‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 131 sur 178 · Le Mercure Jésuite, p. 653 et suiv · texte numérisé non relu

Le Mercure Jésuite, p. 653 et suiv

Divers mémoires furent échangés entre les parties, et la lutte se poursuivit avec ardeur de part et d'autre. Le recteur de l'Université de Paris se distingua par son zèle et son activité infatigable : c'était Jean Auberl, qui eut l'honneur peu commun d'être maintenu dans ses fonctions pendant deux ans, pour tenir tête aux Jésuites et déjouer leurs manœuvres. Il fut admis à plaider la cause des Universités de France devant le Conseil : il parla avec une telle éloquence qu'il produisit une impression profonde sur des juges dont l'opinion semblait acquise jusque-là à ses adversaires. L'arrêt du 27 septembre 1C24 refusa de casser la sentence du Parlement de Toulouse et renvoya la Compagnie de Jésus à se pourvoir par requête civile devant ce même Parlement.

Avec un plaideur ordinaire, cet arrêt aurait mis fin au procès, 11 n'en fut pas ainsi avec les Jésuites, lis eurent recours à tous les stratagèmes, à toutes les ruses de procédure, pour faire traîner l'aHaire en longueur et lasser la patience des Universités, en leur imposant de lourdes dépenses.

A peine s'étaient-ils pourvus par requête civile devant le Parlement de Toulouse, qu'ils s'adressèrent de nouveau au Conseil du roi, pour lui demander d'évoquer le procès devant un autre Parlement, sous prétexte « qu'il y avait des parentés, alliances et amitiés entre MM. du Parlement de Toulouse, et que ledit Parlement portait de la haine aux Jésuites ». C'est ce que nous appellerions aujourd'hui une demande de renvoi devant un autre tribunal pour cause de suspicion légitime. Mais il faut renoncer à suivre les Pères dans tous les détours du dédale inextricable où ils essayèrent d'égarer leurs adversaires. Qu'il nous suffise de dire que toute l'habileté déployée par les Jésuites ne réussit qu'à rendre leur défaite plus complète et plus éclatante.

L'Université de Paris comprit qu'on ne résisterait avec avantage à des adversaires aussi redoutables qu'en maintenant unies en un seul faisceau les forces coalisées de toutes les Universités de France. Elle ne songea donc qu'à renouer les liens de cette association, et elle y réussit d'autant mieux, qu'elle avait abouti, dans une première épreuve, aux plus heureux résultats.

On alla même plus loin et l'on proflta de la circonstance pour convenir que la ligue universitaire étendrait désormais son

action et s'opposerait aux envahissements de la Compagnie, dans toutes les villes et sur tous les points du royaume où ils se produiraient. Cette mesure était justifiée parles nouvelles entreprises des Jésuites, qui multipliaient leurs collèges comme autant de citadelles élevées contre les Universités rivales. Ils venaient d'ouvrir leurs classes, dans le cours de la même année, à Blois, à Sens, à Auxerre, à Vendôme et à Alençon; ils déployaient une opiniâtreté sans égale pour vaincre la résistance énergique qui leur était opposée à Troyes et à Pontoise. Ils tentaient, à Paris même, de mettre la main sur le collège du Mans pour agrandir leur collège de Clermont; ils sollicitaient pour leurs écoliers de La Flèche le privilège d'être distraits de la juridiction ordinaire et de n'être justiciables que du prévôt de la ville; ils voulaient enfin reprendre, à Angoulême, le projet qu'ils n'avaient pu faire réussir à Tournon, et organiser une Université soumise à leur direction ayant le droit de conférer les grades.

Il appartenait à l'Cniversité de Paris de fomenter et d'organiser la résistance. Dans une réunion générale de toutes les Facultés, elle décréta (19 juin 1623) qu'il importait « de continuer l'ancienne amitié et association qu'elle avait avec les Universités de Toulouse, de Valence, de Cahors et autres qui s'étaient rendues parties dans l'affaire de Tournon ». Elle donna au recteur Jean Aubert « le pouvoir et le soin de conserver et de défendre par toutes voies dues et raisonnables, au nom de l'Université en général, les droits des Universités, suivant les arrêts du Parlement de Toulouse et du Conseil du roi ». Elle décida en outre que le recteur serait pressé et prié d'agir « avec l'application et le zèle qu'on connaissait en lui, et cjne le décret serait conservé dans les registres de l'Université, comme un monument éternel, perpetid fœderis monimentum, afin d'entretenir et conserver toujours pour le bien public l'étroite et fraternelle association des Universités ».

Les Universités de Toulouse, Bordeaux, Cahors, Poitiers, Angers, Reims, Valence, Bourges, Orléans, Caen et Aix prirent successivement des décrets semblables et chargèrent Jean Aubert de leurs pleins pouvoirs. Partout éclataient les mêmes sentiments de défiance contre les Jésuites, leurs artifices, leurs embûches et leur ambition. « Ces Pères, dit l'Université de Toulouse, s'efforçaient ci-devant et ouvertement de ruiner les Universités dans

l'aiïaire de leur collège de Tournon; maintenant ils vont clandestinement aux mêmes Uns pour celui qu'ils ont à la Flèche. Ils ne négligent rien de ce qui peut leur être favorable, pour faire attribuer à ce collège les droits des Universités par le moyen d'une prescription capable de couvrirleur invasion frauduleuse. » Les protestations des Universités de Bordeaux, de Cahors et de Poitiers n'étaient pas moins vives. « Ayant appris, disaient-elles, que, malgré le dernier arrêt du Conseil d'Etat, qui a réprimé les violences des Jésuites contre l'Université, ces Pères se préparaient à recommencer leurs attaques avec plus d'àprelé que jamais, in Universitalum perniciem acrius invalescere, et qu'à cet effet ils ont clandestinement recours à toutes sortes d'artifices pour ériger en Universités leurs collèges d'Angoulêmc et de la Flèche; nous, recteurs et tous les membres principaux, sachant qu'il n'y a rien de plus efficace pour réprimer l'ambition des Jésuites que l'union de toutes les Universités, prions M. Jean Aubert, recteurde l'Université de Paris, de vouloir poursuivre en notre nom et aux mêmes fins, les démêlés que nous avons avec les Pères Jésuites K «

Jean Aubert défendit avec sa vigueur ordinaire les intérêts qui lui étaient confiés. Partout les Jésuites se trouvèrent en présence de l'opposition résolue des Universités de France, et sur presque tous les points ils furent obligés de reculer. C'est ainsi qu'ils échouèrent à Troyes et à Pontoise, et qu'ils se virent réduits, pour Angoulème, à déclarer « qu'ils n'avaient entendu former ni gouverner l'Université accordée par le roi François l"' à ladite ville, et ne prétendaient pas s'attribuer la Faculté qui appartenait aux Universités royales, ni la direction de ladite Université dAngouléme, mais seulement la simple administration du collège par leurs soins établi audit lieu ». A Paris, le Parlement, suivant arrêt du 25 octobre 1625, leur fît provisoirement défense de mettre à exécution le contrat passé avec M. de Beaumanoir au sujet du collège du Mans.

Enfin, pour couronner toutes ces défaites, l'affaire du collège de Tournon fut définitivement tranchée contre la Compagnie. Le Conseil privé confirma son premier arrêt, et renvoya de nouveau les parties devant le Parlement de Toulouse (27 mars 1626), qui n'hésita pas, à son tour, à faire prompte justice des arguties et des subtilités de procédure accumulées par les Pères.

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