‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 149 sur 178 · Jourdain, p. loi · texte numérisé non relu

Jourdain, p. loi

ments tout à fait spécieux. (( Il n'est question d'autre chose, disait-il, que de faire recevoir aux degrés de rUnivcrsité de Paris les écoliers des Jésuites qui seront trouvés capables; et puisqu'ils sont catholiques, Français naturels et sujets du roi aussi bien que ceux qui étudient sous les professeurs de l'Université, qu'ils ne soient pas de pire condition et plus maltraités que ne sont même les étrangers et ennemis de la France, qui, sous quelques professeurs et en quelques collèges et universités qu'ils aient fait leurs études, fussent hérétiques, sont reçus aux degrés en vertu (ce qui est bien remarquable) du même décret de la Faculté de théologie de 1018, par lequel les sujets du roi en sont exclus par ce nouveau crime d'avoir étudié sous les Jésuites. Voici les termes du décret : Neque vero inlendit sacra Facultas ca lege comprehendcre onincs extraneos, et qui régi nostro christianissiino non sunt snbjecti '. »

Les Jésuites avaient beau jeu pour railler l'invocation au Saint- Père hasardée par leurs adversaires : « Ah! que certains suppôts de l'Université souhaiteraient que les Jésuites du collège de Clermont et leurs écoliers se fussent adressés à quelque puissance étrangère et hors du royaume! Oh! qu'ils auraient été heureux et comme ils auraient triomphé! Que n'auraient-ils point dit et fait contre la Société? Peut-on douter qu'ils n'eussent aussitôt trouvé de bons avocats tirés sur le modèle de Pasquier, La Martellière et autres, qui auraient déclamé contre tout l'Ordre et demandé leur bannissement hors de la France, et qu'on leur fît le procès comme criminels de lèse-majesté? Et ceux même qui font maintenant les chiens couchants aux pieds du pape, qui doute qu'en tel cas pour mordre les Jésuites, ils n'aboyassent contre le Saint-Siège? Certainement ils n'oublieraient pas les vers du satirique, qu'ils ont si bien employé l'an 162i en leur bel Avertissement au roi :

Et spes et ratio studlorum in Cœsare tantum 2. »

Le P. de La Haye prenait à son tour l'offensive; mais il faut convenir que les armes qu'il dirigeait contre l'Université étaient émoussées, sinon tout à fait rouillées. Il relevait contre les doc-

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leurs de Sorbonne des griefs remontant à plusieurs siècles en arrière. « Ne se sont-ils pas, disait-il, tous accordés contre le pape Alexandre YI, s'opposant aux bulles qu'il avait données aux religieux de Saint-Dominique pour les unir à leur corps? Nos histoires ne disent-elles pas que, du règne de Charles VI et de Charles VU, ils se mêlaient de toutes choses, non seulement du gouvernement de l'État, mais aussi de celui de l'Église; qu'ils tenaient tête aux papes, qu'ils osaient bien les censurer et les condamner, et voulaient entreprendre les déposer et démettre de leurs sièges?.... N'ont-ils pas conspiré contre la pucelle d'Orléans, envoyée de Dieu miraculeusement pour le salut du roj'aume très chrétien?.... Ne l'ont-ils pas condamnée, cette sainte vierge, après de longues consultations, et déclarée sorcière, invoquant

les diables, idolâtre, scbismatique, hérétique *? »

La polémique une fois engagée ne s'arrêta pas de sitôt. Dans la Chimère des vérités académiques, les Jésuites firent dégénérer la lutte en querelle personnelle contre Hermant. Celui-ci, sollicité de répondre aux attaques violentes dont il était l'objet, s'en excusa avec beaucoup de dignité, disant qu'il pouvait abandonner sa pi'opre réputation à ses adversaires, depuis qu'il avait une fois sacrifié ses intérêts particuliers à ceux du publie *. Mais il répliqua à la Jîéponse du P. Jacques de La Haye par une Seconde apologie pour l' Université de Paris, qui fut répandue avec profusion, comme ses deux premiers écrits.

Une habile diversion du recteur Louis de Saint-Amour changea tout à coup la physionomie de la lutte, jeta le désordre dans les rangs de la Compagnie de Jésus et assura le triomphe de TUniversité de Paris. Au mois d'août 1643, certains cahiers de théologie, renfermant des propositions pernicieuses sur le régicide, l'homicide et l'avortement, passèrent sous les yeux de Saint- Amour, qui ne tarda pas à découvrir que ces cahiers avaient été écrits sous la dictée du P. Héreau, professeur des cas de conscience au collège de Glermont. Une enquête fut ouverte, des perquisitions opérées, des témoignages entendus, des procès-

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