Bibliothèque nationale
l'enseignement donné dans les collèges, « Tout premièrement, dit Ramus s^adressant au roi Charles IX, les escoles de la grammaire et rhétorique, comme elles ont esté par les loix anciennes mesprisées, ainsi elles ont esté les premières qui se sont bravement remises en honneur pour avoir la plus grande part de la louange. Paravant que le feu roi François vostre grand père eust réveillé l'estude de l'humanité, une barbarie de tous artz et sciences régnait en l'Universilé : et combien qu'on ne leust que des autheurs tels quels, toutesfois on avait opinion que par une manière de dispute continuelle l'on se faisait sçavant en tous artz et sciences. Et par ainsi les grammairiens et rhétoriciens n'ayant que des barbares Alexandres de la Yille-Dieu, Grécismes, Théodoletz, et de telle manière de docteurs perdoyent les heures ordinaires, celles de dix de matin, et de cinq de relevée, à des disputes de nul proufit qu'ils appeloyent questions. Mesmes ils metloyent le plus grand advancement des éludes des escoliers au combat des classes contre classes, voire des collèges contre collèges. Ainsi les philosophes, médecins, jureconsultes, théologiens dédiés aux questionnaires, controuveurs et machinateurs de débats et disputes, y empeschoyent toutes les escoles. Les grammairiens et rhétoriciens furent- les premiers qui descouvrirent la tromperie et l'abus, et qui cogneurent l'exercice et la pratique des œuvres de grammaire et de rhétorique estre de beaucoup plus de conséquence : et par ce ayans chassé des escoles la solte barbarie de telle manière de gens, et recevans les poètes, historiens et orateurs, ils ont appris qu'il n'y avait meilleur maistre de bien dire que le stile mesme qui s'acquiert par la lecture et imitation des autheurs de marque, et finalement par l'escriture continuelle; et s'il pouvait revenir quelque proufit] de la dispute, qu'il se retirait beaucoup mieux quand le régent, au milieu de sa leçon, faisait des demandes de chaque chose en particulier à son disciple. C'est pourquoy ces deux ,^heures-là ont esté assignées à la composition, et que, de huit heures ordinaires de l'estude, l'on en a donné une seule pour congnoistre les reigles et préceptes et les examiner avecque le régent; toutes les autres s'emploient à congnoistre, apprendre et imiter les poètes, historiens et orateurs, et finalement à les sçavoir mettre en usage. Donques les écoles des grammairiens et rhétoriciens se sont bravement remises sus.
l'université et la nENAISSANCE 29
(le >orte qu'il semble que rien de plus parfait ne s'y peut (.lésirer, sinon que la niesme et commune façon d'enseigner, qui se suit en d'aucuns collèges plus soigneusement, se gardast en tous par l'autorité roiale. »
N'est-il pas évident, après cela, qu'à partir du règne de Françdis 1" l'Université de Paris a cédé à l'inlluenee des humanistes, a accueilli et appliqué les nouvelles méthodes? Les Jésuites, aussi bien que les protestants, seraient mal venus à réclamer l'honneur de l'avoir devancée dans cotte voie féconde. 11 est hors de doute que l'Université sortit entièrement renouvelée du sein de la Renaissance, et qu'elle compta peut-être alors plus d'étudiants qu'elle n'en avait jamais eus. S'il faut en croire Lambin ' , les cours étaient suivis par vingt mille écoliers, et Ramus pouvait s'écrier : « Le bruit et la renommée de l'Université de Paris court par toute l'Europe oii le latin est entendu, de façon qu'on n'estime point celuy avoir esté bien institué aux lettres qui n'a estudié à Paris. Geste Université n'est pas l'Université d'une ville seulement, mais de tout le monde universel; quelle est la discipline de ceste Université, telle est la discipline du reste du monde -. »
Nous ne voulons rien exagérer cependant, et nous sommes loin de prétendre que tout fût pour le mieux, au xvi" siècle, dans la meilleure des Universités. Il suflit de relire le curieux et piquant tableau d'un collège vers l'an 1500, que M. Quicherat a tracé dans sa savante Histoire de Sainte-Barbe^ pour être convaincu qu'il y avait encore bien des progrès à réaliser ^ L'indiscipline et le désordre régnaient à peu près partout, et la cause en était dans le régime anarchique qui dominait l'organisation des collèges comme la constitution de l'Université,
Les anciens collèges, en effet, étaient loin d'avoir l'unité de direction et d'administration de nos établissements d'instruction secondaire. Le principal n'avait guère qu'un droit de surveillance générale sur les élèves, qui étaient divisés en plusieurs catégories. Ainsi, pour les boursiers, il était tenu de prendre
1. Oratio de public, calamit. — Goujet, Mémoire historique et littéraire sur le Collège de France, t. I, p. 192.