Mémoires de Richelieu, t. I, p
leur religion. On rappelait enfin que Henri IV avait clé assassiné par la permission de Dieu, au moment où il s'apprêtait à porter secours à quelques princes hérétiques contre les catholiques ^
Quels étaient les auteurs de ces libelles? Dès le premier jour, le cri public désigna les Jésuites. Les uns soupçonnaient le P. Garasse, les autres le P. Scribani; d'autres enfin attribuaient les Mystères politiques au Jésuite allemand Keller et VAve/-tissement à un autre Jésuite, Grec d'origine, le P. Eudœmon Joannes, qui avait accompagné en France le légat Barberini, chargé de négociations relatives à la Valteline.
Suivant Crétineau-Joly, le P. Keller aurait seul publié les deux pamphlets. « Les catholiques d'Allemagne, dit-il ^ étaient victimes de la politique du cardinal. Ils ne lui devaient que la vérité. Keller, confesseur de Maximilien de Bavière, usa du droit que tout homme possède; il censura au point de vue germanique la direction que le maître de Louis XllI imprimait aux affaires; il publia, sur la fin de 1625, les Mysleria polit Ica et V Admonitio ad regem. Il était plus dangereux d'offenser le ministre que le roi : ces deux écrits mettaient à nu le fond de la pensée du cardinal, ils blessaient son orgueil, ils menaçaient de briser son pouvoir encore mal affermi. »
Mais s'il était impossible de démasquer et d'atteindre les auteurs, on pouvait du moins saisir et condamner les livres. Le lieutenant civil ordonna qu'ils seraient lacérés et brûlés par la main du bourreau; la Sorbonne les condamna, et l'Assemblée du clergé, qui se trouvait réunie en ce moment, les censura sévèrement.
Les adversaires des Jésuites et des doctrines ultramontaines saisirent cette occasion de recommencer la lutte. Ils inondèrent le royaume de réfutations, de manifestes et de pamphlets, où la passion répondait à la passion, la violence à la violence. Ce fut comme une véritable guerre de plumes, qui dura plusieurs mois.
L'Université de Paris y prit une large part, comme il convenait. M" Tarin, qui était alors recteur, avait voué à la Compagnie de Jésus une haine profonde, que celle-ci lui rendait bien, si Ton en juge par le portrait peu flatté qu'en a tracé le P. Garasse avec
1. Thèse de M. Hiibault, De politicis in Richeliu/n linrjua latina liLellis, p. 23 et suiv.