‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 128 sur 178 · Jourdain, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Jourdain, loc. cit., p

serait peut-être pas impossible d'arriver à conférer elle-même à ses écoliers les titres de maître es arts, de bachelier, de licencié et de docteur, dont on voulait les exclure systématiquement. Le pape Jules III ne lui avait-il pas accordé, par une bulle fameuse de loo2, le privilège « de graduer les écoliers de tous ses collèges, situés tant dans les Universités que hors d'ieelles»? Le moment semblait venu d'invoquer ce précieux privilège, de le faire reconnaître et sanctionner par l'autorité civile.

Pour assurer le succès d'une entreprise aussi hardie, il ne fallait pas éveiller l'attention d'adversaires toujours vigilants. La Compagnie le comprit, et elle avisa, au fond du Vivarais, le collège de Tournon, qui lui parut réunir toutes les conditions nécessaires à la réalisation de ses ambitieux desseins.

Sous prétexte de faire approuver l'union d'un prieuré qui augmentait les revenus du collège de Tournon de plus de quatre mille livres par an, les Jésuites sollicitèrent et obtinrent sans bruit, au mois de décembre 1622, des lettres patentes qui leur permettaient d'ériger leur collège en Université, de conférer les grades, de nommer aux bénéfices et « de jouir des mêmes droits et privilèges dont usent les Universités de France, notamment celle de Paris *. »

Les Jésuites n'eurent aucune difficulté pour faire enregistrer, quelques mois après, par le Parlement de Toulouse les lettres qui leur avaient été si facilement octroyées par Louis XIII. Leur triomphe paraissait assuré : ils touchaient au but le plus élevé que leur ambition pouvait se proposer au sujet de l'éducation. Au droit d'enseigner la jeunesse et de lui inculquer leurs doctrines ils allaient joindre le privilège incomparable de constater euxmêmes par des examens l'aptitude de leurs écoliers, et de leur délivrer de leur propre autorité des diplômes, qui leur ouvriraient, sans contestation possible, l'entrée des charges publiques dans l'ordre ecclésiastique comme dans l'ordre civil.

Cependant les progrès et les empiétements de la Compagnie de Jésus ne pouvaient pas rester longtemps ignorés. Les Universités de Valence, de Toulouse et de Cahors, plus directement intéressées que les autres à cause de leur voisinage de Tournon,

1. Averlissement pour les Universités de France contre les Jésuites, par M. Gasp. Froment.

en eurent vent les premières. Elles virent clairement qu'elles étaient menacées dans leur prérogative la plus essentielle, et elles s'empressèrent de protester avec énergie devant le Parlement de Toulouse. Après des plaidoyers qui ne nous sont pas parvenus et sur les conclusions du procureur général, elles obtinrent, le 13 juillet [Cy23, un arrêt qui « faisait inhibitions et défenses aux Pères du collège des Jésuites de Tournon de prendre le nom, litre ni qualité d'Université, ni bailler aucunes matricules testimoniales d'études, ni aucuns degrés en aucune Faculté, ni aucune nomination aux bénédces, à peine de nullité et autres peines arbitraires ».

Les Jésuites ne craignirent pas de violer ouvertement cet arrêt, et de faire expédier, au nom du recteur du collège de Tournon, des lettres testimoniales d'étude, en parchemin, scellées du sceau du secrétaire. Le procureur général se vit obligé de dénoncer cette conduite audacieuse au Parlement de Toulouse; et, par un nouvel arrêt du 11 août 1623, il fut « fait inlnbitions et défenses à tous recteurs, principaux et autres intendants des collèges du ressort, tant des Pères jésuites qu'autres, de bailler aucunes testimoniales d'étude en parchemin, avec sceau ni préface, telles qu'ont accoutumé de faire les Universités dans leurs lettres de degrés, à peine de nullité ». L'arrêt déclarait en même temps que « telles lettres ci-devant expédiées seraient nulles et de nul effet et valeur : avec inhibitions à ceux qui les avaient obtenues de s'en aider et servir, ni prendre le nom et qualité de gradués, à peine de faux et autres peines portées par les Ordonnances * ».

Les Jésuites ne se tinrent pas pour battus. Confiants dans leur crédit auprès du roi, ils se pourvurent devant son Conseil pour faire casser l'arrêt qui leur était défavorable. Les trois Universités de Valence, de Cahors et de Toulouse ne reculèrent pas devant la lutte à soutenir; mais, pour la rendre moins inégale, elles sollicitèrent l'appui, l'intervention active de l'Université de Paris et des autres Universités de France. « Nous ne doutons point, disait l'Université de Valence, dans une lettre du mois de mars 162 i -, que vous ne jugiez sainement de la consé-

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