Crévier, t. VI, p
liberté » d'esprit, que prisaient si fort les contemporains de Rabelais *.
Par une singulière rencontre, il advint que Pasquier, partisan déclaré de rindépendance du trône et des libertés de i'Kglise gallicane, était mieux préparé que tout autre à lutter contre les Jésuites. Huit ans auparavant, il avait rencontré à la campagne, près de Melun, un des neuf premiers compagnons d'Ignace de Loyola, Pasquier Broet. « Et comme la curiosité me fait souvent bonne compagnie, nous dit-il lui-même *, soudain que je l'eus halené, je m'abouchai avccques luy, désireux de sgavoir le commencement et progrès de cette nouvelle compagnie, non seulement je l'accostoy, ains pris la plume sous luy pour m'iiiformer plus cerlainement de ce que je désirois apprendre, et y employois
environ quatre grandes feuilles de papier » Ces notes se
trouvaient entre les mains de Pasquier, le jour où l'Université lui confia sa défense, « en sorte, ajoute-t-il, qu'il n'y en avait un tout seul qui eust pu approfondir cette cause comme je fis ».
Un ancien avocat du nom de Ramat, jaloux de plaider une cause destinée à un si grand retentissement, essaya de supplanter son jeune confrère. « Songez au procès de Verres, lui dit celui-ci; contre un autre Cœcilius je serai un autre Cicéron. » Cette apostrophe déconcerta son rival et le réduisit au silence.
Les Jésuites opposèrent à l'avocat de l'Université un adversaire digne de lui, Pierre de Versoris ', auquel Pasquier lui-même a su rendre hommage, en le proclamant « grandement zélateur du bien public, singulièrement es choses qui concernent la reli-
i. Etienne Pasquier est né le 7 avril 1529 et mort le 30 août IGI.j. Il écrivit le Monophilc, les Colloques d'amour, des poésies latines et françaises, etc., compositions peu remarquables sous le rapport littéraire. A plus de quatre-vingts ans, il réunit une partie de ses premières productions sous ce litre : La Jeunesse de Pasquie?'. — Les Recherches de la France, qui commencèrent à paraître dès l'an 1560, forment pour leur auteur un titre beaucoup plus sérieux. C'est un des premiers livres où les origines de notre histoire aient été recherchées avec amour, exposées avec jugement. — Henri III le nomma en 1K83 avocat général de la Cliambre des comptes de Paris, où il honora grandement la charge dont il était investi. — Ses Lettres sont des documents précieux pour l'histoire du temps.
Yoy. Nouvelle biographie générale de M. HœlTer, tome XXXIX. — Vie d'Etienne Pasquier, par Léon Feugère, en tête des Œuvres choisies.