Jourdain, loc. cit., p
2o4 l'université ke paris et les jésuites
prononcer le nom même du collège de Clermont. Mais c'était uniquement ce collège qu'elles visaient; c'était ce rival redoutable qu'elles voulaient tenter de mettre, pour ainsi dire, en interdit. La manœuvre était habile autant que hardie. Déclarer que les études faites chez les Jésuites ne seraient pas considérées comme académiques et ne permettraient jamais aux écoliers l'accès des grades, c'était en réalité décapiter leur enseignement, arrêter sur le seuil du nouvel établissement les élèves prêts à y entrer en foule. C'était du moins exclure rigoureusement le collège de Clermont de lUniversité, élever une barrière infranchissable entre les deux institutions et rétablir d'une manière indirecte le privilège exclusif de l'enseignement au profit des seuls collèges reconnus par l'Université.
La Compagnie de Jésus comprit toute l'importance de ces mesures, qui ne tendaient à rien moins qu'à rendre désertes ses classes de philosophie et de théologie. Elle eut recours une fois de plus à ses puissants protecteurs, et réussit sans peine à faire briser les oppositions de l'Université. Le 26 avril, le Conseil privé cassa purement et simplement les délibérations de la Faculté de théologie et de la Faculté des arts, en ordonnant que « l'arrêt du io février sortirait son entier et plein effet; et serait exécuté pleinement et entièrement selon sa forme et teneur ».
Les Jésuites firent afficher l'arrêt du Conseil dans tous les carrefours de Paris; mais ils négligèrent de le faire signifier à l'Université. Celle-ci eut beau jeu désormais pour soutenir que cet arrêt était sans valeur contre elle, puisqu'elle n'avait été ni entendue, ni appelée à se défendre sur la requête et les exposés plus ou moins fidèles présentés par ses adversaires.
Quoi qu'il en soit, l'Université, afTectant de ne tenir aucun compte des décisions du Conseil du roi, s'efforça de ramener à exécution les délibérations de ses Facultés. Elle éprouva des résistances prolongées, de la part même de ses suppôts; mais elle n"en persista pas moins dans sa ferme résolution. « Comme elle conservait la haute juridiction sur le nombreux personnel de ses propres établissements, elle en usa pour entretenir dans l'obéissance et la fidélité à sa cause quelques-uns de ses membres qui ne se montraient que trop portés a la trahir. Ainsi, au collège du Plessis, un régent de philosophie, nommé Philippe, avait chez lui quelques pensionnaires que, selon le vœu de leurs
parents, il laissait fréquenter les classes du collège de Clermonl. Il fut sévèrement blâmé et rerut l'ordre de rompre toutes relations avec les écoles des Jésuites et de ne conduire à l'avenir ses pensionnaires que dans celles de l'Université. Au collège des Grassins, le principal, M" Gouault, docteur en théologie, se dispensait de payer des régents, sous prétexte qu'ils coûtaient trop, et, pendant la vacance des chaires, il envoyait aussi les petits boursiers étudier chez les Jésuites. Assigné pour ce fait devant le recteur, il essaya en vain de se justifier, en alléguant les lourdes charges pécuniaires qu'il avait à supporter; conmiandement lui fut fait d'avoir, sous dix jours, à se procurer des maîtres et à rétablir l'exercice des classes '. »
Les Jésuites favorisèrent de tout leur pouvoir des résistances qui servaient à point nommé leurs intérêts, en permettant aux écoliers du collège de Clermont d'éluder les prescriptions rigoureuses des règlements universitaires. On imagine facilement les manœuvres, les subterfuges de tout genre mis en œuvre par des hommes fertiles en expédients, dans cette lutte sourde et incessante, qui menaçait d'éclater au grand jour à propos du moindre examen de maître es arts ou de bachelier en théologie.
Cette situation équivoque et indécise se prolongea pendant de longues années. L'Université voyait avec déplaisir les leçons publiques du collège de Clermont se poursuivre avec succès; mais elle n'avait aucun moyen d'en entraver le cours régulier, au mépris du pouvoir royal. Elle s'y résigna donc, mais de très mauvaise grâce; et elle s'appliqua à affaiblir, à diminuer indirectement la portée de l'enseignement des Jésuites, en maintenant que les études faites sous leur direction seraient destituées de toute efficacité pour parvenir aux grades académiques.
La Compagnie de Jésus ne tarda pas à montrer qu'elle n'était pas d'humeur à s'inchner docilement devant les refus calculés de la Faculté des arts et de la Faculté de théologie, concernant l'admission aux grades des candidats convaincus d'avoir suivi les cours du collège de Clermont ou de tout autre collège de la Société. Elle rechercha tous les moyens de parer à une situation aussi désavantageuse qu'humiliante, et elle songea qu'il ne lui