‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 20 sur 178 · Loc. cit., t. I, p. loi · texte numérisé non relu

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modestie et de bon sens, arrivèrent au sentiment de leur insufllsance, eurent le courage de désapprendre pour s'instruire de nouveau. C'est par ceux-là que le l'eu sacré fut allumé sur la docte montagne. En peu de temps il incendia la jeunesse. »

On a quelquefois revendiqué pour les Jésuites ou pour les écoles protestantes, au f)réjudice de l'Université, l'iionneur d'avoir fait triompher l'éducation littéraire et humaine qui a préparé les générations du xvii'' et du xviii'' siècle '. Mais comment n'a-t-on pas vu (pie les Jésuites n'ont ouvert leur collège de Clermont à Paris qu'en 1563, et ne sont arrivés sur le théâtre de la lutte qu'après la victoire complète de la réforme des éludes?

D'un autre cùlé, pourquoise plaire à confondre les deux grands courants de la Renaissance et de la Réforme, en enrôlant parmi les « représentants de la pédagogie protestante » Le Févre d'Étaples, Ramus, Mathurin Gordier et Jean Sturin, qui ont été des calvinistes sans doute, mais aussi et par-dessus tout des humanistes, ne songeant nullement à établir un lien indissoluble entre leur foi religieuse et leurs méthodes d'enseignement? Ce n'est pas au sein de la Réforme que ces illustres maîtres ont puisé leur amour des belles-lettres; tout au contraire, ils sont allés de la Renaissance à la Réforme, parce qu'il y avait, dans les premiers temps, une sorte d'alliance et de connexité entre ces deux mouvements qui luttaient l'un et l'autre contre l'autorité et devaient naturellement se prêter un mutuel appui. C'est ce qui explique que Ramus ait été assassiné comme adversaire d'Aristote et de la scolastique, tout autant que comme huguenot. Nous ne saurions oublier d'ailleurs que Ramus, proscrit par l'Église et par la Sorbonne, fut repoussé par les calvinistes et par Th(''odore de Bèze, «■ qu'eflrayaient son goût pour les changements dans tous les domaines et ses projets de réforme dans le gouvernement et dans l'Église ».

1. Voy. notamment à ce sujet : Éludes sur les Qcadémips protestantes en France au xyi^ et au x\i\^ siècle, par Bourcbenin; Claude Baduel et la reforme des études au xyi^ siècle, par Gaufres; La Réforme des études au xvi« siècle, par M. Gaston Boissier, dans la ReiHce des Deux-Mondes du l^r octobre 18S2; un excellent article de M. Franc d'Arvert, sur V Humanisme et la Réforme, dans la Revue ijiternationale de Vensei finement, du 13 juillet 188o, et Les Etudes classiques avant la Révolution, par l'abbé Augustin Sicard, Paris, Perrin, 1887.

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Avant d'appartenir à la Réforme, Le Fèvre d'ÉtapIes, Malhurin Cordier, Ramus et Sturm lui-même, le fondateur du gymnase et de l'académie de Strasbourg, ont enseigné avec éclat dans l'Universilé de Paris. De très bonne heure, vers lo38, nous voyons Ramus introduire les nouvelles méthodes dans le petit collège de VAve Maria, où se produisit son premier enseignement. « Là. dit son meilleur biographe \ pour la première fois dans l'Université de Paris, on lisait dans une même classe les auteurs grecs et les auteurs latins. Pour la première fois aussi, l'étude de l'éloquence était jointe à celle de la philosophie, et l'on expliquait à la fois les poètes et les orateurs. Un enseignement si varié et si nouveau ne pouvait manquer d^avoir un grand succès; les auditeurs vinrent en foule. » Et ce n'étaient pas là des tentatives isolées, des essais timides et sans aucun lendemain assuré! Comment nier en effet que les esprits les plus éminents ont goûté alors le charme de la littérature ancienne? Henri de Mesme, sortant du collège de Bourgogne, en 1542, pouvait réciter en public Homère par cœur d'un bout à l'autre. Au collège Coqueret, sous la savante direction de Daurat, Ronsard apprenait avec enthousiasme, en compagnie de Jodelle, de Remy Belleau et de du Bellay, à puiser à pleines mains dans les trésors de la poésie grecque et latine.

Il est certain qu'au milieu du xxi^ siècle le véritable enseignement classique avait pris possession de toutes les chaires et qu'il ne restait plus guère aucune trace de la barbarie scolastique. A Sainte-Barbe, par exemple, Mathurin Cordier, Strébée et Buchanan avaient fait triompher définitivement les humanités, à une époque où Calvin et Ignace de Loyola étaient encore sur les bancs du collège -. Cette heureuse transformation avait été singulièrement facilitée par l'indépendance des pensionnats. « Les pensionnats et les collèges, dit M. Thurot ^, étaient en réalité autant de petits royaumes que les chefs de maisons gouvernaient avec une indépendance à peu près complète. C'est ainsi que la renaissance des lettres put trouver dans la métropole de la scolastique un accès beaucoup plus libre que dans d'autres universités. »

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