Crétineau-Joly, loc. cit., t. I, p
ambitieux désirs, il rentraîna sur ses pas. Dans cette condescendance il y avait un calcul; la fin allait sanctifier les moyens. »
Ignace proposa d'abord pour but à Faclivité de ses compagnons la conquête spirituelle de la Palestine; mais il avait déjà entrevu les difficultés dime pareille entreprise, et il ajouta qu'au cas où, au bout d'une année, il leur serait impossible de se rendre à Jérusalem, ils iraient se jeter aux pieds du pape et se mettraient entièrement à sa disposition. Il leur laissa le temps de terminer leurs études théologiques et se chargea lui-même d'aller en Espagne, pour régler les affaires privées de Xavier, de Laynez et de Salmeron, voulant ainsi les soustraire aux influences diverses que la famille et le pays natal pouvaient encore exercer sur eux. Il donna rendez-vous à sa petite troupe, pour le commencement de l'année 1537, à Venise, où la guerre qui venait d'éclater entre la République de Venise et l'empire ottoman les empêcha de faire voile vers l'Orient.
Ce séjour en Italie, la terre classique de la politique, permit à Ignace de se perfectionner dans l'art de gouverner les hommes et de mûrir le projet d'organisation de sa nouvelle Société. A Venise même il rencontra Jean-Pierre Caraffa et étudia' avec le fondateur des Théatins, le futur pape Paul IV, la première institution originale de clercs réguliers, communauté de prêtres et non de moines, qui prononçaient les trois vœux monastiques de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, tout en s'alîrauchissant des cérémonies et des exercices du culte, pour se consacrer exclusivement au progrès moral et religieux du monde extérieur. Ignace n'entra pas dans l'ordre des Théatins, comme l'avait espéré Caraffa : il était trop ambitieux, trop enclin à la domination, pour se soumettre à une direction étrangère. Mais, en s'éloignant, il emporta l'idée maîtresse et les traits caractéristiques des constitutions de la Compagnie de Jésus '.
De cette époque date une sorte de transformation complète dans les idées et les vues de l'ermite illuminé de Manrèse, du pèlerin ignorant de Jérusalem, de l'étudiant fanatique et extravagant des Universités d'Espagne et de Paris : il renonce à convertir les infidèles de la Palestine et de l'Orient; il se fixe en