LE COLLÈGE LOUIS-LE-GRAXD
Triomphe de l'enseignement des Jésuites sous Louis XIV. — Le collège de Clermont devient un collège de fondation royale et prend le nom de Louis-le-Grand. — Derniers épisodes de la lutte engagée entre l'Universilé et les Jésuites. — Épilogue.
A vrai dire, la lutte engagée entre l'Université de Paris et les Jésuites était terminée. On n'eut plus désormais l'occasion de voir aux prises les deux compagnies rivales dans un de ces grands et solennels débats soutenus avec tant d'éclat devant le Parlement ou devant le Conseil du roi.
La Compagnie de Jésus, instruite par l'expérience de récentes défaites, renonça à poursuivre le privilège de la collation des grades au profit de ses collèges. L'Université, à son tour, se reconnut impuissante à entraver plus longtemps et à empêcher le triomphe de l'enseignement du collège de Clermont. Ce ne fut plus guère que pour l'honneur du principe, qu'elle continua ses protestations contre les violations ininterrompues dont ses décrets de 1618 étaient l'objet, de la part des écoliers comme de la part des principaux.
Comment en aurait-il été autrement? Avec le règne de Louis XIV, les Jésuites atteignaient leur plus haut degré de puissance. Ils n'étaient pas seulement les confesseurs recherchés des rois et des princes; ils étaient aussi les instituteurs préférés de la jeunesse. Plus de cinq cents pensionnaires se pressaient dans les murs du collège de Clermont; les descendants de la plus haute noblesse du royaume étaient façonnés et pétris suivant les principes et les méthodes de la Société; parmi eux
on pouvait distinguer les Conti, les Bouillon, les Rohan, les Soubise, les Luxembourg, les Villars, les Montmorency, les Duras, les Brancas, les Grammont, les Boufflers, les Richelieu, les Mortemart, les Broglie, les Créqui, les d'Estrées ^ La bourgeoisie s'empressait fièrement de faire asseoir ses enfants auprès des fds des princes et des ducs et pairs. Molière était élevé avec le prince de Conti, et Voltaire devait suivre plus tard, en compagnie du marquis d'Argenson, les cours des Pères Porée et Le Jay.
Tel était l'esprit du temps, secondé par l'approbation et les faveurs de la cour. L'Université, cette fille aînée du roi, n'avait ni la force, ni le ressort nécessaires pour lutter contre un courant irrésistible.
Port-Royal, où enseignaient Lancelot et ^sicole, où Racine fut élevé, semblait destiné à remplacer l'Université dans son rôle d'ennemie héréditaire de la Compagnie de Jésus. On sait quelle heureuse influence ces Messieurs exercèrent sur l'éducation, grâce à leurs méthodes établies sur la saine raison, aussi éloignées des innovations risquées que d'une routine stérile. Ils comprirent les premiers que le moment était venu de substituer, dans beaucoup de cas, la langue française au latin.
Les écoles de Port-Royal ne tardèrent pas à offusquer les Pères Jésuites et à leur porter ombrage. Gomme elles abritaient en même temps la morale austère de Saint-Cyranet les doctrines de Jansénius, les ardentes polémiques d'Arnauld et la plume étincelante de Pascal qui leur enfonçait les Provinciales dans le cœur, elles furent vouées à la destruction par des rancunes inexorables. Ne pouvant vaincre l'opposition des pieux solitaires, les Jésuites eurent recours à la violence. Port-Royal fut rasé; il n'en resta pas pierre sur pierre; on fit passer la charrue sur les ruines.
La disparition de Port-Royal et le silence obligé de l'Université marquent l'heure du triomphe définitif de l'enseignement des Jésuites en France. Ce triomphe coïncide avec le changement de nom du collège de Glermont, qui s'appellera désormais collège Louis-le-Grand.