Mémoires, t. I, p
livre de Santarelli. « Ces maximes, disail-il ', sont capables de ruiner toute l'Église de Dieu, à laquelle les puissances temporelles doivent être soumises par amour, qui est la soumission de la grâce, non par force et contrainte, (jui est la soumission de Tenfer. Il y aurait peu d'assurance dans les Etats si elles avaient lieu. Qui est le prince à qui on ne puisse faussement imputer des crimes, plus facilement de l'insuffisance à gouverner, davantage encore de la négligence à s'en acquitter comme il doit? Qui serait le juge de ces choses? Qui les considérerait sans passion et sans intérêt? Ce ne serait pas le pape, qui est prince temporel et n'a pas tellement renoncé aux grandeurs de la terre qu'il y soit indifférent. Il n'y a que Dieu seul qui en puisse être juge; aussi les rois ne pèchent-ils qu'envers lui, à qui seul appartient la connaissance de leurs actions Quant à l'appeler seigneur des
seigneurs, c'est vouloir faire d'un pape un roi de Perse, et d'un vicaire de Jésus-Christ un lieutenant de Mahomet. Il est croyable que le pape établirait mieux son autorité légitime, s'il arrêtait le cours des écrivains qui ne lui prescrivent pas de bornes, d'autant que cela donne lieu à beaucoup de gens mal affectionnés au Saint-Siège de ravaler sa puissance au delà de ce qu'elle doit être en effet. »
Le livre du P. Santarelli fut déféré au Parlement, et Servin s'apprêtait à fulminer un nouveau réquisitoire contre la Compagnie de Jésus et les doctrines romaines, lorsqu'il tomba frappé d'apoplexie à l'audience. Cette mort tragique n'arrêta pas le cours des procédures. Servin fut remplacé par un grave et digne magistrat, Omer Talon, dont l'éloquence ne le cédait en rien à celle de son prédécesseur. Comme il était l'ami et l'obligé des Jésuites, ceux-ci s'attendaient à être ménagés par le nouvel avocat général. Il en fut tout autrement, et la parole d'Omer Talon n'en eut que plus de poids lorsqu'il s'éleva contre la Compagnie de Jésus dans un ferme et vigoureux langage. « Le fruit de son plaidoyer, dit assez naïvement le P. Garasse % fut un grand et général effarouchement de la cour contre nous, et disait-on publiquement que Servin, en l'espace de vingt-cinq ans, n'avait pas tant endommagé notre honneur que M. Talon dans une matinée.