CHAPITRE II l'université et la renaissance
État do ilécadciiec de l'Université, au commenceineiil du .wi^ siècle. — Les humanisles Introduisent peu à peu l'étude des auteurs grecs et latins dans les collèges. — La réforme des études est complète au milieu du xvi<= siècle, suivant le témoignage de Rabelais, de Dolet, de Ramus. — L'indiscipline reste le fléau des collèges. — Les doctrines de Calvin pénètrent dans l'Université et soulèvent les défiances des familles catholiques.
Au xvi'" siècle, la Renaissance et la Réforme surprennent l'Université de Paris dans une période de décadence. Elle a perdu l'influence politique et religieuse qui faisait autrefois sa grandeur. A la suite des progrès incessants du pouvoir royal, ses privilèges ont été restreints, son indépendance de corporation a été presque réduite à néant. Elle n'a plus le droit de suspendre les leçons et les prédications, pour obtenir réparation de la moindre olTense faite à lun de ses membres. Le monopole exclusif de la science lui a été ravi, depuis que les papes et les rois ont multiplié les Universités nouvelles en France et en Europe. Enfin Luther et Calvin, en brisant l'unité religieuse, vont ruiner en grande partie l'autorité des sentences de sa Faculté de théologie, et lorsque s'ouvrira le concile de Trente on n'y verra figurer aucun représentant de l'Université!
Quant aux méthodes d'enseignement, elles sont encore sous l'empire de la sèche et dure scolastique. La rhétorique est négligée et même méprisée ; on confond dédaigneusement sous la dénomination de grammairiens ou maîtres d'école tous ceux qui cultivent les belles-lettres. La maxime suivante passe en proverbe : bon grammairien, mauvais logicien. On ne fait cas que
de la dispute et de l'argumentation. « On dispute avant le dîner, écrivait Vives i, on dispute pendant le dîner, on dispute après dîner; on dispute en public, en particulier, en tout lieu, en tout temps. »
Mais la scolaslique et les formules creuses du moyen âge ne résistent pas longtemps au violent assaut des humanistes, aux ironies mordantes d'Erasme, de Vives, de Montaigne, de Rabelais, de Ramus et de tous ceux qui vont à leur suite chercher une inspiration et former leur goût dans le commerce des auteurs anciens. Avec ces brillants esprits s'ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de l'enseignement, comme dans l'histoire des lettres. C'est le soleil de la Renaissance qui fait sentir la bienfaisante influence de ses premiers rayons, et qui, brillant bientôt de son plus vif éclat, amènera à maturité les fruits les plus doux et les plus savoureux. L'esprit humain se dégage des mille liens qui l'ont enserré jusque-là, pour se retremper, libre et rajeuni, au sein de l'antiquité. Il semble qu'un grand souffle de liberté et d'affranchissement inspire et vivifie un monde nouveau.
L'Université , endormie dans ses traditions séculaires , se montre d'abord réfractaire à la Renaissance; elle résiste à l'admiration et à l'enthousiasme qui se manifestent autour d'elle. pour les auteurs grecs et latins. Il faut que François I" institue et organise le Collège royal de France comme un refuge assuré et propice pour des études que l'Université s'obstine à proscrire. Guillaume Budé, Danès, Valable, Denis Lambin, Turnèbe et Ramus illustrent les chaires de ce collège, qui peut être considéré comme la première école laïque fondée en France.
Cependant l'Université ne prolonge pas outre mesure sa résistance; elle cède peu à peu à l'envahissement des nouvelles méthodes et s'incline devant le mouvement général, qui emporte les dernières barrières élevées par l'esprit de routine. Grande assurément dut être la surprise des savants en ms, des dignitaires du peuple latin, lorsqu'on leur prouva pour la première fois qu'ils n'entendaient rien au latin. « La plupart, dit M. Quicherat ^ aimèrent mieux s'en rapporter à leurs diplômes, qui témoignaient du contraire. Quelques-uns seulement, par un effort de