Du Boulay, t. Ht, p. 143 et
3. Le P. Denifle a retrouvé l'acte ori^nnal de fondation aux Archives nationales, S, 6213, n» 83. — Voy. Mémoires de la Société de l'Histoire de France, t. X, p. 244 et suiv.
aux écoles de la rue du Fouarre, où ils rencontraient accroupis sur la paille, en signe d'humilité, les autres écoliers qui vivaient hors des collèges, livrés à eux-mêmes, libres de tout frein et de toute discipline.
Là, les maîtres faisaient des leçons, ou, pour mieux dire, des lectures suivies de quelques explications. On ne disait pas en eflet faire un cours de morale, mais lire un livre de morale; au lieu de suivre un cours, on disait entendre un livre (audire, légère Ubrum). Les traités d'Aristote compris dans VOrganon étaient le principal objet de cet enseignement qui tendait surtout à former des logiciens ^ On regardait la logique comme l'art des arts, la science des sciences; elle tenait dans l'éducation du moyen âge la même place que la rhétorique dans l'éducation des anciens et des modernes. Quant aux écoliers, la dispute était à peu près leur unique exercice; ils se passionnaient pour l'argumentation et le syllogisme. Ce système aiguisait l'esprit, donnait l'habitude et la facilité de la parole; mais il sacrifiait trop souvent la raison au raisonnement, produisait des ergoteurs et des sophistes plutôt que des hommes instruits. 11 avait de plus le tort grave de provoquer et de surexciter les colères des caractères violents. On crie à s'enrouer, dira plus tard un adversaire de la dialectique, l'humaniste Vives, on se prodigue les grossièretés, les injures, les menaces. On en vient même aux coups de pied, aux soufflets, aux morsures. La dispute dégénère en rixe et la rixe en combat.
Il est vrai que les mœurs du temps suffisent à expliquer cet esprit de brutalité. Nous nous faisons difficilement une idée aujourd'hui de l'indiscipline, de la turbulence, des instincts pervers des étudiants du moyen âge. S'il y avait parmi eux des écoliers sérieux et pleins d'ardeur, penchés sur les gloses de ia Bible ou d'Aristote, il y avait en plus grand nombre des tapageurs effrontés, qui couraient la nuit, tout armés, dans les rues de la capitale, brisaient les portes des maisons pour exercer leurs violences, remplissaient les tribunaux du bruit de leurs esclandres. Leurs querelles avec les bourgeois de Paris étaient incessantes, et le Pré-aux-Clercs, où l'on voyait quelques étudiants plus graves se promener le livre à la main, méditant ou argumentant
\. Tjiurot, loc. cit., p. 65.
dans la langue des clercs, était aussi le Ihéàlre de scènes tumultueuses *.
Pour réprimer les désordres et réformer les mœurs des écoliers, on songea, au xv*-" siècle, à les interner dans des pensionnats ou pédagogies. La Faculté des arts favorisa ce mouvement de toutes ses forces. Comme il fallait avoir fourni deux ans d'études dans l'Université de Paris avant de se présenter aux examens du baccalauréat, elle décida qu'il ne serait pas délivré de certificat d'études aux étudiants qui ne résideraient pas dans un collège, dans une pédagogie, chez leurs parents ou chez quelque membre notable de l'Université qu'ils serviraient gratuitement. En même temps les collèges commencèrent à recevoir, au même titre et aux mêmes conditions que les boursiers, tous les écoliers qui pouvaient payer pension. Malgré tout, il fut impossible de faire disparaître tout à fait les externes libres ou martinets : la Faculté était obligée de les tolérer, pour ne pas exclure beaucoup d'étudiants pauvres qui n'auraient pu payer leur pension dans les pédagogies -.
Ces mesures n'en exercèrent pas moins une salutaire inlluence. A l'indiscipline, à la sauvage barbarie dos siècles précédents, on vit succéder plus d'ordre, de régularité et de douceur. On n'eut plus à déplorer ces rixes sanglantes, à la suite desquelles la montagne Sainte-Geneviève était couverte de morts et de blessés. Le pillage, le meurtre et le viol ne furent plus la distraction favorite de la jeunesse des écoles.
A la iîn du xv'' siècle, la plupart des étudiants sont pensionnaires, et, par une suite naturelle, l'enseignement subit lui-même une importante transformation. Les collèges deviennent des lieux d'études; on y institue, à l'usage des boursiers et des pensionnaires, des cours particuliers, auxquels on admet les élèves logés dans les pédagogies voisines et même des externes libres. Le collège de Navarre donne le premier l'exemple, et il est limité par les collèges que l'on appelle de plein exercice, parce qu'ils ont un cours complet de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Peu à peu les écoles de la rue du Fouarre sont désertées, et l'enseignement se renferme dans les collèges, du
1. Lccoy de la Marche, La Chaire française au moyen âge, p. 460.