‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 38 sur 178 · Pasquier, Catéchisme des Jésuites, 1. I, chap. iv · texte numérisé non relu

Pasquier, Catéchisme des Jésuites, 1. I, chap. iv

2. Ce n'est qu'en 1363, en effet, sous le pape Pie IV, que le concile de Trente approuva la Compagnie de Jésus.

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charge que leurs privilèges ne préjudicieraienl ni aux lois royales, ni aux libertés de l'Église gallicane, ni au concordat, ni aux drolLs des évoques, des curés et des chapitres ». Rien de plus habile qu'un tel langage ; il détermina le roi à expédier des lettres patentes (31 octobre 1560), que Catherine de Médicis, les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, d'Armagnac et de Tournon appuyèrent de pressantes recommandations.

Le Parlement y répondit en la manière accoutumée, en renvoyant l'examen de TafTaire à l'évêque de Paris. Ce prélat avait toujours la même manière de voir; mais il fut séduit par les apparentes concessions des Jésuites, et il finit par céder aux considérations politiques que faisaient valoir les personnages catholi(pies les plus influents. Son consentement n'alla pas néanmoins sans de prudentes réserves et de sages restrictions. 11 voulait que les disciples de Loyola fussent entièrement sous le pouvoir et sous la main des évêques, qu'ils fussent reçus par forme de société seulement, et non de religion nouvelle, qu'ils fussent tenus de prendre un autre nom que celui de Jésuites.

Dans l'intervalle, le roi était mort et le sceptre était passé dans les mains débiles d'un enfant de dix ans (5 décembre 1360). Cet événement ne modiQait en rien la situation des Jésuites et ne portait aucune atteinte à leur crédit. Catherine de Médicis et les Guise allaient gouverner le royaume pendant la minorité de Charles IX, comme ils l'avaient fait sous le nom du faible François II.

Cogordan d'ailleurs ne perdait pas de temps et reprenait aussitôt le cours de ses sollicitations : dès le 23 décembre, il obtenait de la reine régente des lettres patentes qui confirmaient celles de Henri II et de François IL Les dernières résistances semblaient sur le point d'être vaincues : l'évêque de Paris avait donné son consentement, les gens du roi ne s'opposaient pas à l'enregistrement. On pensa qu'il n'y avait plus de ménagements à garder, et des lettres de jussion datées du 20 février 1331 signifièrent aux magistrats « la dernière et totale volonté de Sa Majesté, qui était que ladite Compagnie fût reçue à Paris et par tout le royaume ».

Mais le Parlement n'était pas encore à bout d'expédients; il n'avait pas épuisé les moyens dilatoires et les ruses de procédures. Ponce Cogordan fut appelé devant la cour, et le premier

président Gilles Le Maître lui fit subir un interrogatoire en forme : « Apprenez-nous, hommes nouveaux que vous êtes, lui dit-il, avec quelles ressources vous vivrez dans ces temps de calamité où la charité de plusieurs s'est refroidie! — Le Seigneur, répondit le procureur des Jésuites, ne refusera jamais le nécessaire aux pauvres qui le servent avec piété et droiture : qu'ils soient tels par choix ou par nécessité, peu importe. » Le premier président donna ensuite lecture du décret de la Sorbonne, s'arrètant à chaque phrase pour demander à Cogordan ce qu'il avait à répondre K Celui-ci fournit des explications qui ne suffirent pas à convaincre le Parlement : l'arrêt du 22 février renvoya en effet les Jésuites à se pourvoir, si bon leur semblait, « au concile général ou assemblée prochaine qui se ferait en l'Église ».

Cette année même Catherine de Médicis convoquait le colloque de Poissy, pour tenter un rapprochement entre catholiques et calvinistes, à l'aide d'une profession de foi concertée en commun. Les Jésuites se présentèrent devant Messieurs du clergé de France assemblé à Poissy et sollicitèrent une délibération favorable à l'établissement de leur Société.

Tout semblait leur présager un heureux succès. L'assemblée était présidée par le cardinal de Tournon. Les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d'Armagnac étaient leurs protecteurs déclarés. Ils n'avaient pas à redouter l'opposition de l'Université, qui avait refusé d'envoyer ses représentants à Poissy. Ils espéraient bien d'ailleurs que leur zèle contre les réformés entraînerait les suffrages des princes de TÉglise et leur concilierait les sympathies du parti catholique tout entier.

Cependant la Compagnie ne fut approuvée par l'assemblée de Poissy qu'avec des charges et des restrictions de toute sorte, dont quelques-unes ne laissaient pas que d'être fort dures. La raison en est facile à découvrir : Eustache du Bellay assistait au colloque, et comme il s'agissait d'une affaire déjà traitée par lui, dont le premier résultat devait être l'établissement d'un collège dans son diocèse, il avait été nommé rapporteur. Il inséra

1. Uistorix SocieUdis Jesu,pars secunda, sive Lainius, auclore fi. P. Francisco Sacchino, Anvers, 1620, 1. V, n» 192, p. 206.

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naturellement dans Vacle de /''o/.ss// toutes les conditions et réserves qu'il avait énuraérécs dans ses dernières conclusions adressées au Parlement de Paris '.

C'est ainsi que les Jésuites ne furent pas reconnus comme nouvel ordre religieux, mais seulement par forme de société cl collège. 11 leur fut défendu de rien entreprendre au préjudice des évoques, chapitres, curés, paroisses, universités et autres ordres religieux. 11 leur fut prescrit de se conformer au droit commun et de renoncer au préalable et par exprès à tous privilèges portés par leurs bulles qui y seraient contraires. Enfin ils étaient tenus de sacrifier leur nom de Société de Jésus et de Jésuites (15 septembre loGl) ^

Les compagnons d'Ignace firent toutes les promesses, toutes les soumissions, toutes les renonciations qui leur étaient demandées; et, à ce prix, le Parlement de Paris enregistra, après une résistance de plus de dix ans, les bulles et les lettres patentes, avec les clauses et réserves énoncées dans l'acte de Poissy (13 février 1562). Il leur accorda en même temps la délivrance du legs de l'évèque de Clermont. Et comme en leur interdisant le nom de Sociétc de Jésus, on n'avait point déterminé celui qu'ils devaient prendre, le Parlement leur attribua le nom du diocèse de leur bienfaiteur, et leur enjoignit de se faire appeler Collège de Clermont (13 février 1562) '. « Quand on examine attentivement les termes de cet arrêt, dit l'historien du collège Louis-le- £irand '', on finit par reconnaître que le clergé de Poissy et le Parlement approuvaient les hommes de l'ordre fondé par Ignace de Loyola et en condamnaient les constitutions, l'esprit et le nom même. Des dispositions aussi contradictoires devaient être et furent, en effet, pour l'avenir, une source inépuisable de procès. »

Les Jésuites, sur les conseils du P. Cogordan, ne prirent aucun souci de cette situation équivoque, pleine d'ambiguïtés et de sous-entendus. Ils allèrent droit à leur but, confiants dans les

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