LES JÉSUITES ET L'UMVERSITÉ PENDANT LA LIGUE
d'écraser les hérétiques. Il semble bien cependant qu'aucun accord ne fut établi entre la politique espagnole et la politique française, et que si la Saint-Barthélémy fut disculée à Bayonne, elle ne fut pas résolue sept années à l'avance '.
Quoi qu'il en soit, les idées qui paraissaient dominer à la cour faisaient prévoir que les démarches des Jésuites seraient accueillies d'une manière plus favorable que celles de leurs adversaires. Les humanistes du collège de France, qui faisaient cause commune avec l'Université, le comprirent à merveille; ils prirent les devants et s'adressèrent à ceux de leurs amis qu'ils jugeaient capables de balancer, dans le conseil du roi, les influences dont les Jésuites pouvaient disposer. Turnèbe écrivit à Henri de Mesme, maître des requêtes et confident de L'Hospital : « Vous êtes intervenu comme juge dans l 'affaire des Jésuites, lui dit-il; après votre départ, cette cause fut de nouveau agitée devant un très grand concours de monde. L'avocat du roi les combattit dans un grave discours, de manière que si M. le président du Parlement eût voulu aller aux voix, ils n'auraient pas pu rester dans la ville; mais il leva aussitôt la séance. Prié bientôt après par notre école de permettre de plaider de nouveau cette cause, au terme du délai, il refusa de s'y prêter, et déclara que la discussion serait non publique, mais secrète. Ainsi l'alTaire a manqué et nos efforts ont été trompés. Nous craignons maintenant que l'arrivée de la reine d'Espagne et son entrevue avec la reine mère ne nous nuisent beaucoup; car nous pensons que nos adversaires ne manqueront pas d'employer la médiation de cette princesse auprès de sa mère. Nous vous prions donc, dès que vous aurez vent de leurs démarches, de défendre contre eux les intérêts de notre école, dont vous êtes un des plus brillants élèves, et les intérêts de la patrie, qui vous est si chère; de ne pas permettre enfin que cette secte, par ses ruses et ses artifices, parvienne à réussir au détriment et à la ruine de l'État^... »
Les Jésuites en effet ne tardèrent pas à solliciter les plus puissantes interventions en leur faveur. Leur nouveau général, François de Borgia, alla se jeter aux pieds du pape Pie IV, qui céda à
1. Voy. Papiers d'État de Granvelle, dans la collection des Documents inédits sîir l'histoire de France, t. IX, p. 281 à 330, 481, ol6, 543 et 594.
2. Bibliothèque nationale, fo?2ds Dupuy, t. XVI, fol. 9. — Maldouut, par le P. Prat, p. 154.
ses instances et adressa les brefs les plus pressants au roi de France, au Parlement et aux seigneurs connus par leur dévouement particulier aux intérêts catholiques. « Très cher fils en Jésus-Christ, écrivait le pape à Charles IX, nous avons appris que le collège de la Compagnie de Jésus, à Paris, est en butte à de grandes tracasseries et à des vexations de tout genre, qui l'empêchent de continuer, comme il avait commencé, à travailler au salut des âmes, à élever la jeunesse dans la religion catholique, dans la piété, dans les belles-lettres et dans les arts... Votre Majesté comprendra, par l'affection qu'elle porte à la religion catholique et à tous les hommes religieux, qu'elle doit prendre hautement sous sa protection et favoriser les collèges de la Compagnie dans son royaume. Nous les recommandons tous affectueusement à votre piété, surtout celui de Paris; nous vous exhortons instamment à avoir soin de le défendre avec sollicitude contre les injures et les vexations de ses détracteurs et des hérétiques'. » (29 mai 1505.)
La Compagnie de Jésus fit mieux encore : elle envoya àBayonne un de ses plus fins diplomates, le P. Possevin, auquel le pape Grégoire XIII confia dans la suite les missions les plus délicates auprès des tètes couronnées. Possevin fut reçu par le roi avec les plus grands égards, et admis à expliquer sa mission devant le Conseil; il répondit aux objections soulevées par le chancelier de L'Hôpital et revint triomphant, chargé de lettres de recommandation pour le Parlement de Paris, porteur de lettres patentes, qui permettaient aux Jésuites de s'établir, de fonder des maisons et des collèges dans toutes les provinces du royaume et d'y prendre partout le nom de leur Compagnie - (l'^' juillet io6o).
Il ne fut donné aucune suite à ces lettres patentes. Les Jésuites y puisèrent cependant une nouvelle assurance, qui leur permit d'affermir et d'étendre l'enseignement du collège de Clermont. Ils n'avaient admis jusque-là que des externes à leurs leçons; ils annoncèrent qu'ils recevraient désormais des pensionnaires, et ceux-ci se présentèrent en tel nombre qu'il fut impossible de donner satisfaction à toutes les demandes.
Repoussée par le Parlement, éconduite par le roi, l'Université
1. llistoria Societatis Jesu, pars III, ad annum lo6o, n" 19.