‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 145 sur 178 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Les Jésuites demandent à conférer eux-mêmes les grades académiques aux écoliers du collège de Clermont. — Godefroy Hermant, dans divers écrits, prend la défense de l'Université. — Les Jésuites répondent par des écrits en leur faveur. — L'Université accuse le P. Iléreau d'enseigner au collège de Clermont des doctrines pernicieuses. — Mazarin apaise les esprits et met fin à la querelle.

L'interminable lutte engagée entre l'Université de Paris et la Société de Jésus se poursuivit avec la même opiniâtreté pendant les dernières années du règne de Louis XIII et les premières années du règne de Louis XIV. Si elle eut moins de retentissement, c'est qu'elle ne porta plus guère que sur l'exclusion des grades académiques, dont l'Université persistait à frapper les écoliers qui fréquentaient le collège de Clermont.

Les recteurs qui se succédaient veillaient avec un soin jaloux à l'exécution du règlement édicté par la Faculté des arts en 1618. A cet effet, ils visitaient souvent les pensionnats et les petits collèges, pour relever et réprimer les infractions commises. Mais cette surveillance n'était pas efficace, nous l'avons déjà dit, et elle n'empêchait pas les abus de se perpétuer. On hésitait en effet à frapper d'une peine aussi grave que la perte des privilèges académiques, les principaux qui envoyaient leurs élèves aux Jésuites.

Les parents, de leur côté, ne s'accommodaient pas facilement des règlements de l'Université; et c'était à eux en définitive que devait rester le dernier mot. Ils ne confiaient leurs enfants aux maîtres de pension qu'à la condition expresse de leur faire suivre

les classes du collège de Giermont. Les maîtres de pension n'avaient pas, comme on l'imagine, le courage de résister à la tentation : ils envoyaient furtivement ces élèves, par de longs détours, au collège de la rue Saint-Jacques, tandis que les autres gagnaient ouvertement le collège de l'Université le plus voisin *.

Il est vrai qu'il restait au recteur une suprême ressource, le droit de refuser d'admettre aux examens de la Faculté des arts les candidats convaincus d'avoir fait leurs études au collège de Giermont. Il en usait quelquefois, et ce fut à l'occasion d'un refus de ce genre que les Jésuites renouvelèrent leur tentative de conquérir le privilège de conférer eux-mêmes les grades académiques à leurs écoliers.

A la fin de l'année 1642, quatre élèves des Jésuites, nommés Vaultorte, Trouillot, Despont et Obry, se présentèrent devant le recteur de l'Université, réclamant le titre de maître es arts, qu'ils prétendaient leur être acquis par cela seul qu'ils avaient suivi les cours de philosophie du collège de Giermont. Le recteur refusa de les admettre.

Ce recteur n'était autre que Louis de Saint-Amour, adversaire résolu de la Gompagnie de Jésus, bien connu depuis par le rôle important qu'il joua dans la querelle du jansénisme. Brienne, dans ses Anecdotes de Port-Royal, en a tracé cette jolie silhouette : « Louis Gorin de Saint-Amour, fils du cocher de Louis XIII, que Sa Majesté aimait fort à cause de son adresse à bien mener son carrosse; ce Louis, dis-je, de Saint-Amour, de fils de cocher, devint, par son savoir-faire,, recteur de l'Université de Paris, la plus célèbre de l'univers, et ensuite de la maison et société de Sorbonne. Il avait un corps et une mine plus propre encore à conduire le carrosse du roi, qu'à porter le bonnet et le chapeau sur les bancs de la Sorbonne, qui pliaient sous les pieds de cet autre Hercule : plus grand et plus fort n'était point celui de la fable -. »

Sur les conseils de leurs maîtres, les candidats éliminés par le recteur se pourvurent devant le Gonseil du roi, et firent sommation à la Gompagnie de Jésus d'intervenir dans la cause, comme étant plus intéressée qu'eux-mêmes au gain du procès. La Com-

1. Jourdain, p. 121. 122, 142 et suiv. — Quicheral, Histoire de Sainte- Barbe, t. II, p. 140.

Page 1