‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 70 sur 178 · De Thou, 1. MU · texte numérisé non relu

De Thou, 1. MU

choisir un autre avocat pour présenter leur défense. Mais il ne leur fut accordé que trois jours. A défaut d'avocat, le P. Barny, procureur des Jésuites, dressa par écrit et présenta au Parlement les Drfcnses de ceux du collège de Clermont K

Il prétendait que le corps de l'Université avait désavoué la conduite du recteur et que les curés de Paris auraient dû être autorisés à plaider par leur évèque. 11 ajoutait que les confrères du collège de Clermont avaient été approuvés par l'Eglise universelle, au concile de Trente, par les papes, par le clergé de France à Poissy, par les rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III.

Il assurait qu'ils étaient disposés à prêter serment de fidélité au roi, comme à leur prince naturel et légitime, qu'ils profiteraient de la grâce accordée par l'amnistie et qu'ils se conformeraient à l'avenir aux règlements de l'Université.

Il insistait avec complaisance sur la gratuité de leurs leçons, disant que si les Jésuites étaient chassés du royaume, « la jeunesse y ferait perte notable et particulièrement les pauvres

écoliers, qui n'auraient le moyen de salarier les régents des autres collèges ».

Il n'était pas juste d'ailleurs que tout le corps fût puni pour les fautes d'un ou de deux particuliers, ou du moins d'un petit nombre. Ils ne s'exposeraient pas à l'avenir au reproche qu'on leur avait fait de se mêler trop des affaires publiques; rien n'était plus éloigné de leur institut, et leur assemblée générale de Rome venait d'édicter des peines sévères contre ceux d'entre eux qui se mêleraient des intérêts des princes et des affaires d'État.

Le P. Barny répondait ensuite aux objections d'Arnauld et de Dollé. Il niait les richesses qu'on leur prêtait en France. Il justifiait la Société sur le vœu particulier d'obéissance au pape, en alléguant que Odon Pigenat n'était entré dans le conseil de l'Union que sur les instances de Mayenne et pour modérer les excès des Seize. Il soutenait en outre que jamais les Seize n'avaient tenu de conciliabules dans leurs collèges de Paris.

Le P. Barny s'expliquait enfin sur le cas du P. Varade. Varade a toujours protesté qu'il n'avait pas donné à Barrière le conseil de tuer le roi, en lui promettant le paradis comme récompense.

1. 1594, sans nom d'imprimeur. Voy. Annales des soi-disans Jésuites, t. I,p. 533.

Lorsque Barrit-re s'adressa à lui, « il le jugea à son visage, regard, geste et parole, esgaré de son sens; et comme il lui déclara son intention il lui respondit qu'il ne luy en pouvoit donner advis estant prestre, et que s'il luy conseilloit il encourroil la censure d'irrégularité, et par consé(iuent ne pourroit dire messe, la(juelle toutesl'ois il vouloit dire incontinent. VA comme ledit Barrière lui demanda de se confesser, il dit qu'on ne confessoit point au collège pour se desfaire de luy : mais qu'il s'en allast à la chapelle Saint-Louys rue Saint-Anthoine. » Si Varade n'a pas averti le roi, c'est qu'il « n'avoit jamais prins pied ni fondement aux paroles dudit Barrière, le prenant pour peu sage et sensé ».

Le P. Barny, on le voit, excuse plutôt qu'il ne justifie son confrère Varade. Du reste, ajoute-t-il, « il n'est raisonnable que, pour la faute d'un, toute la communauté en vînt à soufl'rir ».

Tandis que l'on plaidait au Palais, l'émotion publique était grande. C'est en vain que les Jésuites avaient obtenu le huis clos. La voix d'Arnauld n'en avait pas moins percé les voûtes de la grand'chambre et retenti dans toute la France. Son plaidoyer et celui de Dollé avaient été imprimés et répandus à profusion. Le plaidoyer d'Etienne Pasquier, qui rappelait la première lutte de l'Université contre les Jésuites, avait été mis au jour lui aussi et livré à la publicité.

Les braves esprits de l'époque se mêlaient à l'agitation. Dans une épître à Dollé, Nicolas Bapin, l'un des auteurs de la Satire Ménippée, célébrait en vers français la gloire des avocats de l'Université *.

Ta voix ressembloil au tonnerre Que le foudre en feu suit de près :

Ou un grand vent qui contre terre Culbute les plus hauts cyprès.

Arnauld et toi d'un fort courage, Comme deux dogues acharnez, Osastes attaquer la rage De ces Alastors incarnez.

Ces meurtriers, qui de vains scrupules Bourrelans les confessions,

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