Sainte-Beuve, Port-Royal, t. Il, p
pagnie intervint en efl'et tout aussitôt. Elle rappela, dans sa requête du 11 mars 164.'5, que déjà en 1018, lors du rétablissement du collège de Clermont, la Faculté de théologie et la Faculté des arts avaient voulu fermer à ses élèves Taccès des grades académiques, mais que cette prétention avait été repoussée par le Conseil. Elle demanda en conséquence « que le collège de Clermont fût déclaré être du corps de l'Université; le principal et les professeurs d'icelui fondés en panels droits, privilèges et prérogatives que les professeurs des autres collèges; les écoliers recevables aux degrés et fondés aux mêmes droits que les autres, sans distinction. Et pour ce qu'il est évident, ajoutait la requête, que lesdits recteur et suppôts sont suspects pour l'examen des écoliers des suppliants, plaise à Votre Majesté ordonner qu'après un examen valable, fait par devant lesdits suppliants, leurs dits écoliers trouvés capables, seront par eux reçus aux degrés des Facultés de théologie et des arts en ladite Université, dont iceux suppliants pourront leur expédier toutes lettres nécessaires, en conséquence desquelles ils jouiront de tous privilèges, tant pour la nomination aux bénéfices, qu'autres actes quelconques, dedans et dehors ladite Université, ainsi que les autres gradués d'icelle, avec défense auxdits recteur, suppôts et autres gradués de leur apporter aucun trouble. Et en cas d'opposition ou d'empêchement, plaise à Votre Majesté s'en réserver et à son Conseil la connaissance, avec interdiction à tous autres juges, à peine de dix mille livres d'amende, cassation des procédures, dépens, dommages et intérêts des parties. Et lesdits suppliants continueront leurs prières, pour la prospérité et santé de Votre Majesté '. »
Les prétentions des Jésuites n'étaient pas médiocres. 11 ne leur suffisait plus de conquérir le droit des études académiques, c'està-dire l'assimilation du collège de Clermont aux collèges de plein exercice de l'Université. Cette solution, si ardemment désirée jusque-là, avait en effet, à leurs yeux, le tort grave de laisser les professeurs de l'Université seuls juges et arbitres des examens, maîtres par conséijuent de rejeter capricieusement les élèves du collège de Clermont. Si, au contraire, les Jésuites faisaient aujourd'hui triompher leurs conclusions, ils arrivaient,
i. Jourdain, p. 150. — Annales, t. III, p. "16 et suiv.
en réalité, à élever en face de la Faculté des arts et de la Faculté de théologie deux Facultés rivales et ennemies, jouissant des mêmes droits et privilèges en matière de collation des grades. A côté de l'ancienne Université de Paris, on en créait une nouvelle, animée d'un esprit tout à fait différent, et qui risquait de ruiner, d'anéantir la première.
L'importance, la gravité et les conséquences de ce procès ne pouvaient échapper à l'Université. Mais comme le Conseil du roi s'était presque toujours montré hostile à ses intérêts et que cette juridiction ne lui semblait pas offrir des garanties suffisantes d'impartialité, elle ne consentit pas à se défendre. Elle se borna à demander le renvoi de l'afTaire devant le Parlement.
Elle jugea cependant à propos de faire connaître au public les raisons qu'elle avait de s'opposer à l'incorporation des Jésuites. Elle eut la bonne fortune de rencontrer dans un jeune chanoine de Beauvais, Godefroy Hermant, un champion plein de talent. Celui-ci ne se décida pas sans peine à écrire contre les maîtres dont il avait suivi le cours de rhétorique au collège de Clermont, en 1630, à l'âge de treize ans. Mais il se laissa persuader par le recteur Louis de Saint-Amour, avec lequel il était lié et qui exerçait sur lui un véritable ascendant. « M. Ilermant, dit son biographe ', après s'être défendu longtemps, mais toujours en vain, commença par des remarques sur la requête des Jésuites, et cette réponse parut dans la forme d'un juste traité, sous le titre à' Observations importantes. Il y joignit un ample discours qu'il divisa en trois parties, pour tâcher de faire voir que la ruine de l'Université était dangereuse à la religion et préjudiciable à l'État; et qu'on ne pouvait accorder aux Jésuites les privilèges de l'Université sans s'exposer au danger de la ruiner. Ces deux ouvrages, quoique chargés d'érudition et de raisonnements, ne lui coûtèrent guère que huit jours, et on les vit ensemble sortir de la presse sur la fin du mois d'avril de l'an 1643, sous le titre commun dJ Apologie pour V Université de Paris contre le discours des Jésuites^ par une personne affectionnée au bien public *. »