‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 26 sur 178 · Livre I, chap. xxxvii · texte numérisé non relu

Livre I, chap. xxxvii

tardé à réprimer les abus, à faire régner l'iiarmonie dans toutes les parties de ce grand corps, si les guerres religieuses n'étaient venues anéantir les espérances de tous les amis des lettres.

On fut amené par le tumulte et les bouleversements politiques à déserter l'idée première et originale de la Renaissance française, le plan d'éducation profondément libérale et désintéressée, qui tendait à réveiller et fortifier l'esprit humain, à faire non des littérateurs et des rhéteurs, mais des hommes. Ce magnifique idéal fut étoulTé et emporté, dans la seconde moitié du xvi*^ siècle, au milieu de la tourmente provoquée par la réaction religieuse. Et de cette réaction tous furent complices, dit très bien M. Buisson ' : « les uns par ardeur, les autres par lassitude. Les ardents avaient besoin d'un enseignement qui armât l'homme pour cette vie de lutte à outrance, qui fit ici des catholiques militants, là de militants calvinistes, des hommes de parti prêts à être, suivant le temps et le lieu, soldats ou martyrs de leur religion : il leur fallait des collèges non seulement confessionnels, mais tout pénétrés de l'esprit de leur Église et dans la main du clergé. Les autres, qui devinrent bientôt le grand nombre en France, las du bruit des guerres, assagis par la fatigue et sceptiques à force de déceptions, n'ayant plus qu'un désir, celui du repos, qu'une passion, l'ordre, qu'un idéal, l'unité, haïssant trop le fanatisme pour le servir, mais le craignant trop pour le combattre, s'engagèrent, à la suite de Montaigne, dans la voie fatale de l'indifférence et abandonnèrent les grandes visées réformatrices et aventureuses de la génération précédente. »

Les réformateurs protestants, et les Jésuites après eux, compri rent quels services, quel lustre et quel attrait ils pouvaient retirer de l'étude des lettres; mais au lieu de les aimer et de les cultiver pour elles-mêmes, ils ne songèrent qu'à s'en emparer, pour les dominer, les régler et les faire tourner au profit de leur parti, de leur propagande religieuse. L'Université de Paris, qui avait élevé dans son sein, sous le règne de François l", et qui avait vu grandir presque côte à côte, dans les collèges de Montaigu et de Sainte- Barbe, Calvin et Ignace de Loyola, devint dès lors le théâtre d'une

1. Répertoire des ouvrages pédagogiques au xvi» siècle. Rapport au Minislre, p. 12.

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lutte entre les adeptes de la Réforme et les partisans de la l'caclion calhûlique.

On vit verser dans le christianisme réformé la plupart de ceux qui avaient été d'abord les plus infatigables propagateurs des idées humanistes de la Renaissance : Le Fèvre d'Ktaples, Mathurin Cordier, Dolet, Ramus et la majeure partie des professeurs du Collège de France, Vatable, Jean Mercier, Jacques Tusan, Adrien Turnèbe, etc.; et c'est peut-être ce (pii contribua le plus à jelor la défaveur et le discrédit sur ces mêmes idées dans le momie catholique.

Si la Faculté de théologie ne se laissa jamais pénétrer par les nouvelles doctrines, la Faculté des arts, où régnait une plus grande indépendance, glissa un moment sur la pente qui y conduisait. Elle en arriva, en effet, h nommer recteur pour le dernier trimestre de l'an 1533 un disciple de Calvin, Nicolas Kopp, qui ne craignit pas de prononcer aux Mathurins, devant tout le corps enseignant, un sermon écrit par son maître et sonnant toute autre note que celle qu'on avait accoutumé d'entendre. Il y eut scandale, et les huissiers du Parlement se disposaient à arrêter les coupables, lorsque ceux-ci s'enfuirent précipitamment vers la Suisse, d'oij ils ne revinrent plus.

Ces incidents n'étaient pas de nature à inspirer aux catholiques une grande confiance dans l'enseignement delà Faculté des arts, et Ton comprend qu'ils n'aient pas hésité à s'en remettre aux Jésuites, et plus tard aux Oratoriens ou à d'autres congrégations du soin de rétablir dans les collèges la règle, la forte discipline et les saines traditions religieuses. De là, pour l'Université, un amoindrissement dont elle ne s'est jamais bien relevée, l-lticnne Pasquier avait déjà le sentiment très net de la situation, lorsqu'il écrivait sur l'Université de Paris, même après sa restauration par Henri IV, ces lignes mélancoliques : a Et toutefois, ô malheur! il faut que cette parole à mon grand regret m'échappe : soit ou qu'en l'ancienneté de mon âge, par un jugement chagrin du vieillard, toutes choses du temps présent me déplaisent, pour extoller celles du passé; ou que, sous cette grande voûte du ciel, il n'y ait rien lequel venu à sa perfection ne décline puis après naturellement jusques à son dernier période, je trouve bien quelques llammèches, mais non cette grande splendeur d'études ([ui reluisait pendant ma jeunesse; et à peu dire, je cherche l'Uni-

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versilé dedans TUniversilé, sans la retrouver, pour le moins celle qui était sous les règnes de François P"^ et Henri II. La mort malheureuse et inopinée de cetuy, le bas âge de ses enfants, bigarrement de religions, débauche fréquente de troubles, non seulement de catholique au huguenot, ains de catholique à catholique, sous mots de faction malheureusement controuvés, de ligueur, pohtique, maheustre, lui ont fait cette grande brèche. Fasse Dieu, par sa sainte grâce, qu'on la voie quelque temps reflorir comme auparavant * ! »

Mais le moment est venu de montrer l'Université de Paris aux prises avec la Compagnie de Jésus, cette nouvelle Société qui aspire à s" emparer de l'enseignement de la jeunesse, comme d'un instrument merveilleusement propre à faire triompher dans le monde l'esprit d'orthodoxie catholique, qui a inspiré et dominé son fondateur. Il ne suffira plus à l'Université de déployer les mêmes efforts et la même intrépidité qu'elle déployait autrefois contre les ordres Mendiants, elle sortira de la lutte, sinon vaincue et écrasée, du moins humiliée et diminuée.

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