Dialogue des avocats, édition Dupin, p
mier, et toutefois malhabile en la fonction d'avocat, principalement au barreau ; ce qui faisait qu'il n'estoit guères employé ny tant estimé à beaucoup près pendant sa vie qu'il a esté depuis son decez par ses escrits, par lesquels il a tellement marié et approché le droit romain avec celuy de la France que tous ceux qui sont venus depuis l'ont suivi comme leur maistre. »
Le choix de l'Université s'arrêta fortuitement sur un avocat auquel personne ne pensait, et qui n'y pensait pas lui-même. Une fréquentation intime et de longs entreliens sur la religion, la philosophie et l'histoire avaient inspiré à deux docteurs en théologie, et non des moins influents, une grande estime pour Etienne Pasquier, alors âgé de trente-six ans et déjà « assez heureusement employé » au Palais, suivant l'expression de son biographe Golletet. Ils le recommandèrent vivement aux suffrages de leurs collègues du corps enseignant, et le firent agréer, dans une réunion solennelle, comme défenseur de l'Université K Ce choix fait, pour ainsi dire, d'inspiration, était des plus heureux. Pour ses contemporains, en effet, comme pour nous, Etienne Pasquier est resté le type accompli de l'avocat de la Renaissance.
On sait quel lustre éclatant le barreau du xvi" siècle a jeté sur notre éloquence judiciaire. « L'estat d'avocat, dit Loisel, estoit principalement en honneur comme estant l'eschelle par laquelle on montoit aux plus grands estatz et dignités du royaume. » Les grands noms dont s'enorgueillit la magistrature française, les Mole, les de Thou, les Séguier, les Marillac, les Montholon, s'illustraient alors à la barre, avant de s'asseoir sur les sièges les plus élevés du Parlement.
C'est vers cette époque que Pasquier entra dans la carrière, avec Loisel, Barnabe Brisson, Brûlart, Versoris, Pierre Ayrault, Jean Bodin et les frères Pithou. Il s'y distingua entre tous par son profond savoir, la culture variée de son esprit, non moins que par sa fermeté et son indépendance. Jurisconsulte érudit, écrivain plein de cœur dans sa naïve bonhomie, historien d'une pénétration peu commune, il savait en même temps manier le vers latin et l'épigramme, comme L'Hôpital, Du Vair et Guy du Faur de Pibrac. Son franc parler, sa verve gauloise et certaines gaillardises de style sont dignes de cette « honneste