Mémoires, p
la foi pour le seul intérêt d'une église qu'on les aidait à bâtir, que le cardinal se laissa fléchir '.
Son choix tomba sur le P. Jacques Sirmond, savant religieux, qui avait passé toute sa vie au milieu des livres, et qui, à l'âge de soixante-dix-huit ans où i^ était parvenu, ne pouvait plus inspirer aucune inquiétude. Néanmoins Richelieu profita de cette occasion pour prendre de nouvelles garantie?, dans l'intérêt de sa propre autorité. Il exigea du roi qu'il ne donnât plus à son confesseur un aussi facile accès à la cour, qu'il ne lui fît pas connaître ses mécontentements contre ses serviteurs et qu'il ne lui permît pas d'intervenir dans le choix des abbés et des évêques, disant que « les personnes nourries dans l'innocence d'une vie religieuse étaient peu propres à distinguer l'artifice de la sincérité chez les gens du monde ». Les Jésuites d'ailleurs, heureux d'en être quittes à ce prix, donnèrent au Père Sirmond de pressantes instructions pour quil vécût dans la retraite et dans la prière, pour qu'il ne se mêlât d'aucune affaire, et ne se fît le patron de personne, enfin « pour qu'il eût soin, s'il trouvait qu'il y eût à redire en la conduite de l'État, de s'adresser seulement au cardinal et aux autres ayant emploi dans les affaires publiques *. »
Telle fut la politique observée par Richelieu. Il traita les Jésuites avec de grands ménagements, mais à la condition de les tenir sous sa dépendance, de leur imposer une soumission à peu près sans réserve. « Les rapports du premier ministre avec la Compagnie de Jésus ont toujours été moitié miel et moitié vinaigre, comme on l'a fort bien dit ^. Ces deux puissances s'allièrent quelquefois, se flattèrent souvent, se redoutèrent toujours, et ne se plurent jamais L'un était tout de la terre,
les autres étaient tout du ciel; chez l'un comme chez les autres, les moyens étaient les mêmes, mais les buts différaient : ce que Richelieu savait faire dans l'intérêt de la politique française, les Jésuites y excellaient dans l'intérêt de la politique chrétienne. A l'extérieur, l'un poursuivait la grandeur de la France, les autres la gloire de TÉglise universelle; à l'intérieur, l'un travaillait à soumettre l'Église à l'État , les autres à subordonner l'Etat à
1. Histoire du règne de Louis XIII, par le P. GrifTet, t. Ill, p. 119 et suiv.