‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 138 sur 178 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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RlCIir.LIEU ET LES JÉSUITES 275

il songeait à faire fermer le collège de Clermonl, à interdire aux Jésuites la prédication et la confession. Les plus exaltés parlaient même du bannissement. Mais il ne fut pas possible de se mettre d'accord; et l'on se sépara sur cette apostrophe du doyen Dcslandes : « Messieurs, à quoi pensons-nous? Nous avons entrepris de nous faire moquer de nous par toute la chrétienté. Car si nous défendons aux Jésuites les confessions d'hommes et de femmes de quelque qualité et de quelque condition qu'ils soient, il faut que nous défendions au roi et à la reine de se confesser, au P. SuflVen, et que nous leur nommions un confesseur. »

Richelieu se plaisait à abaisser et à humilier la Compagnie de Jésus, dont la puissance l'olfusquait; mais il ne lui convenait pas d'aller au delà. Il ne voulait ni l'abattre ni la ruiner, et encore moins la bannir de France. Il pensait qu'après lui avoir fait sentir le poids de son autorité, il la retiendrait plus facilement sous sa dépendance. Il représenta au roi, nous dit-il lui-même *, « qu'il y a certains abus qu'on abolit plus aisément en les tolérant qu'en voulant les détruire ouvertement; que, bien qu'aucunes fois on sache les opinions être mauvaises, il est dangereux de s'y opposer, principalement quand elles sont colorées du prétexte de la religion; qu'il estimait bien que Sa Majesté louât le Parlement de l'action qu'il avait faite en brûlant le livre, et empêchant que telle pernicieuse doctrine n'eût cours dans le royaume, mais qu'il fallait mettre ordre qu'ils ne passassent jusqu'à un point qui pouvait être aussi préjudiciable à son service comme leur action y avait été utile. La raison de ce conseil aboutissait à ce qu'il fallait réduire les Jésuites en un état qu'ils ne puissent nuire par puissance, mais tel aussi qu'ils ne se portassent pas à le faire par désespoir; auquel cas il se pourrait trouver mille âmes furieuses et endiablées qui, sous le prétexte d'un faux zèle, seraient capables de prendre de mauvaises résolutions qui ne se répriment ni par le feu ni par autres peines ». Il est remarquable que les raisons qui déterminaient Richelieu à ménager les Jésuites sont précisément celles qu'invoquait Henri IV pour les rétablir en France.

-Le Parlement régla sa conduite sur la volonté de Richelieu. Il

l. Mémoires, p. 368.

reçut en effet, le 16 mars 1626, une déclaration écrite, aux termes de laquelle les Pères Coton, Ignace Armand, Charles de la Tour, Suffren, Garasse, Denis Pelau, Bauny, Sirmond, etc., désavouaient le livre de Santarelli, au nom de leurs confrères de Paris, promettaient de souscrire à la censure qui en pourrait être faite par le clergé et la Sorbonne, et s'engageaient à n'enseigner jamais aucune doctrine contraire à celles du clergé, des Universités et de ladite Sorbonne. Il est vrai qu'un nouvel arrêt fut rendu le 17 mars; mais ce fut seulement pour ordonner qu'une déclaration analogue serait signée par tous les provinciaux et recteurs et par six des anciens de chacun des collèges tenus en France par la Compagnie, sous peine d'être traités comme criminels de lèse-majesté et perturbateurs du repos public. Ce dernier arrêt fut signifié au P. Coton, en sa qualité de provincial des Jésuites de Paris; l'ancien confesseur de Henri IV et de Louis XIII était à son heure dernière; il s'écria, dit-on, avant d'expirer : « Faut-il que je meure comme criminel de lèse-majesté et perturbateur du repos public, moi qui pendant vingt ans ai servi deux rois de France avec tant de fidélité ' I »

Les rancunes de l'Université de Paris furent plus difficiles à apaiser; elle ne trouvait pas une satisfaction suffisante dans les humiliations infligées aux Jésuites; elle aurait voulu profiter de leurs embarras pour obtenir un résultat plus efficace, la fermeture du collège de Clermont par exemple. Aussi s'attacha-t-elle à perpétuer, en les envenimant, des débats irritants. Elle se saisit de la censure prononcée contre le livre de Santarelli par la Faculté de théologie ; et, s'appuyant sur les motifs qui y étaient exprimés, elle ordonna que cette censure serait lue chaque année dans la première assemblée qui suivrait la rentrée des classes, qu'elle serait transcrite sur tous les registres, que deux copies en seraient déposées aux archives des Facultés et des Nations, et d'autres copies envoyées dans tous les collèges pour servir à préserver les écoliers d'aussi funestes maximes. Enfin elle se disposa à transmettre sa délibération au Parlement, pour la faire enregistrer et approuver.

Mais Richelieu refusa de laisser plus longtemps libre cours à une agitation qui dépassait ses desseins. Il fit signifier au recteur

. 1. Garasse, Histoire de^ Jésuites, etc., p. 183.

que la censure des doctrines de Santarelli et le désaveu qu'en avaient donné les Jésuites suffisaient au roi; que le zèle déployé par l'Université n'avait rien en soi de blâmable, mais qu'elle se rendrait coupable de désobéissance si, au risque de semer la division dans le royaume, elle persistait dans ses projets.

Devant une volonté aussi nettement formulée, l'Université n'alla pas plus loin. La lutte cependant n'était pas tout à fait éteinte; et le moindre incident devait suffire à la rallumer. On le vit bien, le jour où le recteur Tarin dénonça à la Sorbonne la Soinnie tliéologique des vérités capitales de la religion chrétienne, que s'était avisé de publier le P. Garasse, ce Jésuite brouillon à l'imagination leste et facétieuse, comme l'appelle Sainte-Beuve'. La Sorbonne prit feu et le monde universitaire s'enflamma tout entier à sa suite. La Somme théologique fut censurée le 1" septembre « comme renfermant plusieurs propositions hérétiques, erronées, scandaleuses, téméraires, et plusieurs passages de l'Ecriture sainte et des saints Pères mal cités, corrompus et détournés de leur vrai sens; des boufîonneries sans nombre indignes d'être écrites et lues par des chrétiens et par des théolologiens * ».

Le tumulte redoubla à l'occasion des thèses d'un dominicain, frère Jean Testefort, qui soutenait cette proposition maisonnante que « les décrétales sont une partie de l'Écriture sainte », d'où il faisait découler maintes maximes contraires à l'autorité temporelle. La montagne Sainte-Geneviève retentit une fois de plus des cris et des disputes de tout un peuple de théologiens. Au milieu de ce désordre et de cette agitation, maîtres et élèves se partageaient en deux camps; on remettait en question la censure du livre de Santarelli, les uns pour la faire rétracter, les autres pour en demander le maintien et la confirmation. Le Parlement lui-même était une fois de plus entraîné dans la lutte.

La paix publique exigeait que le roi interposât de nouveau son autorité, pour couper court à tous ces débats. Les lettres patentes du 14 décembre 1626 pourvurent à cette nécessité. Afin d'obvier aux inconvénients des disputes, « qui remplissaient le royaume d'une contention superflue et dommageable, divisant

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