Genelli, loc. cit., 1. 1, cliap. viii
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plèle, ce qui semble ne pouvoir être perçu que par les yeux de l'ùme. Par exemple, pour penser aux conséquences du péché, il fallait se figurer des âmes comme enveloppées d'un corps de Icu, au milieu d'un immense incendie, puis des vapeurs de soufre, des torrents amers formés par les larmes, des blasphèmes proférés contre Dieu et les saints, etc. On devait employer tous ses sens à la perception de la chose ainsi représentée, de telle sorte qu'on crût non seulement voir et entendre, mais palper de ses mains, goûter de sa bouche et flairer de son odorat. Le spectacle qu'on se donnait ainsi était entremêlé, d'ime manière calculée, de prières, de colloques intérieurs et d'examens de conscience *. Le résultat certain de ces pratiques était de pousser la méditalion jusqu'à la vision et à l'hallucination.
L'écolier fanatique de quarante ans réussit ainsi à tourner la tète à quelques jeunes gens, au grand détriment des études. Le professeur Jean Penna s'en émut et dénonça le fait au principal : peu s'en fallut qu'Ignace ne reçût Thumiliante correction de la salle ^. Il promit d'être plus réservé à l'avenir, et, grâce à un suprême effort de volonté, parvint à se loger quelques connaissances dans la mémoire. La licence lui fut conférée par le chancelier de Sainte-Geneviève, le lo mars lo33; l'année suivante, il obtint son diplôme de maître es arts (14 mai 1534) ^.
Ignace voulut se mettre sans désemparer à l'étude de la théologie; mais il en fut détourné par le violent désir qui le poursuivait de fonder un nouvel ordre religieux. Il s'en ouvrit à Le
1. Tels sont les points essentiels du cinquième exercice de la première semaine qui est relatif à la méditation de l'enfer. — La « méditation des deux étendards », pour le quatrième jour de la seconde semaine, n'offre pas un moindre intérêt. L'humanité se range sous deux bannières opposées : celle du Christ, qui flotte à Jérusalem, et celle de Lucifer, plantée sur les tours de Babylone. Lucifer attire les hommes avec les biens terrestres, avec les richesses, les honneurs, les satisfactions de l'orgueil et de l'amour-propre. Le Christ prêche la recherche de la pauvreté, le mépris des injures, la vertu de l'humilité. — Les Exercices spirituels, avec des notes du R. P. Roothaan, général de la Compagnie de Jésus, traduites par le P. Pierre Jennesseaux, de la même Compagnie. Paris, 18o4.
2. Cette correction, dit M. Quicherat Sainte- Barbe, t. I, p. 193;,s'admiuistrait de la façon suivante : après le diner, tous les élèves étant présents au réfectoire, les maîtres, armés chacun de leur férule, se rangeaient sur deux files. Le délinquant, dépouillé de ses habits jusqu'à la ceinture, devait passer entre eux et recevoir de chacun un coup sur les épaules.
3. Acla sanclorum, Julii, t. VII, p. 4;j3. — Quicherat, loc. cit., t. I, p. 199.
l'èvre, à Xavier, à HoiIriimK'S, aux(iiicls il adjoignit trois espagnols, Layncz, Salmeron et Bobadilla. Il leur livra le secret de ses Exercices spirituels, gravit avec eux la colline de Montmartre le io août 1534; et tous ensemble s'unirent par les liens d'un premier serment, que l'on regarde comme l'acte de l'ondatiou de la Compagnie de Jésus. Cette humble Société s'augmenta bientôt de trois nouveaux membres, deux Français, Jean Codure et Pasquier Brouct, et un Savoyard, Claude Le Jay.
11 est digne de remarciue que les premiers Jésuites ont tous été maîtres ou docteurs de l'Université de Paris et (]u'ils se sont formés au sein même de cette Université, â laquelle ils devaient livrer plus tard de si furieux assauts. C'est à une telle origine qu'il faut faire remonter le goût de la belle antiquité, qui a toujours régné dans leurs collèges. Lorsque la plupart d'entre eux étudiaient à Sainte-Barbe, ce sentiment venait de faire explosion, comme l'a observé M. Quieherat ^; les professeurs s'y abandonnaient avec une sorte de transport; il passa dans leurs disciples, et lors(iu'il fut question pour ceux-ci d'asseoir sur une base nouvelle l'éducation de la jeunesse, non seulement ils ne marchandèrent pas la place qu'il convenait de donner à la culture littéraire, mais ils acceptèrent comme la première nécessité de cette culture l'étude des grands auteurs païens.
On s'est étonné qu'un homme déjà parvenu à l'âge mûr, pauvre et sans grand talent, d'une imagination quelque peu extravagante, ait pu ranger sous son autorité des jeunes gens instruits, devant lesquels s'ouvrait l'avenir avec toutes ses espérances. Mais ne savons-nous pas que l'enthousiasme est contagieux, qu'il suffit souvent de parler en inspiré, avec la conviction que l'on a reçu une mission providentielle, pour faire passer cette conviction dans l'esprit de ses adeptes? Ignace commençait d'ailleurs à connaître l'art de manier et de ménager les hommes, de condescendre aux désirs et à l'inclination de chacun. C'est ainsi qu'il tenta et séduisit François Xavier par l'attrait de la louange. « 11 lui chercha des auditeurs, dit un historien de la Compagnie -, il lui amena des disciples, il se fit son admirateur; puis peu à peu, s'insinuant dans sa confiance et maîtrisant ses