Annales, t. III, p
2, Chap. II, sect. X.
qu'elles ont eu autrefois, qui pourrait être à l'avenir aussi préjudiciable qu'il a été par le passé. Si d'autre part les Jésuites n'avaient point de compagnons en l'instruction de la jeunesse, outre qu'on pourrait appréhender le même inconvénient, on aurait de plus juste sujet d'en craindre plusieurs autres. Une compagnie qui se gouverne, plus qu'aucune n'a jamais fait, par les lois de la prudence, et qui s'adressant à Dieu sans se priver de la connaissance des choses du monde, vit dans une si parfaite correspondance qu'il semble qu'un même esprit anime tout son corps; une compagnie qui est soumise par un vœu d'obéissance aveugle à un chef perpétuel, ne peut, suivant les lois d'une bonne politique, être beaucoup autorisée dans un État, auquel
toute communauté puissante doit être redoutable Si cette
Société a donné lieu à certaines républiques de l'éloigner tout à fait de leur domination, quoique avec trop de rigueur, c'est le moins qu'on puisse faire en ce royaume, que de lui donner quelque retenue, vu qu'elle est non seulement soumise à un chef perpétuel et étranger, mais qui plus est sujet et toujours dépendant des princes, qui semblent n'avoir rien en plus grande recommandation que l'abaissement et la ruine de cette couronne
Plus une compagnie est adhérente à son chef, plus elle est à craindre particulièrement à ceux auxquels il n'est pas favorable. Puis donc que la prudence n'oblige pas seulement qu'on nuise à l'État, mais aussi qu'on lui puisse nuire, parce que souvent en
avoir le pouvoir en fait naître la volonté; puisqu'aussi la
faiblesse de notre condition humaine requiert un contrepoids à toutes choses, et que c'est là le fondement de la justice, il est plus raisonnable que les universités et les Jésuites enseignent à l'envi, afin que l'émulation aiguise leur vertu, et que les sciences soient d'autant plus assurées dans l'État, qu'étant déposées entre les mains de plusieurs gardiens, si les uns viennent à perdre un si sacré dépôt, il se trouve chez les autres. »