut fort habilement céder aux circonstances, faire les concessions nécessaires et s'incliner devant l'autorité du favori du jour. Elle comprit qu'à une situation nouvelle il fallait un confesseur nouveau. De Luyncs, de son cùté, ne désirait nullement accabler les Jésuites, et il attachait presque autant de prix que Marie de Médicis à conserver leurs bonnes grâces et celles du Saint-Siège. Tout ce qu'il voulait, c'était placer auprès du roi un homme dont il serait sûr et qui lui serait personnellement dévoué. Pour atteindre son but, il affectait de répéter bien haut que, par dégoût d'un Jésuite, le roi ne devait pas exclure tous les hommes distingués qui étaient l'honneur de la Compagnie. Dans ces conditions, l'entente était aisée : le P. Arnoux fut agréé comme confesseur et prédicateur du roi. Bien mieux, de Luynes lui soumit aussi sa conscience.

L'avenir démontra bientôt que le choix n'était pas des plus heureux. Le P. Arnoux suivit les errements de son prédécesseur : il se mêla activement à tous les mouvements politiques; il usa et abusa de son crédit sur Luynes en faveur de son ordre, jusqu'au jour où il crut remarquer que le roi était impatient du joug de son favori; il s'allia alors avec le secrétaire d'Etat Puisieux, gendre et successeur de Villeroy, pour faire tomber son bienfaiteur du pouvoir (1621). Le jeu était dangereux : Arnoux y perdit sa place. En vain essaya-t-il, « par des paroles soumises, et plus basses que sa condition ne portait, d'adoucir » celui qu'il avait voulu renverser; devant cette bassesse et cette ingratitude, de Luynes se montra inexorable. D'ailleurs, suivant Richelieu ^, le retour du P. Arnoux « était craint de ses amis et de ses ennemis, les uns et les autres appréhendant sa violence et l'audace de son esprit, joint que c'est une chose difficile à supporter, aux âmes même les plus modérées, de voir

1. La nunziatura di Francia, dép. de Bentivofilio, 27 janvier, 16 mai, 8 riovemhre, 20 juin 1617. — Perrens, t. II, p. 357.

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