‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 4 sur 178 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ORGANISATION DE l'uXIVERSITÉ

L'Université de Paris se forme, vers la fin du xii^ siècle, par la réunion des maîtres de l'école Notre-Dame avec ceux des écoles établies sur la montagne Sainte-Geneviève. — Les privilèges accordés par les papes permettent aux écoles de Paris de s'affranchir de l'autorité du chancelier de Noire-Dame et de s'organiser en corporation indépendante. — Les Nations, les Facultés, le recteur. — Les rois accordent à leur tour des privilèges à l'Université. — Distinction fondamentale entre les séculiers et les réguliers, et luttes de l'Université contre les ordres Mendiants au xnio siècle. — Institution des collèges. — Les grades dans la Faculté des arts : baccalauréat, licence et maîtrise.

Avant d'entrer dans les développements que comporte l'histoire des luttes soutenues par l'Université de Paris contre les Jésuites, nous ne pouvons nous dispenser de remonter jusqu'aux origines de l'Université, de rappeler quels étaient ses privilèges, de décrire son organisation, de jeter enfm un coup d'œil rapide sur l'institution des collèges et la collation des grades.

Suivant une tradition, dont l'histoire a depuis longtemps fait justice, mais qui est encore chère à l'Université moderne, le fondateur de l'Université de Paris ne serait autre que l'empereur Charlemagne *. Le savant et judicieux Pasquier a fait le premier la lumière sur ce point important. 11 fallait presque du courage, au xvi^ siècle, pour attaquer ouvertement une croyance devenue

1. Les lycées et collèges de Paris célèbrent tous les aus la fête de la Saint-Charlemagne.

D0U.\RCHE. 1

l'objel d'un véritable culte et passée, pour ainsi dire, à l'état de dogme. « La commune opinion, dit Pasquier, va à l'empereur Charlemagne, et de croire le contraire, c'est estre héréticjue en l'histoire ^ »

Pasquier démontre qu'il ne convient pas plus d'attribuer à Charlemagne la fondation de l'Université qu'il n'est juste de lui attribuer l'institution du Parlement et des douze pairs de France. « Mon opinion doncques, ajoute-t-il, est que ceste Université commença de jetter ses premières racines sous Louis septiesme, et de les espandre grandement sous le règne de Philippes Auguste son fils... Non toutesfois que ceste Université ait été fondée tout d'un coup, non plus que le Parlement ni les douze Pairs, mais comme Dieu resveille les esprits sur un sujet en un temps plus qu'en un autre, il semble que les lettres vers cette saison commençassent à se desgourdir ^. »

Il n'est pas possible d'assigner à la naissance de l'Université de Paris une date rigoureusement exacte. Le temps, cet auxiliaire indispensable de toutes les grandes institutions, a exercé ici une action d'autant plus décisive qu'elle était plus lente et plus insensible. Les bulles des papes et les ordonnances des rois de France,- qui, pour la première fois, au commencement du xni* siècle, font mention de l'Université, en supposent nécessairement l'existence : elles se bornent en effet le plus souvent à reconnaître ou à confirmer les privilèges dont jouissait déjà la plus célèbre des corporations enseignantes. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que les écoles de Paris se sont établies et développées dans le cours du xn'= siècle, qu'elles ont adopté des règles communes et formé un seul corps dans les premières années du xiu^ siècle. Telle est d'ailleurs l'opinion que s'accordent à soutenir M. Thurot et le P. Denifle ^

Au xn^ siècle, un mouvement extraordinaire agite tous les esprits : les nations de l'Occident, obéissant aux inspirations de l'enthousiasme religieux, s'engagent dans les croisades et se

Page 1