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L'UNIVERSITÉ ET L.V RENAISSANCE

Tous ces faits ont été mis en parluile lumière et établis avec une véritable surabondance de preuves par le Répertoire des ouvrages pédag<>(ji.ques du xvi" siècle , que vient de publier M. Buisson. « Beaucoup de personnes, dit-il dans son rappcnt à M. le Ministre de l'Instruction publique, qui sert de préface à sa publication, beaucoup de personnes ne savent pas bien ce (ju'a été, dès les premières heures de la Renaissance dans notre |»ays, le mouvement scolaire, contre-coup immédiat du mouvcinenl littéraire. Nos humanistes n'ont pas été des délicats égoïstes et dédaigneux; ils n'avaient pas retrouvé pour eux seuls l'antiquité, ni pour eux seuls rouvert les sources du beau. Leur piemicr mouvement, au contraire, est d'appeler à la lumière les jeunes générations. Chacun d'eux, tour à tour, tout ensemble, est étudiant et professeur, également ardent, également enthousiaste dans l'un et l'autre rùle. Tous brûlent d'apprendre, et tous d'enseigner. La renaissance des lettres est, du même coup, celle des écoles C'est un devoir de piété autant qu'un acte de justice historique de relever la trace pres(]ue effacée de la voie qu'ils avaient frayée et que la Révolution seule a pu rouvrir. Ils ont tenté prématurément d'introduire en France cette grande nouveauté, une éducation qui tirât tout de son propre fonds, c'està-dire de la nature humaine. Cette éducation nouvelle, ils n'ont pas cru impossible de l'alimenter aux sources pures de l'antiquité classique et de Tantiquilé chrétienne; ils prétendaient môme le faire sans offenser ni Rome, ni Wittemberg, ni plus tard Genève. Quelques-uns des plus grands parmi nos humanistes n'ont pas dédaigné d'écrire d'humbles et charmants ouvrages d'enseignement pour tous ces collèges laïques, qui, dans la première moitié du siècle, naissaient et prospéraient en des villes même où l'on n'avait jamais vu d'écoles qu'aux mains des religieux. » Et M. Buisson appuie sa manière de voir sur le mouvement de librairie scolaire qui s'est produit en France, dans les belles années de François I", et dont il ne croit pouvoir donner une idée qu'en le comparant à celui dont nous avons été nous-mêmes témoins dans ces dix ou douze, dernières années.

Les témoignages des auteurs contemporains dissiperaient au besoin tous les doutes sur les merveilleux progrès réalisés dans les études, au sein même de l'Université de Paris, pendant la première moitié du xvi" siècle. Écoutons d'abord Rabelais, et re-

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tenons ce passage de la lettre bien connue de Gargantua à Pantagruel '. « Dans ma jeunesse, dit-il, le temps estoyt ténébreux, et sentant linfélicité et calamités des Gots, qui avoyent mis à destruction toute bonne littérature. Mais, par la bonté divine,

la lumière et dignité ha esté de mon eage rendue aux lettres

Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées, grecque, sans laquelle c'est bonté qu'une personne se die

sçavant, hébraïcque, ealdaïcque, latine Tout le monde est

plein de gens sçavans, de précepteurs très doctes, de librairies très amples et m'est advis que, ny au temps de Platon, ny de Cicéron, n'estoyt telle commodité d'estude qu'on y veoit maintenant Tant y a qu'en l'eage où je suis, j'ay esté contraint

d'apprendre les lettres grecques. Et vouluntiers me délecte à lire les moraulx de Plutarche, les beaulx dialogues de Platon. »

Etienne Dolet salua avec le même enthousiasme les lettres renaissantes dans ses Commentaires de la langue latine, publiés à Lyon en 1536 *. Le xyi*^ siècle a encore un pied dans le moyen âge, et Dolet a déjà la vision très nette de l'avenir, des aspirations du monde moderne. « N'avais-je pas raison, s'écrie-t-il, de rendre bommage aux lettres et à leur triomphe? Elles ont repris leur lustre antique et en même temps leur véritable mission, qui est de faire le bonheur de Ihomme, de remplir sa vie de tous les biens. Elle grandira cette jeunesse qui en ce moment reijoit une bonne et libérale instruction et avec elle croîtra l'estime publique pour les lettres; elle fera descendre de leurs sièges les ennemis du savoir, elle occupera les emplois publics, elle entrera dans les conseils des rois, elle administrera les affaires de l'État et elle y apportera la sagesse Quand nous en

serons là, Platon lui-même aurait-il désiré plus pour le bonheur de la République? le temps sera venu enfin oîi, suivant son vœu, la République sera gouvernée par des sages ou par des princes amis des sages. Et voilà ce qu'aura fait le culte des lettres, voilà ce que produiront ces enseignements qui, à l'heure présente, se répandent de toutes parts au sein de la jeunesse, aux applaudissements universels. » Etienne Dolet se berçait d'illusions; il

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