Annales, t. III, p. 217 et suiv
pour quelques années l'arène où les passions religieuses, mêlées aux rivalités de profession, s'étaient donné rendez-vous ' ».
En vain le Parlement essaya d'un retour offensif; il fut obligé de céder à son tour. Le 2 février, le roi manda au Louvre le premier président de Verdun, le président Le Jay, quelques conseillers, le procureur général Mathieu Mole et les avocats généraux ; et là, en présence des cardinaux de La Rochefoucauld et de Richelieu, du garde des sceaux Marillac, du maréchal de Schomberg et de plusieurs conseillers d'État, il leur défendit, en quelques paroles vives, de s'occuper désormais dos affaires de la Sorbonne. Richelieu profita de cette occasion pour faire une déclaration où éclatait son ferme génie politique, fidèle gardien de nos traditions nationales, dans les rapports de l'Kglise avec l'Etat. Il adoucissait en même temps ce quil y avait eu d'un peu dur dans les propos du roi. Après avoir mis au-dessus de toute contestation les droits du roi et de sa couronne, il indiquait « qu'il falloit parvenir à cette fin par une voie innocente, et non telle qu'elle mist la personne du roy en plus grand péril que celui qu'on veult éviter. » — « Vous savez, messieurs, ajoutait-il, qu'il y a beaucoup d'esprits mélancholiques à qui il importe grandement d'oster tout subject de penser que le Roy soit mal avec Sa Sainteté, principalement sur un point de doctrine dont la décision appartient à l'Église, parce que l'excès et l'ignorance de leur zèle les fait quelquefois tomber en des passions d'autant plus dangereuses que leur phrénésie les leur représente sainc-
tes Il esta désirer que les mouvements des Parlements soient
semblables et uniformes à ceux du roy et de son conseil. Vous direz peult estre, messieurs, que si vous scaviez les motifs et la raison des conseils du Roy, asseurément vous les suiveriez, mais à cela j'ay à respondre que le maistre du vaisseau ne rend point de raison de la façon avec laquelle il le conduit, qu'il y a des affaires dont le succès ne dépend que du secret. Et beaucoup de moyens propres à une fin ne le sont plus lorsqu'ils sont divulguez. Le Roy attend une censure de Rome qui fera d'autant plus d'effet qu'elle viendra d'une part que beaucoup tiennent partie en cette cause. Si Sa Majesté ne la reçoit, elle en procurera une