‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 129 sur 178 · Jourdain, Pièces justificatives, LXV · texte numérisé non relu

Jourdain, Pièces justificatives, LXV

DOUARCHE. 17

quence qu'un tel commencement peut apporter; car, selon leurs maximes, la profession du droit faisant partie de celle de théologie, lorsqu'ils seront déclarés capables de conserver le titre en l'une de leurs Facultés, ils espèrent de le pouvoir être en toutes; et enfin leur dessein s'acheminera peu à peu à la ruine des Universités, lesquelles ils désirent éteindre ou plutôt enfermer dans leurs collèges, au mépris de l'autorité des rois qui en sont les fondateurs. C'est ainsi que ceux qui font profession d'avoir renoncé au monde pour vivre dans l'humilité, veulent, contre leur institut, se rendre promoteurs et ambitionner que le premier degré qui porte aux plus hautes dignités, procède de leurs mains et soit marié à leur robe, au lieu que ce titre ne doit ni ne peut relever que du prince souverain et de ceux qu'il a établis pour cet effet. C'est de quoi, messieurs, nous avons estimé vous devoir avertir, afin que, joignant notre intervention avec la vôtre, en la défense de cette cause, la postérité ne nous puisse blâmer d'avoir, par notre connivence, laissé couler dans l'État une nouveauté et conséquence si extraordinaire. »

L'Université de Paris n'eut pas de peine à voir que sa cause était intimement liée à celle des Universités du Midi : si les Jésuites triomphaient et faisaient reconnaître leurs prétentions de conférer les grades académiques, fût-ce au fond du Vivarais, toute la jeunesse irait prendre ses degrés à Tournon. Elle intervint donc au procès avec la plus vigoureuse décision; et elle invita les Universités du royaume à se joindre à elle pour intervenir toutes ensemble dans une cause qui intéressait directement la conservation de leurs communs privilèges. Bordeaux, Reims, Poitiers, Gaen, Bourges, Orléans, Aix et Angers entendirent l'appel qui leur était adressé et envoyèrent successivement à Paris des députés chargés de dénoncer et de soutenir leur intervention.

Ainsi toutes les Universités de France, confondues dans un même sentiment, se liguaient contre la Compagnie de Jésus, et se disposaient à combattre ses empiétements. On assistait à une sorte de réveil de l'antagonisme latent, mais toujours vivace, qui animait les écoles séculières contre les congrégations religieuses. Une seule Université observa un silence discret, celle de Montpellier, dont les Facultés de théologie et des arts étaient entre les mains des Jésuites.

Dans sa requête dïntervenlion, l'Université de Paris disait

que « les Jésuites ne se sont jamais glissés et introduits dedans les villes du royaume, qu'avec protestation qu'ils ont laite en y entrant, de ne vouloir rien entreprendre sur les Universités, afin de s'y donner, sous ce leurre, plus facile entrée : mais ils n'y ont pas eu plutôt mis le pied, qu'au même temps ils n'aient lâché sourdement d'en saper les privilèges, les éteindre en icelles, et de se les attribuer. Et aujourd'hui, levant le masque, ils font paraître ouvertement en tous lieux où ils sont, des actions contraires à leurs protestations '. »

De son côté. M" Froment, docteur régent de l'Université de Valence, présentait au roi et à son Conseil un Avertissement en forme de requête, pour et au nom de toutes les Universités de France. Il dénonçait les entreprises des Jésuites comme contraires à l'autorité du prince, aux libertés de l'Église gallicane, au pouvoir des évèques, au bien de la jeunesse, à celui des villes, à la perfection des sciences, etc. « Si Votre Majesté, ajoutait-il, leur accorde le droit des promotions, pourquoi non pas aux Barnabites, aux Pères de l'Oratoire, à ceux de la Doctrine chrétienne, et autres qui se présentent tous les jours, voire à tous les ordres des Mendiants?.... Tous ceux-là attendent avec impatience le succès de cette cause, pour aussitôt se mettre en campagne, et par sollicitation, ou importunité, comme les Jésuites, suivre la piste et le cheuiin qu'ils auront frayé. — Que si le privilège est rendu commun, et qu'il soit loisible à tous les réguliers de promouvoir et conférer les degrés, il y aura enfin autant d'Universités en France que de villes et de bourgs, qui est la ruine du royaume, ainsi que les plus clairvoyants ont jugé dès longtemps. Car la trop grande fréquence des collèges occasionne de quitter le commerce, l'exercice de l'agriculture, et autres arts nécessaires à la vie et société politique, pour se précipiter aux écoles, BOUS l'espérance que chacun a d'accroître et augmenter sa condition, en portant une robe plus longue que de l'ordinaire. »

Les Universités de France faisaient ensuite bonne justice d'un argument que les Jésuites développaient avec complaisance, et qui consistait à offrir de faire les promotions gratis. « Ils se vantent toujours de ce gratis; mais ils ne veulent et n'ont que des

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