‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 125 sur 178 · Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p

une personne de basse étoffe et hors des charges pubhques, s'arroger l'autorité du gouvernement »,

La Compagnie de Jésus se consola facilement de la disgrâce du P. Arnoux, qui fut remplacé par le P. Séguiran. Celui-ci s'étant bien vite rendu insupportable par son orgueil, qui le poussait à établir sa préséance sur les évèques et les cardinaux, il fut remplacé à son tour par le P. Suffren, qui avait longtemps fait preuve d'une rare discrétion comme confesseur de la reine mère.

Le confesseur pouvait désormais changer, suivant les variations politiques, au gré du roi ou de ses ministres : c'était toujours la Compagnie de Jésus qui était appelée à diriger la conscience de Louis XIII. Elle en profita, comme bien on pense, pour asseoir définitivement son crédit à la cour et se créer peu à peu une position inexpugnable.

Au commencement de l'année 1618, et au plus fort de la faveur du P. Arnoux auprès du duc de Luynes, le bruit se répandit que les Jésuites ne tarderaient pas à voir leurs longs efforts couronnés de succès, qu'ils étaient sur le point d'obtenir l'autorisation du roi pour ouvrir les classes du collège de Clermont.

Cette nouvelle était bien faite pour exciter les alarmes de l'Université. Le recteur, Dossier, accourt aussitôt chez le chancelier et chez le garde des sceaux, Guillaume du Vair : il n'a pas eu le temps de prendre l'avis des procureurs des Nations et des doyens des Facultés ; mais il est accompagné de Turgot et de plusieurs professeurs du collège d'Harcourt. « L'Université, dit-il, sait avec quelle habileté les Jésuites épient les occasions favorables à leurs desseins. Ce qu'ils n'ont pas obtenu de la clémence de Henri IV et de la faveur de Marie de Médicis, ce que la sagesse du Parlement leur a refusé, ils s'apprêtent à l'arracher à l'inexpérience de Louis XIII. Les conséquences de leur triomphe, s'il doit se consommer, sont manifestes; jamais coup plus funeste n'aura été porté aux lois et à l'équité, ^comme à l'intérêt des lettres et à celui des écoles. Il appartient au chancelier et au garde des sceaux de conjurer ce malheur en ne permettant pa& que la bonne foi du prince soit surprise, et que la fille aînée du roi très chrétien soit condamnée, sans même avoir été entendue *. »

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