‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 137 sur 178 · Mémoires, t. 1, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. 1, p

2. Histoire des Jésuites de Paris pendant trois années, etc., p. 144 et 14o.

La réputation dans laquelle il a vécu (jusqu'à présent) fut un surcroît de nos malheurs; car on l'estimait ordinairement père des pauvres et grand justicier. Mais depuis la mort de Servin, il a grandement décousu ses affaires, invectivant contre le pape, déclamant contre tous les ordres religieux et ne laissant écouler aucun sujet pour nous nuire; de sorte que pour acquérir la réputation de fidèle serviteur du roi, il a mal à propos perdu celle d'homme de bien. »

Le 43 mars 1626, le Parlement condamna le livre de Santarelli au feu, comme contenant « des maximes fausses, scandaleuses et séditieuses, tendantes à la subversion des puissances souveraines, ordonnées et établies de Dieu, et induisant les sujets à attenter à la personne sacrée de leurs rois. » Il ordonna en outre que le provincial, les trois supérieurs des maisons de Paris et trois des plus anciens membres de la Compagnie comparaîtraient dès le lendemain et subiraient un interrogatoire.

Le P. Coton déféra à l'injonction du Parlement et se présenta accompagné des Pères Filleau,Brossault et Ignace Armand. Une foule immense était accourue, curieuse de savoir quelle serait l'attitude des Jésuites, et en quels termes ils désavoueraient des doctrines approuvées par leur général.

Cet interrogatoire nous a été conservé, et on ne saurait en donner une physionomie exacte qu'en le reproduisant textuellement:

MM. du Parlement ont demandé : Approuvez-vous ce méchant livre de Santarelli?

Le Père Coton. Messieurs, tant s'en faut, que nous sommes prêts d'écrire contre, et d'improuver tout ce qu'il dit, et par effet il nous est venu dans notre maison dix exemplaires que nous avons tous supprimés.

Le Parlement. Supprimés? Est-ce votre devoir d'en user ainsi?

Les Jésuites. Nous avons cru que nous ne pouvions faire que cela.

Le Parlement. Pourquoi ne les avez-vous pas portés à M. le chancelier ou à M. le premier président?

Les Jésuites. Messieurs, nous sommes obligés et astreints à beaucoup d'autres obédiences que ne sont pas les autres religieux.

Le Parlement. Ne savez-vous pas bien que cette méchante doctrine est approuvée de votre général à Rome?

Les Jésuites. Oui, messieurs; mais nous, qui sommes ici, ne pouvons mais de cette imprudence; et nous la blâmons de toute notre force.

Le Parlement. Or sus, répondez à ces deux choses. Ne croyezvous pas le roi tout-puissant dans ses Etats, et pensez-vous qu'une puissance étrangère y puisse ni y doive entrer, ni qu'en la personne du roi on puisse troubler le repos de l'Eglise gallicane?

Les Jésuites. Non, messieurs, nous le croyons tout-puissant, quant au temporel.

Le Parlement. Quant au temporel, parlez-nous franchement, et nous dites si vous croyez que le pape puisse excommunier le roi, affranchir ses sujets du serment de fidélité et mettre son royaume en proie.

Les Jésuites. Oh! messieurs, d'excommunier le roi, lui qui est le fils aîné de l'Église, se donnera bien garde de rien faire qui oblige le pape à cela.

Le Parlement. Mais votre général, qui a approuvé ce livre, tient pour infaiUible ce que dessus; êtes-vous de différente créance?

Les Jésuites. Lui, qui est à Rome, ne peut faire autrement que d'approuver ce que la cour de Rome approuve.

Le Parlement. Et votre créance?

Les Jésuites. 'Elle est toute contraire.

Le Parlement. Et si vous étiez à Rome, que feriez -vous?

Les Jésuites. Nous ferions comme ceux qui y sont.

Là-dessus quelques membres du Parlement ne peuvent s'empêcher de s'écrier : « Quoi, ils ont une conscience pour Paris, et l'autre pour Rome? Dieu nous garde de tels confesseurs! » Et l'interrogatoire suit son cours.

Le Parlement. Or sus, répondez à ce qu'on vous a demandé.

Les Jésuites. Messieurs, nous vous supplions de nous permettre de communiquer ensemble.

Le Parlement. Entrez en celte chambre.

Après un conciliabule d'une demi-heure, les Jésuites reviennent devcint le Parlement.

Les Jésuites. Messieurs, nous aurons la même opinion que la Sorbonne et souscrirons la même chose que MM. du clergé.

DOUARCHE. 18

Le Parlement. Faites voire déclaration là-dessus. Les Jésuites. Messieurs, nous vous supplions très humblement de nous donner quelques jours pour communiquer entre nous. Le Parlement. Allez, la cour vous donne trois jours *.

Les Jésuites se donnèrent beaucoup de mouvement pour ranimer le zèle de leurs amis; ce fut en vain. Ils ne trouvèrent aucun appui, au milieu de celte tourmente, qui faillit les emporter. Ils se virent abandonnés même par le nonce du pape, le cardinal Spada, qui n'osa pas entrer en lutte ouverte contre Richelieu et aima mieux se réfugier dans une prudente neutralité. Au sein du Parlement, ils comptaient à peine quelques partisans dévoués : le procureur général Mathieu Mole, le président de Lamoignon et le doyen des conseillers, Deslandes. Tous les autres étaient hostiles ou indifférents.

Au dehors, le docteur Tarin les poursuivait avec acharnement, il soulevait l'opinion publique et déchaînait contre eux toutes les passions. Le jour même où le Parlement avait rendu son arrêt, Tarin avait pris soin d'en faire imprimer à la hâte dix mille exemplaires et de les faire répandre aussitôt dans toute la ville. « On n'entendait autre chose par les rues et cantons de Paris, dit Garasse -, que le retentissement de mille crieurs subornés par le recteur et ses suppôts; et nos Pères qui allaient par la ville étaient accueillis de toutes sortes de contumélies, de sorte qu'on trouva bon par l'avis du R. P. Supérieur de défendre à tous nos Pères et Frères de sortir des maisons, excepté les prédicateurs et acheteurs, qui étaient contraints de sortir par pure nécessité, et encore fûmes-nous réduits à cette extrémité de faire acheter nos provisions par des personnes interposées, parce que l'acheteur de la maison professe cuida être assommé par des personnes de néant, qui lui déchargèrent cinq ou six coups de bâton sur les épaules et lui dirent, en reniant le nom de Dieu, que, s'ils nous trouvaient le lundi suivant dans Paris, on nous jetterait tous du Pont-Neuf dans la Seine. »

Cependant le Parlement continuait ses délibérations. Il ne lui suffisait pas d'avoir livré aux Qammes l'ouvrage de Santarelli;

1. D'ArgenLré, De novis erroribiis, t. II. p. 203. — Annales^ t. III, p. 132.

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