‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 72 sur 178 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

AUeiitat (le Cliàtcl. — Le Parlement de Paris impli([iie les Jésuites dans la poursuite et ordonne leur expulsion. — Explication des ménagements observés par Henri IV. — Répression des mannnivres auxquelles se livrent les Jésuites pour reprendre leur enseignement d'une manière détournée. — AfTaire Porsan et réquisitoire de Simon Marion. — La politique de Henri IV à l'égard des Jésuites inspirée et expliquée par Arnauld d'Ossat.

L'Université fut très sensible à la perte de son second procès contre les Jésuites. Elle avait été à la veille d'un triomphe définitif, et, par un retour aussi subit qu'inexplicable, toute espérance semblait désormais lui être ravie. Jamais cependant ses adversaires n'avaient été plus près de leur ruine.

Le 27 décembre 1594, Henri IV, revenant d'un voyage en Picardie, entrait tout botté dans la chambre de Gabrielle d'Estrées, à l'hôtel de Schomberg, derrière le Louvre. Il était accompagné du prince de Gonti, du comte de Soissons, ses cousins, et d'une foule de courtisans venus pour le saluer. Il se baissait pour relever et embrasser le sieur de Montigny, lorsqu'un jeune garçon, entré en se mêlant à la troupe des seigneurs, lui porta un coup de couteau qui lui fendit la lèvre supérieure et lui brisa une dent.

L'assassin voulait fuir, après avoir jeté à terre son couteau encore sanglant; mais son trouble le perdit. Il fut aussitôt arrêté, fouillé, interrogé. Il se nommait Jean Châtel, fils d'un riche marchand drapier de la cité; il était à peine âgé de dix-neuf ans et venait de terminer ses études de philosophie au collège de Glermont. Le roi l'apprit et son premier mouvement fut de s'en prendre aux Jésuites. Peu de jours après, le 5 janvier 1595, il

écrivait à Du Plessis Mornay : « Je suis du tout guary de ma blessure. Ce sont là des fruicts des Jésuites; mais ils vuideront mon royaume '. »

La nouvelle du crime fut promptement répandue dans Paris, et réveilla aussitôt toutes les passions. Le cri général des partisans de Henri IV était que les Jésuites avaient voulu faire assassiner le roi. La multitude exaspérée envahit le collège de Clermont; elle aurait massacré tous les Pères, si le roi et le Parlement n'avaient pas envoyé main-forte. On mit des gardes à toutes les portes, et le conseiller Masurier fut chargé de dresser un inventaire de toutes les lettres et de tous les papiers qu'on trouverait dans la maison de la rue Saint-Jacques.

Le procès du meurtrier fut insti'uit avec la plus grande célérité; il ne dura pas deux jours. Chàtel, dans ses interrogatoires, déchargea les Jésuites de toute complicité; mais il confirma par son témoignage toutes les accusations dirigées contre les principes enseignés par la Société.

Il déclara qu'étant tombé dans des impuretés abominables, il avait désespéré de la miséricorde de Dieu; qu'il avait cherché dès lors à diminuer la peine de sa damnation éternelle « estant certain qu'il seroit plus puny s'il mouroit sans avoir attenlé de tuer le Roy et qu'il le seroit moins s'il faisoit effort de lui oster la vie. — Enquis où il avoit apprins cestc théologie nouvelle, a dit que c'estoit par la philosophie. Interrogé s'il avoit estudié en philosophie au collège des Jésuites, a dit que ouy, et ce sous le père Gueret, avec lequel il avoit esté deux ans et demy. Enquis s'il n'avoit pas esté en la chambre des méditations, où les Jésuites inlroduisoient les plus grands pécheurs qui voyoient en icelle chambre les portraicts de plusieurs diables de diverses figures espouvantables, sous couleur de les réduire en une meilleure vie, pour esbranler leurs esprits et les pousser par telles admonitions à faire quelque grand cas, a dit qu'il avoit esté souvent en ceste chambre des méditations, — Enquis par qui il avoit esté persuadé à tuer le roy, a dit avoir entendu en plusieurs lieux qu il falloit tenir pour maxime véritable qu'il estoit loisible de tuer le roy, et que ceux qui le disoient l'appelloient tyran. Enquis si les propos de tuer le roy n'estoient pas ordinaires aux Jésuites, a dit

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